| Année: |
1904 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen oriental |
| Rédacteur: | Mgr Chouvellon |
II. ─ Su-tchuen oriental
Population catholique 34.123
Baptêmes d’adultes 1.876
Baptêmes d’enfants de païens 11.244
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« Je constate avec plaisir, écrit Mgr Chouvellon, que nous sommes en progrès. La fréquentation des sacrements a été plus suivie, et le nombre des adultes, dûment préparés au baptême, est monté de 700 à plus de 900. C’est le plus beau chiffre que nous ayons atteint, depuis bien longtemps. Le mouvement des conversions se généralise, et si, jusqu’à ce jour, certains districts se montrent réfractaires à l’action de la grâce, les missionnaires qui les dirigent font leur possible pour préparer le terrain. Tôt ou tard, leurs travaux seront récompensés : ils sèment dans les larmes pour moissonner un jour dans l’allégresse.
« Les heureux résultats de l’année, nous les devons à la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, que missionnaires et prêtres indigènes ont su répandre parmi les fidèles. La fête du Sacré-Cœur est célébrée, dans les districts et dans nos établissements, avec le plus de solennité possible : c’est la fête patronale du vicariat et notre jour d’adoration en union avec Montmartre. Plusieurs paroisses ont été entièrement renouvelées par l’établissement de l’Apostolat de la prière et de la Communion réparatrice. Le premier vendredi du mois, les chrétiens récitent les litanies du Sacré-Cœur et assistent à la bénédiction du Saint-Sacrement, là où l’on possède la sainte Réserve. Le Sacré-Cœur a répondu à nos humbles hommages par un surcroît de faveurs spirituelles, comme pour confirmer la promesse faite à la bienheureuse Marguerite-Marie : « Je donnerai aux prêtres dévoués à mon Sacré-Cœur le talent de toucher « les âmes les plus endurcies. »
« Malgré les bruits de guerre, nous avons joui, toute l’année, d’une tranquillité vraiment extraordinaire. La visite des districts a pu se faire régulièrement ; et je tiens à ce qu’elle soit faite, deux fois l’an, dans toutes les stations de quelque importance. C’est l’unique moyen, à mon avis, de diminuer le nombre des retardataires et de procurer la paix de la conscience aux âmes qui ont besoin de voir le prêtre plus d’une fois l’an.
« Les protestants ont bien essayé, çà et là, de nous susciter quelques querelles ─ tant il est vrai que ces pauvres frères égarés ne savent pêcher qu’en eau trouble, ─ mais presque partout la prudence du missionnaire et la patience des néophytes ont déjoué les ruses de l’ennemi. Les mandarins se plaignent souvent eux-mêmes des exigences et de l’insolence des ministres de l’hérésie ; mais quand ils doivent trancher un litige entre catholiques et protestants, ils biaisent toujours. Ne faut-il pas ménager ces Messieurs, qui font sonner si haut la puissance de l’Angleterre, patronne-née du protestantisme en Chine, comme la France l’était, naguère encore, du catholicisme ? D’ailleurs, ce n’est un mystère pour personne que les Chinois, n’ayant pas réussi à expulser les missionnaires catholiques de leur pays, sont enchantés de voir l’erreur aux prises avec la vérité et de trouver une occasion d’attiser la discorde.
« Avant de parler de chacun de nos districts, je tiens à dire un mot de nos établissements communs :
Séminaires. ─ « La formation d’un clergé indigène fervent, instruit et nombreux, étant notre but principal, je suis heureux de dire que nos séminaires sont réellement en progrès. Est-ce un signe de la conversion prochaine de la Chine ? Dieu le veuille !
« M. Casimir Cacauld, qui dirige notre probatorium de Pe-ko-chou, avec le dévouement d’une mère pour ses enfants, est satisfait de l’entrain et du bon esprit de son petit monde. Les élèves sont un peu plus de cinquante. Quand nous aurons éliminé les sujets moins bien doués, il nous restera encore un bon nombre d’élèves pour notre petit séminaire, où ils sont admis en sixième.
