| Année: |
1903 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-tong |
| Rédacteur: | Mgr Mérel |
III. — Kouang-tong
Population catholique 47.500
Baptêmes d’adultes 3.355
Conversions d’hérétiques 25
Baptêmes d’enfants de païens 7.408
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« Trois mille trois cent cinquante-cinq baptêmes d’adultes, 25 conversions d’hérétiques, 7.408 baptêmes d’enfants de païens ; ces chiffres, dit Mgr Mérel, indiquent dans quelle mesure nos missionnaires ont travaillé à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Ils se sont dépensés sans compter, j’aime à leur rendre ce témoignage, pour administrer avec soin les chrétientés déjà fondées et en fonder de nouvelles. Plusieurs d’entre eux, surchargés de besogne, n’ont pu étendre leur action à tous les centres qui s’ouvraient à l’Évangile, ni recueillir toute la moisson qui blanchissait sous leurs yeux. En attendant le jour où les ouvriers apostoliques viendront en nombre suffisant pour cueillir tous les épis que fait croître et mûrir la grâce divine, nous devons de sincères actions de grâces au Sacré-Cœur de Jésus, qui nous a donné la consolation de voir entrer un si grand nombre d’infidèles dans le bercail de la sainte Église. Nos chers confrères ont accompli vaillamment l’œuvre du bon Dieu, malgré la rébellion, la disette et la peste, fléaux qui se sont abattus à la fois sur notre pauvre mission du Kouang-tong.
« La rébellion, il est vrai, ne nous a pas causé un trop grave préjudice, bien qu’elle ait essayé de s’étendre dans les différentes parties de la province. A Canton même, un complot avait été formé, au mois de janvier dernier, pour massacrer, pendant les fêtes du premier de l’an, le vice-roi, les grands dignitaires et les mandarins. Les conjurés avaient réussi à faire passer en ville des vivres, des habits, des munitions de guerre, que leurs chefs tenaient cachés dans des maisons appartenant à des protestants. Le complot fut découvert par un mandarin catholique. Les caisses de provisions furent confisquées, plusieurs conjurés saisis, et la paix presque point troublée. Les conjurés qui avaient échappé aux poursuites, envoyèrent alors des lettres anonymes annonçant qu’ils se vengeraient et qu’au mois de mai, ils susciteraient une révolution générale. Ils auraient sans doute tenté le coup, si le vieux vice-roi eût conservé ses fonctions ; mais une poudrière ayant sauté près de Canton, les bruits de rébellion devinrent plus menaçants. La cour de Pékin attribua cette situation à la très grande indulgence du vice-roi qui fut remplacé par un homme plus énergique. Hélas ! malgré l’habileté du nouveau gouverneur, la paix n’est pas rétablie, loin de là.
« Les districts de l’ouest de la province ont été de beaucoup les plus éprouvés. Pendant le mois d’avril et de mai, ceux de MM. Grandpierre et Rossillon furent parcourus en tous sens par des bandes de rebelles. Deux cents brigands s’étaient même portés sur la route que suivait d’ordinaire M. Rossillon pour se rendre chez ses montagnards chrétiens ; et leur but était de s’emparer de sa personne. Mais notre cher confrère était passé la veille à l’endroit même où ils l’attendaient. Ils résolurent alors de lui barrer le chemnin du retour ; cette fois, M. Rossillon, prévenu à temps, retarda son départ, et les bandits, ne le voyant pas revenir, rentrèrent dans leur repaire et lui laissèrent le chemin libre.
« Sur la frontière du Tonkin et du Kouang-si, les rebelles ont livré plusieurs combats aux soldats du gouvernement chinois ; ils ont même intimé l’ordre à M. Rossillon de quitter la chrétienté de Lo-fao, menaçant de lui faire un mauvais parti s’il s’obstinait à rester. Mais notre confrère n’est pas homme à se laisser intimider ; il est resté au milieu de ses chrétiens. Pour les prémunir contre une attaque soudaine, M. Grandpierre a fait élever une grande tour au milieu du village.
« Dans les préfectures de Kim-tcheou et de Liam-tcheou, confiées aux soins de MM. Kammerer, Pénicaud et d’un prêtre chinois, le pays est presque toujours à la merci des insurgés.
