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Rapport annuel des évêques

Année: 1903
Pays: Chine
Mission: Mandchourie septentrionale
Rédacteur:Mgr Lalouyer

III. — Mandchourie septentrionale


Population catholique 10.161
Baptêmes d’adultes 1.038
Conversions d’hérétiques 15
Baptêmes d’enfants de païens 1.074
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Mgr Lalouyer signale tout d’abord les faits les plus importants de l’exercice 1902-1903 en Mandchourie septentrionale : bénédiction de l’église du Sacré-Cœur à Ghirin ; signature de la convention fixant le montant des indemnités dues aux chrétiens, à la suite de la persécution de 1900 ; entrée en possession de l’indemnité attribuée à Mgr Lalouyer pour les pertes de la mission elle-même, grâce à l’intervention bienveillante du gouvernement français et au dévouement personnel de M. Dubail, ministre plénipotentiaire à Pékin ; ordination d’un prêtre indigène, de deux sous-diacres et de deux minorés, la veille de la Trinité ; enfin, réception solennelle du vicaire apostolique dans les principales villes de la province de Tsitsicar.
« Depuis longtemps, dit Mgr de Raphanée, les missionnaires du nord m’invitaient à aller les voir. Malheureusement l’affaire des indemnités, qui était une question de vie ou de mort pour la mission et les chrétiens, me retenait à Ghirin. Après de longues discussions, le 19 octobre 1902, le gouverneur de la province et moi nous signâmes la convention qui mettait fin au débat. Le 4 novembre, je quittai Ghirin et me rendis d’abord au séminaire de Siao-pa-kia-tse, où j’ordonnai un sous-diacre. Je visitai ensuite quelques chrétientés, et je venais de rentrer à la procure de Kouan-tcheng-tse pour mettre ordre à quelques affaires, quand un courrier m’apprit la maladie grave de M. Mutillod. Je me hâtai de prendre le chemin de fer et arrivai près du cher malade le 17 novembre. Le voyant hors de danger, je le quittai le 2 décembre, en
compagnie de MM. Delpal et Bourlès. Le lendemain, nous passions le Soungari et nous foulions cette terre du Hei-loung-kiang, arrosée, il y a deux ans, du sang de trois missionnaires français.
« Je devais visiter Hou-lan en premier lieu. Mandarins et soldats vinrent à ma rencontre. Le vice-gouverneur m’envoya sa chaise à porteurs. C’est donc assis dans la chaise de la première autorité du pays, que je fis mon entrée dans la fameuse ville de Hou-lan, en compagnie de M. Bourlès, titulaire du district, et de M. Delpal, missionnaire de Pa-ien-sou. Toutes les autorités de la ville étaient présentes et la population s’était portée en foule sur mon passage. On n’entendait plus, comme autrefois, des cris de : « Mort à l’Européen ! » on lisait même sur les figures une certaine sympathie. Escorté par les autorités, j’arrivai à la résidence catholique, après avoir traversé la rue principale, tendue de soie et décorée comme pour la réception du vice-roi de Tsitsicar.
« Déjà, en 1898, il m’avait été donné de voir les chrétiens de la ville ; maison on n’en comptait alors que quelques dizaines. Depuis cette époque, la persécution avait sévi, et les autorités avaient tout mis en œuvre pour anéantir la religion catholique. Le jour de mon entrée à Hou-Ian, les mandarins ont pu contempler, de leurs yeux, la foule de néophytes réunis a l’église, et se convaincre par eux-mêmes de l’inanité de leurs efforts pour empêcher les conversions au culte du vrai Dieu.
« De Hou-lan, je me rendis à Pei-lin-tse, Iu-king-kiai et Pa-ien-sou. Dans toutes ces villes je fus reçu aussi solennellement qu’à Hou-Ian. A la campagne surtout, la population se montrait réellement sympathique. On eût dit qu’un rapprochement s’était produit entre chrétiens et païens ; tous ne semblaient faire qu’un, tous étaient heureux de recevoir l’évêque : jamais on n’avait vu pareille entente. Aussi les résultats de mon voyage furent-ils merveilleux.
« A dater de cette époque, écrit un missionnaire du nord, les conversions sont devenues plus nombreuses. Riches et pauvres, lettrés et gens du peuple viennent demander à se faire chrétiens. »
« De tels résultats ne sont pas naturels. Après la bénédiction de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, je les attribue à l’intercession de nos trois confrères martyrs, MM. Souvignet, Georjon et Leray. La terre qui a bu leur sang généreux ne peut pas manquer de produire une abondante récolte. »
Mgr Lalouyer donne ensuite d’intéressants détails sur les travaux de ses missionnaires dans les deux provinces de Ghirin et de Tsitsicar.

I. — PROVINCE DE GHIRIN

Le district de Ghirin est administré par M. Gérard. Ce cher confrère nous raconte lui-même le bien qui s’est opéré, cette année, à la capitale de la province et aux environs.
« La bénédiction de notre modeste oratoire de Ghirin et le baptême de notre petite cloche « demeurent, dit-il, l’événement le plus saillant du présent exercice. C’est le 5 octobre, fête de « Notre-Dame du Très-Saint-Rosaire, qu’eut lieu cette belle et touchante cérémonie qui fera « époque dans les annales de notre jeune mission. Mgr Lalouyer officiait, assisté de MM. « Cubizolles et Boutin et des deux prêtres indigènes , Augustin Jen et Josep Tien. Après avoir « accompli les rites de la sainte Église pour la bénédiction de la chapelle, Sa Grandeur se « dirige vers la cloche, agréablement enguirlandée de fleurs. La marraine, Mme la baronne de « Stackelberg, femme catholique du général de division russe, et le parrain, le général de « brigade Loutkevitch, polonais catholique, sont à ses côtés. Le consul russe, M. Loubat, tous « les officiers supérieurs et bon nombre d’officiers subalternes russes et polonais, les uns par « dévotion, les autres par sympathie, assistent à la fête. Le baptême de la cloche terminé, Mgr « de Raphanée célèbre le saint sacrifice au milieu d’une foule de chrétiens, de soldats russes et « de païens. La chapelle est trop petite pour contenir tout ce peuple, dont une grande partie « stationne dans la cour. Cependant tout le monde est silencieux et recueilli. Les chrétiens « récitent les prières à haute voix, avec un ensemble merveilleux et une certaine onction « mélancolique qui remue les cœurs.
« Les autorités chinoises, le gouverneur de la province, le vice-gouverneur, le tao-tâi, le « préfet, et autres grands dignitaires viennent, dans l’après-midi, présenter à Mgr Lalouyer « leurs félicitations. Sa Grandeur leur fait visiter l’église. Le gouverneur semble captivé par « les tableaux du chemin de la croix, dont il parcourt chacune des stations, suivant avec « attention et intérêt l’explication succincte que lui en donne Monseigneur.
« Le salut du Saint-Sacrement, où nos théologiens chantent les plus beaux morceaux de « leur répertoire, et, le soir, un splendide feu d’artifice, tiré par les chrétiens, clôturent les joies « de cette inoubliable journée, qui donne les plus belles espérances pour l’avenir. Ces « espérances, d’ailleurs, nous viennent de la bonne Mère. Ne semblait-Elle pas s’adresser à « nous spécialement dans la messe du jour, par ces paroles : Ego quasi rosa super rivos « aquarum fructificavi ? Et en effet, depuis qu’Elle est gardienne et reine de ce district, les « cœurs sont touchés par la grâce, les intelligences s’ouvrent à la vraie lumière ; en un mot, le « mouvement des conversions s’accentue chaque jour davantage. C’est ainsi que notre jeune « chrétienté compte, cette année, 66 baptêmes d’adultes bien instruits et 22 in articulo mortis. « En outre, plus de 500 catéchumènes étudient avec zèle le catéchisme.
« Le nombre des chrétiens et des conversions augmentant, il était nécessaire de fonder des « œuvres. Ghirin a vu s’ouvrir une nouvelle école intra muros, près de la résidence, pour « l’instruction des femmes catéchumènes de l’intérieur de la ville et du faubourg du Nord. En « outre, nous allons établir prochainement une chapelle de secours et une école dans le « faubourg de l’Ouest, où les nouveaux convertis deviennent de jour en jour plus nombreux.