« Le petit séminaire de Tien-tche compte actuellement 51 élèves, divisés en six cours, à partir de la sixième jusqu’à la rhétorique inclusivement. Nous suivons à peu près la méthode en usage dans les petits séminaires de France. M. Claval, secondé par le P. Thomas et trois clercs indigènes, est toujours à la tête de l’établissement. Il n’a qu’à se louer de la piété et de l’application de cette jeunesse studieuse qu’il dirige avec douceur et fermeté.
« Le grand séminaire, établi à Cha-pin-pa, à 3 lieues de Tchong-kin, n’a pas pour le moment autant d’élèves que le petit séminaire ; mais il ne sera complètement organisé que dans deux ou trois ans. M. Dangy, aidé de M. Fleury, initie nos jeunes lévites aux vertus et aux connaissances qui font les prêtres zélés et instruits.
Hôpital. ─ « Notre hôpital continue à soutenir le bon renom de la charité catholique, qui s’étend à toutes les misères humaines. Plus de 8.000 malades ont reçu des soins ou des remèdes au dispensaire de nos Sœurs hospitalières, qui sont très estimées de toute la population chinoise. Durant quelques mois, nous avons dû refuser tout malade dont l’état exigeait les soins du médecin. En effet, le docteur mis à notre disposition par le gouvernement français, venait de nous quitter et n’avait pas été remplacé. Dieu aidant, nous aurons bientôt un médecin à nous, s’occupant uniquement de nos malades. Espérons qu’il saura faire progresser une œuvre pour laquelle la mission s’est imposé de fortes dépenses.
Collège. ─ « L’école des Petits Frères de Marie se maintient avec 30 à 40 élèves. A l’étude du français, nous avons ajouté un cours d’anglais, parce que l’anglais tend à devenir sous peu la langue du commerce et des transactions internationales. Sept élèves de nos Frères, appelés comme interprètes dans la province du Yun-nan, y ont trouvé sans peine des places très lucratives, au service de la Compagnie des chemins de fer franco-chinois. C’est là un bon stimulant pour nos jeunes étudiants, qui préfèrent de beaucoup un emploi honorable et bien rétribué à toutes les spéculations des sciences européennes.
Imprimerie. ─ « M. Gourdon se dévoue tout entier à cette œuvre qui rend de précieux services à toutes nos missions de l’ouest de la Chine. Notre cher directeur de l’imprimerie avait besoin d’un collaborateur : je lui ai donné M. Louis, qui est jeune, actif et doué d’aptitudes spéciales. M. Dangy a su intéresser à l’œuvre quelques amis dévoués qui ont doté notre établissement d’une machine perfectionnée. Elle fait l’admiration des Chinois et, ce qui vaut mieux, elle fournit du bon et beau travail. Dans le but de développer nos moyens d’action, nous avons l’intention de créer un modeste journal chinois ; mais il faut songer d’abord à bâtir, car notre imprimerie n’est pas assez grande pour nous permettre d’exécuter ce projet dès maintenant.
Districts. ─ La mission du Su-tchuen oriental, au point de vue civil et administratif, comprend 3 préfectures de premier ordre (fou), 2 préfectures de second ordre (tche-ly-tcheou) et 34 sous-préfectures ou districts (hien).
Préfecture de Tchong-kin. ─ La grande ville de Tchong-kin, avec son tao-tai (intendant) et son tchen-tai (général de division), est comme la tête du Su-tchuen oriental. Le port de cette ville, ouvert aux étrangers depuis 1875, est le centre de toutes les administrations : douane impériale, octrois, consulats de France, d’Angleterre et du Japon, station navale pour les canonnières anglaises et françaises, etc. Sous le rapport religieux, le seul qui nous occupe, Tchong-kin, par le nombre de ses chrétiens et de ses œuvres, est le premier district de la mission. M. Pons, curé de la cathédrale, le dirige depuis deux ans avec beaucoup de zèle et de succès. Une infirmité passagère tient pour le moment ce cher confrère éloigné de sa paroisse.