« A quoi bon vous attrister, Monseigneur, par le récit des maux qui pleuvent sur notre « district ? écrit M. Pénicaud. Actuellement, il n’y a plus, dans toute la grande sous-préfecture « de On-pou, que deux marchés qui aient échappé aux pirates. Le mandarin de Yam-tchao « craint de voir sa ville prise d’assaut. L’arrondissement de Ling-shan a été le plus éprouvé. « Forcément, nos malheureux chrétiens souffrent beaucoup de cet état de choses. Plusieurs ont « été tués ; d’autres ont été faits prisonniers et n’ont pu sauver leur vie qu’en payant une « grosse rançon. Les parents des victimes n’osent porter plainte aux mandarins impuissants à « les protéger. La grand’route de Pak-hoi à Ling-shan, autrefois si fréquentée, est depuis « longtemps déserte. Les rares voyageurs qui osent sortir de chez eux, sont armés jusqu’aux « dents.
« Les rebelles font partie, me dit le Père chinois, de la Société sam-tim-woui (Trois-« Points), et il n’est pas de famille qui n’ait au moins un de ses membres affilié à cette « société ; c’est là une condition essentielle pour se soustraire à la violence et à la rapacité « de ces gens sans foi ni loi.
« Une chose me console au milieu de mes misères, ajoute M. Pénicaud : le mouvement des « conversions ne se ralentit pas, il va porter ses fruits dès que la tranquillité nous sera rendue.» « A l’est de la province, dans la ville de Lok-fong et aux environs, les « Trois-Points » tiennent aussi le pays en émoi ; ils pillent, ils rançonnent, ils massacrent même... M. Rayssac a failli devenir victime de leur cruauté.
« Je viens d’acheter une maison en ville, m’écrivait-il au mois de mai 1902. Le vendeur a « reçu des arrhes ; sans cela il ne me livrerait pas l’immeuble, effrayé par l’orage qui s’est « déchaîné contre lui. Les notables de la ville ont organisé un festin et tenu conseil. J’ignore « quels sont leurs projets. En tout cas, je ne ferai pas comme les protestants, qui ont essayé, « depuis dix ans, de prendre pied à Lok-fong et qui n’y sont pas encore parvenus. »
« Au mois de juillet suivant, m’arrivait un télégramme ainsi conçu : « M. Rayssac poursuivi par les soldats de Liou-yun-pok, aux cris de : « Tuez-le, tuez-le », position très périlleuse. » Notre confrère avait vu sa résidence envahie par les soldats. Menacé de mort, il avait réussi à s’échapper, mais ses agresseurs l’avaient bientôt rejoint, et, le saisissant, ils l’avaient traîné à travers les rues. Averti de l’attentat, le mandarin était accouru avec ses satellites et avait été assez heureux pour arracher M. Rayssac des mains de ses bourreaux.
« A la demande de M. le consul de France, le vice-roi donna des ordres sévères pour assurer la protection du missionnaire. Le général Liou-gnii et le préfet se rendirent eux-mêmes sur les lieux et infligèrent aux coupables le châtiment qu’ils avaient mérité. Cependant, on m’annonçait, un mois après, que M. Rayssac était mort. Heureusement la nouvelle était fausse, et notre confrère lui-même me rassura bientôt en disant : « Vous savez « quel événement a donné lieu à ce faux bruit. Le chef des chrétiens de la ville a été attaqué et « laissé pour mort sur place. Il a reçu soixante-dix-huit coups de couteau ; c’était plus qu’il « n’en fallait pour tuer un homme. On lui a recousu le ventre à deux endroits ; s’il guérit de « ses blessures, il restera estropié d’une jambe qui a été à demi coupée... Les francs-maçons « pullulent partout ; je crains qu’il n’arrive bientôt d’autres malheurs. »
« Dans la région de Tong-koun et de Pok-lo, les agissements des insurgés sont les mêmes. A Tong-koun, plusieurs catéchumènes ont péri. L’un d’eux, fait prisonnier, ne fut relâché que grâce à l’intrépidité de M. Grisel. Ayant appris que son catéchumène avait été saisi, le missionnaire s’élança avec une dizaine de soldats au milieu du village ennemi, réclama le prisonnier et le ramena chez lui.
« On croyait que cette agitation était occasionnée par la disette qui a désolé toute la province. Sans doute la faim a poussé beaucoup de malheureux à s’enrôler parmi les brigands, mais elle n’a pas été la principale cause des troubles. Pauvre Chine, tous les éléments semblent conjurés pour hâter sa ruine !
