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Rapport annuel des évêques

Année: 1903
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen méridional
Rédacteur:Mgr Guébriant

III. — Su-tchuen méridional


Population catholique 21.000
Baptêmes d’adultes 2.151
Conversions d’hérétiques 72
Baptêmes d’enfants de païens 24.077
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Pour se conformer au désir de Mgr Chatagnon, heureusement rentré dans sa mission, au printemps dernier, M. de Guébriant nous adresse, cette année encore, le compte rendu du Su-tchuen méridional.
« Le présent exercice, écrit-il, s’ouvrait pour nous, il y a un an, au milieu d’anxiétés extrêmes. Les boxeurs et la « Lanterne-Rouge » ensanglantaient impunément les plus belles chrétientés du Su-tchuen occidental, ruinaient ou menaçaient un grand nombre des nôtres, pénétraient dans la banlieue et franchissant l’enceinte même de la capitale provinciale, trouvaient auprès des principales autorités cette sorte de complicité voilée, où excelle le mandarin chinois, et qui, incapable sur place de tromper personne, suffit au loin pour donner le change. Jusque vers la Toussaint, nous avons pu craindre un désastre général ; puis, l’action du nouveau vice-roi, Tsen, s’est fait sentir : après quelques semaines de tâtonnements, il avait, sans doute, jugé que cette agitation n’était pas de nature à donner un résultat sérieux, et le calme s’est fait comme par enchantement.
« L’ordre rétabli, l’autorité a admis, cette fois comme les précédentes et sans trop de difficulté, le principe de la réparation des dommages matériels causés à la mission et aux chrétiens par les excès des boxeurs. Mais, cette fois, aussi bien que les autres, il a été impossible d’obtenir une répartition équitable des responsabilités. Si les nations européennes, naguère coalisées, n’ont réussi ni à supprimer un prince Toan, ni à se débarrasser d’un Tong-fou-siang, ni à écarter du palais impérial l’eunuque Li-lien-yn, ni en somme à obtenir autre chose qu’une compensation pécuniaire ; à combien plus forte raison, une mission isolée se trouve-t-elle impuissante à exiger d’un vice-roi omnipotent ce minimum de justice qui, seul, pourrait assurer une sécurité durable. Cette année, comme toujours, les vrais coupables ont été épargnés : s’ils n’ont pas tous amélioré leurs positions, tous, du moins, les ont conservées, et s’il y a eu des fonctionnaires punis et dégradés, ce ne sont guère que les bons. C’est cet état de choses qui a toujours fait et qui fera longtemps encore le grand danger pour la vie et les entreprises des Européens en Chine.
« Donc, on nous accorde une indemnité. Cinq mois de pourparlers, soutenus par l’action ferme, suivie et persévérante du consul de France, M. Bons d’Anty, ont abouti à ce résultat dont il faut s’estimer heureux. Les échéances sont réparties, il est vrai, sur une période de trois à quatre années ; mais ce n’est pas excessif dans les circonstances actuelles.
« Le vice-roi Tsen ayant supprimé la « Lanterne-Rouge » , la récolte s’annonçant magnifique, les nouvelles de Pékin étant à la paix, ce printemps s’est bien passé et l’année promet de bien finir. Tôt ou tard, cependant, des catastrophes semblent inévitables.
« Jamais, en effet, l’esprit xénophobe n’a été plus répandu dans le monde officiel. Nul n’y saurait prétendre au plus modeste avancement, à un avenir quelconque, s’il ne fournit, à ce point de vue, des garanties sérieuses. La haine de l’étranger est devenue ici, comme l’anticléricalisme en France, le critérium nécessaire et suffisant du loyalisme gouvernemental.
« Aussi ne reste-t-il plus sur notre territoire un de ces mandarins relativement éclairés qui, aux heures de troubles, empêchent les grands malheurs. Il y en avait encore cinq ou six en place l’année dernière. Tous ont été cassés sous divers prétextes. Quant au vice-roi Tsen, telle est l’instabilité administrative, qu’envoyé au Su-tchuen en septembre dernier, il en a été rappelé en avril. Son successeur, attendu dans quelques jours, est Si-leang, naguère connu au Ho-nan comme boxeur. Maintenant qu’il est placé à la tête de cette province, il convient d’adopter, avec les journaux de Shang-haï, un langage plus correct et de n’en plus parler que comme d’un « ex-boxeur ». Quelles que soient ses dispositions, il ne saurait être plus dangereux pour nous que le fameux Tsao-joui, signalé depuis des années comme l’homme néfaste du Su-tchuen, et élevé néanmoins tout récemment au premier poste du Tchoan-lan, tao-tay de Lou-tcheou.
« Rien de fort rassurant dans tout ceci, mais rien de très nouveau non plus. C’est, un peu aggravé, un peu plus menaçant pour l’avenir, l’état de choses que nous avons fait depuis longtemps connaître, et que signalent plus ou moins toutes les missions de Chine. Ce qui est plus inattendu et plus consolant, c’est de constater, dans l’ensemble de la population et même dans la classe élevée, en dépit des haines officielles, la persistance des symptômes nouveaux auxquels faisait également allusion notre dernier compte rendu. Entre la masse chinoise et nous, plus d’une barrière est tombée, et un mouvement considérable sur plusieurs points met à notre portée des âmes qu’il y a peu d’années, nous n’avions aucun moyen ni aucune chance d’atteindre.
« C’est sur les faits de cet ordre, Messieurs les directeurs, qu’il est surtout à propos pour nous d’attirer votre attention, et, pour vous en faire mieux apprécier le caractère, à peu près général, avec les responsabilités qui en découlent pour cette mission, je vais parcourir rapidement avec vous les sept préfectures tant de première que de seconde classe, qui forment, réunies, le territoire du Su-tchuen méridional. Ces préfectures sont celles de Lin-yuen-fou, Ya-tcheou-fou, Kia-tin-fou, Mei-tcheou, Soui-fou, Lou-tcheou, Tse-tcheou. Je les énumère ici dans l’ordre, non pas de leur importance, mais de l’itinéraire le plus naturel à suivre pour qui veut en faire, avec le moins de retard et de détours possible, la traversée successive.
« En effet, la zone la plus reculée de notre mission, pour qui s’y introduit par la route ordinaire du Shanghai et du Yang-tse, se trouve être, au contraire, la plus rapprochée de l’Europe pour qui s’y rend directement sans s’astreindre à suivre les voies fluviales. Cette zone est celle du Kien-tchang. Elle embrasse la préfecture de Lin-yuen-fou, et le voyageur venant de l’Indo-Chine en rencontre la frontière à cinq étapes de Yun-nan-sen, de cette ville qu’un chemin de fer français ou anglais atteindra sous peu d’années, mettant à quarante jours de Marseille la partie jusqu’à présent la plus perdue du Su-tchuen. Parcourons-la donc en premier lieu.

1º Préfecture de Lin-yuen-fou.  « MM. Castanet, Sirgue et Grosjean s’occupent de la région centrale et méridionale de cet immense pays. Là où il y a dix ans on ne comptait guère plus de 300 confessions annuelles, ils en enregistrent, cette année, plus de 700. Mais le chiffre des adorateurs ou catéchumènes dépasse celui des chrétiens déjà formés. Leur répartition sur des points très divers et éloignés les uns des autres signifie pratiquement que, dans les circonstances présentes, la visite du missionnaire suffit, presque partout, à provoquer un mouvement vers la religion. Une centaine d’adultes ont été baptisés au cours de l’exercice. C’est le commencement d’une moisson à laquelle nos trois confrères ne peuvent certainement pas suffire : ils devraient être quatre ou cinq dès à présent.
« Le nord de cette même préfecture est évangélisé par M. Gallay qui y compte, cette année, près de 300 confessions annuelles, 50 baptêmes d’adultes et 500 adorateurs : ainsi ce Kien-tchang, si longtemps déshérité, tend de plus en plus à former un ensemble plein de vie et de promesses. Ne manquons pas d’y saluer en passant M. Martin, l’enfant perdu de la mission, presque introuvable au fond de son village lolo. Là, tout le monde se dit depuis longtemps chrétien et ne tardera sans doute pas à le devenir réellement.
2º Préfecture de Ya-tcheou-fou.  « Je suppose qu’entrés au Su-tchuen par la pointe sud du Kien-tchang, nous avons traversé le pays de bout en bout en remontant directement vers le nord, et atteint, en quatorze ou quinze journées de cheval, les bords du Tong-ho. Cette sauvage rivière, une fois franchie, nous sommes dans la préfecture de Ya-tcheou, région intermédiaire entre les grandioses montagnes de notre « farwest » et les riches pays du Su-tchuen central. M. Gallay, pour une moitié de son district, MM. Boissière et Gire et le P. Mathias Li, prêtre chinois, sont les pionniers de cette zone bien âpre et difficile encore. Ils s’y partagent environ 1.500 confessions annuelles et 1.000 à 2.000 adorateurs. Le rapprochement de ces deux chiffres montre qu’il s’agit là de chrétientés restées longtemps stationnaires, mais qui, elles aussi, commencent à s’ébranler. De 50 à 100 baptêmes d’adultes y ont été obtenus, cette année. M. Gire organise une chrétienté en ville même de Ya-tcheou et prend pied à Yuin-kin-hien, autre jolie ville située à une journée plus loin sur la route du Thibet.

3º Préfecture de Kia-tin-fou.  « A Ya-tcheou, nous ne sommes plus qu’à quatre étapes de Tchen-tou, la capitale du Su-tchuen. Mais pour ne pas quitter le territoire du Su-tchuen méridional, il faut changer de direction et incliner vers le sud-est. C’est, d’ailleurs, tout avantage, car pour ce nouveau parcours, les aflluents navigables du haut Yang-tse sont déjà à notre disposition, et une journée de descente en radeau ou en barque supprime les longueurs et les fatigues de plusieurs étapes faites par les moyens ordinaires.
« Kia-tin, que l’on atteint de Ya-tcheou en une journée de radeau pendant les crues, est la seconde ville de notre mission et la plus centrale quant à la situation des chrétientés. Malheureusement elle ne possède qu’un noyau encore insignifiant de fidèles. M. Puech n’épargne rien pour lui donner un peu de cohésion et de vie. Cette préfecture est celle où le mouvement de conversions se fait le moins sentir. Mais les anciennes chrétientés y sont plus denses et mieux installées que partout ailleurs. C’est ce qu’un voyageur profane, visitant surtout les villes, pourrait ne pas soupçonner. Les chrétiens de cette zone, en effet, sont presque tous des campagnards, groupés loin des centres, autour de leurs églises, dont plusieurs, comme celles de la plaine d’O-mi, font honneur à la religion et ne le cèdent à aucun édifice païen.
« Six missionnaires et deux prêtres chinois travaillent dans cette préfecture et y enregistrent, cette année, près de 3.500 confessions annuelles, quelques centaines d’adorateurs et une trentaine de baptêmes d’adultes.

4º Préfecture de Mei-tcheou.  « A Kia-tin se rattache Mei-tcheou, préfecture de seconde classe, dont le territoire s’avance jusqu’à quelques lieues de Tchen-tou. Cette région a été la plus éprouvée de notre mission, lors du mouvement néo-boxeur de l’année dernière. MM. Breuil, Garrel, Sapin, Delolme et le P. Ou y ont été pendant des semaines entières entre la vie et la mort. C’est pour les deux premiers surtout que le danger a été grand. La maison qu’ils habitaient dans la ville ouverte de Jen-cheou n’était un abri sûr ni pour eux, ni pour les nombreux chrétiens qui s’y étaient réfugiés. Heureusement le sous-préfet local, Tchang-tche-ho, était un homme de tête et de sang-froid. Impuissant à sauver les chrétientés de la campagne que la tourmente emportait les unes après les autres, il quitta son yamen pour s’enfermer avec nos deux confrères et leur ouailles, et c’est grâce à son attitude résolue que des vies si précieuses ont été conservées. Nous nous devons à nous-mêmes de le reconnaître, car nous n’avons pu voir, sans indignation, ce même mandarin dégradé presque aussitôt après, et rendu responsable des excès causés par les boxeurs sur son territoire, de sorte qu’il se trouve à la fois destitué et ruiné.
« Quoi qu’il en soit, le pillage de plus de cent familles et le massacre d’une dizaine de personnes nous ont semblé peu de chose à côté de ce que nous avons pu craindre un instant ; et ces beaux districts, dont le relèvement est déjà un fait accompli, nous paraissent, malgré ce qu’ils ont souffert, avoir été épargnés plus encore qu’éprouvés. Leur développement si rapide et si consolant, ces dernières années, a néanmoins été enrayé ainsi qu’il fallait s’y attendre, et les cinq missionnaires occupés à relever leurs ruines n’ont pu baptiser qu’une cinquantaine d’adultes. La persévérance de 600 adorateurs recensés par nos confrères, prouve que ce ralentissement ne sera pas de longue durée. Malgré la tourmente, il y a eu dans cette préfecture environ 2.500 confessions annuelles.

5º Préfecture de Soui-fou.  « Pour gagner Soui-fou de Mei-tcheou, il faut repasser à Kia-tin et pousser à quarante lieues plus au sud, en suivant le cours du Fou-ho. Peu central comme position géographique, Soui-fou mérite à d’autres points de vue, dans notre mission, son rang de chef-lieu. La situation catholique y est plus en relief qu’ailleurs, et les sacrifices considérables que s’y est imposés récemment la mission, l’ont encore améliorée. Outre la résidence épiscopale, bien modeste à la vérité et à peine suffisante, nous avons trois paroisses en ville et dans les faubourgs. Celle de la ville est la plus ancienne du Su-tchuen méridional et compte des familles chrétiennes depuis de longues générations ; toutefois, elle ne se dévoloppe que très lentement. Dans les faubourgs du nord et de l’ouest, au contraire, la population fidèle s’accroît rapidement. La paroisse du nord est pourvue d’une charmante église, ouverte il y a quelques mois, et celle de l’ouest en réclame une plus grande encore : car, depuis dix ans, le chiffre des chrétiens y a au moins triplé. Ces trois paroisses donnent ensemble environ 1.200 confessions annuelles, sans compter les stations nouvelles qui s’y rattachent et se multiplient dans la campagne environnante. A côté des paroisses, des œuvres importantes commencent à fonctionner. En ville, c’est l’école des Frères avec ses 70 élèves, en majorité païens de bonnes familles. Au faubourg nord, c’est la belle œuvre hospitalière du P. Béraud qui abrite, soulage, convertit et dirige des centaines de pauvres gens. Au faubourg ouest, c’est le nouvel hôpital, superbe établissement pour l’installation duquel la mission n’a rien épargné et qui, terminé aux trois quarts, est déjà aux mains de six religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie. Arrivées en avril, les Sœurs ont, dès la première quinzaine de leur séjour, ouvert un dispensaire où les malades n’ont pas cessé, depuis, de se présenter en foule.
« Cet ensemble d’œuvres et d’établissements dans une agglomération qui n’atteint peut-être pas 50.000 âmes, ne laisse pas que d’être assez imposant. Un jour de grande fête, il est ordinaire, dans cette pauvre ville païenne, de voir 5 à 600 personnes s’approcher de la sainte Table, plus de 50 catéchumènes recevoir le baptême et l’assistance chrétienne remplir les trois églises, tant pour la messe du matin que pour le salut du soir. La situation catholique est donc bonne ici et c’est un bien pour toute la mission. Aussi y a-t-il à deux ou trois journées de marche à la ronde, dans des campagnes, jusqu’ici fermées à l’évangélisation, un grand mouvement vers la religion. Commencé, il y a bientôt deux ans, il ne s’est pas ralenti depuis. Mais la formation de ces chrétientés nouvelles, jointe au soin des paroisses et des œuvres de la ville, constitue une besogne si lourde que les missionnaires groupés à Soui-fou, plus nombreux qu’ailleurs, ne suffisent pas plus qu’ailleurs à la tâche.
« La vaste préfecture de Soui-fou est divisée au spirituel en six districts qui se partagent environ 4.000 confessions annuelles, plus de 4.000 adorateurs, et de 5 à 600 baptêmes d’adultes.

6º Préfecture de Lou-tcheou.  « De Soui-fou à Lou-tcheou par le Yang-tse, la route est facile et rapide : c’est l’affaire d’une ou deux journées de barque selon l’état des eaux. Loutcheou, dont la situation, au confluent d’une jolie rivière venant de Fou-chouen, est en quelque sorte symétrique de celle de Soui-fou, le cède de peu à cette dernière pour le commerce et la population. C’est une préfecture de seconde classe et la clef de notre mission sur le Yang-tse. C’est aussi une de nos plus anciennes et meilleures chrétientés ; son effectif de plus de 400 confessions annuelles la place même au second rang de nos stations urbaines. A la juridiction civile de Lou-tcheou appartiennent cinq districts dont l’ensemble présente, cette année, plus de 2.000 confessions annuelles et plus de 200 baptêmes d’adultes. Ces derniers sont fournis presque tous par le district de M. Renault, limitrophe du Kouy-tcheou. Le missionnaire y a payé ces beaux succès par les fatigues et les déboires d’une lutte acharnée contre la mauvaise foi des mandarins et les préjugés aveugles d’un ministre protestant, qui n’enregistre des milliers d’adeptes que pour se laisser gouverner par eux.

7º Préfecture de Tse-tcheou.  « Il ne manque plus à notre visite du Su-tchuen méridional que la préfecture de Tse-tcheou qui s’étend le long de la rivière de Fou-chouen, à mi-chemin entre Tchen-tou et Lou-tcheou. D’abord attribuée à titre provisoire au vicariat occidental, elle est revenue depuis plusieurs années au méridional dont elle est, au civil, partie intégrante. Un seul missionnaire l’a administrée jusqu’ici au religieux, car elle ne compte guère que 800 confessions annuelles. Mais l’étendue en est si grande, la population si nombreuse sur quelques points, le mouvement vers la religion si accentué, qu’il faudra bien finir par dédoubler ce district. Déjà M. Piard y a été associé ces derniers mois à M. Chincholle.
« La partie nord de cette préfecture a, elle aussi, beaucoup souffert du soulèvement des boxeurs, il y a près d’un an. Des stations entières ont été pillées jusqu’à la dernière famille ; heureusement les chrétiens, mis sur leurs gardes, ont pu en général échapper à la mort. Tous, pourtant, n’y ont pas réussi. Parmi ceux qui manquent, nous devons un souvenir spécial au pieux et modeste maître d’école Lieou. Il fuyait avec les autres chrétiens de Lo-kia-keou l’incendie qui commençait à dévorer leurs chaumières. Soudain, il pense à ses livres de religion ; il se reproche de les abandonner à une profanation inévitable et, croyant en avoir le temps, il revient sur ses pas ; sa maisonnette est encore intacte ; il s’y précipite, réunit ses livres et ses objets de piété, les cache sous ses habits et reprend sa course. Mais déjà il est trop tard ; les persécuteurs l’arrêtent. Trahi par son pieux fardeau, il est roué de coups et sommé de renoncer à la religion. Mais lui, au contraire, la confesse avec amour. Criblé d’atroces blessures, il est laissé pour mort. Il n’a expiré que quelques jours après.
« C’est sur la mémoire de ce martyr que je termine cet aperçu des travaux de notre mission dit Su-tchuen méridional. Puisse sa lecture encourager les sacrifices qui sont faits chaque année pour nous, en donnant l’impression d’un progrès réel et notable sur des point divers de ce vicariat. Puisse aussi l’Église de France, aujourd’hui plus persécutée que nos missions elles-mêmes, n’en continuer pas moins à les soutenir, et, par ce grand effort de générosité, mériter le triomphe sur ses propres ennemis !... »



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