| Année: |
1904 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-si |
| Rédacteur: | Mgr Lavest |
IV. ─ Kouang-si
Population catholique 2.844
Baptêmes d’adultes 629
Baptêmes d’enfants de païens 119
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« Le résultat de nos travaux, pendant le dernier exercice, écrit Mgr Lavest, dépasse un peu celui de 1902-1903, bien que nous ayons eu à lutter contre une foule de difficultés matérielles et morales. Baptêmes d’adultes, 629 ; baptêmes d’enfants d’infidèles, 119 ; confessions, 5.467 ; communions, 5.474 . Seuls, ceux qui voient de près le dur labeur que le ministère impose aux ouvriers apostoliques du Kouang-si, peuvent apprécier comme il convient ce résultat, en lui-même très ordinaire.
« Quoique le pays soit encore loin d’être débarrassé des pirates, nous n’avons eu, depuis un an, aucun massacre de chrétiens à déplorer ; mais une de nos résidences a été pillée, et plusieurs missionnaires ont couru de grands dangers.
« Si nos pertes matérielles ont été moindres que les années précédentes, les difficultés contre lesquelles nous avions à lutter pour 1’évangélisation des païens, l’instruction des catéchumènes et l’administration des chrétiens, sont restées les mêmes. Elles viennent toujours de la pénurie de notre personnel et de nos ressources. Plusieurs missionnaires ont été et sont encore malades : l’un deux a dû même retourner en France.
« Si, depuis deux ans, la famine nous a épargnés, la peste continue chaque année ses ravages. Dans certaines régions, les victimes de ce fléau ont été nombreuses, même parmi nos chrétiens.
« L’attitude du nouveau vice-roi, Tsen, vis-à-vis de nous et de nos chrétiens, n’a pas été favorable, jusqu’ici du moins : j’espère toutefois qu’il ne nous persécutera pas et qu’il nous protégera contre les injustices trop criantes.
« M. Beau, que j’ai eu l’honneur de voir à Hanoï, m’a dit qu’on s’occupait en haut lieu de l’établissement d’un vice-consulat à Nan-ning, et qu’on était toujours déterminé à prolonger jusqu’à Long-tcheou la ligne du chemin de fer Hanoï-Lang-son, qui touche déjà à la « porte de Chine ». Ces mesures favoriseront nos écoles de français et faciliteront les voyages. J’entrevois déjà le jour où tous les missionnaires du Kouang-si pourront se réunir à Nan-ning pour la retraite.
« Une visite pastorale que j’ai faite, au mois d’avril, dans l’ouest de la province, m’a permis d’administrer le sacrement de confirmation à une partie des néophytes de cette région, et de me rendre compte par moi-même des bonnes dispositions des nombreux catéchumènes qui s’y trouvent.
« Tous les mandarins, depuis le « tao-tai » jusqu’au sous-préfet, me firent l’accueil le plus honorable et le plus bienveillant. Ils m’ont paru animés de bonnes intentions envers les missionnaires ; ce que j’attribue à l’établissement du consulat français à Long-tcheou et au voisinage du Tonkin.
« La visite des chrétientés étant terminée, je me suis rendu de Long-tcheou à Hanoï, puis à Hong-kong et à Canton, pour traiter quelques affaires. Le gouverneur général de l’Indo-Chine m’accorda une subvention pour notre école de français de Koui-lin, capitale du Kouang-si, et le provincial des Frères Maristes, que je rencontrai à Canton, me donna immédiatement trois Frères, qui remplacent M. Renault, mon cher pro-préfet, à la tête de cet établissement, inauguré en 1901.
« Dans ce voyage, fut aussi arrêté l’envoi de trois Sœurs de Saint-Paul de Chartres à Nan-ning.
Les relations que j’ai nouées, au cours de mon voyage, aves les autorités françaises et chinoises, serviront beaucoup , je l’espère, au développement de nos œuvres. Partout j’ai rencontré l’accueil le plus encourageant. »
Mgr Lavest raconte ensuite les conquêtes, les épreuves et les espérances de ses missionnaires. ─ Nous extrayons du compte rendu des divers districts les intéressants détails qui suivent.
