Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1933
Pays: Cambodge
Mission: Phnompenh
Rédacteur:Mgr Herrgott

IV. — Phnompenh.

(CAMBODGE)

Population catholique 80.940
Baptêmes d’adultes 2.403
Baptêmes d’enfants de païens 8.852


Mgr Herrgott après avoir déploré la perte de deux de ses missionnaires, MM. Charles Ackermann et Alfred de Cooman ainsi que cette du prêtre indigène Phung, déclare que la crise économique coutume ses ravages au Cambodge : mais « c’est surtout le côté Sud, c’est-à-dire la partie cochinchinoise, ajoute Son Excellence, qui en a souffert et en souffre toujours. Dans certaines régions la misère est grande. Les prêtres sont aux abois au milieu de leurs chrétiens qui manquent de tout : pas d’argent pour payer la cote personnelle ni l’impôt foncier, point de réserves alimentaires, point de travail rémunérateur pour sustenter la famille ! Une trop longue sécheresse a retardé d’un mois et demi l’ensemencement et le repiquage du riz ; plus tard une soudaine inondation dans quelques provinces fit périr les jeunes plants sur des surfaces considérables ; ailleurs des centaines d’hectares sont restés en friche… en sorte qu’on ne peut envisager l’avenir sans une certaine anxiété.
« On pourrait croire que c’est la misère commune qui nous amène des catéchumènes ! La chose est possible en ce qui concerne les enfants de la Sainte-Enfance, car nous ne nous expliquons pas autrement l’excédent de plus de 1.500 baptêmes sur le chiffre de l’an dernier. Quant aux adultes, contrairement à ce qui se passait jadis, ils ne viennent pas à nous aujourd’hui poussés par des motifs purement humains ; mais de leur plein gré, touchés par la grâce évidemment, et aussi parce qu’ils ont été très déçus par les caodaïstes, les communistes, même les protestants. Les fallacieuses promesses des uns et des autres les ont fait sortir de leur apathie ou les ont détachés de leurs habitudes ancestrales ; alors désemparés, ils se sont tournés vers la religion catholique. Telle est, à mon sentiment, l’explication du mouvement qui s’est produit dans plusieurs provinces, comme Long-xuyên, Cantho, Baclieu. Plaise à Dieu qu’il s accentue encore !
« Au Cambodge les hautes autorités furent prudentes lors de l’éclosion du caodaïsme. Ayant constaté que le peuple se portait vers Tây-ninh, berceau de la nouvelle secte, elles détendirent sévèrement tout pèlerinage et toute manifestation ; le roi profita même de la circonstance pour proclamer le bouddhisme et le catholicisme, seules religions d’état. Le résultat fut heureux : pendant qu’en Cochinchine et dans les autres pays de l’Union indochinoise le communisme et le caodaïsme semaient le trouble et la révolte, le Cambodge resta calme.
« Mais un obstacle d’un autre genre surgit pour entraver le rapprochement du peuple khmer vers notre sainte religion : ce fut le réveil du bouddhisme et de sa doctrine, dont la diffusion devait être intensifiée.
« Un comité de savants en langue pâlie fut institué à Phnôm-Penh, pour reprendre à leurs sources l’historique de la religion bouddhique et l’essence de sa doctrine, en y ajoutant des commentaires afin d’éditer le tout en une encyclopédie de 90 volumes, dont 2 ont déjà paru. Jusqu’ici l’immense majorité des bonzes connaissaient peu leur religion, et un petit nombre seulement savait enseigner la lecture et l’écriture des caractères de leur langue. A l’avenir l’étude du bouddhisme leur sera ainsi facilitée, et le Gouvernement les oblige, dès maintenant, à se procurer les diplômes nécessaires pour pouvoir tenir au moins une école élémentaire dans chacune de leurs nombreuses bonzeries. Il est évident que pareille organisation est bien de nature à attirer le peuple à la pagode et à l’éloigner du prêtre et du catéchiste.
« Un autre fait mérite d’être signalé. Depuis trois ans il a été fondé, en Cochinchine surtout, des associations de secours mutuel et d’assistance sociale. Le Gouvernement qui en a été l’inspirateur et qui les encourage toujours, y trouve peut-être des avantages pour lui : alléger le plus possible son budget, en faisant délier aisément les bourses privées en faveur des œuvres humanitaires telles que : asiles de vieillards, de lépreux, de tuberculeux, orphelinats, écoles maternelles, crèches, etc. La nouveauté a du moins l’avantage de faire connaître à beaucoup de personnes les nombreuses œuvres déjà existantes de nos Missions du nord au sud de l’Indochine. Jusqu’ici d’aucuns semblaient les ignorer, maintenant on les prend pour des réalités, et l’on se rend compte que la charité chrétienne n’a pas attendu les appels de la philanthropie laïque, pour faire fleurir la vertu qui donne et se donne… Un jour une personne vint nous dire que, dans une commission administrative, elle avait proposé la motion de confier à un asile tous les enfants abandonnés de la Cochinchine ! Quand on lui dit que seule notre Mission en recevait des milliers chaque année, et que la Mission voisine en recevait encore davantage, elle n’en croyait pas ses oreilles, mais eut cependant la franchise d’avouer qu’elle ne s’était jamais rendu compte de l’importance de cette œuvre dans la colonie.
