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Rapport annuel des évêques

Année: 1903
Pays: Chine
Mission: Mandchourie méridionale
Rédacteur:Mgr Huchet

II. — Mandchourie méridionale


Population catholique 17.000
Baptêmes d’adultes 710
Conversions d’hérétiques 12
Baptêmes d’enfants de païens 2.614
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Au lendemain des massacres de 1900, tout le monde se demandait avec anxiété s’il restait à la Mandchourie méridionale assez de sang dans les veines pour revenir un jour à la vie ; s’il restait assez de sève à cet arbre, naguère si vigoureux et si verdoyant, pour reverdir et pousser de nouvelles branches. On oubliait la parole de la sainte Écriture : Lignum habet spem ; si prœcisum fuerit, rursus virescit et rami ejus pullulant. « Il ne faut pas désespérer d’un arbre qu’on voit tailler ; cet arbre reverdira bientôt et ses branches seront plus nombreuses qu’auparavant. »
Cette parole de nos saints Livres commence à se vérifier pour la Mandchourie méridionale. Depuis trois ans, en effet, elle revient tous les jours à la vie, elle reverdit, elle pousse de nouvelles branches, et, dans quelques années, cet arbre, cruellement mutilé par le fer des boxeurs, sera plus beau qu’il n’a jamais été.
Les anciens chrétiens qui ont échappé à la mort, semblent être devenus meilleurs ; les catéchumènes étudient la doctrine avec entrain et se préparent sérieusement au baptême : 710 d’entre eux sont devenus enfants de Dieu et de l’Église, au cours du dernier exercice. Le clergé indigène, dans les rangs duquel la persécution avait fait des vides si sensibles, a déjà réparé ses pertes. Trois minorés, Vincent Ouang, Dominique Tai et Martin Pai, après une épreuve de plusieurs années, ont été ordonnés sous-diacres le 21 février ; diacres, le lendemain, dimanche de la Quinquagésime, et prêtres, le samedi saint. Ils sont appelés à remplacer trois martyrs : le P. Jean Li, tombé à côté de Mgr Guillon, sur les degrés de l’autel, dans la cathédrale de Moukden, le 2 juillet 1900 ; le P. Maurice Li, fusillé quelques jours plus tard, par les boxeurs, à Mai-mai-kai ; enfin, le P. Alexandre Sia, mis à mort à la capitale de la province par ordre du mandarin, pour n’avoir pas voulu renier la foi.
Mgr Choulet annonçait l’an dernier que 22 chefs-lieux de district sur 25 avaient été réoccupés par les missionnaires, malgré les brigands et boxeurs qui fourmillaient encore un peu partout. Cette année, M. Huchet a repris possession du poste de Siao-hei-chan sans trop de difficulté, et M. Lecouflet est allé recueillir les épaves de la persécution à Sin-ping-pou et à Toung-houa-sien, dans les montagnes de l’est. Voilà donc tous les centres chrétiens reconquis: il s’agit maintenant de reconstituer les chrétientés et de relever les ruines matérielles, accumulées par la persécution. C’est là un travail de longue haleine, qui demande des années de paix et de tranquillité pour être conduit à bonne fin. Que Dieu daigne les accorder à nos chers confrères de la Mandchourie méridionale !
Les résuItas de leurs travaux en 1902-1903 sont déjà bien consolants : en effet, Mgr Choulet accuse 710 baptêmes d’adultes, 12 conversions d’hérétiques et 2.614 baptêmes d’enfants de païens. C’est peu, relativement aux magnifiques chiffres obtenus en 1899, avant les désastres, mais c’est beaucoup, si l’on tient compte des circonstances dans lesquelles cette modeste moisson a été recueillie. Elle trouve que la persécution ouverte a cessé et qu’une nouvelle ère de prospérité va commencer pour la mission.
Les églises, les résidences, les écoles, les orphelinats, tous les établissements en un mot, devaient attendre pour être reconstruits qu’il plût au gouvernement français d’avancer les fonds nécessaires, comme, il l’avait promis au mois de novembre 1901. Il était humiliant pour le missionnaire de rester ainsi les bras croisés, devant les ruines de l’église, de la résidence et de l’école catholique, pendant que, à deux pas de lui, le ministre protestant reconstruisait activement son temple, sa résidence et son école. Le prestige de la France en souffrait pour le moins autant que celui de l’Église. On l’a compris, en haut lieu, et, aujourd’hui, nos confrères de Mandchourie ont touché l’indemnité à laquelle ils avaient droit, grâce à la bienveillance de M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères et au dévouement personnel, si justement apprécié, de M. Dubail, ministre de la République française à Pékin. La restauration matérielle n’est donc plus qu’une question de temps.
« L’indemnité que le gouvernement français nous a obtenue, écrit Mgr Choulet, vient enfin d’être mise à notre disposition. Si, à cause du prix exorbitant des matériaux et de la main-d’œuvre, elle ne suffit pas pour relever tous les établissements qui ont été détruits, elle nous sera du moins d’un grand secours pour nous permettre d’en reconstruire une bonne partie.
