| Année: |
1905 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-si |
| Rédacteur: | Mgr Lavest |
IV. ─ Kouang-si
Population catholique 3.201
Baptêmes d’adultes 611
Conversions d’hérétiques 9
Baptêmes d’enfants de païens 274
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1.083 baptêmes, dont : 451 d’adultes bien instruits, 198 d’enfants de chrétiens, 160 d’adultes in articulo mortis et 274 d’enfants de païens, 4.695 confessions et 10.427 communions, 3.201 chrétiens et 6.458 catéchumènes, tels sont les chiffres que nous relevons dans le compte rendu de Mgr Lavest, préfet apostolique du Kouang-si.
Quoique la tranquillité soit à peu près rétablie dans la mission du Kouang-si, on y rencontre encore beaucoup de pirates et de voleurs. Les bandes organisées, au moins, ont disparu, et les missionnaires peuvent faire la visite de leurs districts sans grand danger : ce qui est un réel avantage sur les années précédentes. D’ailleurs l’ouverture du Kouang-si au commerce étranger ne peut que contribuer au rétablissement définitif de l’ordre, à bref délai. D’année en année, le service des « steamers » sur le Si-kiang, qui traverse toute la province, devient plus régulier. L’an dernier, la canonnière Vigilante a promené le drapeau français jusqu’à Long-tcheou et Pe-se. Ces deux villes sont le point terminus de la navigation sur le Tso-kiang et le Tou-kiang, branches du fleuve de l’Ouest.
La voie ferrée de Kouang-tcheou-ouan à Ta-lin ne tardera pas à être ouverte, et l’installation d’un vice-consul français à Nan-ning est imminente ; car la principale cause du retard dans l’exécution de ce double projet, la guerre russo-japonaise, n’existe plus désormais.
A Nan-ning, on travaille à la formation d’une compagnie de navigation sur le Si-kiang. Mgr Lavest désire beaucoup la réussite de cette entreprise, qui faciliterait singulièrement les voyages aux missionnaires.
Mgr de Sophène constate le changement qui tend à s’opérer dans les dispositions des Chinois à l’égard des Européens, surtout à l’égard des missionnaires, depuis la guerre russo-japonaise. Les victoires des Japonais ont secoué l’apathie des sujets du Fils du Ciel, qui semblent vouloir s’organiser à leur tour pour tenir tête à l’Europe en cas de conflit, et se débarrasser des servitudes que les étrangers leur ont imposées. Il y a là un danger réel pour les missions, qui déjà se voient menacées de perdre certains privilèges que les traités leur garantissent. En effet, au Kouang-si comme au Kouang-tong, les mandarins profitent de tous les prétextes pour justifier leur refus d’enregistrer les achats de terrain faits au nom de la mission. Ils ne veulent pas non plus admettre l’intervention des missionnaires dans les affaires des chrétiens, à moins qu’il ne s’agisse d’affaires religieuses ; or, en bons Chinois qu’ils sont, ces messieurs trouvent moyen de prouver que tel ou tel procès n’a aucun rapport avec la religion, alors même qu’il est évident pour tout le monde que ce procès est intenté à des néophytes à cause de leur conversion au catholicisme. Si, dans des cas semblables, il n’était pas permis au missionnaire de se faire l’avocat de ses chrétiens, il en résulterait de très graves inconvénients ; car les païens, abandonnés à eux-mêmes, n’oseraient plus se convertir, de peur de s’attirer la malveillance des autorités.
En 1895, Mgr Chouzy et ses missionnaires s’étaient engagés par vœu à élever une église en l’honneur du Sacré-Cœur au Kouang-si. En 1902, le gouverneur de la province avait fait don à Mgr Lavest d’un terrain attenant à la résidence épiscopale de Nan-ning, et très bien approprié à la construction du monument votif. Le temps paraissait venu de mettre la main à l’œuvre, et nous apprenons que les travaux de bâtisse ont déjà commencé. Les ressources dont dispose Mgr de Sophène ne suffisent pas, il est vrai, pour mener l’œuvre à bonne fin ; mais Sa Grandeur compte sur la Providence, qui lui fournira en temps voulu les sommes nécessaires à l’achèvement de l’édifice.
Le séminaire de la mission dirigé par M. Labully, avec le concours de M. Barrès et du P. Hoang, compte actuellement 14 élèves. Tous sont studieux et ne laissent rien à désirer au point de vue du bon esprit. Le Préfet apostolique regrette que le manque de ressources ne lui permette pas de fonder une école préparatoire, où seraient reçus à l’essai les enfants qui semblent avoir des aptitudes pour l’état ecclésiastique. On n’enverrait alors au séminaire que les sujets susceptibles de devenir un jour de bons prêtres ; ce qui diminuerait les dépenses de l’établissement.
L’œuvre des religieuses indigènes est en progrès sous la direction des Sœurs de saint-Paul de Chartres ; les vocations deviennent de plus en plus nombreuses.
Les Sœurs ont deux établissements : l’un, à Long-tcheou, où elles se sont installées en 1902 : et l’autre, de fondation récente, à Nan-ning. Dans la première ville, elles dirigent un couvent, un dispensaire et une école de français. A Nan-ning les œuvres se développent d’une manière inespérée. En moins de quatre mois, 2.500 malades ont été soignés dans leur dispensaire. A la crèche, le local fait défaut, et les bonnes religieuses sont désolées de ne pouvoir accepter tous les enfants qu’on leur apporte.
Les Frères Maristes, de leur côté, ont deux écoles de français, l’une, à Nan-ning avec 60 élèves, et l’autre, à Koui-lin ; mais ces établissements souffrent de la concurrence d’écoles de langues et de sciences européennes, très bien installées et dirigées par des maîtres japonais, ou par des maîtres chinois formés au Japon. Dans ces écoles du gouvernement, les élèves sont instruits et nourris sans débourser une sapèque ; on y attire les fils des mandarins et des familles influentes, en leur promettant des honneurs et des places lucratives. Il est évident que les Frères Maristes ne peuvent offrir les mêmes avantages à leurs élèves ; mais ne pourraient- ils pas lutter contre la concurrence en fondant, à Ou-tcheou, par exemple, une grande école, où ils enseigneraient plusieurs langues, comme dans les écoles du gouvernement ? La question est à l’étude.
Comme nous avons parcouru plusieurs fois la mission du Kouang-si avec Mgr Lavest, nous nous bornons à enregistrer, cette année, les résultats obtenus dans chacun des districts, et à signaler les faits qui sont de nature à intéresser plus vivement les lecteurs de notre compte rendu.
GROUPE DU NORD-EST
M. Renault, pro-préfet apostolique, qui réside à Koui-lin, chef-lieu de la province, accuse 12 baptêmes, dont 5 d’adultes moribonds. Parmi ses catéchumènes, il compte un assez bon nombre d’anciens protestants. Trois de ces derniers furent baptisés par immersion dans le fleuve, il y a deux ans, en présence d’une foule de gens accourus pour jouir du spectacle. Le ministre américain plongea le néophyte dans l’eau en chantant un cantique avec eux, pendant que sa femme, qui se trouvait à côté de lui, jouait de l’harmonium.
C’est M. Pélamourgues qui a remplacé M. Dalle à Iun-fou. Il a obtenu 12 baptêmes dans ce poste dont la création remonte à 1902. Les « iao-jen » des montagnes paraissent très bien disposés, et notre confrère doit en baptiser plusieurs prochainement.
M. Dalle se plaint que l’année ait été mauvaise pour lui à Lo-iong. Il a eu beaucoup à souffrir de la part des pirates pendant huit mois, et les soldats ne lui ont pas ménagé les tracasseries pendant les quatre autres mois. Malgré cela, il a baptisé 73 catéchumènes et 33 enfants de païens, et il espère que sa gerbe, déjà si belle, sera moitié plus grosse l’an prochain.
Le contingent fourni par M. Ducœur, chargé du district de Siou-jen, est de 135 baptêmes, dont 100 de catéchumènes bien préparés. Si Dieu continue de bénir les travaux de notre confrère, son district sera bientôt le plus florissant de toute la mission.
M. Rué n’a pas été moins heureux à Siang-tcheou, où il a régénéré 148 personnes, malgré l’hostilité des païens à l’égard des chrétiens, qu’ils poursuivent sans cesse de leurs calomnies. Le mandarin local nommé Sen, ennemi juré de la religion catholique, vient de mourir, et à l’occasion de son décès, M. Rué fait cette simple réflexion : « S’il était mort plus tôt, il m’eût épargné bien des peines. »
Mgr Lavest observe que les élèves du séminaire et les novices des Sœurs se recrutent dans les cinq districts dont nous venons de parler, et qui constituent le groupe du nord-est.
GROUPE DU SUD
M. Héraud à Koui-pin, et le P. Ou, son vicaire, à Lou-mei, ont enregistré 49 baptêmes d’adultes. M. Croc en compte 104 à Pin-nan, où il pourrait en obtenir facilement 400 à 500 par an, assure-t-il, s’il avait des catéchistes pour le seconder : M. Albouy, 3, à Ou-tcheou. Ce dernier confrère vient d’être appelé à Nan-ning en qualité de chef de district et de procureur de la mission. C’est M. Teissier qui a pris sa place à Ou-tcheou.
M. Auguin, qui avait rencontré de grandes difficultés en 1904 à Io-lin, a été très éprouvé, cette année, par la maladie. Grâce à Dieu, il est complètement rétabli maintenant et travaille avec l’ardeur la plus louable à l’instruction de ses catéchumènes.
M. Humbert, le plus jeune des missionnaires, qui vient de s’installer à Ta-ou-tang, semble appelé à faire beaucoup de bien dans ce district, eu égard au zèle et à la prudence dont il a déjà donné des preuves.
En dépit de sa santé plus ou moins précaire, M. Poulat, missionnaire de Koui-hien, apporte la magnifique gerbe de 190 baptêmes d’adultes, 51 d’enfants de chrétiens et 74 d’enfants de païens. Les nouveaux catéchumènes du district de Koui-hien sont des « pen-ti » pour la plupart. Nous nous unissons à Mgr Lavest pour prier Dieu de conserver longtemps notre zélé confrère, M. Poulat, à l’affection de ses nombreux néophytes, qui se montrent si fidèles dans l’accomplissement de leurs devoirs de chrétiens.
GROUPE DE L’OUEST
Mgr de Sophène rattache, cette année, au groupe des districts de l’ouest, le district de Nan-ning, siège et centre de la mission.
Les conversions se sont multipliées depuis un an, à Nan-ning et aux environs. Mgr Lavest attribue ce progrès sensible aux œuvres des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui attirent les païens ; à la construction de la grande église du Sacré-Cœur, ce qui prouve que les missionnaires sont décidés à se fixer dans le pays et à ne jamais abandonner leurs chrétiens ; enfin, au zèle d’un catéchiste qui ne cesse de prêcher en ville ou à la campagne, et se dépense pour instruire les catéchumènes.
Il y a eu 19 baptêmes d’adultes à Nan-ning. Les relations entre l’évêque et les autorités locales sont excellentes, et les chrétiens ne subissent aucune vexation de la part des païens. Chose presque incroyable, tous les mandarins de la ville, depuis le « tao-tai » jusqu’au moindre magistrat, ont donné leur offrande pour l’église votive du Sacré-Cœur.
Le district de Chang-se qui comprend trois postes principaux : Chang-se, Che-ouan-chan et Na-mong, est administré par M. Maurice. Notre cher confrère a eu la joie de visiter, au prix de grandes fatigues, les néophytes des Cent-mille monts (Che-ouan-chan) qui n’avaient pas vu de missionnaire depuis quatre ans, et qui avaient dû abandonner leurs villages pour se soustraire aux violences des pirates et des soldats. Ces néophytes de la montagne sont groupés dans 4 centres : Mai-kong (120 chrétiens et 50 catéchumènes), Pa-lai (20 chrétiens), Mei-kouang (35 chrétiens) et Mei-mae (15 chrétiens et 20 catéchumènes). Ils ne savaient comment témoigner leur reconnaissance à M. Maurice. A son arrivée, les uns tiraient des coups de fusil, les autres lui apportaient des poules, du vin, etc. Un vieillard vénérable retraça avec éloquence devant le Père les tristesses du passé et les joies du présent. Quand ils eurent tous rempli leurs devoirs religieux, le missionnaire les quitta pour regagner sa résidence de Chang-se.
M. Coste annonce 31 baptêmes, dont 12 d’enfants de chrétiens à Tai-pin, où il y a 101 néophytes et 500 catéchumènes. Lorsque notre confrère s’établit dans le poste en 1901, il eut beaucoup à souffrir de l’hostilité des lettrés ; mais aujourd’hui il entretient les meilleurs rapports avec les mandarins et toute la population.
La maison achetée en 1901 était petite et délabrée. M. Coste a pu se procurer une demeure plus vaste avec le secours de ses chrétiens. En ce moment, il travaille à la construction d’une église en l’honneur de la très sainte Vierge. Le nouveau sanctuaire sera placé sous le vocable de l’Étoile du Matin. Les païens de Tai-pin ont déjà offert près de 5.000 francs au missionnaire pour son église, que Mgr Lavest espère bénir dans un an.
Le poste de Long-tcheou (118 chrétiens et 400 catéchumènes) est administré par M. Costenoble, qui l’a doté d’une résidence convenable et d’une belle église à trois nefs. Grâce à la présence du consul français et des employés de la douane chinoise, la chrétienté de Long-tcheou jouit du plus grand calme et se développe chaque jour davantage. « Comme fait « saillant de l’année, dit M. Costenoble, je dois enregistrer la bénédiction de l’église de « l’Immaculée-Conception. Il m’était douloureux de voir le démon honoré dans les riches « pagodes de la ville, tandis que le vrai Dieu n’avait pas même une minuscule chapelle, où « ses fidèles pussent venir l’adorer et le prier. Mais Marie immaculée a posé son pied « vainqueur sur la tête du dragon infernal et, grâce aux offrandes des chrétiens et des païens, « un temple s’est élevé à la gloire de Marie immaculée, dominant les pagodes des faux dieux, « portant le signe de la rédemption bien au-dessus de tous les symboles du paganisme.
« J’ai enregistré cette année 10 baptêmes d’adultes, 9 d’enfants de chrétiens et 75 de « grandes personnes ou d’enfants à l’article de la mort. Le couvent des religieuses indigènes, « dirigé par les Sœurs de Saint-Paul, est une source de consolation pour tous. Je vois avec « bonheur les plantes de cette pépinière s’épanouir dans la piété, la modestie et toutes les « vertus religieuses. »
GROUPE DU NORD-OUEST
Mgr de Sophène signale plusieurs conversions à Pe-se et l’installation de M. Thomas à Se-tchen, préfecture importante du nord-ouest, où il n’y a encore ni œuvres ni chrétiens, mais où la population indigène semble bien disposée. « Il fallait là, dit Sa Grandeur, un missionnaire « qui eût à la fois l’expérience nécessaire pour organiser, de toute pièce, un nouveau district, « et la patience non moins indispensable pour supporter aussi longtemps qu’il plaira à la « Providence le manque d’œuvres et de chrétiens ; deux qualités que semble posséder M. « Thomas, qui a déjà occupé utilement les postes de Ou-tcheou et de Long-tcheou, à peu près « dans les mêmes conditions. »
Depuis 1903, grâce au zèle de M. Sifferlen, les chrétiens du district de Si-lin sont presque tous revenus à la pratique de leurs devoirs religieux. Les demandes de catéchuménat sont même très nombreuses dans la région de Liou-kia-to, où travaille avec grand succès le prêtre indigène André Ou. « L’administration de mon district, écrit M. Sifferlen, a pu se faire sans la « moindre difficulté. Le pays est calme ; on ne voit plus de pirates, et le nombre des petits « voleurs semble avoir diminué. Tout le monde est content du P. André Ou. Je comprends « mieux maintenant le but principal de notre Société, qui est la formation d’un clergé « indigène. Lorsque notre mission aura beaucoup de prêtres chinois, nos chrétiens se « multiplieront et seront plus fervents. Je n’ai que 41 baptêmes d’adultes, dont 24 in articulo « mortis. J’aurais pu baptiser d’autres catéchumènes, mais je n’ai pas voulu aller trop vite en « besogne. »
M. Séguret administre le district de Sin-tcheou. Sa principale occupation, depuis un an, a été de préparer les catéchumènes au baptême. Il accuse 25 adultes baptisés, dont 15 in articulo mortis, en regrettant vivement de n’avoir pas de catéchistes pour instruire les nouveaux convertis.
M. Epalle, titulaire du district de Kiou-tcheou, a été très éprouvé par la fièvre ; ce qui ne l’a pas empêché de régénérer quelques adultes parmi ses catéchumènes.
Mgr Lavest termine son rapport en exprimant le vœu que les ouvriers du Kouang-si puissent se réunir tous ensemble, l’an prochain, pour la retraite annuelle, qui, à cause des troubles, n’a pu se faire que par groupes depuis plusieurs années. Sa Grandeur espère profiter de la présence de tous ses missionnaires à Nan-ning, pour ouvrir au culte et bénir solennellement l’église du Sacré-Cœur.
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