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Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Chine
Mission: Mandchourie septentrionale
Rédacteur:Mgr Lalouyer


III. ─ Mandchourie septentrionale


Population catholique 11.562
Baptêmes d’adultes 1.454
Conversions d’hérétiques 25
Baptêmes d’enfants de païens 1.184
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« Je suis heureux, écrit Mgr Lalouyer, de vous adresser le compte rendu des travaux des missionnaires de la Mandchourie septentrionale en 1903-1904.
« Le nombre total des baptêmes a été de 3.199, soit : 1.401 baptêmes de catéchumènes longuement préparés, 53 d’adultes ondoyés in articulo mortis, 561 d’enfants de chrétiens, 1.184 d’enfants de païens. Nous avons eu en plus 25 conversions d’hérétiques.
« L’année dernière, je me félicitais du beau chiffre de 1.007 baptêmes d’adultes, qui n’avait jamais été atteint en Mandchourie septentrionale. Cette année, grâce à la protection de la très sainte Vierge, ce chiffre a été dépassé : aussi est-ce avec un véritable bonheur que je dépose aux pieds de Marie Immaculée la belle gerbe de 1.454 baptêmes de païens adultes.

« En 1902, j’avais parcouru les districts de la province de Tsitsicar. En 1903, vers la mi-octobre, je quittais ma résidence pour visiter les postes de la province de Ghirin et administrer la confirmation à nos nombreux néophytes. Durant ce voyage, j’ai tenu à voir de mes yeux toutes les stations de fondation récente. Impossible de décrire la joie de ces néophytes qui recevaient leur évêque pour la première fois. Partout la réception a été magnifique. Puissent ces démonstrations extérieures tourner à l’avantage de notre sainte religion, et contribuer à entretenir le mouvement de couversions qui, grâce à Dieu, s’étend chaque jour davantage.
« Au cours de ma tournée pastorale, j’ai confirmé 1.277 personnes.

« Le grand éloignement des confrères de la province de Tsitsicar m’avait empêché jusqu’ici de réunir tous les missionnaires pour la retraite annuelle. La retraite se faisait en deux groupes ; un groupe par province, et je la présidais dans les deux provinces.
« Aujourd’hui, la situation est bien changée. Le transsibérien traverse la mission, et les grandes distances d’autrefois sont supprimées. Un voyage qui demandait de dix à quinze jours se fait maintenant en un jour. Vu cette facilité des communications et le besoin que j’avais de m’entendre avec mes missionnaires sur plusieurs points, je me suis décidé à appeler tous les confrères auprès de moi, à notre procure de Kouan-tcheng-tse, pour faire la retraite en commun et délibérer sur les affaires du vicariat.
« L’ouverture des exercices spirituels, avait été fixée au 6 janvier. Lorsque j’arrivai à la procure, le 5 après-midi, tous les missionnaires m’y avaient déjà précédé, heureux de se voir réunis après une longue séparation. Le 6 janvier au soir, la retraite commença par le chant du Veni Creator. Elle dura six jours et se termina, le 12 janvier, par la bénédiction du très Saint-Sacrement et la rénovation des promesses cléricales. Après deux ou trois jours consacrés à régler différentes questions, chaque confrère regagna son district, le cœur rempli d’un nouveau zèle pour sa sanctification personnelle et le salut des âmes.

« Hélas ! la joie que nous venions d’éprouver ne devait pas être de longue durée. En effet, quelque temps après notre séparation, nous apprenions que la guerre était déclarée entre le Japon et la Russie. Nos craintes furent grandes alors, et l’avenir nous apparut bien triste. Nous eûmes recours à la prière, et nos supplications touchèrent le Cœur sacré de notre divin Sauveur et le Cœur immaculé de sa très sainte Mère.
« Jusqu’ici du moins nos appréhensions ne se sont pas réalisées. Des bandes de brigands ont parcouru certains de nos districts, mais la sainte Vierge veillait sur les apôtres et les disciples de son divin Fils. Tandis que les païens étaient pillés et massacrés par les terribles « houng-hou-tse, » nos chrétiens étaient épargnés. Puissent les pauvres païens, étonnés d’une protection si extraordinaire, ouvrir enfin les yeux à la véritable lumière, renoncer à leurs divinités impuissantes pour les protéger, reconnaître et adorer le Dieu des chrétiens, toujours si bon pour ses enfants !
« Les missionnaires ont profité de la tranquillité inattendue que le bon Dieu leur accordait : l’administration des districts s’est faite comme à l’ordinaire. Durant le carême, les chrétiens ont accompli fidèlement le devoir pascal et les catéchumènes se sont préparés au baptême avec tout le soin désirable : 1.454 sont devenus enfants de Dieu et de l’Église. La moisson est abondante ; malheureusement, les ouvriers font défaut.

I. ─ PROVINCE DE GHIRIN

District de Ghirin. — « M. Samoy, professeur de théologie au grand séminaire de Ghirin, exerce en même temps les fonctions de curé de la ville.
« Les conversions sont rares intra muros à Ghirin, car les habitants de cette grande cité sont renommés pour leur luxe et leur amour du plaisir. On comprend combien il est difficile d’obtenir beaucoup de conversions dans un tel milieu. Heureux le missionnaire, s’il peut arriver à y glaner quelques épis !
« Le faubourg de l’Est, au contraire, est habité par des gens simples et paisibles, se livrant au petit commerce ou exerçant quelque métier. Là, nous obtenons d’heureux résultats, et nous comptons un grand nombre de familles chrétiennes qui se distinguent par leur fidélité à remplir leurs devoirs religieux.
« Cette année, M. Samoy a enregistré 23 baptêmes d’adultes à Ghirin. L’an prochain, la récolte sera meilleure. En effet, à 2 lieues à l’ouest de la ville, une famille composée de quarante-cinq personnes vient de se déclarer chrétienne. Le vieux père, âgé de plus de quatre-vingts ans, a cinq fils, dont le cadet, qui exerce un métier à Ghirin, se convertit, il y a six ans. Depuis sa conversion, ce fervent néophyte n’a pas cessé d’exhorter son père et toute sa famille à suivre son exemple. Ses efforts viennent d’être couronnés de succès. Le père étant tombé gravement malade, un catéchiste alla le voir et l’exhorta à se convertir. Le vieillard finit par se laisser toucher. Instruit des vérités nécessaires, il fut baptisé. Quelque temps après, une femme de la famille tomba à son tour gravement malade. Une religieuse indigène la prépara au baptême et versa sur son front l’eau régénératrice.
« La malade ayant succombé, les chrétiens et les chrétiennes de Ghirin se rendirent en grand nombre à l’enterrement et récitèrent toutes les prières des morts. Tant de dévouement de la part de nos chrétiens toucha le cœur des païens qui restaient dans la famille et tous demandèrent le catéchuménat. Que Dieu en soit béni, car la conversion de cette famille a été le signal d’un mouvement vers notre sainte religion, dans ce pays habité uniquement par de paisibles laboureurs.