Cinq confrères évangélisent la région du nord-ouest.
M. Séguret, titulaire du district de Sin-tcheou, n’a pas moins de 1.460 catéchumènes à instruire. Il a baptisé 126 adultes, dont 68 à l’article de la mort.
Un fait singulier a eu lieu à Tche-gai, station secondaire de son district. Notre confrère le raconte ainsi : « Un riche néophyte de Tche-gai n’avait qu’un fils. Ce dernier, qui n’était pas « baptisé, ayant été atteint de la peste, son père eut d’abord recours au médecin ; mais comme « les remèdes n’opéraient pas assez vite, il se décida à faire des superstitions. Ce moyen ne lui « réussit pas mieux : dès le troisième jour, son fils était à l’agonie. Le malheureux père « manda alors le catéchiste pour ondoyer le moribond ; hélas ! il était trop tard. A moitié « chemin, le catéchiste apprit que le malade venait de mourir. L’enterrement eut lieu le « lendemain. Après le repas d’usage, amis et invités se retiraient lorsque, à quelques pas de la « maison mortuaire, un des cousins du défunt se met à crier : « Au secours, sauvez-moi ! », et « il a beaucoup de peine à regagner son logis, d’ailleurs peu éloigné. Il explique ce qui lui est « arrivé. Il a vu le démon et 1’âme du mort, portant chacun une chaîne de feu, qui « s’apprêtaient à se saisir de lui. A peine a-t-il fini de parler qu’il meurt. Il était païen. Tout le « monde fit la remarque qu’il avait été un des plus empressés à faire les superstitions pendant « la maladie et l’enterrement du défunt. C’est ainsi que, même dans cette vie, la justice de « Dieu se manifeste parfois, pour l’édification de ceux qui l’aiment et la terreur de ceux qui « l’offensent. Le fait a produit une vive impression sur le village. Le lendemain, les chrétiens « envoyèrent me chercher à Siu-tcheou, et tous voulurent se confesser. »
A Kiou-tcheou, M. Epalle trouve que les gens de la campagne sont plus près du royaume de Dieu que ceux des villes, et que, s’il sont d’ordinaire plus lents à apprendre les vérités de notre sainte religion, ils sont aussi plus disposés à croire et font preuve d’une plus grande fermeté dans la foi, après le baptême.
M. Sifferlen se consacre avec zèle au bien de son district de Si-lin : il crée des œuvres, orne son église, agrandit sa résidence et ne néglige rien pour seconder le mouvement de conversions qui s’est déclaré, l’an dernier, dans toute la contrée. Il a reçu comme auxiliaire le P. André Ou, ordonné prêtre le samedi saint.
M. Baufreton a construit la nouvelle résidence de Pe-se, tout en remplissant l’office de procureur pour les districts du nord-ouest et en ouvrant une école de français. De son côté, M. Tessier s’est installé à Se-tchen. Notre jeune confrère aurait grand besoin du concours d’un catéchiste, dans ce poste qu’il est chargé d’organiser et où il n’a pas encore un seul chrétien.
