Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1938
Pays: Cambodge
Mission: Phnompenh
Rédacteur:Mgr Chabalier

IV. — Phnompenh.

Population catholique 94.846
Baptêmes d’adultes 1.605
Baptêmes d’enfants de païens 10.565


S. E. Mgr Chabalier expose avec anxiété l’embarras où il s’est trouvé, lors du rappel de M. Fuma à Paris, tour fournir à son grand séminaire des professeurs aptes à cette charge si délicate et si importante. Il a résolu le problème en envoyant ses jeunes lévites au séminaire Saint-Sulpice à Hanoï. Une autre cause de profonde tristesse pour le Vicaire apostolique est l’affreuse misère qui règne dans les régions de l’ouest cochinchinois. Il n’est pas rare de voir ces pauvres gens aller par groupe se servir eux-mêmes là où ils trouvent du riz a prendre ; ils vont même jusqu’à couper le riz dans la rizière sans s’occuper du propriétaire. C’est pourquoi de nombreux chrétiens ont dû chercher ailleurs de quoi les empêcher de mourir de faim. Par suite de la famine, certains confrères ont dû remettre à plus tard les baptêmes d’adultes et les confirmations, qui normalement auraient pu être administrés cette année.
« Malgré tous ces obstacles à la propagation de l’Evangile, fait observer Son Excellence, toutes les œuvres de la Mission ont continué de progresser, grâce au zèle des prêtres et de leurs auxiliaires. Si les confessions et communions de dévotion ont légèrement fléchi par suite de la misère dans laquelle se trouvent nos fidèles depuis plusieurs mois, par contre le nombre des chrétiens a sensiblement augmenté. Dans la province de Bac-Liêu, M. Combot, riziculteur très honorablement connu, et occupant beaucoup de catholiques, a voulu installer sur son domaine une vraie chrétienté avec chapelle bâtie en briques et une école. Je compte aller bénir cette nouvelle église dans le courant du mois prochain. La population de Bacliêu-ville donne de grandes consolations à son jeune curé, M. Ky, par son assiduité à assister à la messe quotidienne et à fréquenter les sacrements . Etant jeune missionnaire j’ai parcouru de temps à autre cette contrée et souvent je suis passé près d’un gros marché où ce prêtre zélé a enfin pu acheter un terrain qui lui permettra délever une église, d’y construire ses écoles et un presbytère. Un des districts qui donne actuellement les plus belles espérances est certainement celui de Soctrang, espérances fondées sur de nouvelles chrétientés créées successivement et presque sans interruption. Aussi ai-je dû ajouter à cette paroisse nu vicaire qui assurera la visite régulière de ces postes naissants.
Le district, de Cantho a particulièrement souffert de la famine, d’autant plus que ordinairement cette province a de bonnes récoltes ; c’est pour cette raison que M. Larrabure a dû renvoyer à l’an prochain le baptême et la confirmation de ses catéchumènes. Il y a quelques jours j’eus le bonheur de bénir une chapelle à Thien-Loc, dans la région de Boot. Mme et M. l’Administrateur du domaine de l’Ouest ayant un immeuble dans cette localité, mais habitant généralement à Cantho, vinrent de là uniquement pour me faire l’honneur de me recevoir dans leur propriété ; la cordialité et la simplicité avec lesquelles je fus accueilli me touchèrent profondément. Les notables du village en habit de cérémonie assistèrent à la bénédiction et à la messe qui suivit.
« De Boot, passons au magnifique district de Nanggu dirigé par M. Collot. Notre confrère déplore l’arrivée de quelques mauvais chrétiens venus semer la zizanie parmi ses ouailles, mais il espère bien les mettre au pas. J’ai pu administrer près de 1.000 confirmations dans ce poste ; malheureusement le personnel enseignant est insuffisant. A Rachgia l’infatigable M. Dalle a encore doté son district de 3 chapelles en ciment armé, et a dû agrandir les locaux de la crèche afin de recevoir le plus d’enfants possible. La province de Hatiên, la dernière convertie à la religion catholique, ne le cédera bientôt plus aux autres provinces, si Dieu veut bien bénir le zèle dévorant de M. Merdrignac. Cette région possède déjà deux églises bâties en briques : j’ai eu récemment la joie d’en bénir une à Raymoi. Une foule considérable de toute sorte de gens assistaient à la bénédiction ; très sympathiques, ces braves paysans semblaient s’intéresser beaucoup à nos belles cérémonies religieuses. C’est tout un chapelet de chrétientés que ce dévoué missionnaire est en train de constituer. Je recommande spécialement toutes ces fondations aux prières des amis des missions.
« Passant au Cambodge, nous rencontrons sur notre route, d’abord à Banam, le plus beau district, avec ses nombreuses chrétientés échelonnées sur les bords du Mékong et du Sông Bê. M. Blondet qui en a la charge écrit ceci : « Le fait saillant de cet exercice a été la grande « mission donnée par les Pères Rédemptoristes dans les principales chrétientés : deux « semaines à Banam et une seulement en d’autres postes plus importants. Partout le même « esprit de prière, l’attention soutenue durant l’exposition des grandes vérités, la conversion « d’un grand nombre de tièdes et non pratiquants. A la clôture de la mission prêchée à Banam, « 2.000 chrétiens, un cierge à la main, ont participé à la procession qui eut lieu hier soir. A « l’église, j’ai dû placer les élèves de l’école des catéchistes derrière l’autel ; les enfants « remplissaient le chœur ; l’église était bondée, jusqu’aux escaliers envahis de la tribune. Je « suis au comble de la joie ; que le Bon Dieu en soit béni ! Les confessions répétées ont « augmenté cette année de 2.000 et les communions de 4.000. Depuis trois mois la jeunesse « s’efforce de lutter avec la meilleure bonne volonté pour éviter le mal et s’exercer à la piété, « surtout envers N.-D. du Perpétuel Secours. »
« Depuis deux ans, poursuit Son Excellence, M. Mâu a formé deux groupes de croisés dans le centre de Banam ; et l’Heure Sainte, les premier et troisième vendredis du mois, est établie. Dans le même district, M. Nô m’a fait bénir une vaste église avec son superbe clocher ; cet édifice produit un charmant effet sur les bords du grand fleuve. En remontant le Mékong, nous nous trouvons dans la région de KompongCham, pays des plantations. M. Guesdon a tenu à m’exposer le travail qu’il y aurait à faire auprès des 8 à 900 Tonkinois catholiques qui travaillent sur ces concessions. Jusqu’à présent le ministère religieux auprès d’eux était pratiquement impossible, car les coolies travaillaient tous les jours. Désormais le repos hebdomadaire étant obligatoire, il sera plus facile de s’occuper de leur âme. A Thmar Pit, M. le Directeur de la plantation eut l’amabilité de mettre à la disposition d’un prêtre indigène une belle maison et une église très convenable ; je promis à M. Guesdon de lui donner un vicaire pour occuper ce poste. La nomination était faite lorsqu’au dernier moment, je dus revenir sur ma décision et envoyer ce jeune prêtre remplacer un curé mourant.
« Je me suis fait un devoir d’aller à Kompong-Kô remercier M. Machon de son dévouement à préparer les chants pour la cérémonie de ma consécration épiscopale, lui témoigner le bon souvenir que je conserve de notre collaboration au grand séminaire et l’encourager dans ses débuts cambodgiens. Le confort n’existe pas chez lui, mais ce qu’on y trouve c’est l’affection paternelle pour ses Cambodgiens qui la lui rendent merveilleusement. En remontant vers le nord de la Mission, tous les confrères et prêtres indigènes travaillent le mieux possible à remplir leur ministère, les uns en bâtissant des églises, les autres en catéchisant. Les résultats hélas, ne répondent pas toujours aux efforts fournis. M. Armange le constate tous les jours. A Mongkolborey, il ne ménage pas sa peine pour développer son district, mais tous les Cambodgiens ne récompensent pas le zèle ardent de leur pasteur.
« Les paroisses de la capitale ont réalisé 83 baptêmes de catéchumènes ; c’est bien peu, mais lorsqu’on constate cette course vertigineuse vers les plaisirs, on se rend facilement compte que la conversion au catholicisme dans de tels milieux est réellement un acte héroïque. Les sports prennent également de jour en jour plus d’extension ; et pour assister à un match, des milliers de spectateurs sacrifient les obligations de la religion.
« Une question angoissante pour moi, c’est le recrutement sacerdotal. Le petit séminaire ne compte qu’une trentaine de séminaristes. Pour remédier à cette pénurie de prêtres, j’ai fixé une rentrée tous les ans ; j’ai ajouté un professeur au petit séminaire et lors de la prochaine ordination d’autres y seront encore destinés car le personnel actuel ne peut suffire à la tâche malgré tout son dévouement. Le Probatorium nous fait concevoir de belles espérances, qui ne se réaliseront, hélas, que dans une douzaine d’années. J’ai établi, le 1er samedi de chaque mois, une journée de prières dans le but d’obtenir par l’intercession de la Sainte Vierge des prêtres plus nombreux. Espérons que toutes les prières qui seront dites et les communions faites à cette intention, nous vaudront des vocations plus abondantes. La Congrégation des Frères catéchistes nous rend d’immenses services pour l’évangélisation des catéchumènes. Les Frères des Ecoles Chrétiennes doivent refuser des élèves à chaque rentrée, du moins à Phnom-Penh. Nos efforts doivent donc tendre à créer des écoles dans l’intérieur du pays où le français sera enseigné, parce qu’à cette époque les Cambodgiens s’enthousiasment pour l’étude de la langue française.
« Les Sœurs de la Providence de Portieux voient toutes leurs œuvres prospérer : écoles, crèches, hospices et hôpitaux. Cette année, la Croix-Rouge a demandé leur concours pour ses œuvres à Phnom-Penh. Une religieuse française et une sœur indigène apportent leur aide à ce corps de bienfaisance sous le contrôle de M. le Directeur local du service de santé ; mais nos bonnes religieuses, elles aussi tournent leur regard suppliant vers la Maison-Mère pour obtenir du renfort, car le bien à faire est immense. Quant aux écoles, l’Administration française devient de plus en plus exigeante. En Cochinchine elle demande le certificat franco-indigène à tout maître de l’enseignement primaire ; au Cambodge, le certificat élémentaire indigène est aussi exigé. Nous nous efforçons dans nos maisons de formation de satisfaire à ces obligations.
« En terminant, je veux évoquer le souvenir de mon regretté prédécesseur, Mgr Herrgott. Après ma consécration épiscopale, j’ai célébré l’anniversaire de sa mort. La pro-cathédrale était pleine de chrétiens venus témoigner leur affectueuse reconnaissance à celui qui a tant travaillé pour la Mission. Sa dépouille mortelle repose dans l’enclos de l’évêché, face à la future cathédrale qu’il m’a laissé le soin de bâtir. Sa Sainteté Pie XI a daigné associer son nom à cette construction en m’envoyant un don vraiment royal. Qu’on me permette de tendre la main à tous les amis des Missions. »



~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam