| Année: |
1903 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouy-tcheou |
| Rédacteur: | Mgr Guichard |
II. — Kouy-tcheou
Population catholique 21.927
Baptêmes d’adultes 993
Baptêmes d’enfants de païens 6.012
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Malgré l’invasion des pirates du Kouang-si dans le sud-ouest du Kouy-tcheou et celle des boxeurs dans le nord, les missionnaires de ce vicariat ont visité presque tous les postes de leurs districts. Ils ont dû, il est vrai, prendre bien des précautions et fuir plus d’une fois devant le danger qui les menaçait, eux, leurs chrétiens et leurs orphelinats ; car les soldats chinois, mal armés et mal équipés, ne pouvaient lutter avec avantage, surtout contre les pirates, armés de fusils à tir rapide.
Ce n’était de tous côtés que pillages, massacres et incendies. Les ouvriers apostoliques ont néanmoins récolté la belle gerbe de 7.882 baptêmes qui se répartissent ainsi : 762 d’adultes bien instruits, 231 d’adultes in articulo mortis : 877 d’enfants de chrétiens et enfin 6.012 d’enfants moribonds ; 151 écoles ont donné l’instruction religieuse à 2.271 enfants. De plus, la mission a adopté 1.005 enfants nés de parents païens et, sur le nombre, 180 ont été mis en nourrice.
Mgr Guichard, après avoir signalé ces consolants résultats, cite les divers rapports qu’il a reçus de ses missionnaires. Nous allons en reproduire quelques extraits.
M. Dürr raconte les dégâts causés par les « you-yong », pirates du Kouaug-si, à Hin-y-hien. « Parti de Sin-tchen, dit-il, je suis arrivé sain et sauf à Hin-y-hien, malgré l’insécurité de « la route. Ma résidence était en cendres et tout ce qu’elle renfermait avait disparu : effets, « argent, calice, ciboire, etc. Je me trouve donc pauvre comme Job. A l’église, les bandits ont « brisé beaucoup de choses ; ils ont enlevé les images et les stations du chemin de la Croix, « les ornements et le vin de messe. Il reste des bancs, des tables et des chaises, à l’école, mais « les enfants ont perdu leurs habits et leurs couvertures. Il faut que je les habille tout à neuf.
M. Williate écrit de Tse-hen le 21 décembre. « A Tse-hen, en mon absence, les soldats de « Ou-ta-jen, chargés d’exterminer les pirates, ont cru plus prudent et moins dangereux de « s’attaquer à la religion catholique, et aux chrétiens indigènes. Ils se sont installés de force « dans mon église, ils ont pris et brûlé quantité de matériaux. Ils voulaient à tout prix pénétrer « dans ma chambre, mais le pharmacien refusa de leur en livrer la clef. « Si les pirates nous « battent, répétaient-ils, nous nous vengerons sur les catholiques avant de nous retirer. » Le « jour où M. Epalle, réfugié près de moi, quitta Tse-hen, les soldats profitèrent d’une courte « absence du pharmacien pour entrer chez lui et dérober 46 taëls destinés à nos bâtisses ; puis « ils se rendirent dans ma chambre et enlevèrent tout ce qui leur tomba sous la main. Le « pharmacien crut devoir porter plainte au tribunal : La belle affaire que 50 taëls, lui dit le « mandarin civil ; le Père n’est pas mort, c’est déjà beaucoup. » Quant au mandarin militaire « Ou, il se contenta de lui tourner le dos.
« A Tche-tou, les pirates ont brûlé l’église et la chambre du missionnaire, dévalisant les « écoles et la cuisine.
« A Ta-yen, grand village de 300 familles, les you-yong massacrèrent plusieurs centaines « de personnes, mirent le feu aux maisons et repassèrent le fleuve qui sépare le Kouy-tcheou « du Kouang-si. L’oratoire de Ta-yen est anéanti ; la femme et la fille de notre pharmacien ont « été enlevées par les bandits.
« Tout danger n’est pas encore écarté ; il y a présentement 300 rebelles à Pe-lo et quelques « milliers à Houang-tsao-pa. »
M. Esquirol qui a succédé à notre regretté confrère, M. Alphonse Schotter, dans le vaste district de Tchen-fong, n’y a passé que quelques mois ; il a eu tout juste le temps d’en mesurer l’étendue et de se rendre compte du travail à faire. Il devra évangéliser non seulement les indigènes, mais aussi les Miao-tse et les Chinois, car nous avons des chrétiens et des catéchumènes nombreux dans ces trois races. Le nouveau titulaire de Tchen-fong termine son compte rendu en priant Mgr Guichard de ne pas oublier « que le chef de ce district doit être aidé le plus tôt possible, pour empêcher la perte éternelle d’un grand nombre d’âme. »
M. Aloys Schotter raconte le trait suivant : « Lors de mon passage à Sang-lang, je venais « de quitter l’auberge pour gagner le village des Pe-miao, sans avoir pu dire la messe, quand « un jeune homme vient se jeter à mes pieds et me dit : Mon père m’envoie vous prier de vous « arrêter chez lui ; notre maison est là-bas, pas bien loin, derrière cette futaie de bambous ; « nous sommes chrétiens. » Je me dirige vers la maison ; le père vient au-devant de moi et me « salue à deux genoux. J’entre : on était en train d’offrir un sacrifice de céréales, de vin et de « papier-monnaie à la Vénus chinoise. Ils ne sont pas fameux, me dis-je, ces soi-disant « chrétiens. D’un tour de main, mon catéchiste débarrasse la table du riz, du millet, des fèves « et du vin qui l’encombraient, et j’ai le bonheur d’offrir le saint sacrifice. La messe terminée, « le vieux néophyte, à mon grand étonnement, récite ses prières sans broncher. Depuis trois « ans, il étudiait la doctrine, mais jamais catéchiste n’était venu l’instruire. En réalité, la seule « chose qu’il savait, c’est que la religion catholique conduit les hommes au ciel.
« Le changement qui s’est opéré depuis ma visite dans cette âme simple est vraiment « merveilleux. Il n’a pas cessé d’exhorter les gens de son village à se convertir et il les a « amenés à demander le catéchuménat. Ce qu’il apprend en fait de doctrine, il le répète aux « autres avec un accent de conviction qui touche les cœurs. La tentation devait éprouver la « sincérité de ses dispositions. Le seigneur féodal l’a fait appeler, le conjurant d’abandonner « une religion étrangère. Des prières, le tyranneau en est venu aux menaces, prédisant à son « subordonné que sa maison sera brûlée. Le néophyte est demeuré insensible aux menaces « comme aux prières. Sur ces entrefaites, Dieu l’a soumis à une rude épreuve ; sa femme est « tombée gravement malade et les païens n’ont pas manqué de voir dans cet accident une « vengeance des idoles. Comme je l’engageais à mettre sa confiance en Dieu : « Jamais je « n’inviterai le sorcier, m’a-t-il répondu ; que le Père ne craigne rien. Ma femme, si elle « meurt, ira au ciel, où se trouve le vrai bonheur. Un jour, je lui offre une petite rétribution s’il « veut bien se charger d’apprendre les prières aux enfants. « Non, dit-il, je ne veux pas « d’argent, parce que je perdrais tout mérite aux yeux du bon Dieu, mais j’enseignerai les « prières gratuitement. » De tels sentiments chez un nouveau chrétien, rendent pour ainsi dire « palpable l’action de la grâce dans les âmes et dédommagent le missionnaire de bien des « peines. »
MM. Dürr, Williatte, Esquirol et Schotter ont régénéré 406 adultes, dont 126 à l’article de la mort. Leurs baptiseurs ont ouvert le ciel à 594 enfants de païens.
L’ouest de la mission n’a pas été troublé par les incursions des « you-yong » ; il est évangélisé par MM. Thirion, Ménel, Michel et Martin.
« La petite ville de Gan-chouen-tcheou, écrit M. Thirion, est située à cinquante-cinq lys de « la préfecture. Coquettement assise au milieu d’une plaine fertile, elle est entourée d’une « ceinture de beaux et solides remparts. Son site charmant en rend le séjour agréable, et ses « habitants se distinguent par leur caractère tout à fait paisible. A la fin de 1901, M. Lamy fit « entendre la bonne nouvelle aux habitants de Gan-chouen, et trouva parmi eux des hommes « de désirs qui demandèrent à embrasser la foi. Bientôt, des familles entières suivirent cet « exemple. Je suis allé deux fois cette année constater le développement de la jeune « chrétienté : 35 familles ont déjà renoncé aux superstitions et se sont enrôlées sous l’étendard « du Christ ; 6 chefs de famille, bien instruits et suffisamment éprouvés, sont devenus enfants « de Dieu et de l’Église, à l’époque de ma seconde visite.
