| Année: |
1904 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-tong |
| Rédacteur: | Mgr Mérel |
III. ─ Kouang-tong
Population catholique 49.915
Baptêmes d’adultes 3.417
Conversions d’hérétiques 52
Baptêmes d’enfants de païens 5.697
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« Trois mille quatre cent dix-sept baptêmes d’adultes, dont 283 in articulo mortis, plus de 7.000 baptêmes d’enfants, 79.000 confessions, et 66.000 communions, tels sont, dit Mgr Mérel, les chiffres que donne le relevé du dernier exercice. Ils indiquent quels trésors de grâces la divine miséricorde a daigné répandre, depuis un an, sur notre vaste province du Kouang-tong.
« Elle est innombrable, sans doute, la multitude des païens qui sont restés sourds aux invitations célestes ; mais une foule d’âmes, dociles à l’appel de Dieu, sont venues avec un saint empressement puiser la vie aux fontaines du salut.
« L’exercice 1903-04 n’a été marqué par aucun de ces événements qui exercent une influence extraordinaire sur les œuvres d’évangélisation. Nos confrères ont travaillé avec ardeur, sous le regard du divin Maître, à l’extension de son règne parmi les gentils.
« Pour attirer les bénédictions divines sur la mission, j’ai engagé les missionnaires à établir, dans leurs districts, les prières des Quarante Heures, et j’aime à croire que, si nos chrétiens de Canton, de Tchao-tchiou et de Toung-koun ont été préservés de la peste, cette année, c’est aux prières des Quarante Heures que nous le devons.
« La ville de Swatow est devenue, par l’extension de son commerce, le port le plus important de la province, après Canton. Les protestants anglais et américains y possèdent, sur le bord de la mer, dans les sites les plus en vue et les plus agréables, de magnifiques établissements : chapelles, écoles, hôpitaux. Notre mission, au contraire, n’y avait jusqu’ici qu’une étroite maison, entourée de pauvres habitations chinoises. Une pièce servait de chapelle, l’autre de procure ; au-dessus de ces deux pièces, se trouvaient quelques chambres pour les missionnaires. En été, notre maison était une fournaise, car les fenêtres devaient rester continuellement fermées à cause du mauvais voisinage.
« Depuis longtemps, nous cherchions, mais en vain, un emplacement plus convenable. Or, cette année , grâce à l’amicale entremise d’un catholique anglais, M. Forbes, nous avons réussi à acheter une propriété. Elle a coûté 25.000 francs. C’est dire que nous nous sommes saignés à blanc pour répondre aux vœux des confrères de l’est de la mission, et doter la ville de Swatow d’un terrain où nous pourrons installer des œuvres dignes de notre sainte religion. M. Douspis, qui dirige la procure, est au comble de ses désirs. « Je ne veux pas vous ennuyer, « m’écrit-il, en vous racontant les démarches que j’ai dû faire, les difficultés que j’ai dû sur-« monter pour réaliser cet achat ; mais je suis heureux de vous assurer que le résultat me « dédommage largement de mes soucis et de mes peines. »
« La Chine a beau être fière de sa civilisation ; elle n’a pas encore trouvé le moyen de rendre justice aux opprimés et d’assurer la sécurité aux honnêtes gens. Et ce n’est pas le vice-roi actuel des deux Kouang qui changera cet état de choses. Ce grand homme, qui passait à Pékin pour un esprit large et conciliant, s’est posé, dès son arrivée à Canton, en adversaire de l’influence européenne. A ses yeux, missionnaires et chrétiens sont les propagateurs de cette influence ; aussi s’est-il efforcé de diminuer leur crédit par tous les moyens qui étaient en son pouvoir. Il faut, néanmoins, lui rendre cette justice que, dans le cas où la vie des missionnaires est menacée, il sait donner des ordres pour les protéger ; mais les vexations, dont souffrent les chrétiens de la part des païens, le touchent fort peu. On dirait qu’il veut éloigner de nous les païens ; et c’est à son attitude hostile que j’attribue la légère diminution qui se remarque dans les chiffres de nos baptêmes d’adultes.