« Le poste de Tcha-lou-heu, fondé depuis un an et demi seulement, prend des « développements qui dépassent toutes mes prévisions. Plus de cent familles ont abandonné « les pratiques superstitieuses pour servir le vrai Dieu. Une cinquantaine d’enfants, tant « garçons que filles, fréquentent les écoles avec assiduité, et un assez grand nombre de « catéchumènes sont à la veille d’être régénérés dans les eaux du saint baptême.
« Ien-ki-kang promet mieux qu’il n’a donné jusqu’ici. Située sur la frontière coréenne, à « plus de 1000 lys (100 lieues) de la résidence du missionnaire, cette chrétienté ne peut jouir « que rarement des secours de notre sainte religion, et, par suite, la vie chrétienne s’en ressent. « A enregistrer cependant près de 50 nouveaux catéchumènes. Une difficulté d’un autre genre, « mais non moins regrettable, arrête le progrès de l’Évangile dans maints endroits importants : « Touan-kia-t’ouen, Iang-kia-ta-k’iao, Houa-p’i-tch’ang, Ao-toung-tcheng, je veux dire le « manque de catéchistes. Daigne la divine Providence nous fournir bientôt les moyens de tirer « tant de pauvres âmes des ténèbres de l’idolâtrie ! Telle est ma prière quotidienne. Tels sont « mes vœux les plus ardents. »
« De I-toung-tcheou, M. Maillard m’écrivait à la date du 4 septembre 1903 :
« Forcé par la maladie de restreindre cette année le cadre de mon compte rendu, je dirai « simplement que le district de I-toung-tcheou doit de grandes actions de grâces à la très « sainte Vierge, qui a écarté de nous les orages dont nous étions menacés. Battus partout, « pendant cinq longs mois, même dans les lieux où ils tenaient garnison, les soldats chinois « étaient impuissants à réprimer le brigandage. Pendant cinq longs mois, un mot de notre part, « un geste même, venant contrarier les vues ou les plans des bandes armées qui ravageaient le « pays, et c’en était fait des chrétiens et des chrétientés du district. Pauvre district, il avait déjà « tant souffert en 1900 ! Mais Dieu veillait sur nous. Aussi sans donner prise au moindre « soupçon, et sans subir la moindre perte, nous avons poursuivi notre marche en avant.
« Pendant que les mandarins et les riches païens, jaloux de nous voir échapper aux « déprédations dont ils étaient victimes, inventaient contre nous les pires calomnies, les petits « et les humbles des monts et des campagnes trouvaient une explication à la paix dont « jouissaient les chrétiens, et venaient en grand nombre vers Celui qui a dit : « Venite ad me « omnes qui laboratis, et onerati estis et ego reficiam vos. » C’est ainsi que 157 adultes, après « avoir fréquenté les écoles et reçu le baptême, se préparent maintenant à la confirmation. »
« Le prêtre indigène, Augustin Jen, continue cette année à relever les ruines amoncelées par la persécution de 1900 dans son district de Mouo-pan-chan. Des écoles de garçons et de filles ont été ouvertes, et non seulement les enfants des chrétiens, mais encore un grand nombre de catéchumènes y reçoivent l’instruction religieuse ; 60 des plus instruits parmi ces derniers ont reçu la régénération spirituelle au cours de l’exercice.
« A une journée de Mouo-pan-chan, une nouvelle station a été fondée, et un maître d’école s’occupe de l’instruction des catéchumènes dont le chiffre approche de la centaine.
« La chrétienté de Yang-mou-kang, à jamais illustrée par le martyre d’une vingtaine de chrétiens, est restée abandonnée depuis trois ans. La plupart des chrétiens survivants sont allés s’établir à Mouo-pan-chan ; les autres se sont fixés dans les centres chrétiens où ils s’étaient réfugiés durant les troubles.