« Dans certaines régions de l’est du Kouang-tong, la famine dure depuis trois années consécutives, à Shin-nen, par exemple. A Tchin-pin, chez M. Canac, elle a forcé plus de deux cents catéchumènes à émigrer vers des contrées plus fortunées. Partout, le prix du blé et des autres denrées a plus que doublé.
« Les bureaux de bienfaisance de la ville de Canton ont organisé des souscriptions. Tous les riches ont versé une généreuse offrande. Des délégués sont allés à Singapore implorer la pitié des Chinois qui se sont enrichis sur la terre étrangère. Les missionnaires de Malaisie ont exhorté leurs chrétiens à se montrer charitables, et leur appel a été entendu. Avec les sommes recueillies on a acheté du riz pour les affamés, mais nos chrétiens n’en ont guère profité.
« Grâce à une généreuse aumône de S. Ém. Le cardinal Gotti, nous avons pu leur distribuer quelques secours qui, hélas ! ont élé loin de suffire, comme le prouvent les lettres des missionnaires.
« M. Thomas m’écrit, en effet : « De Canton je suis rentré directement dans mon district. « C’était bien la bonne Providence qui m’inspirait de revenir, car on souffrait famine à Yan-« ping, et, si j’avais différé mon retour, une pauvre vieille serait morte sans le baptême. Elle « avait soixante-dix-huit ans. Je m’empressai de lui donner un bol de riz, le jour de mon « arrivée ; le lendemain, elle en prit deux, le troisième jour aussi ; puis, le quatrième, elle « mangea jusqu’à trois bols. Je la croyais sauvée. J’allai la voir pour me rendre compte par « moi-même de son état ; elle s’écria en m’apercevant : « Père, je vais mourir ; j’ai trop « souffert de la faim, donnez-moi le baptême qui m’ouvrira les portes du paradis. » Je ne « pouvais croire à ce pressentiment, car elle me semblait avoir repris quelques forces, et « j’hésitais à lui conférer le baptême, me demandant s’il ne serait pas mieux d’attendre, pour « compléter son instruction. Mais bientôt le visage déjà si pâle de la malade prit la teinte « jaunâtre du cadavre et je m’empressai de verser l’eau sainte sur son front. Il était temps ; « quelques minutes après, cette bonne vieille quittait la terre et s’envolait au ciel. »
« Que d’exemples de ce genre je pourrais citer ! Les confrères ont trouvé, dans les trésors de leur charité, des ressources qui leur ont permis de subvenir aux besoins les plus pressants de leurs chrétiens.
« Si la famine a multiplié ses ravages, la peste s’est montrée plus bénigne au Kouang-tong, cette année. Le pays de Shek-shing, si éprouvé depuis plus de dix ans, a été complètement épargné.
« Il n’y a eu aucun cas de peste, cette année, parmi nos chrétiens, écrit M. Fouque, et, l’an « dernier, si quelques personnes ont été atteintes par le fléau, aucune, du moins, n’en est « morte. C’est extraordinaire, et je suis convaincu que notre regretté confrère M. Maréchal, « mort en soignant les pestiférés, nous protège du haut du ciel. Puisse-t-il avoir été à Shek-« shing la dernière victime du mal terrible! »
A Pak-hoi, trois pestiférés ont eu recours au médecin français, M. Abatucci, qui les a sauvés. « Cet habile docteur, dit M. Kammerer, donnait aux malades le sérum Yersaint, mais « à une dose double de celle qui est considérée comme suffisante. »
« Les chrétiens de la ville de Tchao-tchiou, qui avaient eu près de cent des leurs enlevés par le fléau en 1901-1902, ont été beaucoup moins éprouvés cette année. Ceux de Kit-yong et de Woui-lay, au contraire, ont terriblement souffert. M. Becmeur m’écrit à leur sujet : « Depuis Pâques, la peste a fait bien des victimes dans la chrétienté de Koui-tam. Je me tiens « continuellement prêt à répondre à l’appel des moribonds. Ces courses répétées m’ont un peu « fatigué. La nécessité de voler au secours des pestiférés m’a empêché de faire ma tournée du « printemps dans l’est de mon district ; mais j’ai été grandement consolé par l’esprit de foi de « mes pauvres malades. Tous sont morts dans des sentiments de soumission parfaite à la « sainte volonté de Dieu, et je souhaite de mourir moi-même un jour en de si bonnes « dispositions.»