« Les chrétiens, de leur côté, se sont mis à rebâtir leurs maisons. Nous leur faisons, en ce moment, une seconde distribution sur l’indemnité qui leur a été allouée par le gouvernement chinois, pour leurs pertes personnelles. Ce nouveau subside leur fournit le moyen d’acquitter les dettes qu’ils avaient dû contracter, depuis la persécution. Plus tard, nous espérons pouvoir leur donner à chacun un troisième subside, ce qui portera aux six dixièmes de leurs pertes le total de l’indemnité qu’ils auront reçue. Les fumeurs d’opium et les joueurs de profession ne reçoivent provisoirement qu’un tiers de la part qui leur revient de droit. Cette mesure, que nons avons cru devoir adopter, a déjà produit d’excellents résultats. Voilà pour le matériel.
« Au point de vue spirituel, les peines que nous avons endurées, depuis trois ans, n’ont pas été inutiles. Nous avons repris nos anciennes positions. Dans quelques districts, la visite des chrétientés n’a pu encore se faire d’une façon bien régulière, tant à cause des brigands que du manque de local ; néanmoins, le nombre des confessions annuelles qui s’élève à près de 10.000, sur 17.000 fidèles, me porte à croire que ceux qui n’ont point rempli ce devoir, sont assez rares. Nos écoles sont très fréquentées, mais nous manquons de maîtres et de maîtresses pour enseigner, et les locaux sont généralement insuffisants.
« Depuis la persécution, nous n’avons admis qu’un petit nombre de catéchumènes, parce qu’il nous en restait beaucoup d’anciens à instruire, et aussi parce que nous avions à craindre, en ces temps troublés, de recevoir des individus plus ou moins recommandables. Les missions voisines voient toutes surgir un mouvement extraordinaire de conversions ; nous sommes moins favorisés, sous ce rapport, mais il est bon de remarquer qu’en Mandchourie méridionale la tempête a été plus forte et plus longue que partout ailleurs. Quand donc jouirons-nous d’une paix parfaite, qui nous permettra de travailler avec la confiance désirable!
« Un mot maintenant de l’état actuel du pays. Ce coin de l’univers, jadis ignoré, commence à avoir une certaine célébrité. Moukden n’est plus qu’à dix-sept jours de Paris, et le transsibérien nous apporte des nouvelles toutes fraîches de notre chère France. Beaucoup de voyageurs nous arrivent par cette voie : des missionnaires eux-mêmes la suivent pour se rendre dans le nord de la Chine. De leur côté les Chinois aiment à voyager « en char de feu » , et il n’est pas rare d’en rencontrer une centaine, entassés les uns sur les autres, dans un wagon de quarante-huit places.
« L’argent abonde en Mandchourie depuis que les Russes y sont venus, et cependant la misère n’y est pas moins grande que jadis. La main-d’œuvre est très chère, mais les denrées atteignent des prix inconnus jusqu’ici. Et que dire des nouveaux besoins que la population se crée peu à peu ? De son ancien costume, il ne restera bientôt plus à notre Chinois-Mandchou que la tresse de cheveux traditionnelle. Ce n’est pas encore la mode de Paris, mais on y arrivera. Voyez-vous cet indigène, une cigarette à la bouche, une montre au gousset ; il joue avec les pièces d’argent comme son père jouait avec les sapèques de cuivre, et malgré les gros appointements qu’il touche, il trouve encore moyen de s’endetter...
« Autrefois un certain mystère planait sur les prétendues richesses des trois provinces de Mandchourie : on disait les vallées remplies d’or et d’argent. Le voile est levé maintenant : les Russes ont fouillé la terre ; de nombreuses mines ont été ouvertes ; hélas ! la plupart sont déjà abandonnées. D’aucuns, il est vrai, assurent que les mines sont réellement riches et que, si les Russes les ont abandonnées, c’est uniquement pour faire croire aux Japonais que le « jeu n’en vaut pas la chandelle ». « Chi lo sa ? »
« Les forêts du pays étaient soi-disant inépuisables. Aujourd’hui la hache a presque achevé son œuvre ; les arbres sont tombés les uns après les autres, et personne ne se préoccupe de remplacer ceux qui ont été coupés. Bientôt, nos belles montagnes de l’est seront complètement dénudées, et, à la saison des pluies, les inondations causeront d’incalculables dommages aux récoltes des vallées.
« Cette année, les moissons ont donné les plus belles espérances, jusque vers la fin du mois d’août. Le temps des grandes pluies semblait passé et les cultivateurs étaient dans l’allégresse. Les pluies sont venues, accompagnées d’un vent violent. Dans le sud du Leao-Tong, la récolte se réduit, à quelques épis de sorgho détériorés par l’eau ; le riz, le millet, le maïs, tout a été perdu. »


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