« Le district de Se-kia-tse, dont le titulaire est toujours M. Sandrin, ne se compose guère que d’anciens chrétiens au nombre de 1.320. Pour la plupart, ce sont des laboureurs tranquilles et fervents. Aussi M. Sandrin vit-il heureux au milieu d’eux. Après avoir fait la visite de toutes ses chrétientés, notre cher confrère s’est adonné à l’œuvre de l’évangélisation des païens. Le bon Dieu a béni ses efforts et 21 catéchumènes ont eu le bonheur de devenir enfants de Dieu et de l’Église. Il en reste encore 82 qui se disposent sérieusement au baptême.

« A Siao-pa-kia-tse M. Cubizolles, en dehors des confessions et communions annuelles, a entendu 5.200 confessions répétées et enregistré 6.400 communions de dévotion. La population de son district est de 1.860 chrétiens. Ce cher confrère a dirigé en même temps le collège de la mission et surveillé la construction de la nouvelle église du poste, ce qui ne l’a pas empêché d’offfrir à Notre-Seigneur la belle gerbe de 46 baptêmes d’adultes.

« M. Samoy a régénéré 20 adultes à Kouan-tcheng-tse ; le P. Joseph Tien, 40 à Kou-iu-chou ; M. Stœffler, 60 à Ou-kia-tchan. Ce jeune confrère, tout en apprenant la langue sous la direction d’un séminariste zélé, a instruit 100 familles de catéchumènes et fondé 5 nouveaux postes qu’il a dotés d’écoles de garçons et de filles. Il faut avouer que c’est là un magnifique début dans la carrière apostolique.

« J’ai confié à M. Laveissière le district de Petouné, si cruellement éprouvé en 1900. « Je « n’ai baptisé que 11 adultes, écrit M. Laveissière, mais les habitants de deux petits villages « veulent se convertir. Ils sont riches et n’ont pas de procès sur les bras. Personne n’ira leur « chercher querelle, et j’ai bon espoir que mon troupeau va s’augmenter de plus de cent « nouvelles brebis. Le résultat de l’année n’est pas brillant ; mais, avec la grâce du bon Dieu, « nous ferons mieux plus tard. L’Esprit-Saint souffle où il veut et il peut faire de mes « chrétiens, que je trouve trop indifférents, des âmes vraiment vertueuses et ferventes. »

« A Neung-an, le travail de M. L. Faure, cette année, a été plutôt une œuvre de restauration et d’organisation que d’évangélisation. Quoi qu’il en soit, ce cher confrère a enregistré 96 baptêmes de païens, dont 3 seulement in articulo mortis. « Les catéchumènes affluent de tous « les points du district, écrit-il, mais j’ai manqué de temps pour les instruire et les préparer « suffisamment au baptême. En effet, j’ai dû surveiller les travaux de reconstruçtion de la « résidence de Neung-an, dont il ne restait même pas un morceau de brique. L’administration « et la visite des anciennes chrétientés, qui ne comptent pas moins de 1000 chrétiens « dispersés sur une si grande étendue, sans parler des confessions de dévotion, m’ont pris « beaucoup de temps. Aujourd’hui, grâce à Dieu, tous les postes sont pourvus d’écoles qui me « seront d’un grand secours pour préparer les catéchumènes au baptême, et j’ai la ferme « assurance de pouvoir offrir, l’an prochain, à Votre Grandeur un nombre bien plus élevé de « baptêmes de païens. »

« Le poste de Ou-kia-tchan, dont j’ai parlé plus haut, n’a pas encore une année d’existence, et, cependant, il est déjà florissant. Voici en quelles circonstances il a été fondé.
« Le prêtre indigène Léon Pâi, chargé du district de Petouné, venait de nous être enlevé par le choléra. L’épidémie sévissait de plus en plus et il était urgent de porter secours aux 500 chrétiens que comprend le district de Petouné. Un homme d’un grand dévouement était nécessaire : je m’adressai à M. Laveissière. Son zèle des âmes lui fit accepter le poste dangereux que je lui offrais. Il se hâta de s’y rendre. Malheureusement, il se trouvait très éloigné des autres confrères. Comment le laisser seul, surtout en temps d’épidémie ? Cette idée me tourmentait, quand un courrier m’apporta la nouvelle de l’arrivée, dans la mission, de deux nouveaux confrères. L’un d’eux, M. Lacquois, fut envoyé au collège de Siao-pa-kia-tse ; le second, M. Stœffler, reçut sa destination pour Ou-kia-tchan, nouvelle chrétienté située à six heures seulement de la résidence de M. La veissière. Au milieu du mois de novembre, il arrivait à son poste, où l’on ne comptait encore que des catéchumènes.