« Il est un autre endroit, où les conversions sont nombreuses et où les chrétiens déjà baptisés se comptent par dizaines ; mais il est trop éloigné de tout centre catholique et ne peut jouir qu’à de rares intervalles de la visite du missionnaire ; je veux parler du village de Ien-ki-kang, situé à plus de 400 kilomètres de Ghirin, et à 26 lieues de Houen-tsouen.
« Le poste de Ien-ki-kang a six ans d’existence. Il a été fondé grâce aux prédications de quelques chrétiens du sud de la Mandchourie, émigrés dans ce pays nouvellement ouvert à l’agriculture. Un ancien latiniste du Chan-toung y a exercé les fonctions de catéchiste jusqu’au printemps dernier. A cette époque, il a demandé la permission de retourner chez lui pour revoir ses vieux parents. Chaque année, quand il avait instruit suffisamment un certain nombre de catéchumènes, il les envoyait à Ghirin pour y être baptisés. Il les accompagnait parfois lui-même.
« Les fervents néophytes de Ien-ki-kang faisaient, tous les ans, un voyage de 100 lieues pour s’approcher des sacrements. A chaque voyage, ils me suppliaient de leur donner un missionnaire, et toujours je me voyais obligé de leur dire d’attendre, car à une pareille distance, il eût fallu envoyer deux missionnaires, et où les prendre ? En 1900, au mois de mars, un prêtre indigène était allé visiter le poste. Depuis lors, les néophytes continuent de venir à Ghirin pour se confesser, ou s’adressent à M. Bret, quand il visite ses chrétiens coréens. Cette année, ils ont fait de nouvelles instances. Comme je savais qu’ils n’avaient plus de catéchiste, je leur ai promis la visite d’un prêtre indigène, à la condition qu’ils viendraient le chercher. Quelque temps après, ils arrivaient à Ghirin avec un grand chariot et repartaient bientôt tout joyeux, emmenant avec eux le P. Stanislas Pai. Ce ne fut qu’après onze jours de voyage que le Père arriva à Ien-ki-kang. Les chrétiens baptisés se confessèrent ; 39 catéchumènes reçurent le baptême. Les chrétiens coréens invitèrent aussi le P. Stanislas à aller les visiter. Il resta deux jours au milieu d’eux, et revint ensuite chez nos Chinois. Les néophytes auraient vivement désiré le retenir plus longtemps, mais l’époque des pluies arrivait, et le Père avait hâte de regagner son poste de Tcha-lou-heu qui venait d’être ravagé par un incendie. Il revint à cheval et mit huit jours à faire le trajet de Ien-ki-kang à Ghirin.
« Voilà donc tout un troupeau sans pasteur ! Il n’a même pas de catéchiste pour le conduire, et aucun chrétien ne veut aller prendre la place du catéchiste absent, de crainte de mourir sans sacrements. Mon rêve serait d’avoir sous la main deux missionnaires, dont l’un s’établirait à Ien-ki-kang et l’autre à Houen-tsouen.
« Dans le but de relier Ien-ki-kang à Ghirin, j’ai fini par céder aux prières de plusieurs familles protestantes d’Aotoung (sous-préfecture située à 70 lieues de la capitale), qui veulent embrasser le catholicisme, et un poste a été fondé dans cette petite ville. Une autre station ne tardera pas à être établie à Ouo-mouo-souo, grand village à une journée d’Ao-toung. Là encore, de la place pour deux missionnaires...

District de Tcha-lou-heu. ─ « En suivant la route impériale de Ghirin à Pékin, après une forte journée de marche, on arrive le soir à un gros bourg appelé Tcha-lou-heu. L’organisation de ce poste date de deux ans. Les conversions y sont de jour en jour plus nombreuses : c’est pourquoi le P. Stanislas Pai y a été envoyé immédiatement après son ordination. Ce bon prêtre indigène a recueilli, depuis un an, la belle gerbe de 108 baptêmes d’adultes, qu’il offre à Notre-Seigneur comme prémices de son ministère. Malheureusement, l’avant-veille de la Pentecôte, un terrible incendie a dévoré sa résidence et ses deux écoles, dont il ne reste qu’un monceau de cendres. Le Père a reçu l’hospitalité chez des chrétiens : l’instruction des enfants est forcément suspendue.
« Le démon se réjouissait déjà sans doute de ce malheur et pensait que c’en était fait de la religion catholique à Tcha-lou-heu. Il comptait sans la ferveur de nos nouveaux chrétiens. Avec le produit d’une souscription faite par eux, un nouveau terrain fut acheté. Encore fallait-il bâtir. Ils se mirent immédiatement à l’œuvre, et on peut voir, dès maintenant, s’élever les murs d’une nouvelle résidence. Ce ne sera pas un palais, tant s’en faut ; mais le missionnaire aura du moins une maison pour se loger et un petit oratoire pour célébrer le saint sacrifice. L’école des garçons sera installée à côté de la chambre du Père, et celle des filles ne tardera pas à se rouvrir.
« Dans le seul poste de Tcha-lou-heu, le Père a enregistré 75 baptêmes d’adultes. Les catéchumènes y sont au nombre de 900.
« La chrétienté de Souang-iang-heu fut fondée en 1898. Pendant plusieurs années, on ne voyait là que des hommes à l’église ; les femmes avaient honte de s’y montrer. L’an dernier, deux veuves chrétiennes ayant été chargées d’instruire les personnes de leur sexe, 33 femmes de Souang-iang-heu ont été baptisées. Aujourd’hui, toute fausse honte a disparu : les dimanches et jours de fêtes, les femmes sont les premières à se rendre à l’église pour la récitation des prières. Le nombre des catéchumènes est de 200.
« Le poste d’I-la-ki vient d’être fondé. Il compte 140 catéchumènes environ et possède déjà deux écoles.
« Depuis mon arrivée à Tcha-lou-heu, écrit le P. Stanislas, j’ai remarqué que les habitants « de ce pays, « gens des drapeaux » pour la plupart, sont très superstitieux. Grand nombre de « femmes, par dévotion, observent une abstinence perpétuelle. Il semble que le démon devrait « laisser ces pieux païens tranquilles. Il n’en est rien. Hommes et femmes ne cessent d’être « molestés par lui, à tel point que souvent ils ne peuvent absolument rien faire. Dès le « principe, à Tcha-lou-heu les conversions ont été nombreuses. Parmi les catéchumènes, s’en « trouvait-il d’obsédés par le démon, on leur faisait boire de l’eau bénite. Les uns étaient « guéris instantanément ; les autres, peu à peu. Les païens du village et des environs apprirent « bientôt que l’eau bénite guérissait les maladies diaboliques et vinrent en demander à leur « tour. Ils la gardaient précieusement, et comme elle opérait des effets merveilleux, ils « commencèrent à estimer la religion et finirent par l’embrasser, dans le but d’éviter les « vexations du malin esprit. C’est ainsi que le nombre des conversions a augmenté si « rapidement. J’ai observé qu’elles sont plus sincères ici qu’ailleurs. »

