| Année: |
1904 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouy-tcheou |
| Rédacteur: | Mgr Guichard |
II. ─ Kouy-tcheou
Population catholique 22.178
Baptêmes d’adultes 1.252
Conversions d’hérétiques 5
Baptêmes d’enfants de païens 6.009
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« L’année qui vient de s’écouler, écrit Mgr Guichard, si on la compare avec les précédentes, n’offre rien de particulier à signaler. Comme toujours, les joies ont été mêlées aux tribulations, et ce n’est pas sans se donner beaucoup de mal, que nos confrères ont pu recueillir la gerbe de 1.252 baptêmes d’adultes.
« Dans toute la mission, la famine a sévi cruellement, enlevant les habitants par milliers. Depuis plusieurs années, en effet, les récoltes ont été mauvaises ; le riz, le maïs et les autres céréales ne suffisent plus à nourrir la population. La mesure de riz, qui se vendait autrefois deux taëls, coûte aujourd’hui cinq fois plus. Cette cherté des denrées donne lieu à des scènes de pillage à main armée qui troublent tout le pays.
« Outre ces affamés, qui se contentent de voler le riz, là où ils le trouvent, pour ne pas mourir de faim, nous avons des brigands qui s’attaquent à la vie des personnes et brûlent maisons et villages. Ce sont les francs-maçons du pays, les boxeurs du Su-tchuen et les pirates du Kouang-si. Plusieurs villes sont tombées en leur pouvoir. Les soldats, qui ont essayé de leur résister, ont été honteusement battus.
« A toutes ces épreuves, je dois ajouter la maladie, qui a retenu plusieurs confrères dans leur résidence et les a empêchés de courir à la recherche de la brebis égarée.
« Voici maintenant les consolations que la bonne Providence nous a ménagées. Nous avons baptisé 1.252 adultes, dont 405 in articulo mortis ; 6.009 enfants moribonds et 880 enfants de chrétiens. Le chiffre des confessions a été de 32.246 et celui des communions de 39.532 ; 1.852 enfants de chrétiens ont fréquenté nos 137 écoles ; 797 enfants de païens, 310 garçons et 487 filles ont été entretenus dans nos 14 orphelinats ; en outre, 153 ont été placés en nourrice, et 56, dans des familles chrétiennes. Ces orphelins, les filles surtout, nous dédommagent amplement des sacrifices que la Sainte-Enfance s’impose pour leur entretien et leur éducation.
« Dans le sud-ouest de la mission, à Hin-y-fou, M. Schotter a baptisé 53 adultes et fondé plusieurs nouvelles stations. Le choléra et la peste ont ravagé son district. Plusieurs centaines de personnes sont mortes du fléau à Hin-y-fou.
« M. Joseph Esquirol compte 183 baptêmes d’adultes à Tchen-fong, où la peste a fait 12 à 15 victimes par jour, pendanl un certain temps. Le district de notre zélé confrère est particulièrement éprouvé par la disette.
« Malgré cela, et peut-être même à cause de cela, écrit-il, les païens continuent à venir à « nous. Dans le canton de Tou-y, cinq villages païens ont demandé à se faire chrétiens. Les « adorateurs, après avoir détruit leurs objets superstitieux, se sont mis avec ardeur à l’étude « des prières. »
« M. Cousin à Tche-chou, et M. Williatte à Tse-hen se sont appliqués d’une manière toute spéciale à fonder des écoles pour l’instruction des filles et des femmes païennes. Je ne puis que les féliciter d’une initiative si utile au bien des âmes.
« De l’ouest du vicariat, MM. Lamy, Roux, Michel, Ménel et Célestin Solignac annoncent beaucoup de conversions.
« Je compte 35 baptêmes d’adultes à Gan-chouen, écrit M. Lamy. Ce n’est pas assez, et « pourtant c’est quelque chose, car il faut éprouver les néophytes avant de les baptiser. Les « adorateurs sont nombreux, mais n’apprennent pas la doctrine assez vite à mon gré. Il est vrai « que les temps sont mauvais et que les soucis corporels paralysent bien des volontés. »
« Avec l’aide de mon vicaire, le prêtre chinois Hiong, écrit de son côté M. Roux, j’ai eu la « consolation de régénérer 79 adultes, et le nombre de nos fidèles est actuellement de 1.670. »
« M. Michel accuse 59 baptêmes d’adultes ; M. Ménel, 10, et M. Célestin Solignac, 6. Ce dernier confrère a ouvert 8 stations nouvelles : 4 chez les Ke-kia et 4 chez les Lo-los. Il croit pouvoir attribuer cet heureux résultat à l’inauguration d’un oratoire dans la ville de Tin-lan.
« Au dire de M. Thirion, qui administre Fa-tche-o depuis peu, les vieux chrétiens de cette ville n’ont plus la ferveur des anciens temps. Il n’y a rien d’étonnant à cela. En effet, ils sont à plus de cent lieues de tout autre centre catholique. Ils ne pouvaient être visités que très rarement et leurs malades mouraient souvent sans sacrements.
« Dans le nord, à Tcha-tso, M. Chanticlair n’a pas perdu son temps. Parcourant sans cesse son vaste district, il a réussi à ramener au bercail une quinzaine de brebis égarées, et a préparé 30 adultes au baptême. Les baptiseurs ont ondoyé 844 enfants de païens.