« Le district de Leao-tien-tse fut fondé par M. Venault, il y a une cinquantaine d’années. Dans ses voyages à travers la Mandchourie pour rechercher les chrétiens disséminés de tous les côtés, le zélé missionnaire trouva à Leao-tien-tse une nombreuse et riche famille chrétienne. Il y fixa sa résidence et c’est là que le titulaire du district de Leao-tien-tse a habité jusqu’à ce jour. Ce village est situé au nord de la ville d’Ache-heu, qui a pris, depuis quelques années, une très grande importance, et où M. Monestier a l’intention de transporter sa résidence. Si le projet aboutit, il sera dès lors plus facile à notre confrère, grâce à la ligne du chemin de fer, qui venant de Harbin va rejoindre à Nikols celle de Kabarofka à Wladivostock, d’étendre son centre d’évangélisation à l’est, du côté de Ning-ou-ta ; à l’ouest, du côté de Harbin et de Souang- tcheng-pou.
« Au printemps de cette année, un oratoire a été construit à Harbin. Les nombreux chrétiens qui y affluent de tous côtés, dans le dessein d’acquérir les richesses périssables de ce monde, auront désormais la faculté de vaquer au salut de leur âme et d’amasser ainsi des trésors pour l’éternité.
« M. Mutillod s’est rendu à son poste de Pin-tcheou. Il habite provisoirement une maison préparée par le mandarin, à qui nous avons vendu notre ancienne résidence qui était attenante au prétoire et beaucoup trop petite. Nous allons en acheter une autre plus grande et mieux située.
« M. Monestier a fait un voyage à Ma-i-heu, où il a fondé un oratoire et ouvert une école. Ma-i-heu est le siège d’une préfecture ; il faudrait là un missionnaire à demeure, car les néophytes de la ville se trouvent à trois journées de marche du prêtre le plus rapproché. M. Monestier a baptisé 35 adultes et 102 enfants moribonds.