« Quoi qu’il en soit, de belles gerbes ont été recueillies, surtout dans la partie orientale de la mission. M. Becmeur arrive bon premier avec 250 baptêmes d’adultes ; M. Auguste Gauthier en compte 192 ; MM. Le Corre et Werner, 279 ; M. Verdeille, 120 ; M. Douspis, 106 ; M. Vacquerel, 138 ; M. Guillaume, 91. Dans l’ouest, M. Cellard en accuse 137 et M. Zimmermann, 124.
« Comment M. Becmeur, qui administre 2.000 chrétiens et enregistre 6.000 confessions par an, a-t-il pu préparer ainsi au baptêmes 250 païens adultes ? C’est le secret de Dieu, qui a récompensé le zèle et béni les travaux de notre cher confrère. Sa santé est chétive ; la population païenne, au milieu de laquelle il vit, lui est hostile ; Chinois païens, bonzes japonais, protestants eux-mêmes, tous lui suscitent des entraves. Malgré ces obstacles, il a remporté le succès étonnant que je me plais à signaler.
« Dans l’intéressant compte rendu de ses travaux, M. Becmeur me dit : « Que n’ai-je une « santé plus robuste pour résister aux fatigues qu’entraînent l’administration et la visite de « mes nombreux fidèles ! Parfois, je trouve que le travail est au-dessus de mes forces. Ce sont « surtout les longues courses à cheval, sous le soleil brûlant de l’été, qui épuisent mon « tempérament.
« J’ai établi à Pe-né et a Kwi-tam l’œuvre de l’Apostolat de la prière. Ah ! si j’avais à Pe-« né une belle statue du Sacré-Cœur !... Quelle bonne œuvre ferait l’âme généreuse qui « voudrait bien me la procurer, et quelle reconnaissance je lui garderais ! On éprouve un si « grand besoin du secours d’En-Haut, dans les temps difficiles que nous traversons !
« A Pe-né surtout, je vis au milieu d’une population hostile et sans cesse en révolution. Au « mois d’octobre 1903, la franc-maçonnerie menaçait de nous anéantir. Par deux fois les « frères « trois-points » entreprirent de marcher sur notre village ; mais la sainte Vierge, « patronne de cette belle chrétienté, nous protégea. Les néophytes du voisinage accoururent « nombreux à notre secours ; on creusa de larges fossés autour du village. Après six semaines « d’alarmes, tout danger fut écarté. Alors commencèrent les guerres entre villages. Le pays se « trouva bientôt divisé en deux camps : les Pavillons rouges et les Pavillons noirs. Il y a huit « jours, on se battait encore. De Pe-né, nous entendions distinctement la fusillade, et, de temps « à autre, nous voyions flamber les maisons des villages vaincus.
« Aux fléaux de la franc-maçonnerie et de la guerre civile, se joignent les maux que nous « causent les protestants américains. Dès que le catéchiste catholique établit un oratoire dans « un village, le catéchiste américain accourt pour lui faire pièce.
« De plus, bon nombre de Chinois, éblouis par les victoires des Japonais en Mandchourie, « se mettent sous la protection du Soleil-Levant. Il y a quelques jours, une délégation du « conseil municipal de Kwi-tam s’est rendue à Swatow pour inviter les Japonais à venir « prêcher ici leur religion. »
« Dans le Tcheung-lok, M. Vacquerel vit aussi au milieu de populations turbulentes, et il a souvent maille à partir avec les protestants allemands. « Les nombreuses défaites des « hérétiques, dit-il, ont excité leur rage contre moi, et ils ont essayé de tous les moyens pour « me faire éloigner du district. Vous connaissez le pamphlet, vrai tissu de mensonges, qui a « paru sur mon compte, dans les feuilles d’Allemagne. Malgré cela, j’ai pu, avec le concours « de mon vicaire, le P. Vong, obtenir 138 baptêmes d’adultes. »
« La plume trop modeste de notre confrère ne dit rien de la fête qui a eu lieu à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son sacerdoce. Je dois réparer cette lacune. La fête commença par la bénédiction solennelle de l’église que notre confrère venait de bâtir au centre de son district. Les murs de l’édifice sont en briques, avec fondations en pierres de taille; les fenêtres ogivales sont ornées de grisailles et de vitraux coloriés du plus bel effet. Les autels en bois laqué sont rehaussés de sculptures et de dorures. Tout le monde admire les proportions de la nouvelle église.