« En fait la Sainte-Enfance gagne de plus en plus chez nous. Nous avons eu cette année 8.852 baptêmes, et presque la totalité de ces enfants ont été reçus et soignés plus ou moins longtemps dans les crèches. Il est intéressant de citer les noms des prêtres qui ont eu sur ce point le plus de succès : M. Larrabure avec 1.352 baptêmes, M. Duquet 540, M. Dalle 296, M. Vân 248, MM. Collot et Quimbrot 214 et 213…. Devant ces résultats, on se demande avec anxiété ce qu’il adviendrait de l’Œuvre, si les ressources continuaient à diminuer comme ces deux dernières années.
« En décembre 1932, nous eûmes la joie de bénir la nouvelle église de Khsach-puy, œuvre du prêtre indigène Vang II, qui a mis quatre ans pour l’achever, voulant profiter le plus possible de la bonne volonté des chrétiens et éviter ainsi tout emprunt. Il mérite des éloges pour la parfaite réussite de son entreprise. Khsach-puy compte 678 chrétiens et se trouve à 12 kilomètres de Battambang, chef-lieu de la province de ce nom, chef-lieu également d’un grand district dont le titulaire, M. Gatelet Paul, est momentanément en France. M. Armange y fait ses premières armes avec l’ardeur d’un jeune pionnier qui craint de mourir avant d’avoir rempli sa tâche. Jadis on mettait plus de 10 jours en barque pour aller de Phnompenh à Battambang ; plus tard, aux hautes eaux, les bateaux faisaient le trajet en 36 heures ; aujourd’hui on y va en une demi-journée, par automobile ou en chemin de fer.
« Au nord du grand lac, à Siêmréap-Angkor, nous avons depuis janvier dernier un nouveau chef-lieu de district. M. Guesdon, à son retour de France, a bien voulu accepter de s’y installer et de rayonner, non seulement dans celle immense province, mais encore sur une bonne partie de la province de Kompongthôm, où il va spécialement s’occuper d’une fondation de chrétienté cambodgienne. La région, jadis si florissante, est aujourd’hui peu peuplée. Apparemment elle ne procurera au missionnaire, pendant de longues années, d’autres consolations que de peiner, de souffrir, de glaner quelques rares épis, et de hâter l’heure de la Providence, par son esprit de sacrifice et l’immolation quotidienne de la Victime du salut. M. Guesdon savait où il allait, son dévouement n’en est que plus admirable et édifiant. Sa présence dans cette région est plus qu’un jalon posé, c’est une prise de possession, c’est un nouveau foyer rayonnant la vie du Christ, là ou le démon trône en maître depuis de si longs siècles.
« M. Thomas, qui était rentré en France en novembre 1931 à peu près aveugle, ne nous avait guère donné l’espoir de le voir revenir ; son poste de Prêktrêng fut donc confié à M. Thieux. Mais la science de nos grands spécialistes de Paris, aidée sûrement de la bonne Providence, arriva à rendre la vue à notre confrère qui, sans plus tarder, rallia le Cambodge dans les premiers jours de janvier. Il fut nommé à Takeo, chef-lieu de province et de district avec 3 annexes. Le presbytère tombant de vétusté, le nouveau titulaire se charge d’en reconstruire un neuf. Il en a fait lui-même le plan et le devis, et actuellement il préside à tous les détails de la construction. C’est une excellente preuve de sa parfaite guérison, dont avec lui nous remercions Dieu.
« Notre tournée pastorale dans les provinces du sud-ouest de la Mission reste empreinte d’une grande tristesse. Nous avons rencontré partout l’effondrement des fortunes, la ruine des gros propriétaires, la faim chez les fermiers une profonde anxiété pour l’avenir chez tous.
« M. Keller, chef du district de Soctrang, semble très affecté de l’étal précaire de beaucoup de ses chrétiens. Malgré la fatigue qu’il éprouvait depuis quelque temps, il a voulu nous accompagner dans les 6 centres de son vicariat forain. Son district proprement dit compte 4.339 chrétiens, plus les établissements des Frères et des Sœurs avec pensionnats, hôpital, hospice, orphelinat et crèche. Il est heureusement secondé par 4 vicaires dont il sait apprécier les bons services.