District d’I-toung-tcheou. ─ « M. Gérard, appelé depuis un an au poste d’I-toung-tcheou, passe, dans son rapport, un coup d’œil rapide sur toutes les stations de son district.
« A 25 lieues au sud-ouest d’I-toung-tcheou, dit-il, se trouve Lien-houa-kai, petit bourg « assis sur le bord de la route impériale de Ghirin à Moukden. Nous avons là 50 familles de « nouveaux chrétiens et de catéchumènes.
« Iei-heu-tchan, de fondation encore plus récente, ne paraît pas moins comblé des « bénédictions divines ; depuis dix-huit mois, 51 adultes y ont été régénérés dans les eaux du « baptême et un grand nombre de catéchumènes se préparent à la réception de ce sacrement. « Je dois dire que le catéchiste de l’endroit joint à un zèle peu commun des talents « d’apothicaire fort appréciés. Il opère beaucoup de guérisons, ce qui lui donne une réputation « colossale dans le pays. Mais en soulageant les infirmités corporelles, il s’efforce surtout « d’atteindre l’âme de ses clients.
« En remontant vers le nord, nous rencontrons Heu-eul-sou, à 8 lieues d’I-toung-tcheou. « Cette bourgade, dont l’importance grandit chaque jour, ne compte encore que cinq à six « familles de catéchumènes, noyées pour ainsi dire dans la population idolâtre, qui se monte à « près de 3.000 habitants.
« Siao-kou-chan possède un noyau de vieux chrétiens qui, par leur bon exemple et leurs « vertus, ont su faire aimer notre sainte religion et amener beaucoup d’infidèles à embrasser le « christianisme. Les écoles y sont des plus florissantes, et c’est bien là le meilleur « thermomètre auquel on peut reconnaître le degré de ferveur d’une chrétienté. M. Dubos, tout « en apprenant la langue, est heureux d’exercer son ministère sur cette terre à peine défrichée.
« Ta-kou-chan donne aussi les plus belles espérances. Le catéchiste du poste, homme à la « foi robuste, a recouvré miraculeusement la vue le jour même de son baptême. Sa belle-sœur « atteinte d’un asthme douloureux a été guérie de cette infirmité le jour où elle a reçu le « sacrement de confirmation ; il y a de cela huit mois. Enfin, au printemps dernier, une pauvre « femme, sujette à de fréquents accès d’épilepsie, me supplia de la baptiser, assurée que « c’était là le meilleur remède à son terrible mal : de fait, elle n’a eu aucune rechute depuis « lors. Ne sont-ce pas là de précieux gages pour l’avenir ?
« Sous les heureux auspices de saint Joseph, I-ma-tchan continue à prospérer. Les filles « viennent à l’école fort nombreuses. Ce sont les femmes surtout qui se convertissent ; les « hommes paraissent encore trop occupés de leurs intérêts temporels.
« I-ma-tchan nous rapproche d’I-toung-tcheou, où la communauté chrétienne va son petit « train et me donne beaucoup de consolation. J’ai baptisé cette année 36 adultes, 33 enfants de « chrétiens et 29 enfants de païens. La vie chrétienne se développe parmi les nouveaux « convertis d’I-toung-tcheou. Les écoles sont fréquentées avec assiduité, et de nombreux « catéchumènes se préparent à recevoir le sacrement de la régénération. »

District de Mouo-pan-chan. ─ « Le prêtre indigène, Augustin Jen, après avoir employé deux années à reconstruire les établissements de Mouo-pan-chan, a fondé, cette année, deux nouveaux postes, l’un à Hei-che-teou, l’autre à Kouan-kai. Il a récolté la grosse gerbe de 189 baptêmes d’adultes. Écoutons-le nous exposer lui-même la situation de son district :
« A Mouo-pan-chan, j’ouvre, chaque hiver, une école de catéchumènes. Les nouveaux « convertis entrent à l’école dans les premiers jours de novembre, et en sortent aux fêtes de « Pâques, après avoir reçu, pour la plupart du moins, le sacrement de la régénération. Rentrés « chez eux bien instruits des vérités de notre sainte religion, ils se font apôtres auprès de leurs « parents et amis et arrivent à en convertir un grand nombre. A l’occasion d’une grande fête, « ils amènent leurs conquêtes à Mouo-pan-dian. C’est ainsi qu’à chaque grande fête la liste « des catéchumènes s’augmente d’une dizaine de familles. Presque toutes les recrues sont des « laboureurs paisibles qui habitent loin des postes chrétiens ; c’est pourquoi j’exige que ces « braves gens viennent à Mouo-pan-chan, apprendre le catéchisme et se préparer au baptême.
Ien-toung-chan. ─ « Le poste n’a pas encore deux années d’existence. Il compte déjà 70 « baptisés et 400 catéchumènes. L’école des garçons est florissante. N’ayant pas de « religieuses à mettre à la tête de l’école des filles, j’ai dû employer une bonne vieille, « baptisée il y a un an. Parmi les femmes qui ont été baptisées, neuf se distinguent par leur « ferveur. Une famille, venue du Chan-toung et composée de sept à huit membres, est déjà « entièrement baptisée.
Hei-che-teou. ─ « Cette station, organisée depuis quelques mois, se trouve à une bonne « journée de Mouo-pan-chan. Un nouveau chrétien a offert un terrain. C’est sur ce terrain « qu’on a construit une petite église et une école. Un autre néophyte a offert sept à huit « arpents de friches. Le revenu de ces terres servira à l’entretien du poste qui compte environ « 300 catéchumènes.
Kouan-kai. ─ « Une grande rivière passe à Hei-che-teou. En suivant le cours, de cette « rivière, qui coule de l’ouest à l’est, on arrive au grand village de Kouan-kai. C’est là qu’au « printemps dernier, j’ai bâti un oratoire et une école. En ce moment, je fais construire une « autre maison pour les catéchumènes, dont une vingtaine ont été baptisés. Comme il n’y a « pas encore d’école pour les filles, plusieurs sont venues à Mouo-pan-chan apprendre le « catéchisme et les prières. Je compte près de 300 catéchumènes à Kouan- kai. Ce village, « étant relié à Ghirin par le Soungari, pourrait devenir la résidence d’un missionnaire. J’aurais « alors la facilité de me confesser plus souvent. »

District de Kouan-tcheng-tse. ─ « 115 confessions annuelles et 166 chrétiens, dans une « ville dont la population est très nombreuse, c’est bien peu de chose, écrit M. Monnier, et « mon petit troupeau est vraiment le pusillus grex. Mais faut-il s’en étonner outre mesure ? « Non. En effet, Kouan-tcheng-tse est une ville commerçante, et nulle part ailleurs je n’avais « mieux constaté la difficulté, pour les riches des biens de ce monde, d’entrer dans le royaume « des cieux.
« Mes relations avec les mandarins et les marchands sont excellentes. Ce sont des gens « intelligents et pratiques en toutes choses. Seule, la question religieuse les laisse indifférents. « Veut-on aborder ce sujet ? Immédiatement, on a devant soi des gens gênés, qui ne « comprennent rien à ce que vous leur dites, ou, pour parler plus exactement, qui ne veulent « rien comprendre.
« J’ai le bonheur de recevoir, de temps à autre, quelques catéchumènes ; mais combien la « conversion en masse de la ville paraît encore éloignée ! Sur 36 adultes baptisés, 4 l’ont été à « l’article de la mort. Les autres ont augmenté d’autant mon petit troupeau. »