« Dès le 21 septembre, veille de la fête, les chrétiens étaient accourus, heureux de témoigner leur gratitude au pasteur qui se dévoue, depuis de longues années, à leur bien spirituel et temporel. Les païens ont tenu à se joindre à eux. Mandarins et notables ont envoyé leurs présents : banderoles et bannières de soie, tablettes en bois laqué, avec inscriptions en lettres dorées à la louange du jubilaire. En outre, 14 confrères se trouvaient réunis pour la circonstance.
« Le moment le plus solennel fut celui où M. Vacquerel monta à l’autel, grave et recueilli. Il était revêtu de magnifiques ornements, doublement précieux à cause de leur richesse et de leur provenance : c’est le frère de M. Vacquerel qui les avait envoyés de sa chère Normandie. MM. Roudière et Rayssac faisaient diacre et sous-diacre. Les cérémonies de la messe se déroulèrent lentement et pieusement.
« Après la messe et le Te Deum, les assistants félicitèrent tour à tour le héros de la fête qui nous convia ensuite à une agape fraternelle et amicale. Une musique chinoise fit entendre les meilleurs morceaux de son répertoire, jusqu’au soir et même bien avant dans la nuit.
« Le lendemain, ce fut le tour des païens. Les mandarins et les notables païens, en grand costume, vinrent présenter leurs vœux à notre cher confrère qui leurdonna un grand repas.
« Puissent ces fêtes si touchantes se renouveler pour M. Vacquerel, à l’occasion de ses noces d’or !
« M. Canac, à Tchin-pin, enregistre 75 baptêmes d’adultes. L’hostilité des mandarins et des lettrés a empêché la grâce divine de produire des fruits encore plus abondants. « Jusqu’au « nouvel an chinois, écrit notre confrère, les conversions avaient été assez nombreuses. Tout à « coup, le mandarin publia de nouveaux impôts sur les jeux, le vin, l’opium. C’en fut assez. « Partout, le bruit se répandit que le partage de la Chine était fait, et que c’étaient les étrangers « qui imposaient ces taxes nouvelles. Vint ensuite la guerre russo-japonaise, qui acheva de « tourner les têtes. Depuis lors, les lettrés ne cessent d’inspirer autour d’eux la haine du « missionnaire et de l’étranger. Le sous-préfet lui-même profite de toutes les occasions pour « détourner les païens d’embrasser la religion. Un fait, entre mille, suffira pour montrer ses « mauvaises dispositions à notre égard :
« Au mois de novembre dernier, deux notables du canton de Kwang-fou s’étant rendus au « mandarinat, le sous préfet leur dit : « Tous les cantons de Tchin-pin ont le malheur de « posséder des chrétiens ; le vôtre seul n’en a pas encore. Je vous en félicite. Tâchez « d’empêcher que vos fils et vos subordonnés embrassent cette religion détestable. » Les « notables promirent tout. Or à cette époque, une dizaine de catéchumènes du canton « étudaient sérieusement la doctrine, et le catéchiste achetait secrètement une maison pour « servir de chapelle et d’école. Les notables apprirent, en même temps, l’existence des « catéchumènes et l’achat de la maison. Fous de rage, ils se réunissent, posent les scellés sur « la porte du kong- so (chapelle) et jurent par les mânes des ancêtres qu’ils conduiront au « prétoire tout individu qui se déclarera chrétien. Les catéchumènes, encore faibles dans la foi, « n’osèrent plus se montrer ; les notables triomphaient. Dès que j’appris cette persécution, « j’écrivis au mandarin pour le prier de publier un édit de protection. Il fit bien un peu la « grimace ; mais enfin, il dut s’exécuter, et les catéchumènes rentrèrent au kong-so. Les « notables rougirent de leur fanfaronnade et promirent, un peu tard, qu’on ne les y reprendrait « plus. »
« A Tchao-tchiou, M. Roudière a été moins heureux. L’hostilité du tao-tai, qui a laissé piller la boutique d’orfèvrerie du plus riche de nos chrétiens, a jeté le désarroi parmi les néophytes de la ville et arrêté le mouvement des conversions.