« Yun-tchouan, Ta-tsiou et Yun-tchang sont trois sous-préfectures dépendantes de Tchong-kin. Elles ont donné, ces années-ci, le plus beau chiffre d’adorateurs et de catéchumènes.
« M. Landes, placé depuis deux ans à la tête du grand district de Fou-tcheou, a fortement établi parmi ses chrétiens l’Apostolat de la prière et la Communion réparatrice hebdomadaire. Dieu a visiblement béni son zèle. Les conversions étaient très rares à Fou-tchéou avant son arrivée ; or, cette année, il enregistre 24 baptêmes d’adultes et 296 adorateurs. « Le nombre « des adorateurs, m’écrit ce cher confrère, pourrait être plus considérable ; dans certains « endroits, on me demande des catéchistes, mais je n’ai personne sous la main. » C’est la plainte générale : Messis multa, operarii pauci.
« M. Buffet, dont la santé laisse toujours à désirer, a été heureux de céder la moitié de son district de Tchang-cheou à un vieux prêtre indigène. Dans son compte rendu, notre confrère constate la bonne volonté des nouveaux, chrétiens, mais, là comme ailleurs, il y a disette de maîtres d’école ou de catéchistes. M. Buffet signale la mort édifiante d’un vieux retardataire, qui ne s’était pas confessé depuis plus de trente ans, et la sublime résignation d’un néophyte, emporté par la rage. Les voies de Dieu sont toujours admirables et toujours paternelles.
« M. Tournier parle des moyens qu’il emploie pour sanctifier les vieux chrétiens de Py-chan. « Le dimanche, le plus de cérémonies possible ; autel et oratoire bien ornés ; après la « messe, pendant laquelle je ne manque jamais de prêcher, exercice du chemin de croix, « présidé par le curé. En outre, j’ai établi l’Apostolat de la prière. Chaque famille a trois ou « quatre membres inscrits, qui doivent communier deux fois par mois. Je tiens surtout à « enrôler les mères de famille ; la mère une fois gagnée, toute la famille devient bientôt « fervente. Enfin, ajoute notre pieux confrère, l’œuvre qui me tient particulièrement au cœur, « c’est la conversion des païens. Quand je considère tous ces idolâtres qui dorment dans les « ténèbres et qui ne verront jamais Dieu, j’en éprouve un véritable malaise. »
« M. Cazaban, chargé de l’administration de Ho-tcheou, dit qu’il a été fort surpris et péniblement affecté du peu de persévérance des nouveaux adorateurs de cette ville, mais la campagne lui donne bon espoir. « L’an dernier, ajoute-t-il, je m’étais rendu dans une petite « station, où aucun missionnaire n’avait mis les pieds. Il y avait là deux ou trois familles « d’adorateurs. Mon arrivée fut un événement et beaucoup de païens vinrent me voir. Durant « mon séjour, bon nombre de ces derniers demandèrent à se convertir. Au moment de mon « départ, j’en comptais plus d’une centaine. A vrai dire, j’avais peu de confiance dans ces « nouvelles recrues : eh ! bien, cette année, j’ai constaté par moi-même qu’elles ont persévéré. « Tout ce monde sait déjà les prières et les enfants fréquentent l’école. Je reprends donc « confiance et attends beaucoup de ma nouvelle station. » M. Cazaban a baptisé 12 adultes et « inscrit 192 adorateurs.
« Ne quittons pas la préfecture du Tchong-kin sans saluer, en passant, le beau district du Kiang-tsin, le pays des orangers. Dieu s’est choisi là beaucoup d’âmes de bonne volonté, et le prêtre indigène Ignace Hia, titulaire du poste, est tout fier de m’offrir pour le dernier exercice 120 baptêmes d’adultes et 260 adorateurs.
Préfecture de Su-tin, avec sept sous-préfectures. ─ « M. Decomps est, comme qui dirait, « curé-archiprêtre » de Su-tin. Il a eu, cette année, plus de travail que d’habitude, car il a été privé de vicaire pendant plusieurs mois. Je viens de lui donner un collaborateur qui sera tout heureux de faire ses premières armes sous la paternelle direction de l’aimable doyen. M. Decomps raconte ses travaux, ses fatigues et ses soucis, hélas ! car la récolte du riz, très médiocre dans tout le vicariat, a été spécialement mauvaise au pays de Su-tin.
« M. Magnac réside à Kiu-hien, depuis trente-sept ans ; mais là où un missionnaire suffisait autrefois, il en faut six aujourd’hui : les chrétiens sont devenus très nombreux. M. Magnac, qui a soixante-trois ans, visite personnellement le petit district de Ten-tse-ho. Il connaît ses brebis, et ses brebis le connaissent, surtout en temps de disette. Dans un rapport très intéressant, notre confrère raconte ainsi la punition d’un chrétien, planteur d’opium invétéré et incorrigible : « Peu après la récolte de l’opium, ce chrétien négligent vit sa bru « molestée par le lutin (siaô chên-tsè). Celui-ci, un beau soir, commence à renverser et à briser « tout ce qui était dans la maison : vases, écuelles, marmites, etc., etc. ; il s’amuse à jeter des « pierres et des mottes de terre pour effrayer et disperser tous les membres de la famille. « Devant une pareille tempête, on se décide à conduire la femme ailleurs, mais la malheureuse « se voit accompagnée en chemin par un véritable essaim de papillons nocturnes qui tournent « autour d’elle. Elle n’en est débarrassée que lorsqu’on l’introduit chez des chrétiens, où elle « demeure quelque temps... La mère de cette femme avait, jadis, bénéficié des largesses du « lutin, dit-on : elle trouvait beaucoup plus d’œufs que ses poules n’en pouvaient pondre, et « un vase d’huile qu’elle avait chez elle se remplissait à mesure qu’on le vidait. Cela prouve « qu’il ne faut jamais compter sur la bienfaisance du malin esprit. »
« Le voisin de M. Magnac est M. Théodore Cacauld, dont le ministère est vraiment fructueux dans le district de Tchen-kia-ouan. Le missionnaire a recueilli la belle gerbe de 93 baptêmes d’adultes, dont 17 in articulo mortis, et inscrit plus de 1.000 adorateurs. « Encore, « écrit notre confrère, ai-je dû en renvoyer un bon nombre, parce que je n’étais pas « suffisamment renseigné sur leur conduite et que, d’ailleurs, je n’avais personne pour les « instruire... Mais il y a le revers de la médaille : l’année prochaine s’annonce sous de bien « tristes augures. La sécheresse est terrible ; tout est brûlé, jusqu’aux bambous qui sèchent sur « pied. Les céréales ont triplé, quadruplé de prix, et les rumeurs vont leur train. Personne ne « parle de la guerre russo-japonaise, mais on dit : à tel endroit, on a battu les chrétiens ; à tel « autre endroit, Bouddha les a frappés ou a dit de les frapper pour obtenir la pluie... Ce ne « sont, il est vrai, que des paroles en l’air ; cependant elles excitent contre nous les païens qui « y croient. Sans doute, la divine Providence veille sur nous, et il ne nous arrivera rien sans sa « permission ; mais, en tout cas, nous aurons la famine, qui est inévitable et qui commence « déjà. »
« A 3 lieues de Tchen-kia-ouan, on trouve Ounag-kia-ouan, district de M. Marrot. Ce cher confrère, titulaire du poste depuis fort peu de temps, s’excuse, avec raison, de ne pouvoir nous renseigner sur un district qu’il n’a pas encore parcouru.
« A Ly-tou-pa, belle station de 500 confessions annuelles, M. Perrier a des écoles prospères de garçons et de filles. Il a ouvert, en outre, une école de catéchistes. Le district de Ly-tou-pa compte 730 adorateurs nouvellement inscrits. M. Perrier pouvait espérer un assez bon nombre de baptêmes d’adultes, mais diverses circonstances ne lui ont permis d’en baptiser que 14. Les bruits de persécution ont, à un moment donné, effrayé les néophytes. « Heureusement, écrit « notre confrère, la pluie est venue ; sans cela nous aurions eu des affaires, je crois. On nous « accusait d’être cause de la sécheresse. »
« M. Palafre, nouvellement installé à Tong-kiang, a enregistré 32 baptêmes d’adultes et 105 nouveaux adorateurs. Je dois féliciter notre jeune confrère de ses progrès dans l’étude de la langue chinoise, écrite et parlée ; j’y vois le gage infaillible d’un ministère honoré et fructueux. Le travail et la constance font les bons missionnaires ; car la grâce divine est toujours avec eux : « Aide-toi, le ciel t’aidera. »
Préfecture de Kouy-fou avec six sous-préfectures. ─ « La ville de Kouy-fou, résidence de M. Ménier, est située à l’entrée du Su-tchuen et très fréquentée par les étrangers qu’amène le fleuve Bleu. Tout le monde s’accorde à louer l’aimable hospitalité et la franche cordialité de notre cher confrère. Chez lui aussi, il y a des élus de Dieu. Le tableau d’administration accuse 10 baptêmes d’adultes et 20 adorateurs ; c’est le pusillus grex, mais il se développera.
« Dans la sous-préfecture de Ou-chan, M. Chaudier, toujours malade et souffrant, prend grand soin de ses vieux chrétiens. L’Apostolat de la prière et la Communion réparatrice y sont en grand honneur. C’est une consolation pour le pieux missionnaire. Que le Sacré-Cœur garde, protège et guérisse notre cher malade !
« Entre Kouy-fou et Ou-chan, à égale distance de ces deux villes, mais assez loin du fleuve, on rencontre la belle station de Miao-iu-tsao. Il y a huit ans, à son arrivée dans ce poste, M. Derouin n’y trouva qu’une dizaine de chrétiens plus ou moins fervents. Or, ce zélé confrère m’annonce pour le dernier exercice 370 confessions annuelles et 2.170 confessions de dévotion ; 306 communions pascales et 3.667 communions de dévotion ; 159 baptêmes d’adultes et 281 nouveaux adorateurs. Ces chiffres ont leur éloquence, mais ils n’ont pas été obtenus sans peine, sans combat. L’enfer a tout employé pour arrêter un si beau mouvement de conversions ; de son côté, le Sacré-Cœur voulait régner là malgré Satan et ses suppôts. « La lutte continue, écrit M. Derouin, avec les Y-tse-kiao (nouvelle secte d’illuminés) et les « adeptes protestants, soutenus et encouragés par notre mandarin, ex-boxeur de Pékin. Les Y-« tse-kiao, en moins d’un mois, ont fait ici deux « ho-pou-sa » (Bouddha vivant). Après cela, « l’idée leur est venue d’aller exercer leur art à Kouy-fou. Quelque temps après leur arrivée, « dans la nuit du 16 au 17 de la troisième lune, nuit d’orage, une vieille montait au ciel au « milieu des éclairs et des tonnerres. Le lendemain matin, toute la ville était en mouvement « pour honorer la nouvelle déesse. Le mandarin de Kouy-fou, qui n’est pas un sot, voulut se « rendre compte de l’affaire. Il appelle ses satellites et leur enjoint d’arrêter les fauteurs de « désordre. Mai comment reconnaître les vrais meneurs au milieu de la foule ? Les satellites « usent d’un stratagème : ils achètent des bâtonnets d’encens et de petits présents, et vont faire « leurs dévotions comme les autres. Naturellement, les «faiseurs de Bouddha » se présentent « pour recevoir les présents. Les satellites les enchaînent tous les trois et les conduisent au « prétoire. Le lendemain, le mandarin examine le corps du soi-disant Bouddha vivant et « constate que la vieille a été tout simplement étranglée. Les inculpés sont obligés d’avouer « leur crime ; ils avouent également les deux assassinats commis à Miao-iu-tsao. »
« Je remercie la bonne Providence d’avoir empêché M. Derouin de périr avec Mgr Théotime et ses deux missionnaires, morts assassinés. Notre confrère se rendait au-devant de Sa Grandeur ; en route, il subit un jour de retard, ce qui le sauva.
« M. Lombard administre Ouan-hien, où le bien s’opère modestement, en attendant mieux. Le missionnaire me signale 16 baptêmes d’adultes et 86 nouveaux adorateurs inscrits.
« Le P. Paul Tchen, titulaire de Kay-hien, a baptisé 77 adultes. Lui aussi a des luttes à soutenir contre les protestants et les sociétés secrètes.
Préfecture de Tchong-tcheou, avec trois sous-préfectures. ─ « M. Got ne se lasse pas de travailler à l’amélioratiom de son district, âpre et montagneux, où les chrétiens son trop disséminés. Grâce à ses efforts persévérants, 30 adultes ont été régénérés cette année, et 212 adorateurs inscrits. Le notables de Tchong-tcheou ont prié notre confrère de chercher un professeur qui enseigne le français à leurs enfants. Si le projet réussit, les païens supporteront tous les frais de l’école, et M. Got en sera le directeur effectif, au grand avantage de notre sainte religion.
Préfecture de Yeou-iang-tcheou, avec trois sous-préfectures. ─ « Je viens de faire une tournée pastorale dans cette préfecture, qui confine au Hou-nan et au Hou-pe. Le pays est montagneux. J’ai vénéré avec émotion les restes glorieux de nos martyrs : M. Mabileau, massacré en 1866 et dont le corps est déposé dans une pagode de la ville de Yeou-iang ; M. Rigaud, massacré en 1869 dans l’oratoire de la même ville et dont les restes sont conservés près de cet oratoire : M. Hue et son compagnon, le P. Mathias Tay, lapidés en 1873, et dont les corps reposent dans un coin du Champ de Mars de Kien-kiang, lieu de leur triomphe. Nous sommes actuellement en instance auprès des autorités chinoises pour donner à ces témoins de Jésus-Christ une sépulture convenable.
« M. Leroy qui évangélise le pays de Yeou-iang, voit ses efforts couronnés de succès. « Mes 19 écoles, avec 221 élèves, écrit-il, font ma consolation et me donnent bon espoir pour « l’avenir ; mais faute de personnel suffisant, il reste encore beaucoup à faire chez les « nouveaux et les anciens chrétiens. Je possède enfin des maîtresses intelligentes et sérieuses, « qui m’aideront à former d’autres institutrices pour mon district. » M. Leroy ne compte cette année que 22 baptêmes d’adultes ; toutefois, lors de ma visite, il y a eu un bon nombre de baptêmes qui figureront dans le prochain compte rendu.
« M. Bétin, arrivé récemment à Pen-choui, s’excuse de ne pouvoir envoyer cette année une relation exacte ; mais il est débordé par les nouveaux adorateurs, qui sont plus de 3.000, bien qu’il n’en marque que 1.000. Pour décharger notre confrère, je viens de lui envoyer un auxiliaire, jeune et actif, qui ne demande qu’à travailler pour Dieu et les âmes.
« Pen-choui a été longtemps visité par M. Moye, dont la cause est introduite à Rome et qui a laissé chez nous un souvenir ineffaçable ; c’est aussi la patrie du bienheureux Joseph Uen et du généreux confesseur de la foi, Benoît Sen, mort en prison, après avoir suivi le Vénérable Moye dans toutes ses courses apostoliques. Ces puissants intercesseurs, j’en ai la confiance, prieront du haut du ciel pour la conversion de leurs malheureux compatriotes encore infidèles. »
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