District de Siao-pa-kia-tse. ─ « Dans le village de Siao-pa-kia-tse, écrit M. Cubizolles, « les sacrements ont été fréquentés comme les années précédentes. Sauf de rares exceptions, « les fidèles sont fervents et obéissants. Cette année, ils ont fourni tout le charroi des briques « pour la construction de l’église et du collège.
« Les nouveaux chrétiens me donnent aussi beaucoup de satisfaction. La grande famille Iu, « qui habite à une demi-lieue du village, continue à aller de l’avant. Les femmes apprennent « maintenant le catéchisme ; plusieurs même sont baptisées.
« Au nord de Siao-heu-loung, se trouve une famille Leou, composée de 25 membres qui « tous ont été régénérés. A l’époque de ma dernière visite, la vieille grand’mère, âgée de plus « de quatre-vingts ans, me disait : « Comment se fait-il que j’aie connu le bon Dieu si tard ? » « Aussi tâche-t-elle de réparer le temps perdu en récitant force prières et chapelets. »
« M. Cubizolles, malgré le tracas que lui donne la reconstruction de son église et du collège, a eu le bonheur de baptiser 30 adultes. Il compte en outre 96 baptêmes d’enfants de chrétiens et 37 d’enfants de païens.

District de Se-kia-tse. ─ « Rien d’important à signaler dans ce district. M. Sandrin coule d’heureux jours au milieu de chrétiens paisibles, qui se distinguent par leur fidélité à remplir leurs devoirs religieux. Notre cher confrère accuse 19 baptêmes d’adultes, dont 5 in articulo mortis.

District de Ou-kia-tchan. ─ « Au mois de novembre dernier, à l’occasion de ma visite à Ou-kia-tchan, j’ai été émerveillé en constatant par moi-même les progrès de l’évangélisation dans une contrée qui était encore toute païenne, il y a un an. Je me suis plu à expliquer aux néophytes les vérités de notre sainte religion, et j’aurais désiré prolonger mon séjour au milieu d’eux. Mais je devais continuer ma tournée pastorale. Après mon départ, la grâce de Dieu aidant, le nombre des catéchumènes augmenta sensiblement. Les deux écoles furent bientôt remplies, et M. Stœffler se vit obligé de refuser un grand nombre de ceux qui voulaient étudier le catéchisme. Les jeunes filles et les femmes catéchumènes montrent une ardeur incroyable pour apprendre la doctrine et les prières. Les religieuses indigènes qui dirigent l’école les ont si bien instruites que le nombre des femmes et filles baptisées à Ou-kia-chan dépasse aujourd’hui celui des hommes. Deux autres écoles de catéchumènes ont été ouvertes au cœur de l’hiver, dans des postes nouvellement fondés.
« Tant de conversions ne pouvaient manquer de susciter la haine du démon, et les brigands, ses suppôts, ne tardèrent pas à parcourir le pays, semant partout la terreur et le pillage. A deux jours d’intervalle, ils entraient dans la ville de Souang-tcheng-pou et pillaient le gros bourg de Che-teou-tcheng-tse. Plus de 600 soldats se mirent en campagne pour les disperser. Beaucoup moins braves que les brigands, ils durent bientôt battre en retraite, après avoir perdu une cinquantaine des leurs.

« Les bandits songèrent alors à envahir le poste d’Ou-kia-tchan, mais l’intervention du missionnaire sauva la jeune chrétienté.
« Les brigands avaient épargné les chrétiens ; les soldats, eux, trouvèrent plus facile et surtout moins dangereux de s’attaquer à des gens paisibles qu’aux bandits qu’ils devaient combattre. Nos néophytes eurent beaucoup à souffrir de leur cruauté. Plusieurs furent soumis à d’horribles tortures, d’autres se virent pillés et dévalisés. On raconte qu’un soldat se saisit d’un crucifix et le brisa sous ses pieds. Un chrétien fut suspendu à une poutre et battu cruellement. Pendant qu’ils le rouaient de coups, les soldats se moquaient de lui en disant que si on lui coupait la tête, il irait au ciel. Et le chrétien de répondre : « Oui, je crois en Dieu : « vous voulez ma tête, prenez-la, mais jusqu’à mon dernier soupir je serai chrétien. » Un ami, qui connaissait le chef des soldats, finit par le délivrer.
« M. Stœffler m’ayant mis au courant des faits et gestes des soldats chinois, j’ai cru devoir prévenir le vice-roi, qui a donné des ordres pour mettre fin à de pareils forfaits. Une enquête est commencée, les coupables seront sévèrement punis. En même temps, un édit a été publié dans toute la province en faveur de notre sainte religion. J’ose espérer que ces mesures énergiques ramèneront la tranquillité dans le pays. Nos néophytes, se sentant protégés, reprendront courage et continueront de remplir fidèlement leurs devoirs religieux ; les catéchumènes retourneront aux écoles et les païens ne craindront plus de se déclarer chrétiens.