« M. Poinsot et son vicaire, le P. Aloysius Yang, administrent avec zèle les 1.450 chrétiens du ressort de Tsen-y. Ils n’ont pas moins de 50 postes à visiter chaque année. Leur gerbe se compose de 44 baptêmnes d’adultes et de 600 d’enfants moribonds. Ils ont entendu 5.694 confessions en un an, et le nombre de leurs catéchumènes n’est pas inférieur à 1.500.
« Le district de Jen-houay, que dirige M. Freyche, a été sérieusement troublé par les rebelles. Un sorcier de Ouen-chouy-tin, nommé Yuen, s’est tout à coup senti la vocation d’empereur ; il a fanatisé deux ou trois mille individus et s’est cru de force à exterminer les étrangers et les chrétiens. Heureusement, son empire n’a pas duré longtemps. Les soldats ont battu les rebelles, en ont tué quelques centaines et dispersé le reste. Quoique le chef de la révolte n’ait pas été pris, il faut espérer qu’il se tiendra tranquille à l’avenir. M. Freyche compte 24 baptêmes d’adultes et 405 d’enfants de païens.
« A Tong-tse, M. Ronat a vu son troupeau décimé par la fièvre typhoïde. Notre cher confrère a administré l’extrême-onction à 50 malades ; il a baptisé 27 adultes et inscrit 60 catéchumènes.
« La population, écrit de Su-yang M. Palissier, nous est plutôt sympathique. Les mandarins « se montrent même on ne peut plus aimables à notre égard. Les adorateurs se présentent en « foule, et la seule difficulté pour le missionnaire est de discerner le bon grain du mauvais.
« Ma récolte vaut, je crois, celle de l’an dernier : 29 baptêmes d’adultes, 59 d’enfants de « chrétiens et 360 d’enfants de païens. Le chiffre des confessions répétées a un peu diminué. « Les conversions s’annoncent de plus en plus nombreuses à Kien-pa, à Tchen-tchang et à « Ouang-tsao. En outre, nos écoles ont été mieux fréquentées que par le passé. »
« Je voudrais, dit M. Noyer, augmenter mon petit troupeau de Gan-houa-hien et le rendre « meilleur, comme le désire tout missionnaire.
« Parmi mes catéchumènes, le bon Dieu en a choisi 25 et les a introduits dans le sein de « l’Église. De plus, 16 adorateurs ont été régénérés au seuil de l’éternité. Quelques-uns de ces « derniers ont été ondoyés d’une manière presque miraculeuse : on peut les mettre au rang des « voleurs de paradis ».
« J’ai eu également la joie devoir revenir à la pratique des devoirs religieux un bon nombre « d’anciens baptisés, qui avaient négligé, depuis plusieurs années, les intérêts supérieurs de « leur âme.
« Malgré beaucoup de petites misères et les tracasseries des mandarins, j’aime mon district « et ne m’y ennuie pas. Mon oratoire est fini. Il m’a coûté cher, mais il est très convenable. »
« Dans l’est du vicariat, M. Albert Solignac se donne tout entier à l’instruction religieuse des nombreux catéchumènes de Che-tsien.
« A Tou-chan, M. Bacqué a eu la consolation de baptiser 59 adultes. Il en aurait baptisé bien davantage, sans les longues courses qu’il est obligé de faire pour administrer son vaste district de Tou-chan, qui comprend la sous-préfecture de ce nom, celle de Ly-po et la préfecture de Tou-yun.
« M. Chasseur, qui m’a remplacé pour la confirmation des néophytes de cette vaste contrée de l’est, m’affirme qu’il faudrait là trois ou quatre missionnaires de plus, et des catéchistes instruits. Hélas ! ces derniers nous manquent. Tant qu’il en sera ainsi, nous devrons nous résigner à piétiner sur place, et il nous sera impossible de développer nos nouvelles stations.
« A la suite de notre retraite annuelle, j’ai distrait de ce vaste district de Tou-chan la préfecture de Tou-yun et l’ai confiée à M. Darris ; mais M. Bacqué est encore beaucoup trop surchargé.
« La cherté des denrées se fait cruellement sentir dans la sous-préfecture de Kouy-tin, et notre confrère, M. Cavalerie, craint que ses écoles ne restent vides l’an prochain. « J’espère « toutefois, ajoute-t-il, que la main de la Providence s’ouvrira plus grande pour laisser tomber « sur les âmes de plus abondantes bénédictions. Il semble, en effet, que la famine, tout en « forçant une certaine classe d’hommes à un travail plus actif, leur fasse faire aussi un bon « meâ culpâ et leur apprenne à tourner vers le ciel des regards suppliants. Ils demandent à « Dieu d’abord la nourriture corporelle, c’est vrai, mais les besoins de l’âme ne sont point « aussi facilement oubliés qu’en temps d’abondance.
« Les protestants, découragés par la mauvaise conduite de leurs adeptes, ont quitté le pays : « puissent nos chrétiens, en conservant la bonne harmonie avec les païens, empêcher le retour « des ministres de l’erreur ! »
« En résumé, ce qui nous manque au Kouy-tcheou, ce sont les prêtres et les catéchistes. Dans une douzaine de villes, nous avons des oratoires sans pasteurs, et les chefs de district sont trop absorbés par les visites d’administration pour s’occuper utilement de l’instruction des nouveaux convertis. Que Dieu daigne nous envoyer des catéchistes zélés et instruits, dont le concours nous est si nécessaire !
« Le séminaire nous a donné un sous-diacre, cinq acolytes et deux tonsurés. C’est un véritable bonheur pour moi de penser qu’ils pourront bientôt être ordonnés prêtres, car alors, notre fardeau nous deviendra un peu moins lourd ».
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