La région de l’ouest comprend trois districts. M. Maurice écrit de Chang-se, où il a été envoyé peu après son arrivée au Kouang-si : « Les catéchumènes sont devenus nombreux : à « Chang-se même, ils sont déjà une soixantaine et la plupart semblent bien disposés. Dieu « daigne bénir ces premiers résultats ! Le fait le plus remarquable de l’année est sans « contredit l’acceptation de la religion chrétienne par les femmes des convertis de la ville. « Jusqu’ici, aucune femme de Chang-se, sans doute à cause des calomnies odieuses « répandues contre la religion catholique et ses ministres, n’avait osé faire même le premier « pas de la conversion, en apprenant les prières et le catéchisme. Aucune, à plus forte raison, « n’avait osé mettre les pieds à l’église, depuis la fondation du poste, qui date de 1874. Mgr « Lavest les ayant encouragées, au moment de sa visite pastorale, à mépriser leurs préjugés, « elles ont obéi à la voix de Sa Grandeur et, depuis lors, elles viennent régulièrement à la « messe le dimanche. Il ne manque plus qu’une maîtresse pour les instruire. »
M. Coste écrit de Tai-pin : « Je remercie Notre-Seigneur et sa très sainte Mère de toutes « les faveurs qu’ils ont daigné répandre sur mon district. Ma gerbe de 31 baptêmes d’adultes « peut paraître, de prime abord, bien minime ; mais si l’on considère au milieu de quelles « difficultés elle a été glanée, il est impossible de ne pas la trouver belle. L’an dernier, mon « ministère était contrarié de toutes les façons : aujourd’hui, je suis heureux de constater que « les obstacles ont disparu. La piraterie étant à peu près éteinte dans notre région, la « tranquillité est revenue dans les campagnes ; les relations commerciales sont rétablies, tous « nos litiges sont terminés, et l’éclatante justice qui nous a été rendue, a puissamment « contribué à nous attirer des sympathies.
« Les espérances que je fondais sur la petite chrétienté de Nin-min-tcheou et des environs « se sont réalisées. D’un commun accord, les catéchumènes ont acheté, dans le village de Na-« ling, une maison d’assez belle apparence, qui leur sert de lieu de réunion pour les prières. « Dans un village voisin, ils se proposent d’élever un modeste oratoire qui procurera, en « même temps, un pied-à-terre pour le missionnaire, à l’époque de la visite. Je prie le « Seigneur de conserver à ces catéchumènes leurs bonnes dispositions et de les affermir dans « la foi. Le sous-préfet de Nin-min-tcheou est tout à fait bien disposé à notre égard, de sorte « que je n’ai pas à craindre, pour le moment, que les nouveaux convertis aient à souffrir de « n’importe quelles tracasseries. Ce que je regrette, c’est de ne pas avoir quelques catéchistes « de plus sous la main.
« Je dois dire aussi un mot de l’école de français, que le préfet de Tai-pin a ouverte et dont « il m’a confié la direction. Ce mandarin, grand ami du maréchal Sou, est convaincu que « l’étude des classiques chinois ne suffit plus pour les jeunes gens, et il s’est fait un devoir « d’ouvrir une école, mais une école de français ; car, dit-il, l’anglais n’est que la langue du « commerce, tandis que la littérature française a produit les plus beaux chefs-d’œuvre du « monde entier. Depuis la deuxième lune, je me rends tous les matins à l’école préfectorale « pour apprendre le français à vingt et quelques élèves. La plupart savent déjà lire et « connaissent les mots usuels. »
Dans la ville même de Long-tcheou, où réside M. Costenoble, il y a un bon nombre d’adorateurs, même parmi les mandarins et les commerçants. Sans doute, plus d’un n’arrivera pas au baptême, mais la voie est ouverte, large et facile, aux gens plus simples et plus droits tant de la ville que de la campagne.
A côté du bel établissement des Sœurs de Saint-Paul, appelé couvent Saint-Michel, et du presbytère, la construction d’une église s’imposait. Cette église est à moitié bâtie, grâce aux offrandes des Français qui résident à Long-tcheou, aux dons des chrétiens et aux ressources que M. Costenoble a su trouver en France. Ce cher confrère enregistre 29 baptêmes, 442 confessions et 1.395 communions. Il n’a pas moins de 300 catéchumènes.
A Nan-ning, chef-lieu de la mission et résidence du préfet apostolique, l’école Bertholet, dirigée par les Frères Maristes, compte 50 élèves. Ce nombre augmentera peu à peu, à mesure que l’école sera mieux connue.
La station de Iun-chouen, où se trouvent plusieurs familles catéchumènes, continue de végéter parce qu’il n’y a personne qui puisse s’en occuper utilement. M. Thomas, chargé de la chrétienté de Nan-ning, a administré 12 baptêmes tout en remplissant l’office de procureur.