« Malgré toutes les difficultés que Satan m’a suscitées, écrit M. Stœffler, j’ai eu de grandes « consolations pendant l’année qui vient de s’écouler, puisqu’il m’a été donné de régénérer « 144 catéchumènes dans les eaux du baptême. Ces baptêmes, je les ai obtenus à Kao-chan-« touen et à San-kia-tse. A Iu-chou-keou, les catéchumènes m’ont paru encore un peu trop « jeunes dans la foi. Je n’ai pas osé les baptiser. Donnez-moi, Monseigneur, les ressources « suffisantes pour ouvrir d’autres écoles, et le nombre des chrétiens sera doublé.
« Je n’ai que des louanges à faire de mes nouveaux chrétiens. A Ou-kia-tchan, où je réside « habituellement, ils croissent dans la ferveur de jour en jour. Ils aiment notre sainte religion « qu’ils savent être la vraie et sont assidus à s’approcher dévotement des sacrements de « Pénitence et d’Eucharistie, presque tous les mois. Dès mon arrivée ici, je me suis appliqué à « leur inculquer une grande dévotion envers la très sainte Vierge : aussi aiment-ils à se « confesser et à faire la sainte communion à toutes ses fêtes.
« Il m’est impossible de raconter par le menu les miracles de la grâce dans l’âme de mes « chers néophytes. Je me bornerai à raconter le suivant :
« Un commerçant, membre d’une nombreuse famille, désirait se convertir, mais sa foi « laissait beaucoup à désirer ; dans le principe, il croyait sans croire. Il étudia sérieusement la « doctrine chrétienne, et plus il l’approfondissait, plus sa foi devenait vive. Baptisé dans « d’excellentes dispositions, il s’arrangea une petite chambre où il habita seul, pour pouvoir « vaquer plus facilement à ses exercices de piété. Ce fervent néophyte ne se contenta bientôt « plus d’une vie chrétienne ordinaire : il voulut pratiquer toutes les vertus. Pour cela, il se mit « à lire des traités de spiritualité. Un livre de méditations lui étant tombé un jour sous la main, « il s’exerça à la méditation. Je me disais d’abord que c’était là une ferveur qui ne durerait « pas ; mais un an s’est déjà écoulé et cette ferveur va toujours en augmentant. Mon nouveau « chrétien se confesse et communie très souvent ; il aime à lire des livres de piété et fait deux « méditations par jour. Pendant qu’il surveillait la construction de ma résidence, il couchait « dans mon enclos. Combien de fois ne l’ai-je pas vu à genoux, le soir, pendant une bonne « heure, avant de se reposer ! Je ne parle pas de ses jeûnes, ni de ses autres pratiques de « dévotion. Pour ne point m’étendre trop au long sur son compte, je me bornerai à dire qu’il « passe non seulement ici, mais dans tous les postes de mon district, pour « le saint de Ou-kia-« tchan ».
« Une chose l’attristait : c’était de voir toute sa famille rester païenne, malgré ses « pressantes exhortations. Il me confiait souvent le chagrin qu’il en éprouvait. Je l’exhortais « alors à avoir confiance en Dieu, lui promettant de l’aider de mes prières. La Providence vint « à son secours d’une manière bien extraordinaire. L’hiver dernier, son frère aîné, chef de « toute la famille, fut pris par les brigands qui exigèrent une rançon de 6.000 francs pour sa « délivrance. C’était la ruine de la famille. Le prisonnier eut recours à tous ses dieux et leur « promit des sacrifices ; peine perdue. Alors, il se tourna vers le Dieu qu’adorait son frère. « Mon néophyte, de son côté, me pria de m’entremettre pour obtenir une diminution de la « somme réclamée. J’avais parmi mes chrétiens un ancien ami du chef de bande. Il alla, en « mon nom, trouver ce dernier qui répondit : « En considération du Père, je renvoie le « prisonnier sans rançon. » Une fois délivré, le païen vint directement chez moi, se prosterna à « mes pieds et me dit, pleurant de joie : « Maintenant, c’en est fait, Père spirituel ; je « comprends que mes dieux ne sont bons à rien. Sans la protection du vrai Dieu que mon frère « adore, et que, naguère encore, je ne voulais pas reconnaître, ma famille serait ruinée. ─ « Crois-tu maintenant au bon Dieu ? lui demandai-je ─ O Père, me dit-il, en versant un torrent « de larmes, je crois en Dieu, et ce n’est pas moi seulement qui me convertirai ; toute ma « famille, qui compte 60 personnes et dont je suis le chef, se convertira ; si quelqu’un refuse, « je le chasserai de chez moi. » Ce brave homme, fidèle à sa promesse, ne retourna chez lui « que pour briser ses idoles. Revenu à Ou-kia-tchan, il s’enferma dans une chambre et là, jour « et nuit, il apprit son catéchisme et les prières. Eu égard à la vivacité de sa foi, je ne tardai « pas à le baptiser, avec deux jeunes filles et un garçon de sa famille. Aujourd’hui cet homme « est un excellent chrétien. L’une des filles baptisée en même temps que lui, avait, depuis « plusieurs années, fait vœu de virginité à la façon des païens. Autant elle était ardente « païenne, autant elle est devenue zélée chrétienne. Comme elle est en outre très intelligente et « fort instruite, elle emploie les talents que Dieu lui a donnés à propager notre sainte « religion. »
« M. Stœffler parle ensuite de l’attachement des nouveaux chrétiens pour le missionnaire. « Leur affection, dit-il, s’étend par delà les mers, jusqu’aux parents qui ont fait le sacrifice « d’un fils pour le salut de leurs âmes. Cette année, j’ai eu la douleur de perdre mon père. Mes « néophytes, ayant eu connaissance du deuil qui venait de me frapper, parlèrent aussitôt de « faire dire des messes pour le repos de l’âme de mon bien-aimé défunt. Je leur défendis « d’organiser une souscription dans ce but ; mais ce fut en vain. Bientôt ils m’apportèrent les « honoraires de deux cents messes pour l’âme de mon père. Comme je refusais d’accepter, ils « me demandèrent s’il ne leur était pas permis d’aimer le père du missionnaire, et je dus « céder.
« A Iu-chou-keou, grâce à la générosité de mes catéchumènes, j’ai fondé un poste dans les « meilleures conditions. L’école des garçons est florissante, mais j’aurais besoin d’un peu « d’argent pour ouvrir une école de filles.
« A Pei-ki-tchang, les néophytes veulent acheter eux-mêmes un terrain ; les catéchumènes « d’Ou-kia-tse ont déjà acheté l’emplacement qui était nécessaire à la construction d’une « chapelle. Il faudra des écoles dans ces deux postes. »

District de Neung-an. ─ « L’année dernière, M. Faure, occupé à surveiller les travaux de reconstruction de sa résidence de Neung-an, avait manqué de temps pour instruire ses catéchumènes et les préparer suffisamment au baptême. Au commencement de cette année, il a fait la visite des anciennes chrétientés, et a ensuite donné ses soins aux catéchumènes.
« En offrant à Votre Grandeur ma gerbe de 215 baptêmes de païens, écrit-il, j’espère que le « bon Dieu m’aidera à faire encore mieux à l’avenir. Mon espoir est fondé sur le nombre « toujours croissant des païens qui demandent le catéchuménat.
« Pour être complet, je parlerai séparément des anciens et des nouveaux chrétiens. Ce sont « les anciens qui forment la plus grande partie de mon troupeau, et c’est auprès d’eux que j’ai « employé la plus grande partie de mon temps, soit pour la visite annuelle, soit pour « l’administration des malades. Me trouvant chargé de 1.400 chrétiens éparpillés de tous les « côtés, j’ai dû faire bien des courses par des routes souvent impraticables. Peines, fatigue, « travail, rien ne m’a manqué ; mais j’ai été largement dédommagé de tout cela, car les « chrétiens m’ont donné pleine satisfaction par leur obéissance et leur fidélité à observer leurs « devoirs religieux. Partout, les écoles de garçons et de filles ont été bien fréquentées. « Néanmoins, je dois une mention toute particulière à la chrétienté de Kia-kia-touo-tse, car « c’est bien là que les chrétiens sont les plus fervents. On dit parfois qu’autour des vieilles « chrétientés les païens ne se convertissent pas. Eh ! bien, mes gens de Kia-kia-touo-tse ont « voulu montrer que cela n’est pas toujours vrai. Pendant l’hiver, les catéchistes, s’étant « partagé le pays, s’en allaient deux à deux exhorter les païens. Ils en ont gagné un grand « nombre à notre sainte religion, et surtout ils ont déterminé ceux qui, depuis plusieurs années « déjà, se disaient chrétiens, à apprendre le catéchisme et les prières. Leur école a reçu jusqu’à « 80 élèves, grands et petits, et au printemps dernier, j’ai baptisé 95 catéchumènes dans le seul « village de Kia-kia-touo-tse.
« Je ne dirai qu’un mot des nouveaux chrétiens, qui sont un peu les mêmes partout. Sur « mes sept postes, les deux qui m’ont donné le moins de satisfaction sont ceux de Ouan-kin-ta « et Ta-tsing-tsouei. Ailleurs les choses ont assez bien marché. Outre les postes fondés l’an « dernier, j’ai ouvert celui de Ha-la-hai-tcheng-tse, du côté de Pétouné, pour donner la main à « M. Maillard. Les nouveaux chrétiens de cette jeune station ont eux-mêmes construit oratoire « et école. J’ai inauguré également celui de Cheu-heu-cheng , qui une donne déjà beaucoup de « consolation. »