« Au séminaire, nous avons perdu trois élèves, qui ont édifié tout le monde par leur résignation dans la souffrance et leur confiance en la miséricorde divine. La pensée qu’ils sont au ciel et prient pour nous adoucit un peu l’amertume de notre douleur.
« L’exposé que je viens de faire donne une juste idée des difficultés au milieu desquelles ont travaillé nos confrères. Leur dévouement et leur courage ont triomphé de tous les obstacles : plus de 10.000 infidèles sont venus se joindre aux élus du Seigneur. Nous espérons que, l’année prochaine, la bonté divine daignera nous envoyer des néophytes plus nombreux encore, plus avides d’entrer dans le giron de la sainte Église, et un nombre suffisant d’ouvriers apostoliques pour les instruire. En effet, l’élan qui porte les foules vers notre sainte religion augmente toujours. Quel motif les amène, me demanderez-vous ? N’est-ce pas souvent un motif humain ? Mais, si j’ai bien lu le saint Évangile, c’était le désir de voir les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou d’être guéries par Lui qui attirait les foules à la suite du divin Maître. Et le divin Maître ne les repoussait pas ; au contraire, il profitait de l’occasion pour leur prêcher le règne de Dieu son Père... Ainsi en va-t-il des Chinois : beaucoup viennent à nous pour s’assurer la protection du missionnaire contre leurs oppresseurs. Une famille, un petit village, sont-ils injustement persécutés par des ennemies plus nombreux et plus forts sans que les autorités veuillent ou puissent les protéger, ils viennent nous demander aide et protection. Les démarches sont ordinairement longues, et pendant ce temps, les intéressés étudient la doctrine. L’épreuve du catéchuménat finie, et leur cause gagnée, ces pauvres néophytes n’ont plus d’intérêt humain qui les pousse à se faire baptiser. Le missionnaire examine alors leurs intentions, et s’il juge qu’un motif vraiment surnaturel les inspire, il les admet au baptême, et ils deviennent de bons chrétiens.
« Un missionnaire me disait dernièrement : « Combien ils ont raison ceux qui « recommandent au parti le plus fort de ne pas abuser de ses droits : Summum jus, summa « injuria, dit le proverbe. J’ai suivi ce conseil, dans le conflit survenu entre mes chrétiens et « les païens du village de Ho-tsia. Ceux-ci s’étaient emparés de plusieurs de mes néophytes et « en avaient même massacré un. Les mandarins lancèrent soldats et satellites à la poursuite « des meurtriers. Traqués de toutes parts, ces malheureux qui, retranchés dans leurs « montagnes, avaient tenu, depuis une année, les autorisés en échec, imploraient la paix. Les « chrétiens réclamaient une forte indemnité, disant bien haut que l’indulgence rendrait les « païens plus insolents à l’avenir, tandis que la sévérité leur inspirerait une crainte salutaire. « J’ai usé d’indulgence, ajoutait le missionnaire ; je me suis contenté d’une légère indemnité, « et le bon Dieu a béni mon amour de la paix. Sa grâce a touché les cœurs de ces rudes « montagnards, hier encore ennemis acharnés du nom chrétien ; ils sont aujourd’hui les plus « fervents de mes néophytes. Les conversions abondent dans mon district : riches et pauvres « prennent part à nos fêtes : beati mites quonium ipsi possidebunt terram.
« Je me sens extraordinairement consolé de ce qu’une quinzaine de missionnaires ont eu, cette année, le bonheur d’enregistrer plus de cent baptêmes d’adultes chacun. Nous devons être d’autant plus reconnaissants de cette grâce envers le Sacré-Cœur de Jésus, que les espérances de ces heureux moissonneurs sont plus brillantes encore pour l’avenir. Tous s’accordent à dire que leur gerbe eût été plus abondante s’ils avaient eu un catéchiste ou deux de plus. M. Baldit a baptisé 285 adultes ; c’est là une magnifique récompense de ses travaux, de ses sueurs et de ses prières.