« M. Duquel, chef du district de Baclieu, est toujours dans un étal de santé très précaire ; il ne s’arrête que quand il n’en peut plus, se repose un peu, puis reprend son travail. Avec ses deux vicaires, il administre 5 chrétientés et 3.567 fidèles. Il envisage une prochaine fondation avec église à Giarai, mais il est fort inquiet au sujet de Dông-go, qui lui avait donné tant de consolations ces 3 dernières années.
« Du district de Baclieu, nous passons dans celui de Càmau, où M. Quimbrot se dépense avec ses deux vicaires. Ce vaste pays n’a guère de route, mais il est sillonné d’arroyos et de canaux qui permettent de le parcourir en tous sens en barque ou en chaloupe. Les distances étant très grandes, les voyages en simple sampan sont dispendieux, longs et fatigants ; aussi M. Quimbrot a installé sur sa jonque un moteur à mazout, qui lui évite de grosses fatigues et des pertes de temps considérables dans ses déplacements. Presque toujours en tournée, il recherche les chrétiens isolés, et visite les païens pour se faire connaître et les amener à se convertir. Un jour que sa barque longeait la rive, il aperçut un homme qui le saluait poliment ; le salut rendu, il continua son chemin, tout en repérant bien l’endroit. A son retour, il s’arrêta, se dirigea la maison et dit au maître du logis : « Vous m’avez si aimablement salué l’autre jour que je viens vous faire une visite. Vous êtes peut-être chrétien ? — Et le brave homme de répondre : « Non, je ne suis pas chrétien, mais votre démarche m’est très agréable, car voilà longtemps que je cherche la vraie religion, peut-être pourrai-je la trouver chez vous ! » On devine la joie du missionnaire qui se garda bien de laisser échapper si belle occasion.
« Des quelques rares lettres qui ont accompagné les tableaux d’administration, nous nous plaisons à extraire les passages suivants :
« De M. Larrabure : « Les catéchumènes viennent se faire inscrire presque sans « discontinuer. Si j’avais compté tous ceux qui se sont présentés, le chiffre de 638 serait « dépassé de beaucoup. A Cantho même, à peu près tous les jours, il se présente quelque « nouvelle famille. Vraiment la moisson est abondante ! Le bon Dieu me fait récolter là où « mes prédécesseurs ont semé. Je pense souvent aux chers disparus, MM. Gonet, Barbier, « Jacquemard, Duquel, Prodhomme, car ce sont eux qui ont peiné, et ils doivent se réjouir « maintenant, dans leur ciel de gloire, à la vue des heureux et féconds résultats de leurs « travaux comme de leurs souffrances ici-bas. »
« De M. Collot : « Cette année mes espérances n’ont pas été trompées. Grâce aux « catéchistes qui m’ont été donnés, plus de 500 catéchumènes ont été instruits et 465 baptisés. « C’est une belle gerbe que le district de Nang-gu offre au Divin Maître. Actuellement plus de « 300 catéchumènes s’instruisent et un nouveau centre me sollicite encore. Il semble bien que « la moisson s’annonce grande et belle. » Le district de Nang-gu compte 15 chrétientés dont chacune a son église et son école. Le total des chrétiens est de 4.586 ; 1.048 enfants fréquentent, les écoles paroissiales.
« M. Blondet est toujours dans les transes pour son poste principal et la belle église « construite par M. Pianet en 1891. Les empiètements du Mékong, écrit notre confrère, « continuent et obligent les gens à transporter leurs maisons ailleurs. L’église, le presbytère et « l’école sont bien près du fleuve maintenant, alors qu’il n’y a pas encore 50 ans, ils en étaient « séparés par un arroyo et une presqu’île d’environ 50 mètres de large. Le Mékong a absorbé « et presqu’île et arroyo sur une longueur de 6 kilomètres, et menace actuellement la « chrétienté. Près de 400 personnes, n’ayant plus de terre à cultiver, sont allées défricher une « plaine entre Banam et Preyveng, et il faut songer à leur construire là-bas une chapelle-école « pour instruire les enfants et les catéchumènes.
« La petite chrétienté de Khsachsâr est dans une misère profonde à la suite d’un incendie « qui, par trois fois, a réduit en cendres toutes les maisons, ce qui m’a occasionné de grosses « dépenses.
« Le nombre des fidèles du district a augmenté dans chaque chrétienté ; bientôt nous « dépasserons les 5.000. Le fait est dû presque exclusivement à une forte natalité. »
« Nos grand et petit séminaires comptent 180 élèves dont 23 grands séminaristes ; mais nous n’aurons pas de nouveaux prêtres cette année.