District de Kou-iu-chou. ─ « Le voyageur qui part de Ghirin pour se rendre à Ache-heu, Pin-tcheou, Pa-ien-sou, arrive le troisième jour à la ville de Kou-iu-chou. Notre glorieux martyr, le P. Pierre Tchang, y avait ouvert jadis une salle de prédication. Les conversions étant devenues nombreuses dans la ville et aux environs, le P. Joseph Tien fit chargé d’organiser le poste. Ce bon prêtre indigène a été envoyé, cette année, dans la province de l’Amour, et c’est M. Lacquois qui l’a remplacé à Kou-iu-chou. Le district est divisé en quatre parties.
Kou-iu-chou. ─ « En ville, les chrétiens baptisés ne sont pas très nombreux, dit M. « Lacquois ; par contre, ils sont fervents. Peu de femmes, une dizaine à peine, ont reçu le « baptême jusqu’à ce jour ; mais beaucoup, en ce moment, apprennent le catéchisme avec « ardeur. J’espère en baptiser un certain nombre à Noël. Les catéchumènes sont légion. Mon « école de filles se garnit peu à peu ; mon école de garçons va bien : une vingtaine d’élèves la « fréquentent actuellement. Pendant l’hiver, ils seront certainement beaucoup plus nombreux.
« Dans les villages environnants, une quantité de familles se disent chrétiennes, mais « l’instruction, surtout celle des femmes, est difficile ; car ces braves gens, disséminés parmi « les païens, sont éloignés de 2,3,4 ou 5 lieues de ma résidence.
« Sur la route de Ghirin, à 5 lieues de Kou-iu-chou, se trouve un village qui me donne de « grandes espérances. Cinq ou six familles très nombreuses ont déjà plusieurs de leurs « membres baptisés. L’hiver prochain, je leur enverrai une vieille chrétienne pour instruire les « femmes et un maître d’école pour instruire les hommes. D’autres familles du même village, « déjà fortement ébranlées, se convertiront certainement à cette occasion.
« Dans un grand marché, à 5 lieues au sud-est de Kou-iu-chou, je compte une dizaine de « familles chrétiennes ; 20 adultes ont été baptisés cette année à Kou-iu-chou.
Ou-keu-chou. ─ « A Ou-keu-chou, autre grand marché, situé à 7 lieues à l’ouest de Kou-« iu-chou, le mouvement des conversions est assez prononcé. Dernièrement, j’ai baptisé là 29 « personnes bien préparées parmi lesquelles 13 femmes. Les femmes, à Ou-keu-chou, sont « plus ardentes que les hommes pour étudier le catéchisme, ce qui évidemment est un bon « signe. Le nombre des baptêmes d’adultes a été de 40 pendant le dernier exercice.
« L’école des garçons est prospère, mais celle des filles marche encore mieux : la directrice « est très active et très dévouée. L’église étant trop petite, j’en construirai une plus grande l’an « prochain. Il me faudra aussi remplacer l’école des filles qui n’est pas assez vaste. Je prépare « peu à peu les matériaux.
Ou-tchang-ting. ─ « Les hommes baptisés sont peu nombreux dans la ville ; les femmes, « encore moins. Les catéchumènes eux-mêmes y sont rares. J’ai placé là mon meilleur « catéchiste : nous verrons ce que donnera l’exercice qui va s’ouvrir.
« A 2, 3, 4, 5, 8 et 12 lieues de cette ville, se trouve un bon nombre de familles « catéchumènes, dont quelques membres sont baptisés ; mais, avec de pareilles distances, le « moyen de s’occuper sérieusement de ces pauvres gens ? Comment instruire les femmes « surtout ?
« Au sud-est de Ou-tchang-ting, à 5 lieues, se trouve le grand village de San-heu-touen. Là « aussi, il y a bon espoir. Une quinzaine de familles ont embrassé le christianisme. « Malheureusement, ce bourg est à une vingtaine de lieues de ma résidence de Kou-iu-chou. « La présence d’un prêtre chinois à Ou-tchang-ting serait vraiment bien utile. Hélas ! où le « prendre ? Durant le présent exercice, le poste d’Ou-chang-ting a donné 15 baptêmes.
Ta-ling. ─ « A 5 lieues de Kou-iu-chou, sur la route du nord, on rencontre un grand « village : Ta-ling. Là, plus de 25 familles, généralement très nombreuses, se sont déclarées « chrétiennes et chaque jour le nombre des catéchumènes augmente. Le bourg n’est qu’à 11 « lieues de Souang-tcheng-pou, et 12 de Ache-heu. A tout prix, il faut que je fonde là un « poste, cette année-ci. C’est le point de tout mon district qui promet le plus. Le fer est chaud ; « battons-le, avant qu’il ne se refroidisse. Ce poste me reliera avec les confrères du nord. Que « M. Monestier fonde de son côté un poste à La-lin-tsang, et je n’aurai plus que 5 lieues à « faire pour me rencontrer avec lui à cet endroit, tandis que je suis obligé de faire deux jours « de route pour aller me confesser chez mon plus près voisin, M. Stœffler. »