« Le chiffre des baptêmes d’adultes eût dépassé la centaine, écrit notre confrère désolé, « sans cette malheureuse affaire.
« Le 30 avril, le tao-tai et les autres mandarins sont sortis pour se rendre à la pagode. La « foule, mécontente des nouveaux impôts, se porte sur leur chemin, menaçante, agressive « même. Bientôt les pierres tombent sur les chaises des mandarins, dont plusieurs sont atteints « en plein visage. Se voyant cerné, le tao-tai envoie un de ses suivants prier le maître de la « boutique chrétienne voisine de disperser la foule. Ce dernier vole au secours du tao-tai et « des autres mandarins, s’ouvre un passage jusqu’à eux et les délivre. La foule voit dans ce « fait une connivence entre le chrétien et les collecteurs d’impôt. Elle se porte d’abord sur la « mairie, où habite le principal collecteur et, après l’avoir pillée et brûlée, se rue sur la maison « du chrétien. Celui-ci court chez le tao-tai, le supplie de lui rendre bienfait pour bienfait et de « protéger sa boutique. Le tao-tai le renvoie brutalement en disant : « Tu es chrétien, tu es « notable ; je ne puis te protéger. » Et la boutique chrétienne est pillée de fond en comble.
« Cet acte de vandalisme accompli en plein jour et le refus du gouverneur de défendre un « chrétien ont refroidi le zèle de beaucoup de catéchumènes. En un seul jour se sont évanouies « mes plus chères espérances. »
« M. Roudière a entendu environ 6.000 confessions, ce qui prouve évidemment qu’il n’a pas perdu son temps.
« Dans l’arrondissement de Kit-yong, M. Le Corre manque surtout de ressources. S’il avait de l’argent, il bâtirait des chapelles et des écoles, aurait un plus grand nombre de catéchistes, et les néophytes seraient préparés en plus grand nombre au baptême.
« Le concours de M. Werner ne suffit plus à M. Le Corre ; il lui faudrait un second vicaire : « Si nous pouvions, dit-il, passer plus longtemps au milieu de nos néophytes, dans « leurs villages, nous serions mieux renseignés sur leurs besoins et plus à même de faire du « bien. » Il ajoute : « L’orphelinat de Pau-tay a recueilli 67 enfants. Mon école de catéchistes « marche bien, et si mes ressources me permettent de l’entretenir, elle nous procurera, dans « quelques années des maîtres d’école pieux et instruits. »
« Dans le même arrondissement, M. Veaux a régénéré 80 adultes, et notre jeune confrère, M. Favre, a eu la joie d’en baptiser 30 au Pou-nen.
« Les missionnaires du centre, de l’ouest et du nord de la province ont, eux aussi, vaillamment combattu pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
« Je suis heureux, écrit M. Gauthier, de constater que mes néophytes grandissent tout à la « fois en nombre et en sagesse. Chez certains d’entre eux, les effets de la grâce apparaissent « d’une manière frappante.
