| Année: |
1903 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen oriental |
| Rédacteur: | Mgr Chouvellon |
II. — Su-tchuen oriental
Population catholique 34.123
Baptêmes d’adultes 2.073
Conversions d’hérétiques 10
Baptêmes d’enfants de païens 12.261
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Mgr Chouvellon signale en premier lieu l’inauguration de deux œuvres nouvelles, appelées à rendre les plus précieux services à l’influence catholique et française : un hôpital confié aux Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et une école de français, dirigée par les Petits Frères de Marie.
« Notre hôpital a été ouvert au mois de novembre 1902, écrit Sa Grandeur. Pendant une période de neuf mois, d’après le rapport officiel du docteur Erdinger, médecin du consulat et attaché à notre établissement, on a enregistré 12.000 remèdes distribués, 6.000 consultations et 2.000 journées d’hôpital : c’est là un commencement d’autant plus appréciable que les hôpitaux des protestants anglais et américains nous font une sérieuse concurrence.
« Ce résultat, nous le devons à la renommée de science et de droiture de notre sympathique docteur et au dévouement sans bornes de nos Sœurs hospitalières. La mission s’est imposée de gros sacrifices pour bâtir, meubler et installer l’établissement, avec tout le matériel nécessaire, sans avoir reçu aucune subvention gouvernementale. Comme il s’agissait d’une œuvre humanitaire et religieuse autant que patriotique, nous ne pouvions pas reculer.
« Notre école de français a inauguré ses cours après le nouvel an chinois, et, dès le début, elle a eu une quarantaine d’élèves. Les premiers temnps seront un peu pénibles pour nos bons Frères ; le pays est nouveau pour eux, et il importe qu’ils se familiarisent avec les us et coutumes des Chinois, qu’ils apprennent leur langue, pour gagner l’estime et le respect des lettrés. Leur établissement est très apprécié des autorités locales ; le préfet de la ville a voulu lui-même offrir un pien, c’est-à-dire un grand tableau laqué, sur lequel sont inscrits des caractères dorés relatant l’excellence et la supériorité des sciences européennes.
« J’ai bénit cette année trois nouvelles églises. Dieu seul sait ce qu’elles ont coûté de labeurs et de soucis aux missionnaires qui avaient à leur service de simples ouvriers chinois, et qui, tour à tour, ont dû se faire menuisiers, maçons, plâtriers, peintres, etc. ! M. Mann, architecte de la mission, s’est montré dès son coup d’essai à la hauteur de ses nouvelles fonctions, et l’église de Py-chan qu’il a bâtie en pierres de taille est la plus belle du vicariat. Elle a été dédiée à Notre-Dame de Lourdes. M. Derouin a préparé 74 adultes au baptême et établi dans son district l’Apostolat de la prière et la Communion réparatrice hebdomadaire. Il a dû lutter presque continuellement contre les agissements des protestants et des vauriens du pays, qui semblaient s’être ligués contre lui. Malgré toutes ses occupations, notre zélé confrère a élevé un beau monument au Sacré-Cœur de Jésus. Dans la région de Ou-chan et de Kouy-fou, tout le monde connaît, au moins par la renommée, l’église du Sacré-Cœur de Miao-iu-tsao. La bénédiction de l’église eut lieu le jour de l’Ascension : elle avait attiré une foule de fidèles et de païens. La messe pontificale fut chantée avec entrain par un chœur improvisé. Trois missionnaires franciscains de la province de Hou-pee s’étaient joints aux missionnaires du Su-tchuen oriental pour féliciter M. Derouin qui, en quelques années, a su grouper autour d’une belle église une chrétienté nombreuse, instruite et fervente. Que Dieu bénisse le pasteur et le troupeau !
« M. Got se plaignait depuis plusieurs années de ces mariages entre chrétiens et païens , qui empêchent la formation de familles foncièrement catholiques. Exhortations et réprimandes, tout a été mis en œuvre par le missionnaire pour remédier à un si grand mal, mais sans résultat appréciable. Notre confrère, désolé de cet état de choses, a entrepris la construction, au milieu des forêts de Tien-tche, d’une église dédiée à la Sainte-Famille, qui a été bénite le 15 août. Ce jour-là, les chrétiens étaient venus très nombreux des localités environnantes, et les élèves du petit séminaire de Tien-tche rehaussaient par leurs chants l’éclat de la cérémonie.
« Profitant de la paix relative dont nous jouissons depuis quelque temps, j’ai visité cette année la plus grande partie du vicariat. Les mandarins se sont montrés corrects, polis et souvent même très affables à mon égard. Je ne me fais pas illusion sur ces manifestations de commande ou de simple urbanité, néanmoins elles produisent toujours bon effet aux yeux des populations, et prouvent que nos chrétiens ont désormais droit de cité dans l’empire du Milieu. Je ne saurais dire l’enthousiasme avec lequel nos chrétiens, anciens et nouveaux, ont reçu leur évêque. Ce qui m’a le plus touché, ce sont les progrès accomplis dans les districts que je n’avais pas revus depuis huit ou dix ans. Le mouvement des conversions semble devoir se généraliser. Le nombre des nouveaux adorateurs est inférieur à celui de l’an passé ; mais cela vient uniquement de ce que beaucoup de missionnaires veulent être sûrs de la sincérité des dispositions de leurs prosélytes, avant de les inscrire sur leur catalogue. D’ailleurs, plus de 700 néophytes, dûment préparés et instruits, ont été régénérés, durant ce dernier exercice, ce qui ne s’était pas vu depuis longtemps au Su-tchuen oriental.