District de Leao-tien-tse. ─ « M. Monestier constate une amélioration sensible dans l’état actuel de son district. Les anciens chrétiens se montrent plus fidèles à remplir leurs devoirs religieux ; les fumeurs d’opium, qui dépassaient la dizaine, se sont tous corrigés, à la grande joie du missionnaire et de leurs familles. Le nombre des catéchumènes a aussi augmenté considérablement. « N’ayant pu bien organiser mes oratoires et mes écoles, faute de temps et « surtout de ressources, je n’ai baptisé que 80 adultes, dit notre confrère. Le chiffre est faible, « mais j’espère qu’il sera plus fort l’an prochain et atteindra au moins la centaine. »
« M. Monestier n’a pas encore réussi à s’établir dans la ville d’Ache-heu. Il a été plus heureux pour la fondation du poste de Souang-tcheng-pou. Les maisons sont achetées : il reste à acheter le « ti-p’i » ou la propriété du sol, chose assez facile. Comme les catéchumènes étaient nombreux, dans cette localité, notre confrère s’est hâté d’ouvrir des écoles. Là encore, il faudrait un missionnaire.
« A quelques lieues de Souang-tcheng-pou, à moitié route entre cette ville et Harbine, M. Monestier a organisé une nouvelle station. On y compte déjà quelques dizaines de familles converties. Une école de garçons a été ouverte ; les élèves sont déjà une trentaine. « La « création de ce poste, dit M. Monestier, est due à un capitaine de la garde nationale, qui a « démissionné pour s’appliquer exclusivement à la conversion de sa famille et de ses « concitoyens. Il faudrait, voir cet homme à l’œuvre, pour se rendre compte de sa valeur « morale. D’une droiture et d’une franchise peu communes, il est estimé des pauvres comme « des riches, des petits comme des grands, et sa réputation s’étend très loin. Sous sa conduite « et grâce à l’aide que lui prête un ancien chrétien, tout marche admirablement dans la station « nouvellement fondée. »
« L’oratoire de Harbine est de plus en plus fréquenté par les chrétiens qui y affluent de tous côtés, et par un certain nombre de catéchumènes. Une école a été ouverte pour l’instruction de ces derniers. Combien la présence d’un missionnaire serait nécessaire à Harbine, non seulement dans l’intérêt des chrétiens chinois, mais encore des catholiques polonais qui s’y trouvent en si grand nombre !
« En revenant de Harbine à Leao-tien-tse, on passe par Ta-ka-ha, lieu de la sépulture de notre martyr Ouang-t’oung. M. Monestier y construit une école. Espérons que, par l’intercession de ce glorieux athlète de Jésus-Christ, les guérisons spirituelles l’emporteront bientôt sur les guérisons corporelles, si souvent obtenues avec une pincée de la terre de son tombeau.
« A Fei-heu-tou et Ioung-tse, deux emplacements ont été achetés. Malheureusement rien n’est encore construit, faute de ressources.

District de Pin-tcheou. ─ « M. Mutillod m’écrit à la date du 31 juillet :
« L’année dernière, au moment de l’envoi du compte rendu, je venais d’arriver à Pin-« tcheou. Ne connaissant alors ni le poste, ni les chrétiens, il m’était difficile de vous « renseigner sur les affaires du district. Un séjour d’un an parmi mes ouailles me met « aujourd’hui plus à l’aise pour parler à Votre Grandeur du champ qui a été confié à mes « soins.
« Vous le savez, Monseigneur, les quatre premiers mois que j’ai passé ici n’ont pas été « précisément agréables. Du 1er juillet au 12 octobre, je suis resté caserné, par la volonté du « sous-préfet, dans une boutique païenne où l’exercice du saint ministère m’était très difficile. « Les allées et venues des païens me gênaient énormément. Pour ne pas exposer notre sainte « religion à la risée des clients qui venaient faire leurs achats, j’avais dû même interdire aux « femmes d’assister à la messe les jours ordinaires. Baptêmes, mariages, confessions se « faisaient chez des chrétiens. Le dimanche, je me rendais également chez eux pour célébrer « la messe et permettre aux femmes d’y assister. Aujourd’hui les choses sont bien changées et « nos chrétiens peuvent remplir facilement leurs devoirs religieux.
« Un peu délaissés pendant plusieurs années, ils ont besoin qu’on s’occupe d’eux d’une « façon spéciale. Originaires de la Mongolie pour la plupart, ils sont assez peu fervents. Le « désir de faire fortune et de couler des jours heureux les préoccupe bien plus que le salut de « leur âme. Il y a néanmoins, à Pin-tcheou, des familles dont l’influence et les bons exemples « ont décidé plusieurs païens à se convertir et à apprendre le catéchisme. Durant l’année, j’ai « eu 90 élèves à l’école des garçons et 80 à celle des filles.
« Les nouvelles chrétientés de Ma-i-heu et de Nan-tien-men se trouvent à plusieurs jours « de voyage de Pin-tcheou ; je n’ai pu les visiter aussi souvent qui je l’aurais désiré. Les « maîtres d’école aussi m’ont fait défaut, et le mouvement des conversions s’est ralenti.
« Après Ma-i-heu et Nan-tien-men, viennent Kao-li-mao-tse et Kia-pa-tchan, deux bourgs « considérables, le dernier surtout. Une vingtaine de persontes fréquentent l’école de Kao-li-« mao-tse tenue par un vieux chrétien. Je n’attends qu’une occasion, favorable pour ouvrir « une école à Kia-pa-tchan.
« Mon district compte 460 chrétiens baptisés. J’ai eu 36 baptêmes d’enfants de chrétiens, « 100 d’enfants de païens et 35 d’adultes, dont 3 à l’article de la mort. »

II. ─ PROVINCE DE TSITSIKAR

District de Pei-lin-tse. ─ « Dans mon dernier compte rendu, écrit M. Roubin, je disais à « Votre Grandeur que le district de Pei-lin-tse promettait beaucoup. Je ne m’étais pas trompé. « Cet hiver, les écoles ont été littéralement bondées de catéchumènes, venus des postes « secondaires pour apprendre la doctrine, et plus d’une fois j’ai dû en renvoyer, faute de place. « Mais ce n’est pas en quelques semaines qu’on peut faire de ces païens des hommes dignes « de recevoir le baptême. Aussi, n’ai-je pu cueillir que les 96 épis qui composent ma gerbe de « 1904. Les autres seront plus mûrs pour la prochaine moisson. »
« M. Roubin parcourt ensuite les différents postes de son district. Tchao-hou-ouo-peung continue sa marche en avant et fait de nombreuses conquêtes. A Houang-kia-mou-pou, les catéchumènes affluent : il ne reste qu’à les instruire.
« J’ai hâte, dit ensuite M. Roubin, d’arriver sur le beau plateau de Toung-ken. C’est le pays « de l’avenir, le pays où bientôt se livreront de grandes batailles entre les soldats de Dieu, « d’un côté, et les suppôts du démon, de l’autre. J’ai mis toute cette région sous la protection « de saint Joseph, car c’est au mois de mars 1902 que j’y ai fondé le premier poste chrétien. « Mon intention est de grouper là mes catéchumènes, aujourd’hui si dispersés, et de les former « à la vie chrétienne sous l’égide du chef de la sainte Famille.
« Le poste de Toung-ken se trouve à 20 lieues au nord de Pei-lin-tse. Il comprend une « trentaine de familles, dont 26 apprennent la doctrine depuis deux ans. A quelque lieues de « distance de la station, se trouvent beaucoup d’autres familles de catéchumènes. Jusqu’à ce « jour, je n’ai baptisé personne, car j’ai voulu éprouver longtemps les nouveaux convertis « avant de les admettre au sacrement de la régénération. Un vieux catéchiste de soixante-neuf « ans les dirige et les instruit. Bientôt, je l’espère, je pourrai conférer le baptême à un grand « nombre d’entre eux.
« A 13 lieues au nord de ce premier poste, on rencontre la rivière Toung-ken qui coule du « nord-est au sud-ouest et sépare les forêts vierges des terres cultivées. C’est sur les bords de « cette rivière que j’ai acheté d’immenses friches, à un prix très modique, pour venir en aide « aux pauvres catéchumènes ou chrétiens qui n’ont pas de terre à cultiver, et qui ne « demanderont pas mieux que de s’établir sur mon terrain. Ils y trouveront bientôt, avec « l’aisance qu’ils cherchent inutilement ailleurs, toutes les facilités désirables pour s’instruire « et pratiquer leurs devoirs religieux. Déjà 30 à 40 familles, parmi lesquelles plusieurs « d’anciens chrétiens, sont allées s’établir dans ce nouveau pays. Presque tous les jours, je « reçois de nouvelles demandes. Au printemps prochain, il y aura là une centaine de familles. « Vous voyez, Monseigneur, que les choses marchent vite. C’est qu’en effet tous ces pauvres « gens sont heureux de devenir propriétaires, et surtout de se voir réunis ensemble sous « l’autorité d’un missionnaire.
« Daigne le bon Dieu bénir mon entreprise ! Je ne crois pas me tromper en disant que dans « cinq à six ans, nous aurons sur les bords du Toung-ken, à l’extrême-nord de la mission, une « station florissante de plusieurs milliers d’âmes. De ce centre ainsi organisé, le mouvement « des conversions s’étendra facilement sur tout l’immense plateau.
« Mais pour diriger et hâter ce mouvement, déjà si grand à l’heure actuelle, il faudrait un « missionnaire à résidence fixe sur les lieux mêmes. »