« A Yeung-shan, un beau mouvement s’est produit : je comptais trois bacheliers parmi les « néophytes. Pour arrêter cet élan, les notables ont affiché des placards diffamatoires, et le « mandarin n’a pas tenu compte de mes plaintes. Enhardis par l’impunité, nos ennemis ont « réussi à éloigner tous les élèves d’une école que j’avais ouverte dans un grand marché. »
« Au Loui-tchaou, terre autrefois stérile, MM. Cellard et Zimmermann entonnent l’hymne de l’allégresse. Prêtons plutôt l’oreille aux accents poétiques de M. Cellard : « Grâces soient « rendues au bon Dieu, s’écrie-t-il, pour les consolations dont sa miséricorde a daigné me « combler pendant cet exercice. Je suis heureux de vous offrir la plus grosse gerbe qui ait « jamais été cueillie au Loui-tchaou occidental. Elle aurait été plus considérable, si je ne « m’étais en quelque sorte fait violence pour refuser le baptême à certains catéchumènes, qui « savaient bien le catéchisme, mais dont je n’avais pas encore suffisamment étudié les « dispositions.
« Plusieurs notables, des bacheliers même, autrefois nos mortels ennemis, demandent leur « admission au catéchuménat. Mais le prophète n’a-t-il pas dit qu’un jour viendrait, où le loup « vivrait en bonne harmonie avec l’agneau, et où l’on verrait le lion paître avec le bœuf sous « la houlette du même pasteur ? Ici, pas de procès ; les gens se font chrétiens par peur de « l’enfer. De plus, ce ne sont pas seulement les hommes qui se convertissent ; les femmes ont « encore plus d’ardeur que les hommes pour étudier la doctrine, et ce sont elles qui parfois « convertissent leurs maris. En un mot, le Loui-tchaou est, au point de vue spirituel, le pays de « l’espérance et de l’avenir. Malheureusement, ma voix n’est pas assez forte pour se faire « entendre jusqu’au bout de ma bergerie. C’est pourquoi je vous dirai, Monseigneur, mais au « singulier, pour ne pas vous paraître trop exigeant : Mitte, Domine, operarium in messem « tuam ».
« De son côté, M. Zimmermann me donne les intéressants détails qui suivent : « Je voulais « avoir, cette année, 200 baptêmes d’adultes, et je ne puis vous en offrir que 124. Je n’ai « baptisé que les catéchumènes qui me paraissaient de force à résister à la persécution, même « ouverte. Pour éprouver la foi de mes néophytes, le bon Dieu s’est plu à cueillir parmi eux « une âme de jeune fille, âme d’élite, qu’Il a placée dans son paradis. C’était une enfant de « quinze ans, fiancée à un païen. Le jour de la fête de sainte Marthe, sa patronne, elle tombe « malade. Les parents m’appellent en toute hâte pour l’administrer. J’accours et, ne la « trouvant pas en danger, je me contente de réciter les prières de la bénédiction des malades. « Marthe suit avec attention ces prières, faisant elle-même les signes de croix marqués dans le « rituel. Toutefois, son désir était de mourir, afin de ne pas épouser son fiancé païen. Le bon « Dieu exauça le pieux désir de son cœur et l’appela à Lui. Les catéchumènes du village, loin « d’être ébranlés par cette mort prématurée, racontaient à tout venant le bonheur de cette âme « qui était montée droit au ciel. ─ Six cents catéchumènes se préparent actuellement au « baptême. »
« Notre cher confrère doit un beau cierge à la sainte Vierge qui l’a sauvé, lui et M. Fouque, des mains des pirates : « Le soir du 1er mai, nous nous étions embarqués, raconte-t-il, sur « une jonque chrétienne, M. Fouque et moi, pour nous rendre à Pak-hoi. Quand nous fûmes en « pleine mer, d’une jonque qui nous suivait on tira un coup de fusil sur nous. Je répondis par « un autre coup pour effrayer les vauriens avec qui je croyais que nous avions affaire. Mais, « bientôt, apparaît une autre jonque, qui se joint à la première ; et les pirates (car ce sont bien « des pirates), ouvrent sur nous un feu de salve. Nous n’étions pas suffisamment armés pour « riposter avec avantage, mais nous aurions pu échapper à nos ennemis à force de vitesse, si « les barquiers, pris de panique, n’avaient jeté l’ancre pour atterrir. Tout à coup, nous nous « trouvâmes seuls sur le pont ; nos gens avaient disparu. Pensant qu’ils avaient gagné le « rivage, nous essayâmes nous-mêmes de les suivre, et nous nous mîmes à l’eau. Le courant « faillit nous emporter, et nous dûmes remonter à bord de la jonque. Nous n’avions plus qu’à « nous préparer à la mort. Après nous être confessés, nous offrîmes à Dieu le sacrifice de « notre vie.
