| Année: |
1903 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-si |
| Rédacteur: | Mgr Lavest |
IV. — Kouang-si
Population catholique 2.568
Baptêmes d’adultes 476
Baptêmes d’enfants de païens 168
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Le Kouang-si a beaucoup souffert, l’an dernier, de la famine et des troubles causés par les rebelles. Cette double calamité a eu du moins un heureux résultat : elle a été l’occasion de nombreuses conversions, tant il est vrai « qu’à quelque chose malheur est bon, dit Mgr Lavest. » Les ouvriers apostoliques ont accueilli avec joie toutes les âmes droites qui se sont présentées, mais ils ont écarté soigneusement les individus dont les intentions ne leur paraissaient pas assez pures, ou qui passaient pour être affiliés aux sociétés secrètes. On ne saurait être trop prudent dans le choix des catéchumènes, à une époque troublée comme celle que traverse le Kouang-si.
Mgr Lavest annonce 739 baptêmes : dont 476 d’adultes, 95 d’enfants de chrétiens, et 168 d’enfants moribonds. Sa Grandeur devait faire une tournée dans l’ouest de sa mission, mais, cette région étant au pouvoir des pirates, la visite pastorale projetée a dû être remise à des temps meilleurs.
Depuis bien des années, les missionnaires demandaient l’établissement d’un poste dans la ville de Pe-se, sur le Si-kiang. La chose est faite maintenant, au grand avantage des districts du nord-ouest qui se trouvaient trop éloignés du centre de la mission, pour être desservis directement par la procure.
Mgr de Sophène passe longuement en revue les cinq groupes de districts du Kouang-si ; nous nous bornons, par nécessité, à analyser brièvement le rapport si complet que Sa Grandeur nous a adressé.
I. Groupe du Nord-Ouest. Toute la région de Se-tchen, Si-long et Si-lin a été ravagée par les pirates. Les villages qui osaient se défendre étaient brûlés et rasés ; les autres n’étaient que pillés. Les riches, emmenés captifs, ne recouvraient leur liberté qu’en payant une forte rançon ; les femmes et les filles étaient enlevées et on ne les revoyait jamais plus.
MM. Séguret, Epalle et Sifferlen, considérant avec raison qu’il n’y avait pas lieu de compter sur la protection des autorités locales, abandonnèrent la sous-préfecture de Si-long et se réfugièrent au Kouy-tcheou.
M. Baufreton, cerné dans la ville de Si-lin par les pirates, a passé toute une année sans voir un seul confrère. Il a fait preuve, en cette circonstance, d’une patience et d’un courage admirables.
Les chrétiens de son district ont été pillés, pour la plupart, mais aucun n’a été mis à mort. Lorsqu’ils se croyaient en danger, ils accouraient auprès du missionnaire où ils se trouvaient en sûreté.
Cet état d’anarchie dura près de huit mois : de mai 1902 à janvier 1903. Les soldats ayant enfin réprimé la rébellion, les trois exilés de Kouy-tcheou furent invités par les mandarins de Si-long à revenir au Kouang-si. Ils y sont rentrés au mois de décembre 1902, et ont repris possession de leurs districts à la grande joie des chrétiens.
M. Séguret s’est fixé à Sin-tcheou et a déjà réparé les résidences de Tche-gai et de Ko-hao. En outre, il a visité plusieurs groupes de catéchumènes. Au cours de sa tournée, il a eu la consolation d’inscrire comme adorateurs un bon nombre de sauvages miao.
M. Epalle, à Kiou-tcheou, se réjouit de la bonne volonté que montrent les chrétiens et les catéchumènes depuis son retour.
« Sous ce rapport, écrit-il, l’escarmouche du pirates aura du bon ; elle aura tiré nos « chrétiens de leur apathie. Ils deviennent plus fervents ; ils comprennent que notre sainte « religion est le meilleur soutien dans l’adversité. Oh ! que je serais content si, un jour, on « pouvait dire de mes paroissiens indigènes : Voilà de bons chrétiens. »
M. Sifferlen s’est établi à Si-lin, où il remplace M. Baufreton, qui occupe lui-même le poste de Pe-se.
« J’ai visité tous les chrétiens de mon district, écrit M. Sifferlen, car ce n’est que par les visites à domicile que le missionnaire connaît son monde. Je suis rentré hier à Si-lin, après cinquante jours d’absence.
« Au cours de ma tournée j’ai entendu 106 confessions et distribué 75 communions. C’est « peu, sans doute : mais à ma prochaine visite, j’obtiendrai davantage.
« Je suis très satisfait de mon séjour à Liou-kia-to, où j’ai inscrit une cinquantaine de « familles chinoises parmi les adorateurs.»
C’est au mois de mai 1903 que M. Baufreton s’est Installé à Pe-se : notre confrère entretient d’excellents rapports avec les mandarins de la ville. Cette bonne entente est due, en grande partie, à un fait qui eut lieu en 1902, lorsque Mgr Lavest acheta un immeuble à Pe-se. Le préfet chercha chicane à Sa Grandeur au sujet de cet achat, sous prétexte que le vendeur n’avait pas demandé l’autorisation de vendre. Le tao-tai de Nan-ning dut intervenir pour faire entendre raison au préfet, qui finit par reconnaître qu’il s’était trompé.
M. Baufreton a dessein d’ouvrir une école de français, pour occuper ses loisirs, en attendant que le bon Dieu lui envoie des catéchumènes. Déjà plusieurs personnes lui ont demandé des livres de doctrine.
Afin que le titulaire de Pe-se ne fit pas trop isolé, Mgr Lavest a placé un jeune missionnaire, M. Tessier, à Se-tchen, ville située à deux journées de Pe-se.
II. Groupe de l’Ouest. Ce groupe comprend les trois districts de Long-tcheou, Tai-pin et Chang-se, administrés respectivement par MM. Costenoble, Coste et le P. Étienne Ou.
Long-tcheou a fourni 7 baptêmes d’adultes ; Tai-pin, 20 ; Chang-se n’a donné que des catéchumènes.
« Le nombre de mes baptêmes d’adultes est bien modeste, écrit M. Costenoble, mais il « vaut mieux avoir peu de néophytes, pourvu qu’ils soient bons, que d’en avoir beaucoup de « médiocres.
« J’aurais désiré visiter les catéchumènes dans leurs villages ; les brigands m’en ont « empêché, et puis, je n’ose pas laisser les trois Sœurs de Saint-Paul de Chartres, seules à « Long-tcheou, où elles sont venues s’établir au mois de décembre 1902.
« Nos zélées auxiliaires ont déjà entrepris la formation de religieuses indigènes, qui nous « seront d’un si grand secours pour l’instruction des femmes païennes et la direction des « écoles.
« Elles auront bientôt un hôpital pour les vieillards des deux sexes, une crèche pour les « enfants abandonnés, et un dispensaire où seront distribués des remèdes aux malades. Ces « œuvres de charité nous concilieront la sympathie de la population, et seront une source de « bénédictions pour toute la mission. »
M. Coste écrit de son côté : « Je ne remarque plus aucune trace de l’hostilité qui se « manifesta si bruyamment lors de mon installation à Tai-pin, il y a deux ans. Je puis « parcourir la ville en tout sens, sans entendre la moindre parole blessante.
« A l’Assomption, malgré l’insécurité des routes, une soixantaine d’hommes sont venus « prendre part à la fête. J’ai constaté avec plaisir qu’ils avaient fait de sérieux progrès dans « l’étude de la doctrine et des prières.
« Je suis particulièrement content de mes hak-ka de Nin-min-tcheou. Il s’est produit, dans « cette dernière ville, un événement qui m’a beaucoup frappé. Un chef de milice, homme très « riche, s’était mis en tête de nuire aux chrétiens, par tous les moyens possibles. Or, une « douzaine de lettrés païens ont pris nettement parti pour mes chrétiens contre leur « persécuteur. Ils ont adressé au préfet de Tai-pin et au tao-tai de Long-tcheou une requête, « dans laquelle étaient relevés une foule de griefs contre le coupable.
« Ne sont-ce pas les boxeurs, disaient-ils au préfet et au tao-tai, qui, par suite de leurs « vexations contre les chrétiens et les Européens, ont conduit tout dernièrement notre royaume « à deux doigts de sa perte ? Dans notre région, tout avait été tranquille jusqu’à ce jour, et « nous pouvons à bon droit nous glorifier d’avoir été étrangers à la rébellion. Or, voilà que ce « chef de milice vient susciter des querelles, et veut sans doute, par ses injustices, attirer un « châtiment sur le pays. Nous vous supplions, en conséquence, de lui enlever sa charge, et de « la donner à un homme intelligent et équitable qui saura entretenir la bonne harmonie parmi « nous. »
« L’affaire ayant eu un grand retentissement dans le pays, plusieurs commerçants de Nin-« min-tcheou, gens très honorables, ont demandé à lire nos livres de doctrine. Déjà plusieurs « disent ouvertement que notre religion est la seule vraie et que notre but est réellement « d’enseigner à faire le bien. Mon catéchiste, invité par eux, leur a donné les explications « qu’ils désiraient. Le prochain exercice dira s’ils ont persévéré dans leurs bonnes intentions.»
III. Groupe du Centre. La peste bubonique a fait de nombreuses victimes à Nan-ning. Plus de 2.000 personnes, dit-on, en sont mortes. Cinq enfants chrétiens et la directrice de l’école des filles ont été emportés par cette terrible épidémie.
Mgr Lavest désire fonder à Nan-ning un établissement des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, semblable à celui de Long-tcheou, pour donner aux œuvres de la mission le développement qui leur manque.
Il tarde aussi à Sa Grandeur de réaliser le vœu fait en 1895 par toute la mission et qui a pour objet la construction d’une église dédiée au Sacré-Cœur ; mais la somme de 20.000 francs qui serait nécessaire pour exécuter un si important travail est encore loin d’être recueillie.
Le drapeau français a paru pour la première fois sous les remparts de Nan-ning, au mois de juin 1903, avec la canonnière Argus, commandant Crespin. Nos braves marins ont passé cinq jours dans le port de cette ville, et ont visité avec intérêt tous les établissements de la mission.
Le 1er juin avait déjà eu lieu l’inauguration solennelle de l’école Berthollet, dirigée par les Frères Maristes. M. Dautremer, consul de France à Long-tcheou, présidait la cérémonie à laquelle assistaient toutes les autorités civiles et militaires de Nan-ning. Discours, toasts, déclamations des élèves, rien ne manqua. M. Raquez, journaliste de l’Indochine, qui accompagnait M. le consul de France, a publié une relation de la fête dans l’Avenir de l’Indo-Chine et dans l’Écho de Chine.
L’école compte déjà près de 40 élèves, et semble appelée à un grand développement, sous l’habile direction des Frères Maristes.
Il serait à souhaiter que nos bons religieux pussent bientôt se charger aussi de l’école de français ouverte à Koui-lin par M. Renault, pro-préfet de la mission.
IV. Groupe du Sud. La famine a cruellement éprouvé le district de Koui-hien ; toutefois M. Poulat, qui en est titulaire, s’est tellement dévoué pour ses chrétiens et catéchumènes que pas un n’est mort de faim. D’aucuns sont allés au Tonkin, où ils sont encore employés aux travaux du chemin de fer.
La région de Koui-hien a été ravagée par les rebelles, comme beaucoup d’autres, mais elle a été le théâtre d’un fait sans précédent jusqu’ici dans les annales de la province ; vingt et quelque chrétiens ou catéchumènes ont été exécutés, sans jugement préalable, par ordre du sous-préfet. Ici nous laissons parler M. Poulat.
« Le fait le plus saillant de cet exercice, dans mon district, est sans contredit le passage du « terrible mandarin Tchen. La contrée a depuis longtemps la réputation, d’ailleurs méritée, « d’être un foyer de rébellion ; mais, en ces derniers temps, les brigands s’étaient tellement « multipliés, que l’on ne pouvait plus sortir de chez soi sans s’exposer à être dévalisé. Le « gouverneur chargea donc le fameux Tchen de mettre les bandits à la raison. Cet homme « énergique, mais cruel, avait naguère fait tomber plus de 2.000 têtes, en une année, dans la « sous-préfecture de Ma-pin-hien.
« Le 16 janvier, le mandarin entrait en charge, et, le 17, il me disait, chez moi, en me « faisant visite : « J’ai trouvé les prisons remplies, je vais les nettoyer. » Le lendemain, sans « aucune forme de procès, il faisait exécuter 92 détenus. Ennemi juré des voleurs, il l’était « aussi des chrétiens. Dans ses fréquentes visites, il m’accablait de bonnes paroles ; mais au « prétoire, en présence des lettrés, son langage était tout différent.
« Un jour, on lui amène mon catéchiste Tchao et une vingtaine de catéchumènes de Vang-« lin, qui, en qualité de gardes nationaux, venaient d’arrêter cinq brigands et les conduisaient « au mandarinat, comme c’est la coutume. Tchen ordonne qu’on leur tranche la tête, sans « même demander leurs noms.
« Je réclamai justice ; le sous-préfet reconnut sa faute, fit des excuses et paya une forte « indemnité. De la sorte, il a conservé provisoirement sa place, jusqu’au jour où le vice-roi l’a « cassé et jeté en prison à la suite d’autres exécutions sommaires aussi injustes. »
M. Poulat, dont la santé est sérieusement compromise par excès de travail, aurait besoin d’un auxiliaire à Koui-hien. Notre confrère a enregistré 218 baptêmes : 74 d’adultes, 23 d’enfants de chrétiens et 121 d’enfants de païens.
M. Auguin a pu s’établir sans peine à Io-lin-tcheou, et la population de celle ville lui est on ne peut plus sympathique. Dès que les travaux de son église seront achevés, il pourra se donner tout entier à l’instruction de plus d’un millier de catéchumènes.
Dans ses courses apostoliques, notre jeune confrère a failli périr victime d’un accident. Le palanquin où il était assis a été brisé par la chute du toit de l’auberge près de laquelle ses porteurs l’avaient déposé, au plus fort d’un violent orage. Le missionnaire n’a eu aucun mal, et nous en bénissons avec lui la bonne Providence.
M. Héraud, qui administre le district de Koui-pin, n’a pas eu le temps de visiter ses nombreux catéchumènes de Ma-pi, Mong-hiu, Leang-mei et Pi-tchou-tang. Tous ses instants ont été absorbés par les affaires qu’il était chargé de traiter avec le gouverneur, et par les soins que réclamait son école de chinois et de sciences européennes.
A Pin-nan, M. Crocq se dépense corps et âme pour le bien de son troupeau, qui se compose de 93 chrétiens et de 2.000 catéchumènes. La peste et la famine, ont cruellement sévi parmi les brebis, et le pasteur a été occupé jour et nuit à leur procurer les secours spirituels et temporels dont elles avaient un si grand besoin.
M. Crocq a baptisé 20 adultes : il annonce une centaine de baptêmes pour l’année prochaine.
M. Pélamourgues, procureur de la mission à Ou-tcheou, enregistre quelques conversions, dans les sous-préfectures de Ten-hien et Iong-hien. Une grande fatigue l’a obligé de quitter momentanément son poste pour aller refaire sa santé au sanatorium de Hong-kong.
V. Groupe de l’Est. Les rapports de M. Renault avec les autorités et la population de Koui-lin sont aujourdh’ui excellents. Les catéchumènes se multiplient à la capitale et aux environs, de sorte que le zélé pro-préfet, qui doit s’occuper de son école de français et traiter les affaires plus graves avec le gouverneur, se trouve surchargé et demande du secours. Mgr Lavest espère obtenir des Frères Maristes pour l’école de Koui-lin, ce qui diminuera d’autant la lourde tâche de M. Renault.
M. Dalle fait de bonne besogne à Iun-fou, sans s’émouvoir des difficultés qu’il y rencontre ou que le démon lui suscite. Le poste est tout nouveau, et le missionnaire devra attendre, sans doute, plusieurs années pour recueillir les fruits de son labeur, mais il n’est pas homme à se laisser décourager. La Providence lui a déjà fait trouver un enfant pour le séminaire et deux sujets pour la Maison de Dieu. Il vient de reconstruire à neuf et d’agrandir son oratoire.
« Maintenant, dit-il, le grenier est préparé, il ne reste plus qu’à le remplir de bon grain. »
M. Ducœur a baptisé 12 personnes à Siou-yen, et M. Rué 168, dont 137 adultes, à Siang-tcheou.
« Dans mon district, écrit ce dernier confrère, tout va son petit train ; le progrès s’accentue « de jour en jour, lentement peut-être, mais sûrement. »
Plus heureux que beaucoup de curés de France, M. Rué a organisé en toute liberté une belle procession, à Long-niu, le jour de la Fête-Dieu. Cinq missionnaires et plusieurs centaines de chrétiens y ont pris part.
Établissements communs. Le séminaire de la mission compte quatorze élèves, dont un sous-diacre. L’établissement est dirigé par M. Labully, avec M. Barrès et le P. Hoang comme auxiliaires. L’ancien supérieur, M. Barrière, après avoir inutilement demandé sa guérison à deux médecins de Long-tcheou et de Hong-kong, a dû venir en France, où il essaie de refaire sa santé complètement délabrée.
Mgr Lavest regrette que les ressources de la mission ne lui permettent pas d’augmenter le nombre des élèves du séminaire.
L’imprimerie et l’atelier de reliure, dont le compte rendu de 1902 annonçait l’installation à Nan-ning, fonctionnent depuis un an et rendent de réels services à la mission.
Les couvents de vierges chinoises et les écoles se développent régulièrement, mais Mgr Lavest regrette beaucoup de n’avoir pas un missionnaire disponible pour diriger l’école de catéchistes célibataires que Sa Grandeur se propose de fonder à Nan-ning, dans un avenir assez rapproché.
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