« Les maires de la ville, loin de s’opposer au mouvement des conversions, se laissent eux-« mêmes entraîner par le courant. Ils lisent les livres de doctrine, viennent volontiers causer « avec moi et se disent chrétiens de cœur, mais ils n’ont pas encore définitivement brisé avec « le démon. Que Dieu daigne leur en donner le courage ! »
M. Ménel regrette de n’avoir pu baptiser que 32 adultes à Kouy-houa. « En général, dit-il, « mes catéchumènes sont trop matérialistes : ils désirent surtout être heureux en ce bas « monde. Certains qui m’avaient chaleureusement accueilli l’an dernier, ont paru surpris de « me revoir cette année. D’autres en me voyant arriver chez eux, trempé jusqu’aux os, me « témoignaient une grande compassion : « Pourquoi le Père spirituel se donne-t-il tant de mal « pour nous ? Les routes sent mauvaises ; que le Père spirituel reste donc chez lui ; nous irons « le trouver nous-mêmes quand il y aura lieu. » Hélas ! Je les attendrais sans doute longtemps « chez moi, si je ne les visitais pas à domicile ; or, ils ont grandement besoin d’être excités et « encouragés. »
« Dans le district de Kiang-long, dit M. Michel, il y a de l’espoir pour l’avenir : les « nouveaux chrétiens sont nombreux, mais je manque de catéchistes pour instruire les recrues, « et il est à craindre que je ne puisse pas conduire tout ce monde au baptême. Les indigènes « sont plus simpIes, il est vrai, mais aussi plus difficiles à instruire que les Chinois. En outre, « leurs us et coutumes seront longtemps pour eux un obstacle à l’observation des lois de Dieu « et de l’Église. Quoi qu’il en soit, j’espère, au moyen des écoles que j’ai l’intention d’ouvrir, « avoir d’ici quatre à cinq ans de 1.000 à 1.200 baptisés dans mon district. »
M. Martin se réjouit des résultats obtenus, grâce à son école de Gan-pin.
« Mes premiers élèves, écrit-il, sont des jeunes gens aujourd’hui. Je ne dis pas qu’ils soient « parfaits ; deux ou trois même me causent de l’inquiétude. La plupart me donnent « satisfaction : ils savent se tenir devant le missionnaire ; ils savent parler ; ils savent prier. « Dans les villages où ils se trouvent, les prières sont récitées comme il faut, matin et soir, « avec mesure et entrain ; 17 élèves ont fréquenté mon école cette année. C’est trop peu à mon « gré, et néanmoins c’est assez pour dire que l’œuvre n’est pas morte. »
Les quatre missionnaires de l’ouest ont enregistré 290 baptêmes d’adultes, dont 47 in articulo mortis. De plus, leurs pharmaciens et baptiseurs ambulants ont ondoyé 1.462 enfants de païens.
Dans le nord du vicariat, à Tsen-y, M. Poinsot compte 1.400 chrétiens, 1.000 catéchumènes parmi lesquels une centaine de convertis du protestantisme, 50 baptêmes d’adultes, 7.000 confessions et 6.000 communions, 750 baptêmes d’enfants de païens et 380 confirmations. Notre confrère attribue à la fréquentation des sacrements le mouvement qui lui amène des catéchumènes des quatre coins de son district, et voici ce qu’il écrit des protestants convertis :
« Bon nombre de familles, converties cette année ou l’an passé au protestantisme, dans les « parages de Toan-ky, se tournent vers nous. La doctrine hérétique ne les satisfaisait point et « elles restaient bouddhistes, tout en se disant protestantes. Certains esprits, plus sérieux, « comprirent qu’il y avait en cela une véritable anomalie. Ayant entendu parler de la religion « catholique, ils me demandèrent des livres et ouvrirent les yeux à la vérité. Ils sont « aujourd’hui des nôtres. »
M. Fortunat contaste les progrès du catholicisme dans son district de Tchen-gan.
« A peine convertis, écrit-il, les néophytes semblent remplis eux-mêmes du zèle « apostolique ; ils s’ingénient pour gagner à Dieu, parents, amis et voisins. C’est ainsi que « certaines de mes stations se développent chaque jour. Je suis en excellents termes avec le « mandarin de Tchen-gan, qui se montre très bienveillant à l’égard des chrétiens et prend au « besoin leur défense contre les maires et les notables des villages de sa juridiction.
« Dans une visite que je lui fis dernièrement, ce magistrat me demanda le nombre de mes « chrétiens et ajouta avec une grande bienveillance : « Pourrai-je vous être utile en quelque « chose, vous rendre quelque service ? Grâce à votre sage administration, lui répondis-je, « tout va bien dans mon district, les chrétiens ne sont molestés par personne. Je vous remercie « de la protection que vous leur accordez, et je compte sur votre esprit de justice et votre « sollicitude à leur égard.