« Ce n’est qu’au point du jour, le lendemain, que les brigands envahirent notre jonque : ils « étaient armés jusqu’aux dents : mais ils ne nous firent aucun mal et se contentèrent « d’emporter nos bagages. Quand ils eurent quitté la jonque, les barquiers reparurent ; ils « s’étaient tenus blottis dans une petite cale de l’avant. »
« M. Le Tallandier m’écrit de Moui-lok : « Comme vous l’avez remarqué, Monseigneur, « tout s’est passé à merveille à l’occasion de la bénédiction de mon église. Les nouveaux « chrétiens et les catéchumènes se sont empressés de venir rendre leurs hommages à l’évêque. « Les mandarins et les notables sont venus vous saluer. Pendant les quelques jours que vous « êtes resté à Moui-lok, vous n’avez pas entendu un seul mot désagréable de la part de ces « gens si turbulents, et jadis si hostiles. A Fa-chau, j’aurai bientôt une belle chrétienté avec « une installation aussi convenable qu’à Choui-tong. »
« Dans le nord de la mission, M. Collasse dévoue toujours au bien de ses vieux chrétiens. Son principal souci est de prévenir les inconvénients des mariages entre chrétiens et païens. Plus de 200 enfants moribonds ont été ondoyés par ses baptiseurs.
« M. Lucas fera aussi une belle récolte dans un avenir peu éloigné. Il a devant lui l’espace, le grand air, et surtout le souffle de la grâce, qui entraîne les populations vers notre sainte religion. C’est dire combien il est heureux.
« M. Montanar compte des milliers de catéchumènes. Je lis dans son compte rendu : « L’année 1903 a été pour moi une année de voyages continuels. Ces voyages ne m’ont pas « permis de préparer sérieusement au baptême mes nombreux catéchumènes. Dans la seule « préfecture de Chao-kwan, ils sont au moins un millier. A Lin-Chau, en un mois, plus de « 10.000 païens se sont fait inscrire. J’ai envoyé mes catéchistes aux quatre coins du pays, « pour ouvrir des oratoires et instruire les personnes les mieux disposées. Mandarins, « notables, marchands, tout le monde ici nous est favorable. L’argent manque et les bras « aussi ; de grâce, envoyez-nous argent et missionnaires. »
« Dans les anciens districts voisins de Canton, les conversions sont toujours rares. M. Lanoue a cependant obtenu 20 baptêmes d’adultes ; résultat extraordinaire pour le pays. Les protestants chinois avaient mis le feu à leur propre oratoire afin de nuire aux catéchumènes catholiques, qu’ils accusaient d’être les auteurs de l’incendie. M. Lanoue a découvert la ruse et les incendiaires en ont été pour leurs frais.
« Plus heureux encore que M. Lanoue, M. Sorin, notre cher pro-préfet, a fondé deux nouvelles chrétientés, l’une, à Lin-vou, l’autre à Nam-kau. Les fidèles qui composent sa paroisse de la cathédrale sont très fervents, les femmes surtout. Plusieurs d’entre elles s’en vont dans les districts lointains instruire les femmes des catéchumènes.