« Mon désir d’atteindre au chiffre de cent baptêmes, écrit-il, a été heureusement dépassé. « J’en bénis l’Auteur de tout bien et la glorieuse Vierge Marie. La sous-préfecture de Sun-yi a « fourni le plus grand nombre de ces 285 baptêmes ; je dois signaler en particulier les « conversions obtenues au chef-lieu. Le mouvement vers le catholicisme s’étend chaque jour « davantage. Tous les marchés situés sur les quatre routes de Sun-yi à Lo-ting ont un petit « noyau de fidèles. Ces chrétientés en germe ne sont éloignées l’une de l’autre que de « quelques lieues. Il me faut dix jours pour parcourir à cheval toute la contrée confiée à mes « soins. Pour m’occuper sérieusement de cette vaste région, il me faudrait un auxiliaire. Le « pays est ouvert ; profitons du moment propice pour nous établir partout le plus vite possible. « Des païens de condition aisée, quelques notables même viennent à nous. Leur conversion « me réjouit ; car elle donne à notre sainte religion un relief dont elle était à peu près « dépourvue jusqu’à ce jour. Il était en effet admis que lettrés et notables ne pouvaient sans « souligner suivre une religion professée seulement par des miséreux et des ignorants. »
« M. Becmeur a atteint le chiffre de 186 baptêmes d’adultes. Remerciez avec moi le bon « Dieu, dit-il, des progrès de la religion dans ces parages. Jamais nous n’avions eu tant de « baptêmes , de confessions et de communions. Avec un peu d’argent, j’aurais engagé un ou « deux catéchistes de plus et nous aurions facilement atteint le chiffre de 250 baptêmes. Près « de 200 catéchumènes, sérieux et bien disposés, me supplient, depuis un an, de leur accorder « un catéchiste ; il m’a été impossible, hélas ! faute de piastres, de satisfaire à leur demande. »
« M. Verdeille m’écrit de son côté : « Je suis tout heureux de pouvoir offrir à Notre-« Seigneur 139 baptêmes d’adultes et 152 d’enfants moribonds. Qu’il daigne les agréer en « témoignage de reconnaisance pour ma guérison de l’an dernier. Le mouvement des « conversions s’accentue dans mon district, et si Dieu donne l’incrementum nécessaire, le « nombre des chrétiens aura triplé en quelques années. Mais, pour cela, il nous faut la paix : « Da pacem, Domine. »
« M. Frayssinet assure qu’au lieu de 135 baptêmes, il en aurait eu 200, s’il avait osé baptiser les néophytes éloignés des centres.
« Cent vingt-trois adultes ont été baptisés par M. Clauzet, 168 par M. Gauthier, 108 par M. Cellard, 226 par MM. Le Corre et Werner, 105 par M. Vacquerel et le P. Wang, 135 par M. Merle et le P. Tchoung.
« A Shin-nen 90 baptêmes d’adultes ont récompensé le zèle de M. Guillaume. La joie de notre confrère n’est pourtant point parfaite, car les femmes de ses néophytes ne veulent pas suivre l’exemple de leurs maris, et pour s’en consoler, il se rappelle cette parole de nos saints Livres : Spiritus ubi vult spirat. Quand donc la grâce triomphera-t-elle de la résistance des créatures ? C’est le secret de Dieu. M. Guillaume raconte, à l’appui de cette assertion, l’aventure suivante :
« L’année dernière, dit-il, un de mes catéchumènes m’invita à le suivre chez un de ses « parents, qui avait, assurait-il, l’intention de se convertir. Je l’accompagnai, d’autant plus « volontiers, que je désirais ardemment voir le pays de Lo-kong s’ouvrir à l’Évangile. Je reçus « un accueil très cordial, très chaleureux, et quand je pris congé de mon hôte, il m’invita à « revenir lui demander l’hospitalité. C’est ce que je fis ; mais, cette fois, l’accueil fut froid, « glacial. Le prétendu catéchumène fit asseoir à sa table mon catéchiste et mon suivant ; mais « ses prévenances ne vinrent pas jusqu’à moi ; je serais allé me coucher sans souper, si je « n’avais apporté avec moi quelques provisions. La nuit venue, on nous laissa seuls, mes gens « et moi, dans une maison entourée de fossés remplis d’eau et qui avait tout l’air d’une « forteresse ; nous étions sans lumière, n’ayant pour lits que des planches. Les premiers « sentiments de surprise et de malaise passés, je fis contre mauvaise fortune bon cœur. « Allons, dis-je à mes gens, voilà trente et un ans que j’habite la Chine ; c’est la première fois « que pareille mésaventure m’arrive. » J’aurais eu tort de me plaindre ; coucher en prison, une « fois en trente et