II. — PROVINCE DE TSITSICAR

« M.Boutin, chargé du district de Iu-king-kiai, m’annonce 38 baptêmes d’adultes.
« Des écoles de garçons ont été ouvertes dans les trois grands centres de chrétiens qui forment le district, c’est-à-dire Iu-king-kiai, Chang-ki-tchang et Chan-kia-fen-fang. C’est cette dernière chrétienté qui lui a apporté le plus de consolations. Les 38 baptêmes d’adultes ont été administrés presque tous dans ce village. A Iu-king-kiai, il n’y a pas encore une seule femme baptisée ; aussi le missionnaire désire-t-il vivement une école pour les filles et les femmes catéchumènes ; car, en Chine comme ailleurs, la conversion du mari ne sera assurée que quand la femme sera elle-même chrétienne.
« Je laisse M. Roubin exposer lui-même l’état de son district de Pei-lin-tse. « Cette année, « écrit-il, a été employée principalement à relever les ruines accumulées par les boxeurs et à « traiter les affaires du district. Entre temps, j’ai visité plusieurs fois mes chrétientés, et j’ai « entrepris un long voyage dans les nouvelles stations de Tsouo-chou-kang et deToung-ken.
« J’ai rebâti la résidence de Pei-lin-tse, réparé l’oratoire de Houang-kia-mou-kiang-pou et « construit des chapelles dans trois de mes postes secondaires.
« Les boxeurs, jeûneurs et autres sociétés commencent à s’apercevoir qu’ils se sont donné « beaucoup de mal en pure perte durant l’année terrible. Puissent-ils comprendre enfin que « l’Église de Jésus-Christ ne meurt pas et que les persécutions n’aboutissent qu’à la rendre « plus glorieuse.
« A Sin-li-touen, j’ai baptisé 44 adultes. Permettez-moi de vous raconter l’histoire de la « conversion des deux familles de Siu-touo et de Hou-teu-fou. La première se compose du « père, de la mère et de quatre enfants. Tous ont eu le bonheur de recevoir le baptême le « même jour. Voici en quelles circonstances la famille s’est convertie. Il y a deux ans, à « l’époque du premier de l’an, Siu-touo se préparait, selon l’usage, à rendre ses devoirs aux « mânes de ses ancêtres. Il avait, à cet effet, acheté des tablettes toutes neuves. Le moment « venu de les mettre à la place d’honneur qui leur est réservée, Siu-touo les prend et les colle « au mur. Un instant après, elles tombèrent à terre. Siu-touo les ramasse et essaie de nouveau « de les faire tenir sur le mur. Peine perdue, elles retombent encore. Furieux, notre homme « saisit les tablettes de ses ancêtres et les jette au feu. L’un de ses fils, âgé de douze ans, « voyant que son père brûle ce qui est un objet de vénération pour toute la famille, s’enfuit en « pleurant chez des voisins chrétiens. Il leur raconte ce qui vient de se passer. Les chrétiens, « de courir chez Siu-touo ; ils le trouvent exaspéré, et contre ses ancêtres et contre tous ses « dieux : « Mes dieux, s’écrie-t-il, me trompent et mes ancêtres ne m’écoutent plus : je ne « veux plus ni des uns ni des autres ; je me fais chrétien. Siu-touo a tenu parole. Il se mit, sans « retard à l’élude de la doctrine et il vient d’être baptisé avec toute sa famille.
« La famille de Hou-teu-fou est une famille mongole, égarée au milieu des Chinois du Hei-« loung-kiang. Elle se compose de 21 personnes. La persécution de 1900 ne l’avait pas « effrayée. Dès mon arrivée à Pei-lin-tse, Hou-teu-fou vint me demander le catéchuménat. Je « lui donnai des livres de doctrine et l’engageai à travailler à la conversion de toute sa famille. « Plus tard, je me rendis moi-même chez lui, et je fus agréablement surpris de voir tout le « monde, hommes, femmes et enfants étudiant le catéchisme avec un entrain admirable. Les « grandes personnes s’entr’aidaient pour saisir les endroits difficiles. Les enfants récitaient « chaque soir leur leçon de catéchisme, devant leur père, et tant que durait la récitation, ils « devaient se tenir à genoux.
« Deux enfants, un de cinq ans et l’autre de six, ont fort bien récité, en ma présence, les « principales prières et les deux premiers livres du catéchisme. Le bon Dieu a béni les efforts « du brave Mongol. A ma dernière visite, Hou-teu-fou et seize personnes de sa famille « reçurent ensemble le sacrement de baptême. Ce jour-là fut un grand jour de fête. Les « chrétiens les environs étaient venus assister à la cérémonie du baptême. Hou-teu-fou offrit à « ses hôtes un repas qui rappelait les agapes des chrétiens de la primitive Église. »
« La gerbe que présente M. Roubin se compose de 91 baptêmes d’adultes et de 68 d’enfants de païens in articulo mortis.
« Tous les centres de nouveaux chrétiens, ajoute notre confrère, promettent beaucoup pour « l’année prochaine ; mais c’est sur le beau plateau de Toung-ken que la moisson s’annonce « plus abondante. Il y a un an, j’avais fondé dans ce beau pays une petite station et j’y avais « placé un maître d’école. La station s’est agrandie et compte maintenant près de cent « familles. Au sud du plateau, s’est formée une seconde station aussi grande que la première. « Le nombre de ceux qui demandent à se faire chrétiens augmente tous les jours, si bien que je « ne les compte plus. C’est tout un peuple. Riches et pauvres, lettrés et gens sans lettres, tous « viennent à nous. »
« Hélas ! messis quidem multa, operarii autem pauci, dit Mgr Lalouyer. Je n’ai pas sous la main les ouvriers dont le concours serait si utile à M. Roubin pour seconder le mouvement extraordinaire qui se produit à Toung-ken.