Mgr Lavest doit commencer bientôt la construction de l’église du Sacré-Cœur. Sa Grandeur a déjà entre les mains la moitié de la somme nécessaire à l’achèvement de cette grande entreprise, qu’Elle espère conduire Elle-même à bonne fin, dans un avenir plus ou moins rapproché.
On compte cinq districts dans le sud du Kouang-si.
M. Humbert, dès son arrivée en mission, a été donné comme auxiliaire à M. Poulat, titulaire du district de Koui-hien, dont la santé laisse toujours un peu à désirer.
Koui-hien a fourni 33 baptêmes d’adultes et 50 d’enfants de païens.
A Io-lin-tcheou, M. Auguin a obtenu 22 baptêmes d’adultes, et M. Héraud 7 à Koui-pin et Ou-suen. Ce dernier confrère a bon espoir dans l’avenir des stations secondaires qu’il administre, et son vicaire, le P. Jacques Ou, a fait de nombreuses conversions à Ou-suen, malgré l’hostilité du mandarin local.
M. Crocq, titulaire du district de Pin-nan, a été contraint par la maladie de quitter son poste pour se rendre au sanatorium de Hong-kong. Grâce à Dieu, il est actuellement bien rétabli, et l’année prochaine, il pourra nous envoyer une belle gerbe de baptêmes.
M. Albouy remplace, à Ou-tcheou, M. Pelamourgues, qui a été envoyé à Iun-fou, dans le nord-est du Kouang-si. Il faudrait à Ou-tcheou une résidence plus vaste, un oratoire convenable et des écoles de garçons et de filles. En effet, le nombre des catéchumènes devient plus considérable, de jour en jour, dans la ville et aux environs.
En ce qui concerne la partie-est de la mission, M. Renault, pro-préfet apostolique, annonce 11 baptêmes et une centaine de catéchumènes répartis en diverses stations, qui dépendent du district de Koui-lin dont il a la direction.
M. Dalle, qui n’a jamais assez de travail à son gré, au témoignage de Mgr Lavest, a quitté son poste de Iun-fou pour aller s’établir à Lo-iong-hien, où depuis un an il compte beaucoup de catéchumènes. Notre confrère a administré 29 baptêmes d’adultes et 18 d’enfants de païens.
M. Ducœur a trouvé moyen de régénérer 109 adultes dans le pays de Siou-jen, qui était demeuré jusqu’ici stérile, et il se promet de faire mieux encore, l’an prochain. Dieu lui soit en aide !
Enfin, M. Rué, chargé du district de Siang-tcheou, a si bien travaillé, malgré les inquiétudes que lui causait le voisinage des pirates, qu’il a réussi à préparer 107 adultes au baptême.
Le séminaire est dirigé par M. Labully, avec l’aide de M. Barrès et du prêtre indigène Thomas Hoang. Le samedi saint, a eu lieu l’ordination du quatrième prêtre indigène du Kouang-si, le P. André Ou.
Il y a 14 élèves au séminaire, mais les plus avancés ne sont pas encore arrivés à la philosophie. La santé des élèves est excellente ; tous se distinguent par leur bon esprit et leur application au travail.
L’institut de Saint-Pierre et plusieurs personnes dévouée à l’Œuvre des séminaires indigènes, payent la pension de 6 élèves.
La Maison de Dieu comprend les catéchistes, les religieuses indigènes, les maîtres d’école, les pharmaciens et les baptiseurs. Le but premier de cette utile institution est l’évangélisation des païens, hommes et femmes, et la formatiom chrétienne des néophytes.
Il a été parlé plus haut des écoles de français établies à Nan-ning et à Koui-lin, sous la direction des Frères Maristes : nous n’avons pas à y revenir. Disons seulement que ces écoles sont très utiles pour mettre les missionnaires en relation avec la haute société et faire tomber bien des préjugés. Le autorités françaises de la Chine et du Tonkin les voient d’un très bon œil et en attendent les meilleurs résultats, au point de vue de l’influence de la France dans le sud de l’empire chinois.
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