District de Iu-tsing-kiai. ─ « Je regrette de n’avoir rien à dire sur ce district, n’ayant pas encore reçu le rapport du titulaire, M. Boutin, qui a été souffrant. Je sais seulement que notre confrère a baptisé plus de 75 adultes, qui figureront au compte rendu de 1905.

District de Hou-lan. ─ M. Bourlès nous raconte comme il suit son travail d’une année : « Le nombre des baptêmes de l’exercice précédent était déjà considérable, pour un district « comme celui de Hou-lan ; cette année il a été dépassé. En effet, j’ai recueilli 162 baptêmes « d’adultes, dont 20 seulement in articulo mortis.
« Les baptêmes d’enfants moribonds sont assez rares dans mon district, qui ne compte que « des nouveaux chrétiens. J’espère qu’ils deviendront plus nombreux, lorsque mes néophytes « seront mieux instruits de la nécessité du baptême pour les enfants païens à l’article de la « mort.
« En revanche, l’œuvre des catéchumènes est très florissante. Depuis le commencement de « l’automne jusqu’à la fin de l’hiver, sept écoles ont donné l’instruction religieuse à plus de « 200 enfants. Bon nombre d’adultes n’ont pas rougi de venir apprendre la doctrine chrétienne « et s’asseoir sur les mêmes bancs que leurs enfants. Dans plusieurs endroits, le nombre des « élèves eût été bien plus considérable, si le local avait été plus vaste.
« A Siao-iu-chou, l’école était trop petite : la même chambre servait d’école et de chapelle. « Grâce à la générosité de quelques néophytes, le poste a été mis sur un très bon pied ; il n’y a « pas mieux dans tout mon district.
« Le beau et grand village de Souang-miao-tse, situé à 10 lieues de Hou-lan, est destiné à « devenir la résidence d’un missionnaire. Comme notre ancien emplacement n’était pas « suffisant, je suis parvenu, non sans difficulté, à acheter le terrain voisin. C’est sur ce terrain « que les chrétiens viennent de construire une maison qui servira provisoirement d’école et « d’oratoire.
« Il y a un mois environ, un autre terrain a été acheté à une demi-journée de Souang-miao-« tse, dans un marché évangélisé jadis par M. Noirjean. J’ai l’intention, dès que j’aurai les « ressources suffisantes, d’y ouvrir une école pour l’instruction des catéchumènes.
« Sur la route de Hou-lan à Pei-lin-tse, à moitié chemin entre les deux villes, le terrain « acheté, l’an dernier, s’est embelli d’une petite chapelle. Comme le poste est tout nouveau, « j’ai tenu à y mettre un vieux chrétien, pour s’occuper de l’instruction des catéchumènes et « de l’éducation des enfants. »

District de Pa-ien-sou. ─ « L’année qui vient de s’écouler écrit M. Delpal, ne présente « aucun fait extraordinaire. L’administration s’est faite d’une manière régulière dans les « différents postes du district, et les chrétiens, sauf de rares exceptions, ont rempli leurs « devoirs religieux.
« J’ai remarqué, au cours de mes visites, que les nouveaux catéchumènes sont aussi « nombreux que par le passé (peut-être même davantage), mais la tendance des familles à ne « mettre en avant qu’un de leurs membres pour étudier la doctrine, m’a paru plus accentuée « que l’an dernier. Aussi, à la fête de Pâques, parmi ceux qui pouvaient être admis au « baptême, en ai-je refusé vingt-cinq qui se trouvaient dans ce cas. J’espère, par ce moyen, « obtenir la conversion de toute la famille.
« La pénurie de maîtres d’école devient de plus en plus grande. Ceux qui seraient capables « d’enseigner sont souvent empêchés par des embarras de famille ; d’autres demandent des « gages trop élevés, eu égard à nos modestes ressources.
« Dans les cinq écoles que j’ai pu ouvrir, ajoute M. Delpal, il y a eu jusqu’à 163 enfants ou « catéchumènes pendant la morte saison. L’une des plus florissantes a été celle de Siao-che-« teou-heu. A l’heure actuelle, elle compte encore plus de 20 élèves. Inaugurée à l’automne « dernier avec un maître d’école païen, très versé dans la science de Confucius, elle ne « promettait pas les résultats qu’elle a donnés. Le maître païen, en faisant réciter le catéchisme « et les prières dont il comprenait le sens, se sentit attiré lui-même à lire les livres de religion. « Au bout de trois mois, il était devenu croyant et se plaisait à comparer certains passages de « la Bible avec la morale de Confucius, réfutant celle-ci par celle-là. Je l’ai baptisé après la « visite, et c’est un des néophytes que j’ai eu le plus de joie à baptiser depuis que je suis en « Mandchourie. Puisse-t-il toujours persévérer dans les sentiments qui l’animaient le jour de « son baptême !
« Cette année en automne, j’espère fonder deux nouveaux postes, l’un à Tien-tseng-kiuen, « l’autre à San-kien-fang.
« Les chrétientés de Tsouan-sin-lin-tse et de Han-tsouen-keou ont déjà envoyé plusieurs de « leurs néophytes aux friches de Toung-ken, pour essayer de ce pays-là. Trois ou quatre « catéchistes s’y sont rendus au printemps dernier. Ils bâtissent, en ce moment, des cabanes et « défrichent quelques arpents de terre. S’il ne survient pas d’accident, leur famille ira les « rejoindre et poser la base de la nouvelle chrétienté de Toung-ken Dieu aidant, ils « contribueront tous ensemble à l’extension du royaume de Dieu dans le nord de la « province. »
« M. Delpal a baptisé 107 adultes. »


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