« M. Bourlès m’écrivait de Hou-lan, à la date du 26 juillet :
« Le mouvement de conversion dont je vous parlais l’an dernier s’est maintenu et même « accentué. La visite de Votre Grandeur dans la province de Tsitsicar a eu un excellent « résultat au point de vue chrétien. En effet, l’éclat avec lequel les autorités mandchoues et le « peuple ont reçu l’évêque catholique, fait mieux connaître notre sainte religion. Bon nombre « de païens ont demandé le catéchuménat, et, parmi eux, 159 ont été régénérés dans les eaux « du baptême.
« En outre, j’ai fondé des postes dans tous les marchés et grands villages du district. A « Chen-kia-ouo-p’eung, une école de garçons a été ouverte avec 20 élèves. Un peu plus au « nord, le village de Ioung-an-p’on compte 30 familles de nouveaux catéchumènes ; un autre « 40.
« Au nord de la rivière Ni, à Kou-san-Koou, pays autrefois évangélisé par M. Noirjean, j’ai « établi une école. Ce village promet une magnifique récolte : plus de 60 familles y « apprennent le catéchisme. Souang-miao-tse possède une école de filles. C’est le seul poste « de mon district où il y ait d’anciens chrétiens.
« Au sud de Souang-miao-tse, se trouve le petit marché de Siao-iu-chou. Au mois de mai « dernier, la mission y a fait une belle acquisition. Nous avons là un oratoire et une école. Les « 60 familles catéchumènes du village et des environs étudient avec entrain. Malgré leur « pauvreté, ces néophytes ont trouvé le moyen d’acheter un autel et de l’orner de beaux vases « à fleurs. Enfin, j’ai acheté un petit terrain à Ou-tchan, gros bourg de beaucoup d’avenir, où « je me propose d’ouvrir bientôt une salle de prédication, et j’ai reçu une députation des « habitants d’un village situé à moitié route entre Ou-tchan et Harbin, qui demandent tous la « faveur d’être admis au catéchuménat. Là aussi il faut une école. »

« Le district de Pa-ien-sou, dont le titulaire est M. Delpal, a donné 93 baptêmes d’adultes. Toutes les parties du district ont apporté leur petit contingent à cette gerbe magnifique.
« Je vois de plus en plus, écrit M. Delpal, qu’en ces pays-ci le meilleur moyen « d’évangélisation, ce sont les écoles. Cette année, hélas ! vu la modicité de nos ressources, je « n’ai pu ouvrir qu’une école de garçons. Or, pendant quatre à cinq mois, elle a été « absolument comble. Le chiffre des élèves dépassait 80.
« L’érection canonique de la confrérie du Saint-Rosaire dans l’église de Pa-ien-sou m’est « un sujet d’espérance pour l’entretien de la ferveur parmi nos chrétiens et la conversion des « païens. Déjà, mon registre renferme près de deux cents noms, inscrits depuis la fête de « l’Ascension, et ce nombre augmente toutes les semaines.
« La confrérie du scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel est aussi en honneur parmi « mes néophytes. Le nombre des admissions, en ces derniers temps, a déjà dépassé la « centaine. Tous observent l’abstinence du mercredi et récitent les prières, auxquelles sont « attachées les indulgences, avec une scrupuleuse exactitude. Aussi les offices du dimanche et « même la messe quotidienne sont-ils plus suivis. »
« Je me suis attaché dans ce compte rendu, dit en terminant Mgr de Raphanée, à faire connaître le fruit bien consolant des travaux de mes confrères, le beau mouvement de conversions qui s’est déclaré en Mandchourie septentrionale et le besoin que nous avons d’un plus grand nombre de missionnaires. La moisson est magnifique, mais les bras manquent pour la recueillir. Que Dieu daigne nous envoyer du renfort le plus tôt possible. »




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