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Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen occidental
Rédacteur:Mgr Dunand

CHAPITRE III.
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GROUPE DES MISSIONS DE L’OUEST

DE LA CHINE

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I. ─ Su-tchuen occidental

Population catholique 40.000
Baptêmes d’adultes 796
Baptêmes d’enfants de païens 19.557
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« Somme toute, l’année a été assez tranquille, écrit Mgr Dunand, et les chefs de district ont pu administrer leurs stations sans se heurter à de trop graves difficultés. Nous en remercions Dieu et nous le supplions d’avoir pitié de la France, car c’est au protectorat français que nous somme redevables de cette tranquillité dont nous avons joui au Su-tchuen occidental.
« Un grand nombre de païens continuent à manifester de la sympathie envers notre sainte religion dans tout le vicariat. Il y a même des localités où ils se sont fait inscrire en masse comme catéchumènes. Nous établissons des écoles et nous prenons les mesures voulues pour favoriser toutes ces bonnes intentions. Mais, au bout d’un certain temps, le premier élan se ralentit, et pour des motifs plus ou moins avouables, la plupart de nos catéchumènes restent en chemin, ou remettent leur conversion à plus tard. Les missionnaires et les prêtres indigènes s’ingénient de leur mieux pour augmenter le nombre des néophytes et gagner quelques âmes à Dieu.

« Le vice-roi actuel, nommé Sié, ne fait rien, ne dit rien et nous laisse en paix. Il se montre même poli à notre égard : mais personne n’ignore ses antécédents et sa haine contre tout ce qui est chrétien ou simplement étranger. C’était l’ami et le premier ministre du trop fameux vice-roi Yo-hien, qui, en 1900, a tué de sa main les deux évêques du Chan-sy, et fait massacrer sept religieuses franciscaines, sans compter de nombreux chrétiens.
« L’entrée des alliés à Pékin et l’indemnité que la Chine a dû payer en fin de compte, ont été, pour notre vice-roi et pour tous ceux qui nous détestaient, une utile leçon qui porte maintenant ses fruits. On continue de nous haïr, mais du moins, on dissimule ses sentiments en attendant qu’on puisse les manifester de nouveau, lorsque les circonstances permettront de le faire, sans trop se compromettre aux yeux de la France.
« Pour prouver ce que j’avance je citerai certains faits.
« Voilà bientôt un an que nous essayons de nous établir à Tse-tong, et nous n’avons pas encore réussi. Le sous-préfet a eu jusqu’ici l’adresse d’empêcher l’achat de la maison dont nous avons besoin dans cette ville. C’est lui qui nous contrecarre ; malheureusement, il est très difficile de faire la preuve juridique de ses agissements, ce qui ne nous permet point de l’accuser devant ses supérieurs.
« La sous-préfecture de Yen-tin, de mémoire d’homme, n’avait pas donné à la mission un seul chrétien. Or, aujourd’hui, les néophytes y sont légion. Trente marchés, sur quarante, comptent un bon nombre de catéchumènes. Partout, la question à l’ordre du jour est de savoir si l’on doit embrasser le catholicisme, et les avis sont généralement favorables. Nos écoles sont bondées d’élèves avides d’apprendre la doctrine. Les choses allaient trop bien pour que le démon se tînt tranquille. Le sous-préfet a été l’instrument dont il s’est servi pour nous nuire. Ce mandarin, nommé Sen, déteste cordialement les étrangers et ne comprend pas comment des sujets de l’empire du Milieu soient aveugles au point d’embrasser une religion qu’il trouve exécrable. Pour refroidir l’enthousiasme de ses administrés et les ramener à la saine raison il a fait arrêter, sans ombre de motif sérieux, nos néophytes les plus zèlés, leur a extorqué de l’argent, les a roués de coups et, finalement, les a jetés en prison.
« Les païens eux-mêmes, voisins ou amis des victimes, ont protesté contre tant de barbarie. Les prisonniers ont été relâchés, mais l’effet désiré était atteint : les catéchumènes terrorisés se sont enfuis, laissant nos écoles à peu près vides. L’affaire a été soumise au vice-roi, et nous attendons sa réponse. Bien qu’il partage, dans son for intérieur, les opinions du sous-préfet, il sera bien obligé, par politique, de nous faire rendre justice et d’infliger un blâme à son subordonné.
« A Tien-tsuen, ville de second ordre, située à l’extrémité ouest de la mission, nous avions réussi à nous procurer une maison convenable : là, le préfet nous était favorable. Mais les protestants, jaloux de nos succès (nous avons à Tien-tsue environ 2.000 néophytes), ont accusé le mandarin et, à force de calomnies et de cadeaux, l’ont fait mettre à pied.
« Même chose est arrivée à Song-pan, poste important voisin des « barbares », et dans quelques autres localités.
« En vérité, ces protestants sont des brouillons ; parce qu’il n’ont que de rares adeptes, ils travaillent à pervertir ou à décourager ceux qui veulent embrasser la religion catholique. Dans le tableau de la mission, j’ai inscrit 500 hérétiques. De nom, il y en a davantage ; mais, il n’y en a peut-être pas 5 qui soient sérieux et de bonne foi.
« Les marchands de bibles nous nuisent tant par leurs écrits que par leurs prédications. En effet, ils enseignent à peu près ce que nous enseignons nous-mêmes. Laquelle des deux doctrines est la vraie ? Beaucoup de Chinois se posent la question sans pouvoir y répondre. Les mandarins, qui n’ambitionnent que la fortune et les plaisirs, profitent de cet antagonisme entre la religion catholique et la religion réformée pour les rejeter toules les deux du même coup et détourner le peuple de les embrasser.

A ces obstacles qui ne nous permettent pas d’obtenir de plus consolants résultats auprès des Chinois, il faut encore ajouter les journaux, qui se répandent de plus en plus parmi la population, et les touristes qui parcourent sans cesse toutes les provinces de l’empire. « Des revues rédigées en langue chinoise colportent, chaque jour, en les commentant, la série des scandales, vrais ou faux, qui alimentent la presse européenne dans les ports ouverts.
« D’autre part, les touristes, les commerçants, les ingénieurs européens envahissent le pays. Tout ce monde, d’ordinaire, ne pratique aucune religion, mais tient à se montrer probe et honnête aux yeux des Chinois. Il y a là un danger réel ; car le Chinois est observateur et, en voyant ces étrangers si rangés et si estimables, il se persuade facilement qu’il est de bon ton en Europe de ne croire ni à Dieu ni à diable et de ne professer aucun culte.

« La guerre russo-japonaise tient aussi les esprits en suspens et les empêche de s’occuper de religion. Dieu veuille qu’elle ne soit pas, à l’avenir, plus funeste à nos œuvres qu’elle ne l’a été jusqu’ici ! C’est tout ce que nous pouvons désirer de mieux.

« Comme je l’ai déjà dit, nous sommes tranquilles en ce moment, mais nous ne saurions répondre du lendemain. Nous sommes toujours l’ennemi et, à l’occasion, on nous le fait sentir, même à la capitale de la province. Il y a deux mois, un millier de soldats, qui étaient mécontents de leur chef, sont allés, armés de fusils européens, demander justice au vice-roi. Ce dernier réussit à les calmer, et ce fut un bonheur ; car ils avaient juré de piller le palais, de dévaliser les banques et de mettre tout à feu et à sang chez nous.
« A Kouang-gan, le peuple, mécontent du préfet, et pour lui créer un grand embarras, allait se ruer sur l’oratoire et la résidence du missionnaire, lorsque la troupe arriva et rétablit l’ordre.
« Le prestige de l’autorité, qui était jadis si grand, diminue de plus en plus. L’administration centrale de la province est sans nerf ; elle biaise presque toujours. Les gens sans aveu en profitent pour se faire la main et fomenter des troubles au milieu desquels ils ont tout à gagner et rien à perdre.

« Nos chrétiens, grâce à Dieu, se montrent dociles et fervents. Ils observent exactement le dimanche et s’abstiennent de la culture de l’opium, pourtant si alléchante pour plusieurs.
« Les baptêmes d’adultes ont été assez peu nombreux, cette année ; néanmoins, nous avons bon espoir, car la question religieuse semble devoir bientôt primer, toutes les autres. On parle du christianisme dans tous les prétoires, et il pénètre dans les villages les plus retirés. Les âmes de bonne volonté n’ont qu’à ouvrir les yeux : le salut est à leur porte. Les lettrés qui connaissent bien nos dogmes, pourront encore haïr le catholicisme, mais ils n’oseront plus le mépriser comme autrefois.
« Les missionnaires se donnent aujourd’hui beaucoup de mal pour répandre la divine semence : leurs successeurs, Dieu aidant, moissonneront dans l’allégresse. La conversion d’un Chinois est presque un miracle. En effet, le Chinois n’est pas religieux, ou, pour mieux dire, il l’est à sa manière. En Europe, un homme qui veut devenir religieux, pense, réfléchit, travaille et prie. En Chine, celui qui aspire à devenir religieux, doit s’exercer à ne penser à rien.
« Nous avons à Tchen-tou, en dehors de la ville, une immense pagode, qui date de plus de mille ans et peut loger cinq cents bonzes. On y voit une grande salle, où ceux qui aspirent à la perfection s’exercent réellement à ne plus penser, et cet exercice s’appelle : « tso-chan ».
« Un jour que je visitais ladite pagode, il me fut donné de voir une quinzaine de ces bonzes, assis sur leurs talons, immobiles, ne se préoccupant pas même de ce qui se passait autour d’eux. Le chef de la bonzerie, mon introducteur, m’expliqua les avantages de ce genre de méditation. « La perfection, me dit-il, consiste dans la paix et le calme de toutes les « facultés de l’homme : et celui qui arrive à ne plus penser à rien, est censé avoir obtenu cette « paix. » Ne plus penser à rien, tel est l’idéal. Après cela, comment voulez-vous que le Chinois pense à son salut ?
« Et cependant, pour le convertir il faut lui parler de Dieu, du ciel, de l’éternité, etc. La grâce fait pénétrer peu à peu ces notions dans son esprit, et il finit par croire les vérités révélées. Mais que la tâche est pénible et longue !

« Nos deux séminaires marchent aussi bien que possible. La veille de la Trinité, j’ai ordonné trois nouveaux prêtres. Vu l’étendue de certains de nos districts et le nombre de nos chrétiens, le personnel que j’ai sous la main suffit à peine pour faire face aux besoins urgents du vicariat.
« Notre dispensaire, grâce au dévouement des religieuses Franciscaines qui en ont la direction, est très fréquenté. Depuis un an, 25.000 malades y ont été soignés. »


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