| Année: |
1934 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Phnômpênh |
| Rédacteur: | Mgr Herrgott |
IV. — Phnômpênh.
Population catholique 83.740
Baptêmes d’adultes 2.281
Baptêmes d’enfants de païens 8.569
« On dit souvent, nous écrit S. Exc. Mgr Herrgott, que les jours passent et ne se ressemblent pas ; mais il semble qu’on peut dire le contraire des années. C’est du moins le cas de la Mission de Phnômpênh dont le compte rendu de l’exercice 1933-1934 est sensiblement le même que celui de l’année précédente.
« La crise économique continue à peser lourdement sur un grand nombre de nos chrétientés ; à tel point que dans certains milieux, la Mission est forcée de supporter elle-même les dépenses ordinaires des églises, les prêtres manquant de messes manuelles et se suffisant à peine avec leur faible viatique. Les communistes sérieusement surveillés se cachent et se contentent de lancer, de-ci, de-là, des tracts dans les centres populeux; mais le feu couve sous la cendre. Le mouvement caodaïste semble se ralentir : néanmoins, de nouveaux temples surgissent dont quelques-uns imitent à s’y méprendre nos églises catholiques. Ce qui nous inquiète le plus, ce sont les déclarations officielles comme celle que voici : « En ce pays d’Annam, qui a conservé la tradition de l’antique sagesse confucéenne, dans l’ancien royaume des Khmers et ces provinces laotiennes où la foi bouddhique maintient une parfaite cohésion morale, l’oubli d’un tel devoir, (l’obéissance aux lois et le respect des autorités publiques), ne saurait se concevoir sans une désagrégation préalable de la société indigène. Et c’est pourquoi le souci d’empêcher tout ce qui peut contribuer à provoquer cette désagrégation doit être à la base de toute notre action, aussi bien politique qu’administrative.» A prendre les termes dans le sens littéral, la religion catholique n’aurait donc plus le droit de semer la vérité dans les pays de l’Union Indochinoise, les erreurs existantes seules seraient agréées, soutenues, défendues. Nous aimons à croire que telle n’était pas la pensée de l’orateur. Cependant dans nos provinces cambodgiennes comme au Laos, il y a une réelle poussée vers le bouddhisme qui est prôné et favorisé sous toutes formes.
« Malgré les nombreuses difficultés rencontrées, nos œuvres ont suivi leur marche ordinaire. Nous avons enregistré 2.281 baptêmes d’adultes, 8.569 baptêmes d’enfants de païens, et il nous reste, en fin d’exercice, 2.607 catéchumènes. L’instruction primaire-élémentaire dans nos 130 écoles, a été donnée à 8.721 enfants, et nous ne comptons pas dans ces chiffres nos 81 écoles de catéchisme avec 3.144 élèves. M. Paul Gatelet ayant repris à son retour de France, le poste de Battambang, M. Armange, qui avait fait l’intérim, est devenu libre et a bien voulu accepter de fonder un nouveau district dans le nord de cette vaste province. Il compte s’établir à Mongkolborey , forte localité à 60 km du chef-lieu, point, terminus actuel du chemin de fer, admirablement située sur la route coloniale de Phnômpênh (Battambang-Aranya-Siam) et sur les deux rives d’un arroyo qui prend sa source dans les montagnes de la région de Païlin pour aller rejoindre la rivière de Battambang à Bacpréa, près du Grand Lac. Trois petites chrétientés s’échelonnent le long de cet arroyo : Daun cheng avec 139 fidèles en aval de Mongkolborey, Chomnon et Khnach rôméa en amont. Tout en cherchant un terrain au centre de son district où il n’y a encore ni chrétien ni catéchumène, M. Armange s’occupe spécialement de Chomnon où il a 177 chrétiens dont 116 cambodgiens, les autres annamites. Pendant notre tournée de confirmation en avril, nous avons été lui rendre visite en compagnie de M. Haloux et du prêtre indigène Vang. Il venait, de couvrir en chaume une assez vaste construction sur pilotis devant servir d’église, de résidence et d’école. Il habitera la travée derrière l’autel, et l’école se fera sous l’église. Ces derniers mois, il logeait dans nue misérable hutte à côté d’une chapelle du même style. Il nous reçut dans sa future église qui n’avait encore ni plancher ni parois ; mais sa joie de nous voir chez lui, au milieu de ses chrétiens qu’entouraient un plus grand nombre de païens, était grande ; nous la partagions d’ailleurs largement à la vue de ce confrère plein de courage et de zèle, menant une vie de véritable apôtre. Plût à Dieu de lui accorder la santé nécessaire à sa mission si pénible sous tout rapport.