un ans, a bien son charme. Le lendemain on nous traita avec la même « bienveillance, ou malveillance, comme vous voudrez. Toute espérance de voir le divin « Soleil de justice éclairer de ses rayons ce petit coin de pays plongé dans les ombres de la « mort s’était évanouie, vous le pensez bien. Cette pensée me rendit triste le long du chemin. « Eh bien, aujourd’hui, nous avons là des centaines et des centaines de catéchumènes, avec un « grand oratoire. Que se passa-t-il donc après mon départ ? Le voici. Les francs-maçons « rebelles envahirent le pays et signalèrent leur passage par le pillage et l’incendie. Les « établissements protestants ne furent pas épargnés, et les habitants de Lo-kong reçurent des « mandarins l’ordre de payer pour les coupables. Afin d’échapper aux poursuites, ils se « déclarèrent chrétiens. Des maisons achetées par eux ont été transformées en oratoire et en « école ; l’oratoire est rempli de fidèles et l’école, d’écoliers. J’envisage l’avenir sous le plus « riant aspect. »
« Le beau chiffre des confessions et celui des communions montrent que les missionnaires qui n’ont pas eu la joie d’étendre le règne de Jésus-Christ parmi les infidèles , ont eu, du moins, la consolation d’entretenir, d’affermir et de rendre plus glorieux ce règne dans les âmes de leurs chrétiens ; 75.000 confessions, 65.900 communions proclament éloquemment le dévouement, des pasteurs, d’un côté, et la ferveur des ouailles, de l’autre. Quelles sont belles et aimables nos chrétientés ! Celle, par exemple, de notre cher pro-préfet M. Sorin, dans la ville de Canton : celle de Lo-fao, théâtre de l’activité religieuse de M. Grandpierre et de M. Rossillon, avec ses écoles, son orphelinat et son noviciat de vierges chinoises ; celle encore de M. Roudière à Tchao- tchiou, qui peut rivaliser avec nos meilleures paroisses de France à tous les points de vues.
« A Schun-tak M. Lanoue travaille à développer l’esprit chrétien parmi ses ouailles. Son amour pour l’Eucharistie lui a inspiré de faire la procession de la Fête-Dieu, et il l’a faite en deux localités. M. Robert relève les ruines matérielles, accumulées par la persécution dans son district de Nam-hoy, et il entretient au cœur de ses fidèles, la foi, la piété qui caractérisent les vieux chrétiens. Deux de nos prêtres chinois sont morts à la peine cette année, les PP. Tchin
et Ly.
« Nos établissements ont poursuivi leur marche régulière. Le séminaire voit croître les élèves en nombre, en sagesse, en piété, sous l’habile direction de M. Fleureau et de M. Fourquet.
« L’école des catéchistes languit, au contraire. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas de missionnaire pour la diriger.
« Les Sœurs catéchistes de Marie-Immaculée se dévouent toujours avec zèle aux œuvres de la Sainte-Enfance. Elles ont ouvert un dispensaire, où elles soignent les femmes et les enfants. Leur noviciat de religieuses indigènes voit le nombre des novices augmenter tout doucement ; mais ce petit troupeau choisi rachète par son bon esprit et sa piété ce qui lui manque sous le rapport du nombre.
« L’école de Sha-meen est florissante ; les familles anglaises et portugaises lui confient volontiers leurs enfants. Les Sœurs voudraient aussi avoir un hôpital ; leurs vœux se réaliseront dans un avenir peu éloigné.
« Pour concourir plus directement à l’extension de l’influence française, nous envoyons chaque matin un prêtre célébrer la sainte messe à l’école Pichon ; de plus, j’encourage les missionnaires à ouvrir, dans leurs districts, des écoles de langue française. Déjà nous en avons dans les villes de Tong-hing, Sun-yi, Moui-lok et Toung-koun. Si nos ressources le permettaient, nous pourrions en avoir d’autres, à Swatow, par exemple. Ces écoles ne coûtent rien au gouvernement français.
« Puisse cet exposé de nos travaux apporter quelque satisfaction à toutes les personnes qui s’intéressent à notre chère mission.
« Daigne le Dieu trois fois saint, Père, Fils et Saint-Esprit, abaisser un regard de bienveillance sur l’église du Kouang-tong, lui envoyer des ouvriers dont elle a un si pressant besoin, la faire croître, fructifier, prospérer de jour en jour jusqu’à la vie éternelle. Reconnaissance à Jésus, à Marie, à Joseph ! »
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