« Parmi les districts les plus favorisés des bénédictions divines et qui ont donné les meilleurs résultats, je dois signaler d’abord celui de Tchong-kin, où l’on a enregistré 75 baptêmes de catéchumènes et 1.090 baptêmes d’adultes in articulo mortis. « Cette grande « ville, avec tous ses entraînements mondains, écrit M. Pons, curé de la cathédrale, est peu « propice aux conversions ; mais, grâce à nos refuges et à nos hospices, nous pouvons glaner « chaque année, parmi les membres souffrants de Jésus-Christ et tous les déshérités de la « société, une assez belle gerbe de baptêmes in extremis. »
« Le district de Ta-tsiou, que la persécution de Yu-man-tse a terrorisé pendant plusieurs années, est tout spécialement béni de Dieu. Le beau mouvement de conversions commencé sous M. Fleury se continue sous son successeur, et M. Roulland est justement fier de nous présenter 167 baptêmes d’adultes, dont 51 in articulo mortis.
« M. Derouin aidé d’un jeune prêtre chinois en a régénéré 103 à Ou-chan et à Ta-lin. Dans ces deux stations, le nombre des adorateurs atteint le millier.
« Le P. Paul Tchen a mis le district de Kay-hien sur un très bon pied. Tous les ans, ce prêtre zélé fournit un beau contingent de baptêmes ; cette année il accuse 77 baptêmes d’adultes, dont 9 seulement in extremis. Ses néophytes sont pleins d’entrain et contribuent généreusement à l’entretien des oratoires et des écoles. Ils viennent de fonder trois nouvelles stations à leurs frais.
« Le P. Tchen a eu plusieurs fois à lutter contre les agissements des protestants, qui, jaloux des progrès du catholicisme, ont juré de nous contrecarrer de toute manière ; la paix n’a pas été sérieusement troublée, grâce à la prudence et à la patience des catholiques. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre.
« Le prête Ignace Hia en registre 74 baptêmes d’adultes, dont 24 in extremis, à Kiang-tsin. Là aussi, l’avenir nous promet une belle moisson. Comme le P. Tchen, à Kay-hien, le curé de Kiang-tsin est très estimé des autorités chinoises et vit en très bons termes avec les chefs de marchés, ce qui lui permet de terminer à l’amiable les différends qui s’élèvent entre païens et néophytes.
« Le pays de Yeou-iang semblait jusqu’ici rebelle à l’action de la grâce, mais l’Esprit-Saint souffle où il veut, et la population de cette contrée, que l’on disait plus ou moins barbare, s’ébranle à son tour. M. Leroy réclame du renfort ; les demandes d’adoration affluent de toutes parts et notre cher confrère a inscrit pour le présent exercice 46 baptêmes d’adultes, dont 8 in extremis... « J’aurais pu baptiser moitié plus d’adultes, dit-il, mais j’ai cru devoir me « montrer sévère pour les admissions au saint baptême, afin que ces natures un peu frustes « comprennent mieux l’importance de la doctrine et la valeur des sacrements. »
« Les autres districts qui fournissent un nombre respectable de baptêmes d’adultes sont : Tong-kouan-y, 38 baptêmes ; Yun-tchang, 35 ; Sin-lin, 33 ; Pen-chouy, 33. Ces quatre districts sont administrés respectivement par les PP. François Tay, Joseph Houang, Jacques Fou et Paul Iang. Je dois aussi une mention spéciale à M. Got, qui, malgré les tracas de ses bâtisses, a baptisé 30 néophytes. M. Théodore Cacauld le suit immédiatement, avec 24 baptisés et nous promet une belle gerbe pour le prochain exercice. En effet, ses catéchumènes sont nombreux et pleins de bonne volonté pour apprendre la doctrine.
« Qu’il me soit permis de le dire en terminant : tous mes chers coopérateurs, missionnaires apostoliques et prêtres indigènes, ont vraiment travaillé avec entrain et bien mérité de notre Père céleste, qui couronne l’intention, l’effort persévérant, le travail incessant, mais qui accorde le succès à qui Il veut. Que sa sainte volonté soit faite en tout et partout !
« Notre probatorium de Pee-ko-chou et notre petit séminaire de Tien-tche continuent à progresser. Chacun de ces deux établissements compte plus de 40 élèves, dont la santé est excellente. Les directeurs sont contents du bon esprit, de la piété et du travail de cette jeunesse.
« Notre grand séminaire, par suite de circonstances exceptionnelles, est actuellement en baisse, mais, avant deux ou trois ans, il aura repris son cours normal. J’ai fait deux ordinations, qui nous ont donné deux nouveaux prêtres indigènes et une douzaine de clercs.
« L’imprimerie, sous la direction de M. Gourdon, rend les plus précieux services tant à la mission qu’aux missions voisines ; aussi notre cher directeur rêve d’agrandissement et de profectionnement. Deus providebit.
« La mort nous a visités deux fois en trois mois. Au mois de décembre, M. Ruellan dont la santé avait toujours été chancelante, nous a quittés pour un monde meilleur, et, au mois de mars, M. Rogie, qui semblait promettre encore de longues années de travail, nous a été inopinément enlevé, après quelques jours de maladie. »
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