« L’école des catéchistes a 47 élèves, trois ont obtenu le diplôme franco-indigène.
« Les Frères des Ecoles chrétiennes, dans leurs 3 écoles avec 660 élèves, ont obtenu de beaux succès aux examens publics : 28 certificats primaires et 60 diplômes élémentaires. Les pensionnats payants souffrent de la crise car les fonctionnaires, dont on diminue la solde, en retirent leurs enfants pour les envoyer aux écoles du Gouvernement où tout est gratuit, même les livres et les fournitures scolaires. Par ailleurs, beaucoup d’indigènes, se trouvant dans un état précaire sous le rapport financier, gardent leurs enfants à la maison ou les confient également à l’école laïque. Mais Dieu semble dédommager les chers Frères de ces défections car M. Lozey, curé du Sacré-Cœur à Phnompenh où se trouve l’école Miche, nous écrit : « Je « tiens à signaler le zèle du cher Frère Constance, directeur de l’Ecole Miche, et de ses « collaborateurs. Déjà en mai 1932, ils avaient présenté cinq de leurs élèves au baptême. Pour « le présent exercice, c’est la magnifique gerbe de 23 baptêmes d’adultes qu’ils ont pu offrir à « Notre-Seigneur. Nous constatons avec bonheur que l’Ecole Miche est digne de son nom « d’ « Ecole chrétienne ». Daigne le bon Dieu bénir maîtres et élèves et leur accorder l’an « prochain la même consolation !

« Les 126 écoles élémentaires de la Mission avec leurs 8.357 élèves ont fonctionné régulièrement. Nous devons ajouter 76 écoles de catéchisme, où 2.948 enfants apprennent à lire et étudient le catéchisme.
« Les Sœurs de la Providence ont enregistré cette année 3.868 baptêmes d’enfants de païens, sur 4.190 enfants qu’elles ont reçus dans leurs crèches, 592 baptêmes d’adultes dont 497 à l’article de la mort. Elles sont au total 47 religieuses françaises et 347 sœurs indigènes ; elles comptent 32 novices, 20 postulantes, 6 aspirantes et 27 juvénistes. Dans leurs pensionnats de Phnompenh et de Soctrang, il y a 448 élèves, dont 29 ont obtenu le diplôme élémentaire, 5 le diplôme franco-indigène, 4 le certificat, français, 30 le diplôme de dactylo et 5 celui de sténo.
« Dans le courant de l’année, l’Administration a demandé des Sœurs pour l’hôpital provincial de Sadec. Nos religieuses ont déjà un établissement dans cette ville avec un orphelinat, un hospice et une crèche, mais l’hôpital du Gouvernement s’en trouve éloigné et séparé par un arroyo. Grâce à l’esprit apostolique de la Révérende Mère Générale de la Congrégation, la demande de l’Administration a pu être agréée, et voilà déjà six mois que les sœurs se dévouent à l’hôpital de Sadec, comme dans les attires hôpitaux, à la grande satisfaction de la population Indigène.
« La reconnaissance nous porte à rappeler ici la mémoire de Sœur Marie Pulchérie Prestat, originaire de la Nièvre, religieuse de la Providence de Portieux. Cette sœur était venue en Mission en 1889 ; elle avait alors 36 ans d’âge et 10 de vie religieuse. Elle a passé ses 51 années de mission à la Maison principale de nos Sœurs à Culaogien, où elle est décédée pieusement dans les premiers jours de juillet à l’âge de 87 ans. Un excellent docteur a écrit d’elle à un collègue ce mot significatif : « C’est un confrère ! » tant il estimait se science et son talent dans l’art de soigner les malades. Pour nous, missionnaires, qui l’avons vue à l’œuvre, et avons été maintes fois si édifiés en considérant comme elle savait bien allier la vie de Marthe à celle de Marie, nous bénissons a mémoire et lui vouons notre vive admiration ainsi que notre profonde gratitude.
« Les Amantes de la Croix de Russey-Keou continuent à augmenter a nombre ; elles sont 38 professes, 12 novices, 23 postulantes, et tiennent un orphelinat avec 19 enfants, plus un hospice avec 7 infirmes.
« Terminons ce court aperçu des travaux des ouvriers apostoliques sur cette pensée que le règne de Dieu s’étend petit à petit dans la Mission de Phnompenh, surtout grâce au peuple annamite qui est plus souple et moins idolâtre. Les cambodgiens les malais, les métis chinois et leurs descendants sont plutôt réfractaires à notre enseignement ; nous les recommandons tout particulièrement aux prières de notre Carmet et des âmes de bonne volonté, afin de hâter l’heure de leur conversion. »


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam