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Rapport annuel des évêques

Année: 1970
Pays: Cambodge
Mission: CAMBODGE

RÉGION
DU CAMBODGE


Situation générale

De l’été 1969 à mars 1970

Durant l’été 1969, le Cambodge entend poursuivre sa politique de neutralité et d’indépendance : il n’adhère à aucun bloc idéologique et à aucun pacte militaire, se tenant à l’écart de l’O.T.A.S.E. Il se considère toujours comme un des pays non alignés (Conférence de Bandung). Mais cette neutralité, sans cesse proclamée et défendue officiellement, apparaît de plus en plus orientée vers les pays socialistes et, de ce fait, critiquée par une partie notable de l’opinion.

La reconnaissance du G.R.P. (Gouvernement Révolutionnaire Provisoire) du Sud-Vietnam, le renforcement et l’extension des bases vietcongs en territoire cambodgien d’où elles lancent des attaques sur les troupes du Sud-Vietnam et, par suite, les ripostes de l’aviation américaine ou sud-vietnamienne qui atteignent le plus souvent de paisibles paysans, tout cela mécontente de plus en plus la population frontalière et les Khmers en général. De même, le transit par le Cambodge du ravitaillement et de l’armement destinés au F.N.L. ne peut passer inaperçu. Sans doute faut-il voir dans la reprise des relations diplomatiques avec les Etats-Unis d’Amérique (août 1969) le signe d’une volonté de neutralité plus effective.

Sur le plan économique et financier, les dirigeants enregistrent l’échec partiel de l’étatisation du commerce et des banques.

Face à ces difficultés, le prince Norodom Sihanouk, chef de l’Etat, confie au générai Lon Nol, de tendance droitiste, le soin de former un nouveau gouvernement. Et la nouvelle formation qui est investie par l’Assemblée nationale le 13 août 1969 (1), aura pour objectif principal de libéraliser progressivement les secteurs économique et financier.

En ce qui concerne la neutralité du pays, dès la fin de septembre le Général Lon Nol, qui est en même temps chef d’état-major de l’armée, présente au prince Sihanouk un rapport faisant état des implantations vietcongs et nord-vietnamiennes le long de la frontière khméro-vietnamienne et à l’intérieur du territoire national. Ce rapport couvre la période du 16 au 30 septembre et englobe également les Khmers Rouges. Au total : 35000 à 40000 hommes.

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(1) A noter que le gouvernement Lon Nol, agréé par le prince Sihanouk et qualifié par lui de « gouvernement de sauvetage », sera celui-là même qui, le 18 mars 1970, contribuera à le
A la suite de l’appel du prince Sihanouk, il y eut quelques contre-manifestations en faveur de l’ex-chef de l’Etat à Kompong-Cham et dans le secteur des plantations (26, 27, 28 mars), manifestations orchestrées par les Vietcongs.


Il y a lieu de remarquer que, peu après la publication de ce rapport, le chef du gouvernement s’absente du Cambodge pour aller refaire sa santé à Paris ; dans ces moments délicats, il laisse la direction du gouvernement au prince Sirik Matak, vice-président, personnalité influente et de décision. Le séjour prolongé du général Lon Nol en France permet de supposer qu’il pouvait y avoir désaccord entre lui et le chef de l’Etat ; il ne rentrera au Cambodge que le 18 février 1970.

Entre temps, le prince Sihanouk a quitté Phnom-Penh le 6 janvier : sur l’avis de ses médecins, qui l’ont prié de prendre du repos, il va faire une cure à la clinique diététique du Dr. Pathé à Grasse. Outre son épouse, la princesse Monique, plusieurs personnalités l’accompagnent, parmi lesquelles M. Penn Nouth, ex-premier ministre. Le général Lon Nol a été reçu par le prince quelques jours avant de rejoindre son pays.

Les faits décisifs : mai-juin 1970

Peu après le retour du président du Conseil, les événements se précipitent au Cambodge.

8 mars. — D’importantes manifestations populaires se déroulent à Svay-Rieng, demandant le retrait des troupes vietcongs et nord-vietnamiennes hors du territoire national. Les lycéens surexcités y commettent des méfaits ; en particulier, ils saccagent de nombreuses habitations vietnamiennes et chinoises.

11 mars. — De semblables manifestations, mais d’une autre ampleur, ont lieu à Phnom-Penh. Etudiants, lycéens, cyclo-pousseurs et ouvriers, porteurs de banderoles anti-vietcong, se groupent auprès du monument de l’Indépendance. En début d’après-midi, les manifestants se dirigent vers les ambassades du G.R.P., puis de la R.D.V.N. et les mettent à sac : drapeaux, archives et mobilier sont brûlés.
Mis au courant de ces événements, le prince Sihanouk encore en France (il a été reçu par le président Pompidou le 3 mars) télégraphie pour annoncer son retour imminent. Malgré cela, il prendra l’avion le 13 pour Moscou, et une escale de quelques jours à Pékin est également maintenue.

16 mars. — Les députés sont réunis au siège de l’Assemblée nationale en vue de débattre de différentes questions. Des milliers d’étudiants, la population et les fonctionnaires sont massés devant le bâtiment et demandent à être reçus par les députés. La séance est suspendue et des représentants des manifestants sont autorisés à présenter leurs motions : ils exigent que le gouvernement prenne des mesures énergiques « pour chasser les Vietcongs hors du territoire national ».

17 mars. — Le général Lon Nol informe le prince Sihanouk de la gravité de la situation et particulièrement de l’opposition croissante de la population à la présence des Vietcongs dans le pays.

18 mars. — L’Assemblée nationale (députés) et le Conseil du royaume (sénateurs) réunis votent une déclaration proclamant « la nation en danger ». Et, après l’examen des interventions de nombreux orateurs opposés à la politique du prince (accusé de népotisme et de traîtrise envers la nation), le Parlement à l’unanimité vote la déchéance du prince Norodom Sihanouk de sa qualité de chef d’Etat.

M. Cheng Heng, qui en tant que président de l’Assemblée nationale assurait l’intérim pendant l’absence du prince, assurera désormais les fonctions de chef de l’Etat, conformément à la constitution, jusqu’à l’élection d’un nouveau chef d’Etat.

Le gouvernement proclame sa volonté de maintenir la neutralité et l’indépendance du Cambodge et, dans ce sens, tente de négocier avec le G.R.P. et Hanoï (20 et 24 mars). Mais ceux-ci refusent et retirent leurs missions diplomatiques le 27 mars. Pékin ne tardera pas à faire de même. Par contre, le Cambodge renoue des relations diplomatiques avec la République du Vietnam (Saigon), la Thailande et Formose.

CAMBODGE
Population 7000000
Catholiques 61 435

Vicariat apostolique PHNOMPENH
Préfectures apostoliques BATTAMSANG
KOMPONG CHAM
Clergé 60 prêtres
dont 2 prêtres diocésains cambodgiens
16 prêtres diocésains vietnamiens
1 prêtre diocésain chinois
39 M.E.P.
1 « Fidéi Donum »
1 O.M.I., détaché du Laos

Monastère bénédictin 18 moines prof. prêtres.

ACTUELLEMENT (septembre 1970)
le clergé ne compte plus que :
2 prêtres diocésains cambodgiens
2 prêtres diocésains vietnamiens
20 M.E.P., dont 3 retenus en zone vietcong
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* Situation avant l’exode des Vietnamiens catholiques.


Quant au prince Sihanouk, c’est alors qu’il se dispose à quitter Moscou pour Pékin qu’il est informé de sa destitution. Mais il ne l’entend pas ainsi: le 23 mars, par la voix de Radio-Pékin, il appelle le peuple à la révolte contre le gouvernement « illégal s de Phnom-Penh et annonce la formation d’un « Front Uni National du Kampuché » (F.U.N.K.) dont il prend la direction. (1). En fait, il s’allie ouvertement avec les Vietcongs et les Nord-Vietnamiens qui, à partir des « sanctuaires » qu’ils occupent, vont passer à l’attaque des postes frontaliers khmers (fin mars), puis envahir plusieurs provinces du Cambodge. Les combats débutent dans le secteur de Svay-Rieng et de Prey-Vêng, au sud-est du pays, et s’étendent rapidement à la région des plantations d’hévéas : Snoul, Mimot et Chup. Le 26 avril, les troupes vietcongs et nord-vietnamiennes atteignent même le Mékong en prenant le chef-lieu de district de Chhlong ; quelques jours plus tard, elles seront à Kratié.

L’armée cambodgienne, dont l’effectif ne dépasse guère 30000 hommes, va être submergée. Mais alors interviennent les troupes sud-vietnamiennes et américaines. Le 3 mai, les premières sont à Svay-Rieng, tandis que les Américains attaquent et occupent Mimot et Saoul.

Cependant, dans la nuit du 2 au 3 mai, les Vietcongs et Nord-Vietnamiens coupent Svay-Rieng de la capitale en se rendant maîtres du bac stratégique de Néac-Loeung, sur le Mékong. Mais moins d’une semaine après (9 mai), une importante opération de troupes héliportées sud-vietnamiennes reprend par surprise la localité de Néak-Loeung et ses environs.

…Et la guerre va se poursuivre, bientôt sans le concours des troupes américaines, qui sont retirées à la date du 30 juin comme prévu.


Situation de l’Eglise

Quelques méfaits

Les manifestations du 11 mars et des jours suivants n’ont pas été sans répercussions sur les communautés chrétiennes, vietnamiennes pour la plupart. Les slogans, anti-vietcongs à l’origine, ont tourné rapidement à une opposition systématique contre tout ce qui est vietnamien en général et chrétien en particulier. Comme dans tout mouvement populaire il y a eu des excès et des dommages causés aux biens des Vietnamiens et des Chinois, peu aux personnes.

C’est ainsi que dès le soir du 11 mars, des éléments « incontrôlés » de la population de Phnom-Penh, ouvriers-manœuvres et cyclo-pousseurs en majorité, saccagent les nombreuses maisons flottantes vietnamiennes de Russeykeo (1er quartier). Le même soir, ils enfoncent portes et fenêtres de l’église Saint-Joseph (à 5 km) et du presbytère attenant ; à l’intérieur ils brisent les meubles, même l’autel (répandant les saintes espèces) et arrachent les installations électriques, tout cela sous les yeux des religieuses vietnamiennes terrifiées. Le lendemain, à 8 heures, les mêmes éléments reviennent à l’église principale de Russeykeo et y commettent les mêmes actes de vandalisme, mais un détachement de militaires arrive à temps pour les empêcher de piller le presbytère.
En province, deux églises furent également saccagées, par des lycéens : Kompong-Trabêk (le 17 mars) et Néak-Loeung (le 18), toutes deux situées dans la préfecture apostolique de Kompong-Cham. En tout, plusieurs centaines de milliers de riels de dégâts (soit des dizaines de milliers de francs actuels).
Qu’il suffise, d’autre part de mentionner un fait extrêmement déplorable que la presse étrangère a suffisamment rapporté et commenté : la rafle par l’armée, dans la nuit du 12 au 13 avril, de quelque 600 hommes vietnamiens, presque tous catholiques, de Chrui-Changvar... qu’on n’a plus revus.

Fermeture des écoles

Le 19 avril 1970, un télégramme officiel émanant du ministère de l’Education nationale ordonne « la fermeture de toutes les écoles privées étrangères chinoises, vietnamiennes missionnaires » à Phnom-Penh et dans les provinces.
Par cette note sont touchées toutes les écoles primaires et secondaires de la mission, à savoir les écoles paroissiales, le petit séminaire, le collège de la Providence et celui des Frères de Miche. Cette mesure marque-t-elle une certaine suspicion du gouvernement vis-à-vis des dites écoles, ou vise-t-elle simplement à rendre des locaux disponibles pour des besoins encore inconnus du public ? Les deux, sans doute. Toujours est-il que, moins de deux semaines plus tard, la police commence à y regrouper un grand nombre de Vietnamiens de la ville ; « volontaires » pour partir au Sud-Vietnam. Peu après, une commission sud-vietnamienne arrive à Phnom-Penh pour discuter avec les autorités cambodgiennes des modalités du rapatriement des Vietnamiens.
Toutes les communautés Vietnamiennes de la capitale et des environs sont peu à peu rassemblées dans ces différents camps improvisés et en juin les plus importants de ces cantonnements totaliseront chacun plus de 10 000 personnes (Providence : 15 800, Russeykeo, église et couvent : 19 700, petit séminaire : 13 200).

Dislocation des chrétientés

Le regroupement et le départ des Vietnamiens ou le fait des combats ont pour conséquence la dislocation et même la disparition complète de la plupart des chrétientés vietnamiennes. Les premières atteintes sont celles du vicariat apostolique de Phonm-Penh et de la préfecture apostolique de Kompong-Cham.

PHNOMPENH

Population : 2000000
Catholiques: 31818

RESPONSABILITÉS DIOCÉSAINES
Vicaire apostolique Mgr RAMOUSSE Yves
Vicaire délégué et provicaire PP. COUËRON Raymond
Procureur MADEC René

RESPONSABILITÉS M.E.P.
Supérieur régional COUËRON Raymond

MINISTÈRE PAROISSIAL

Popula- Catho- Adultes Catéchu-
tion liques Baptisés mènes
PHNOMPENH

— Cathédrale 600 000 2 500 12 LOUBET Georges
— Immaculée Con-
ception » 1 800 13 6 COUËRON Raymond
— Sainte-Anne » 2 500 4 11
— Chrui-Changvar » 3 026 3 1 GARRA Joseph
— Sacré-Cœur (chi-
nois) » 1 196 8 12 PETIT Bernard
— Sacré-Cœur (Viet-
namien) » 4 000 11 10 LEVREY Pierre
— Saint-Antoine » 550 7 EYNARD Louis
— Kohkor-Saang 190 000 1 850 4 MADEC René
— Kampot 850 000 708 1 3 MOUYSSET Jean

MINISTÈRE EXTRA-PAROISSIAL
Petit séminaire : supérieur RONDINEAU Rogatien
Professeurs THOUVENIN Albert
LANDREAU Albert
CUENOT Denys

BURCK Jean
Aumônier du Carmel et professeur au grand séminaire TALLIN Georges
Centre communautaire ROLLIN Vincent (1)
Centre des Etudiants DESTOMBES Emile
ETUDE DE LANGUES : à Formose JEANNEQUIN Joseph
à Speu KONGS Gilbert
RETIRÈ DU MINISTÈRE MIRONNEAU Jean
Actuellement sur 20 prêtres M.E.P., 8 sont présents DESRUELLES Louis
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(1) Tué vers le 10 mai, dans la région de Somrong-Thom, à 40 km à l’est de Phnompenh.
* Situation avant l’exode des Vietnamiens.



VA, de Phnom-Penh. — A la mi-avril, les hommes de Koh-Kor, — grosse paroisse d’un millier de chrétiens à 30 km au sud de la capitale sur le Bassac et à 3 km de Saang occupé par les Vietcongs, — sont conduits et gardés dans une usine de Chak-Angrê, dans la banlieue de Phnom-Penh. Après la reprise de Saang par les troupes cambodgiennes (23 avril), la vie étant intenable à Koh-Kor, le P. Madec, curé du lieu en même temps que procureur de la mission, parvient à ramener toutes les familles dans la même usine. Au début de mai, la majorité des chrétiens de Moat-Krasas, Véal Thom et Phloutrey (10-15 km de Phnom-Penh sur la rive gauche du Mékong) se retrouvent aussi à Chak-Angrê. Un mois plus tard, la chrétienté de Samrong-Thom, à une quarantaine de km sur la route de Néak-Loeung, pourra de même être évacuée et amenée à Phnom-Penh.

Pendant ce temps, les paroisses de Phnom-Penh/ Ville se désagrègent aussi peu à peu, soit que certaines familles plus aisées gagnent Saigon par avion, soit que la majorité rejoigne les camps de regroupement en vue de partir par la voie fluviale.
Les Vietnamiens de la région de Kampot sont transportés par la marine sud-vietnamienne directement par mer.

P. A. de Kompong-Cham. — A Svay-Rieng, après l’arrivée des troupes sud-vietnamiennes (3 mai), le P. Michel Leroux part avec la grande majorité de ses 2000 chrétiens pour Tay-Ninh (Sud-Vietnam), mais Tay-Ninh n’est qu’une étape vers un point d’implantation à trouver au Sud-Vietnam.

Le 9 mai, à Néak-Loeung repris au Vietcong, les Vietnamiens de l’endroit, plus ceux de Banam et de Prêt-Krabao qui le peuvent, s’embarquent sur les péniches de débarquement sud-vietnamiennes et regagnent leur pays d’origine. Ils sont accompagnés par les PP. Gouin (dont l’église et le presbytère ont été bombardés quelques jours plus tôt par l’aviation cambodgienne), Vulliez et Parais. Il reste une trentaine de familles chrétiennes à Banam, aucune à Néak-Loeung, mais beaucoup à Prêk-Krabao que les Vietcongs empêchèrent d’embarquer.

Dans la première quinzaine de mai, les bateaux de la marine sud-vietnamienne évacuent les chrétiens de Kompong-Cham et ceux des paroisses situées en aval le long du Mékong. Malheureusement, ces bateaux n’ont pu remonter jusqu’à Krauchmar. Le P. Ponchaud (Kompong-Cham) avait déjà tenté en vain, quelques jours plus tôt (9 mai), de ramener par chaloupes les chrétiens de ce secteur très menacés par l’avance vietcong. Aussi les trois chrétientés de Krauchmar, Boeng Kachot et Prêk-Kâk vont demeurer en zone vietcong pour longtemps.

Le 24 mai, l’armée sud-vietnamienne occupe la plantation de Chup et transporte dans ses véhicules et dans les camions de la plantation tous les Vietnamiens qui veulent partir. Le P. Choimet et les Sœurs, eux, sont conduits par hélicoptère à Kompong-Cham.

P. A. de Battambang. — La région jouissant d’une paix prolongée par rapport au reste du pays, les Vietnamiens peuvent y demeurer plus longtemps. Ce n’est qu’au mois de juin que les premiers, les chrétiens du Grand Lac (Tonlé-Sap) se rassemblent à Krakor ou Kompong-Chhnang, ceux de Boeng-Kranh et Kanhchor à Pursat, en vue de gagner Phnom-Penh, puis le Sud-Vietnam. Plus tard, l’ensemble des Vietnamiens de Ta-Om, Kralanh et Spéan-Srêng sont regroupés en deux camps près de Poipet, à la frontière khméro-thaïlandaise. La majorité de ceux-là, en même temps que les chrétiens de Battambang et de Khsach-Puy, seront acheminés par route sur Phnom-Penh au début d’août, les autres sont encore dans ces deux camps.

Les opérations de rapatriement des Vietnamiens (200000 personnes environ), effectuées principalement par la marine sud-vietnamienne, seront officiellement terminées au 15 août 1970.



BATTAMBANG

Population 2000000
Catholiques 10262

Préfet apostolique Mgr. TEP-IM SOTHA Paul
Vicaire délégué et pro-préfet PP. PERRIOT-COMTE Joseph
Procureur MARTIN René

Clergé 12 prêtres

Dont 9 M.E.P. : 1 dans un ministère extra-paroissial, 8 en parroisses ;
PP. PERRIOT-COMTE Joseph Siémréap
POISNEL Albert Khsach-Puy
VENET Robert Kompong-Thom et 3 chrétientés annexes
CLAUDEL Français (1) détaché à Phnompenh
VUILLEMIN Jean Kompong-Chhnang et 3 chrétientés annexes
WITTWER Christian Siémréap et 3 chrétientés annexes
AHADOBERRY Jean Battambang
MONTVUAGNAFID Claude Kompong-Thom (école de catéchistes)

Actuellement il reste 6 de ces prêtres, dont 2 seulement sont en paroisse.
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(1) Tué vers le 10 mai, dans la région de Somrong-Thom à 40 km à l’est de Phnompenh.
* Situation avant l’exode des Vietnamiens.




KOMPONG CHAM

Population 2375000
Catholiques 19355

Préfet apostolique Mgr André LESOUËF
Pro-préfet et vicaire délégué P. Joseph VULLIEZ
Clergé 15 prêtres

dont 10 prêtres des M.E.P., tous en paroisses :
GOUIN Eugène Banam et 1 chrétienté annexe
LEROUX Michel Svayrieng et 4 chrétientés annexes
VULLIEZ Joseph Prk-Krabai et i chrétienté annexe
CHOIMET Yves Plantation de Chup et Krêt
GRANNEC Noël (1) Trapéang (avay) Phlous et 3 chrétientés annexes
PARAIS Joseph Néak-Luong et 3 chrétientés annexes
RAPIN Pierre Krauchmar et Plantation de Prêt-Kâk
CADOUR Jean Kratié et 2 chrétientés annexes
LE CONTOUR Maurice Chhlong et Plantation de Mimot
PONCHAUD François Kompong-Cham et 2 chrétientés annexes.

Sur ces 10 prêtres, il en reste actuellement 5, dont les PP. RAPIN et CADOUR, retenus en zone vietcong. Le P. GRANNEC est porté disparu.
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* Situation à la fin de l’exercice 1970-1971, avant l’exode des Vietnamiens catholiques.



Dans tout le Cambodge, mises à part la paroisse cosmopolite de la Cathédrale, les paroisses cambodgiennes de Phnom-Penh (Preah-Méada), Battambang, Chomnom, Kompong-Kor et deux communautés chinoises (Phnom-Penh et Battambang), il ne reste comme chrétientés organisées que celles qui, du fait des circonstances, se sont trouvées bloquées en zone vietcong, soit 2 chrétientés cambodgiennes et 7 Vietnamiennes.

Incidences sur la vie des prêtres

Action caritative. — Dès les premiers jours du regroupement des Vietnamiens Mgr. RAMOUSSE organise, avec le concours des prêtres les plus disponibles et de quelques laïcs dévoués (principalement les trois demoiselles de Clair Logis), les secours matériels et spirituels aux milliers de personnes en difficulté. « Primum vivere ! ... »

A cet apostolat d’un nouveau genre se dépensent des confrères de Phnom-Penh : les PP. CLAUDEL, MADEC, RONDINEAU, ROLLIN, DESTOMBES... auxquels s’adjoignent bientôt les réfugiés de province : les PP. LE COUTOUR (de Chhlong), MONTVUAGNARD (de Kompong-Thom), WITTWER (de Siem-réap)… Ils vont chaque jour s’enquérir des besoins des différents camps et, aidés d’hommes souvent pris dans ces camps, y porter ravitaillement, médicaments, vêtements, etc.

Deux de ces confrères y sont bientôt victimes de leur dévouement : les PP. François CLAUDEL et Vincent ROLLIN. Le 5 mai au matin, ils étaient partis pour visiter et secourir plusieurs chrétientés des environs de Phnom-Penh, la dernière étant celle de Somrong-Thom (à 40 et quelques kilomètres à l’est), où les chrétiens étaient cantonnés dans l’église et l’école. Après le déjeuner pris chez le prêtre du lieu, ils sont repartis vers l’est. Mais le soir, ils n’étaient pas de retour à l’évêché, ni les jours suivants... Au bout d’une longue semaine d’attente et recherches angoissantes, on apprit qu’ils avaient été pris par les Vietcongs et qu’ils auraient été mis à mort par eux le 10 mai.

Très vite, la mission ne peut suffire, même avec l’aide substantielle apportée par Mgr le Délégué apostolique et par divers organismes internationaux, à la subsistance de dizaines de milliers de personnes « déplacées ». Début mai, un « Comité d’entraide et d’assistance aux victimes de guerre » est formé et présenté à l’approbation du gouvernement. Ce comité, présidé par un docteur cambodgien et composé de prêtres, du pasteur Clavaud et de deux religieuses (secrétaire : P. Destombes, secondé par Sœur Maria-Pia), a pour rôle de prendre contact avec les autorités administratives, afin de déterminer la part que la mission peut apporter à l’entraide des Vietnamiens en « instance » de départ. De fait, à partir du 6 juin, le comité travaille en collaboration et bonne entente avec le ministère de l’Action sociale : certains camps restent confiés au comité, tandis que les autres sont pris en charge par le ministère. Puis, progressivement, le comité donnera son concours a l’assistance aux réfugiés cambodgiens venant des provinces touchées par la guerre.

Il reste que, de fin avril au 15 août, la plupart des prêtres seront absorbés par ces activités caritatives en faveur des rapatriés.

Départs. — Certains confrères, nous l’avons vu, ont dû, en raison des circonstances, se replier sur Phnom-Penh. A ceux qui ont été cités plus haut il faut ajouter les PP. Poisnel et Ponchaud. Le P. POISNEL (76 ans), ayant perdu la majorité de ses chrétiens de Khsach-Puy, s’est retiré à Battambang chez les Sœurs de la Providence où il fait fonction d’aumônier. Quant au P. PONCHAUD, de Kompong-Cham, il poursuit à Phnom-Penh, avec acharnement et succès, ses travaux de traduction en khmer du lectionnaire de la messe et autres textes liturgiques. Il va prochainement organiser un stage de recyclage de catéchistes.

Les chrétiens vietnamiens quittant en masse le Cambodge, d’autres prêtres les accompagnent ou vont les rejoindre, afin d’aider à leur réimplantation au Sud-Vietnam.

Tous les prêtres vietnamiens qui en ont la possibilité (12) partent sans esprit de retour ; de même, 4 moines bénédictins de Kêp.

Plusieurs M.E.P. sont détachés pour un temps au Vietnam. Après les PP. LEROUX, GOUIN, VUILLIEZ et PARAIS qui ont été les premiers à suivre leurs chrétiens, ce sont les PP. GARRA, EYNARD et VUILLEMIN.

A noter que les religieuses Vietnamiennes aussi ont regagné en majorité leur pays d’origine : celles de la Providence, quelques Carmélites âgées et surtout les Filles de Marie (congrégation diocésaine) qui ont laissé seulement quelques sœurs pour garder le couvent. Quant aux Frères des Ecoles chrétiennes de l’Ecole Miche, ils sont tous partis.

En outre, des confrères sont rentrés en France définitivement : les plus âgés, les PP. MIRONNEAU et THOUVENIN, ou pour un congé : les PP. TALLIN, MOSSYSSET, CUENOT, LANDREAU, PERRIOT-COMTE et BURCK. De ces derniers qui n’ont pas ou peu pratiqué la langue du pays, quels sont ceux qui reviendront au Cambodge ?

Isolement. — Tandis que tous ces confrères nous quittaient soit pour la France, soit pour le Vietnam, certains autres étaient, par la force des choses, isolés en zone contrôlée par les Vietcongs. Fin avril, le P. GRANNEC ne peut plus sortir de sa chrétienté de Péans-Chôr ni communiquer avec l’extérieur, après les combats de Néak-Loeung (3 mai). Au début de juin, des gens du secteur rapportent que le Père n’est plus chez lui et que personne ne sait où il est. D’autres disent qu’il a été arrêté par les Vietcongs et tué.

Fin avril également, le P. CADOUR est bloqué à Kratié, puis le P. RAPIN à Krauchmar avec deux prêtres Vietnamiens (mi-mai) et le P. VENET à Kompong-Kor (fin juin). Nous n’en recevons que de rares nouvelles par intermédiaires.

Au terme de tous ces bouleversements, il restera peu de chrétiens dans le pays (il n’est pas encore possible d’avancer un chiffre) et peu de prêtres aussi :

— Vic. ap. de Phnom-Penh :
10 MEP,
1 Fidei donum,
2 autochtones
8 Bénédictins prêtres dont 1 Cambodgien.
— Préf. ap. de Kompong-Cham :
5 MEP,
2 autochtones.
— Préf. ap. « Battambang » :
6 MEP,
1 Bénédictin.

Il est difficile de dire dans quel domaine s’exercera principalement leur apostolat de demain. L’évangélisation sans doute, sous différentes formes, mais alors il faudra étoffer le personnel de la mission ! Ce qui est certain, c’est que l’Eglise ne devra plus paraître vietnamienne et qu’il s’agira désormais de lui faire acquérir un visage plus cambodgien. Telle est l’orientation qu’entendent lui donner les trois Ordinaires du Cambodge, avec l’appui et la collaboration de tous les prêtres présents.



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