« Pendant cette même tournée pastorale, nous eûmes l’avantage de réaliser un désir conçu depuis plusieurs années, celui de visiter Paîlin et de voir s’il y a espoir d’y établir une station avec chapelle. Paîlin est un grand village qui, avant la crise mondiale, comptait environ 2.000 habitants, mais dont le nombre est aujourd’hui diminué de moitié. Il se trouve à 82 km de Battambang, vers l’ouest, sur des mamelons qui servent de contreforts aux proches montagnes. Le site est fort beau, le sol fertile, mais la région est insalubre, la fièvre des bois et le paludisme terrassent les plus solides tempéraments. Néanmoins, les gens s’y sont établis nombreux : des centaines de birmans des siamois, cambodgiens et chinois... parce qu’on trouve abondamment dans le sol des pierres précieuses qui, en temps de prospérité, se vendaient facilement. Elles étaient travaillées sur place et livrées ensuite au commerce. Les principales sont l’améthyste, le rubis, le saphir. Les gens s’enrichissaient rapidement, se construisaient de belles maisons, mais devenaient esclaves de la passion du jeu, du bien-être et de tout le reste. Actuellement, beaucoup d’habitations sont vides et délabrées, les habitants restés sur place sont pauvres et découragés ; cependant une belle route, nouvellement, achevée, en rend l’accès facile. Le missionnaire de Battambang peut s’y rendre en autocar. Déjà il y a trouvé 23 brebis en situation plus ou moins irrégulière. Souhaitons qu’il réussisse à implanter les trésors du ciel pour les âmes, là où les hommes ne cherchent que ceux de la terre pour le corps.
« M. Haloux annonce que « la petite chrétienté de Pursat donne bon espoir d’augmenter ; « la présence d’un secrétaire, ancien élève du petit séminaire, qui apporte beaucoup de zèle à « exhorter les chrétiens, à présider les prières, à veiller à l’instruction, attire l’attention des « païens dont un bon nombre manifeste l’intention d’étudier la doctrine ; nous pouvons donc « espérer qu’il y aura des conversions. A Dông-Y, où nous comptons pouvoir élever d’ici peu « une chapelle ; un chrétien négligent depuis longtemps, mais sincèrement converti, donne un « exemple salutaire. » Aux abords du Grand Lac, à l’embouchure de la rivière de Pursat, M. Haloux a fondé dès l’an dernier un nouveau poste. C’est la troisième chrétienté en aval de ce chef-lieu sur un parcours de 35 kilomètres. Les pêcheurs ont donc une facilité de plus de rencontrer une chapelle pour prier et un catéchiste pour enseigner chrétiens et païens pendant la saison morte dont ils profitent pour radouber leurs embarcations et réparer leurs filets. Il a essayé aussi une autre fondation, mais s’est heurté à de grosses difficultés. En route pour une tournée de confirmation, nous avons trouvé, ce confrère et moi, à notre passage à Svai daun keo, sur la route de Pursat-Battambang, quelques chrétiens qui nous ont suppliés de les aider à ériger une chapelle chez eux. Nous leur avons donné rendez-vous pour le jouir de notre retour, et nous nous trouvâmes alors entourés d’une trentaine de personnes, chrétiens et païens, dont une famille cambodgienne. Notre promesse de nous occuper d’eux incessamment, les remplit de joie et aussitôt ils s’engagèrent à fournir toute la main-d’œuvre nécessaire à la construction de la chapelle et d’un pied-à-terre pour le prêtre de passage. Mais dès que M. Haloux s’occupa de trouver un emplacement, il se vit d’abord refuser le permis de coupe gratuit des bois qu’on accorde à toutes les bonzeries et qu’on avait aussi accordé à nos églises jusqu’ici : ensuite on lui refusa même le terrain, pourtant inoccupé et libre, sous prétexte qu’il était réservé aux cambodgiens qu’on avait l’intention de faire venir de Cochinchine où ils sont établis depuis des siècles. Mais ce cher confrère n’est pas homme à reculer devant ce double refus ; il saura contourner ou vaincre toutes les difficultés pour arriver à ses fins, d’ailleurs fort louables, dût-il ajouter à sa peine des sacrifices d’argent. « Malgré tout, dit-il, j’ai bon espoir de faire à Svai daun keo un bon et solide groupement ». Nous le souhaitons de tout cœur.
« M. Blondet, avec ses trois vicaires administre les 14 chrétientés de son district comptant un total de 5.492 fidèles ; il annonce 78 baptêmes d’adultes, 43.203 communions et 12.545 confessions de dévotion. On ne chôme pas dans le beau district de Banam, cependant les païens y sont encore fort nombreux. M. Thâp, chef du poste de Soairiêng, signale la fondation d’une nouvelle chrétienté à Kompong Ro dans la province de Svai-téap. Il y a dans cette région passablement de chrétiens disséminés parmi les païens ; quelques-uns sont malheureusement dans une fausse situation matrimoniale ; mais, en général, ces brebis égarées ne demandent qu’à se mettre en règle, entraînant avec elles la partie païenne. Nous avons visité cette contrée, assez éloignée des centres, mais peuplée de gens travailleurs à figure paisible et sympathique. Il y a déjà 75 fidèles et M. Thâp va y élever une chapelle.
« Dans l’île de Cùlaogien où, malgré les œuvres de la Mission : séminaire et Maison-Mère des Sœurs de la Providence, le prosélytisme était comme paralysé, la population païenne vient de se réveiller presque brusquement, peut-être par suite de menées caodaïstes et communistes qui ont dessillé les yeux de beaucoup de gens. M. Vân, curé de la paroisse et chef du district, a pu fonder une chrétienté au nord de l’île, y a construit une église et une maison, puis a baptisé 203 adultes. Actuellement, un frère-catéchiste enseigne un nouveau groupe de catéchumènes en ce même lieu pendant que le prêtre est sollicité de créer d’autres postes dans l’est de l’île. Il demande un vicaire ne pouvant suffire à la besogne ; il a en effet, pour sa part, 1.770 chrétiens à administrer et ses deux vicaires actuels sont déjà suffisamment chargés de leur côté, l’un avec 1.164 fidèles dans deux localités, l’autre avec 969 dans trois postes. M. Merdrignac nous a présenté la belle gerbe de 179 baptêmes d’adultes. Dans le courant de cette année, il a définitivement assis sa chrétienté de Dât hua, désignée sous le nom de village de colonisation sur le canal de Hatien-Rachgia, à 17 km du premier chef-lieu, en la dotant d’une église pour ses 742 chrétiens, d’un presbytère à étage et d’une maison pour ses religieuses institutrices, le tout, avec des matériaux pris sur place ; car il avait construit lui-même, dans sa chrétienté, un four à briques et un four à chaux. Lors de la confirmation, il nous a demandé de bénir presbytère, couvent et église, puis nous avons confirmé 126 néophytes, dit la messe paroissiale, avec beaucoup de communions, en sorte que la matinée fut bien remplie, mais combien douce et consolante.
« A Hôahung, M. Thoi accuse 83 baptêmes d’adultes. Ce prêtre, âgé de 76 ans, vient d’être victime d’un mal extraordinaire : une éruption curieuse couvrant tout son corps. Le docteur français y trouve le bacille de la lèpre, les médecins indigènes ne veulent y voir qu’un effet d’empoisonnement produit par divers médicaments. Il a fallu d’urgence nommer un nouveau titulaire ; mais nous ne pouvons laisser M. Thoi quitter ce district sans dire que c’est lui-même qui en a été le fondateur. En 1897, un excellent chrétien chef de canton de la province de Rachgia offrit à Mgr Grosgeorge 50 hectares de terre d’une concession qu’il avait obtenue en pleine forêt et en une contrée où, à l’époque, il n’y avait encore que des troupeaux d’éléphants sauvages, des tigres et autres fauves. Son Excellence demanda à M. Thoi, dont il connaissait le zèle et la prudence, d’y aller faire un essai de chrétienté. Après quelques années de patience, de souffrance, de dévouement, le prêtre recueillit les premiers fruits de ses peines : une chrétienté surgit et se développa, lentement, c’est vrai mais sûrement. Chaque année elle augmenta de 60, 80, quelquefois 100 néophytes. Aujourd’hui, Hoahung est un chef-lieu de district avec une grande et belle église paroissiale, deux annexes et un total de 2.284 fidèles ; quatre religieuses de la Providence y instruisent la jeunesse. M. Thoi, en bon prêtre, se retire parfaitement résigné. Que Dieu ait pitié de ce vaillant ouvrier qui fut toujours un modèle d’humilité et de fidélité dans sa vie sacerdotale.
« Le prêtre indigène Tài, curé de Cai côn, apporte le chiffre de 216 baptêmes d’adultes, obtenus dans les annexes Tram qui et Mai giâm. Ces deux postes sont d’hier et ils comptent déjà 358 néophytes. Ce prêtre est en train d’en fonder un troisième à Cai trâm, et demande un vicaire afin de se donner davantage aux catéchumènes et aux néophytes, et aussi pour soulager quelque peu sa santé passablement délabrée. Malheureusement, nous ne pouvons que lui promettre un frère-catéchiste. Dans la province de Baclieu, M. Duquet et ses deux vicaires ont fait une belle moisson : 227 baptêmes d’adultes et 499 baptêmes d’enfants de païens. Un de ses vicaires, M. Diêp, se trouve à la tête de quatre chrétientés avec 1.577 âmes, et à lui seul il a enregistré 155 baptêmes d’adultes. Tout le district compte 3.686 chrétiens. La crèche de M. Larrabure a encore vu cette année les mêmes succès que les années passées : 1.339 enfants reçus et baptisés. Son compte rendu, signale 710 catéchumènes, dont 376 hommes ; mais par crainte de décourager ceux qui ont l’esprit plus lent, le missionnaire n’a pas cru devoir baptiser ces derniers, bien qu’ils fussent prêts. Il n’a pas pour cela perdu son temps, car toute l’année il s’est dévoué sans compter pour diriger et surveiller la construction d’un hospice que l’Association provinciale d’Aide mutuelle et d’Assistance sociale, de concert avec les Sœurs de la Providence, fait élever au chef-lieu. Cette œuvre sera prête pour le mois de septembre. Nous aurons donc l’occasion, s’il plaît à Dieu, d’en parler l’an prochain.
« Les Œuvres communes de la Mission n’ont failli en rien dans le cours de l’exercice. Au grand séminaire, nous avons ordonné en septembre dernier, cinq sous-diacres qui ont reçu le diaconat au printemps et seront prêtres aux Quatre-Temps de septembre prochain. Les Frères des Ecoles Chrétiennes, malgré la pauvreté des familles, même réputées aisées, ont eu 607 élèves qui recueillirent 46 diplômes franco-indigènes et 12 certificats d’études primaires. Leur communauté de Phnômpênh eut encore la joie de voir 8 de ses élèves recevoir le baptême. Notre Institut des Frères-Catéchistes nous a donnés deux nouveaux profès en août dernier et nous en Promet cinq autres pour le mois d’août prochain. Les Sœurs de la Providence ont, dans la Mission, 12 communautés mixtes : sœurs françaises et sœurs indigènes et 28 communautés purement indigènes. Elles ont eu le bonheur de procurer le baptême à 4.197 enfants de païens et à 627 adultes. Leurs six orphelinats renferment actuellement 868 enfants ; elles ont soigné dans leurs hôpitaux ainsi que dans ceux du gouvernement qu’elles desservent, un total de 27.530 malades. Leurs écoles françaises et franco-indigènes leur ont valu 37 diplômes élémentaires, 10 diplômes franco-indigènes, 5 certificats français, 5 brevets de comptabilité et 6 certificats, ainsi que divers diplômes de dactylo et de sténo. Leurs maisons sont de vraies ruches où la formation morale et intellectuelle sont à l’honneur. Ajoutons que leurs sœurs indigènes tiennent les écoles de 36 chrétientés. Quant aux Amantes de la Croix, M. Haloux, qui a leur Maison-Mère sur sa paroisse, nous écrit : « Le couvent de Russey-heo « continue à se développer : il compte actuellement 47 professes, 23 novices et 20 postulantes. « L’an dernier, j’avais pu élever une chapelle où les sœurs se réunissent pour leurs exercices « particuliers ; cette année, j’ai construit une maison qui recevra les sœurs âgées ou infirmes « ne pouvant plus suivre tous les exercices de la communauté, et les sœurs malades qui « pourront recevoir les soins dont elles auront besoin. » Nous constatons avec joie le grand nombre de bonnes filles qui se consacrent à Dieu ; mais nous ne pouvons nous défendre d’une certaine mélancolie à la vue des rares unités de jeunes gens qui renoncent au monde. Pourquoi cette regrettable disproportion ?
« Il nous faudrait des Ordres religieux à côté des missionnaires et prêtres indigènes pour prier, semer la sainte vie monastique et faire contre-pied à ces innombrables bonzes qui, par leurs têtes rasées, leurs figures amaigries, la couleur de leur costume, fascinent la population. Il faudrait surtout que nous, les prédicateurs, fussions des saints à miracles comme les apôtres, et nous aurions tôt fait de conquérir les royaumes de l’erreur. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|