« Nos œuvres de Canton ont donné d’excellents fruits. M. Étienne, en l’absence de M. Fleureau, s’est dévoué à la formation de nos 56 séminaristes. Les examens des élèves ont été bien satisfaisants. Ils se montrent vraiment dociles et pleins de bonne volonté. Deux vont être ordonnés sous-diacres prochainement, et trois autres, tonsurés.
« A l’orphelinat, les enfants apprennent avec ardeur le catéchisme. Un prêtre chinois est chargé de les conduire.
« Les religieuses Catéchistes de Marie-Immaculée se sont consacrées avec leur zèle accoutumé aux œuvres de la Sainte-Enfance.
« La Rde Mère Angéline nous donne les détails suivants : 2.034 petites filles ont été « recueillies à la crèche et baptisées. Presque toutes ont déjà pris leur essor vers le ciel. On « appelle souvent ces anges des « voleurs de paradis » ; mais ce n’est pas toujours avec raison. « Nous qui vivons près de ces pauvres petites jour et nuit, nous les voyons acheter par des « souffrances, souvent très pénibles et très longues, leur délivrance de l’exil.
« La bonne disposition de notre crèche, son air de propreté, ses petites cases aux couleurs « fraîches, ses couchettes et couvertures bien douillettes, tout cela forme un singulier contraste « avec les chers petits êtres qui y reposent. Que de maladies, de plaies, de lèpres ! La plupart « de ces enfants ont été abandonnées parce que leurs maladies semblaient incurables. La « Providence a pris en pitié ces chères orphelines et leur a donné en Sœur Pierre une véritable « mère, à qui la charité fait inventer des moyens inimaginables pour soulager ses protégées.
« Parfois les mères nous apportent elles-mêmes leurs petites filles malades, et nous les « donnent en disant : « Elle sera mieux soignée chez vous que chez nous. »
« Une de nos jeunes aveugles recueillit elle-même une petite fille aveugle comme elle et, « de plus, atteinte du béri-béri. L’enfant était douce, patiente, habituée à souffrir. Elle apprit « vite les vérités principales de notre sainte religion. Quand une de nos Sœurs passait près « d’elle, elle disait : « Ma Sœur, il n’y a qu’un Dieu en trois personnes. »
« Après trois semaines de souffrances, elle partit pour le ciel, douce et souriante.
« A côté des enfants, nous avons un groupe de vieilles femmes infirmes ou aveugles. « D’autre part, nous sommes très contentes de nos jeunes novices, dont le nombre s’est « augmenté.
« Deux de nos Sœurs ont fait une expédition dans le district de Chiou-hing. Conduites par « les religieuses du pays, elles purent pénétrer dans plusieurs familles païennes et distribuer « des remèdes aux enfants. ─ Nous avons conservé notre école française de Shameen. Une « vingtaine d’élèves la fréquentent : la plupart sont Portugaises. Quelques petits garçons de « huit à dix ans ont été aussi admis. Tous ces enfants nous donnent de grandes consolations, et « même ceux qui sont protestants apprennent à aimer le bon Dieu et la bonne Vierge. »
« Je dois ajouter quelques lignes, continue Mgr Mérel, sur notre école de langues européennes. Elle a été ouverte dans les bâtiments de la mission. Nos Chinois de Canton montrent un grand empressement pour l’étude des langues européennes. Les journaux préconisent, chaque jour, l’établissement d’écoles de langues vivantes. Déjà les Anglais en ont ouvert de très florissantes à Hong-kong et même à Canton ; les jeunes gens des meilleures familles s’y pressent en foule. Pouvions-nous raisonnablement laisser l’instruction de la classe des lettrés chinois, qui sera demain la classe dirigeante entre les mains des protestants ? Le Chinois garde jusqu’à sa mort un grand respect pour ses professeurs, et nous avons tout lieu d’espérer que nos élèves, devenus mandarins, resteront amis des missionnaires et des chrétiens, comme ceux de Tai-pou et Yang-ping, anciens élèves des Jésuites, qui aiment à entretenir de bonnes relations avec nos confrères. »
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