« Dieu veuille que la paix et la tranquillité dont nous jouissons actuellement ne soient point « troublées, et Tchen-gan ne tardera pas à compter parmi les meilleurs district de la mission. »
« A Jen-houay, M. Freyche a été sérieusement inquiété par les rebelles. « Les brigands, dit-« il, s’étaient donné rendez-vous à Eul-lang-pa pour le 1er de la huitième lune ; je l’appris le « 26 de la septième. Immédiatement je demandai une escorte au mandarin et j’arrivai à Eul-« lang-pa le 29. Le gardien de la résidence s’apprêtai déjà à creuser une fosse pour y déposer « mes effets ; les chrétiens, de leur côté, s’étaient réfugiés chez les païens. Ma présence leur « rendit la confiance. Les brigands ayant eu connaissance de mon arrivée, n’osèrent pas se « montrer, mais depuis lors, nous eûmes plusieurs alertes et, la veille de Noël, je dus « interrompre les confessions pour organiser la défense du poste.
« Mes néophytes de Jen-houay ont souffert des tracasseries de la part de leur mandarin. A « cette occasion, j’ai demandé une entrevue au magistrat et tout s’est arrangé à l’amiable. »
M. Noyer a pris possession du poste de Ta-pao, autrement dit Gan-houa-hien, au mois de novembre 1902. Ses débuts de jeune missionnaire ont été excellents, et il semble appelé à opérer un bien considérable dans la partie du champ du Père de famille confiée à ses soins.
Mgr Guichard passe ensuite brièvement en revue l’est et le sud de son vicariat. Sa Grandeur signale l’installation de M. Albert Solignac à Che-tsien : les ravages causés par la peste à Pin-yué et à Touan-po, dans le district de Marchand ; les courses apostoliques de M. Bacqué qui l’ont retenu deux cent trente jours en dehors de sa résidence de Tou-chan ; les efforts de M. Chanticlair à Tcha-tso pour entretenir la paix parmi ses chrétiens, un peu trop turbulents, mais d’une foi à l’épreuve de la persécution ; la première visite d’administration de M. Bras dans le district de Lo-hou : la conversion de quinze familles d’anciens apostats à Tin-fan, grâce au zèle de M. Preynat qui fait ce bel éloge des chrétiens de son ressort :
« Le vent peut souffler en tempête et déraciner les chênes altiers ; les humbles roseaux de « Tin-fan se courberont sous la rafale, et, au milieu des ruines accumulées par l’ouragan, on « les verra se relever plus forts, parfaitement nettoyés de la poussière du monde et délivrés de « l’ombre des géants qui les empêchaient de croître. »
A Kouy-yang, sur la paroisse de Saint-Louis du Lan-tang, il s’est passé un fait bien consolant, la conversion d’un bonze. Voici comment M. Roux raconte ce miracle de la grâce divine.
« Notre bonze, originaire du Su-tchuen où il avait déjà entendu parler de la religion, était « venu au Kouy-tcheou et y avait été baptisé. Il faut croire qu’il s’était bien relâché de sa « première ferveur puisque, pressé par le désir de mener une vie tranquille, sans se donner « beaucoup de peine, il avait demandé d’être admis dans la bonzerie de Lan-yo-chan, près de « la capitale. Au bout de quelques années, il était supérieur du monastère.
« Or, il y a six ou sept ans, un jeune homme de Kouy-yang, à moitié fou et hanté par des « idées de vie claustrale, se présente à la bonzerie et sollicite son admission comme novice. « Le supérieur apercevant le scapulaire du jeune chrétien lui répond : « Tu es chrétien, reste « chrétien ; la religion chrétienne est la seule vraie. » Et il le renvoie.
« C’est sans doute en récompense de cette profession de foi que Dieu a accordé à notre « bonze la grâce d’une bonne mort. L’an dernier, à la huitième lune, se sentant malade, il se « fit porter chez un chrétien de la ville et bientôt après à l’hôpital. Il y vécut une dizaine de « jours. Les bonzes de la pagode vinrent le voir ; il les exhorta à abandonner leurs « superstitions, leur remit ses comptes et surtout l’argent dont il était dépositaire, ne se « réservant que le strict nécessaire pour les frais de son enterrement. Un prêtre chinois lui fit « plusieurs visites, entendit sa confession et lui administra les derniers sacrements qu’il reçut « en pleine connaissance. »
« Nos deux séminaires, ajoute Mgr Guichard en terminant, nous donnent toute satisfaction ; les professeurs sont contents du bon esprit et de la piété de leurs élèves. »
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