| Année: |
1905 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-tong |
| Rédacteur: | Mgr Mérel |
III. ─ Kouang-tong
Population catholique 54.000
Baptêmes d’adultes 2.911
Conversions d’hérétiques 15
Baptêmes d’enfants de païens 6.090
____
En commençant le compte rendu de l’exercice 1904-1905, Mgr Mérel exprime sa reconnaissance à Marie immaculée pour les faveurs extraordinaires dont les chrétiens du Kouang-tong ont été comblés, grâce à sa maternelle intercession. Les missionnaires ont entendu 99.000 confessions et distribué 80.000 communions. Tout porte à croire que l’an prochain le chiffre des confessions dépassera 100.000.
Mgr d’Orcisto attribue la légère diminution qui se remarque dans le nombre des baptêmes d’adultes, cette année, à la politique nouvelle inaugurée par le vice-roi Sham. Depuis l’arrivée de ce grand personnage à Canton, la vieille antipathie des autorités chinoises pour les missionnaires et les chrétiens s’est réveillée. Lui-même leur a tracé la voie à suivre, en laissant mourir en prison un catéchiste, Ly-Tai-Tsong, à qui on n’avait rien à reprocher. Il a supprimé d’un trait de plume les avantages qu’assuraient aux missionnaires français la convention Berthémy et les règlements approuvés par le gouvernement chinois en 1895, sur les instances de M. Gérard. Désormais, au Kouang-tong, les mandarins locaux auront le droit de s’opposer à l’enregistrement d’un contrat d’achat de terrain, si ledit contrat leur paraît nuisible au bien public ou aux intérêts d’un tiers ; c’est-à-dire que la ratification de l’achat est laissée à leur caprice et qu’ils trouveront toujours, quand il leur plaira, un prétexte pour ne pas l’enregistrer.
Malgré ce regrettable changement dans les dispositions des mandarins à l’égard des missionnaires, nos confrères se sont dépensés pour affermir et étendre le royaume de Dieu parmi les trois races qui se partagent le sol du Kouang-tong : les Poun-ti, les Hak-ka et les Hok-lo, dont le langage et les mœurs sont tout différents. Les Poun-ti (indigènes) et les « Hak-ka » (émigrés) forment les trois quarts de la population et occupent les trois quarts du territoire de la province. On compte 30.000.000 d’habitants au Kouang-tong : les « Hok-lo » sont donc au nombre de 7.500.000 environ.
Aux « Poun-ti », les grandes villes de Canton, Fat-shan, Ko-tchao, Lin-tchao ; les plaines fertiles du delta du Si-kiang, les champs de mûriers et les soies de Shun-tak et de Yeung-shan, les verdoyantes rizières de San-wom et de San-ning. Ils sont considérés comme les véritables maîtres de la province, et leur langue est la vraie langue du pays.
Les « Hak-ka » habitent surtout l’est et le nord du Kouang-tong, depuis les régions montagneuses de Kouai-shing, Pok-lo, Tang-shing, Fat-kong, Tsin-yun, jusqu’aux frontières du Yun-nan et du Kouang-si. La séparation entre les deux races n’est cependant pas radicale, et bien rares sont les pays « poun-ti » où ne se trouvent même en grand nombre des familles « hak-ka ». Kia-yn-tcheou à l’est, et Tchao-kouan au nord sont leurs principales villes.
Tchao-tcheou, au sud, est la capitale du pays habité par les « Hok-lo ». Cette région est renommée par la fertilité de ses rizières. Les plaines les plus riches sont celles de Hoi-yong, Gnian-pin, Tsing-hai, Kit-yong, Pou-nen et Lok-fong. Pour rencontrer d’autres « Hok-lo », il faut aller dans la presqu’île de Loui-tcheou et l’île de Hai-nan.
Au point de vue du caractère, le « Poun-ti » se montre hospitalier et affable envers les gens de sa race, fier et hautain envers les autres, surtout envers l’Européen, qui n’est à ses yeux que le « Yan-kouai » (diable étranger). L’amour du lucre le rend industrieux. Commerçant, artisan, cultivateur, il travaille avec ardeur. Le riche lui-même ne reste point inactif ; il s’adonne au commerce ou à l’étude. La femme, en dehors des soins du ménage, s’occupe aux travaux des champs avec sa famille.
Encore plus âpre au gain, le « Hak-ka » est d’une activité infatigable : quand il est à son compte, le repos semble lui peser. Il faut faire une exception cependant pour le « Hak-ka » des environs de Kia-yn-tcheou et de Tchao-kouan. Celui-là, en effet, est essentiellement paresseux. Il laisse à sa femme tout travail pénible ; c’est elle qui cultive les champs, porte les lourds fardeaux, tandis que lui passe son temps au jeu et reste assis à l’ombre sur le seuil de sa porte. Il fait partie des sociétés secrètes ; il est de toutes les rébellions et se lance au besoin dans la piraterie.
Chez le « Hok-lo », la femme ne s’occupe guère que du ménage ; ses petits pieds la retiennent prisonnière à la maison. L’homme est laborieux comme le « Poun-ti », mais plus vantard. Riche, il aime le commerce et ne parle que des millions de piastres qu’il a en circulation...!
Le costume du « hok-lo » est élégant, surtout celui de la femme, qui se farde et porte des bijoux précieux. L’homme est généreux, expansif, mais turbulent, jaloux et querelleur ; son humeur batailleuse lui fait commettre des actes de violence à tout propos.
La mission du Kouang-tong compte 17.000 chrétiens « poun-ti » ; 23.000 « hak-ka » ; et 13.000 « hok-lo ». La première catégorie est administrée par une vingtaine de missionnaires et prêtres indigènes ; la seconde, par une trentaine de missionnaires et prêtres indigènes ; la troisième, par une dizaine.
Les chrétiens sont, en général, animés d’excellentes dispositions. Leur foi est ferme et éclairée ; ils sont attachés à leurs missionnaires. On peut néanmoins reprocher à un certain nombre d’entre eux de ne pas observer assez scrupuleusement le repos du dimanche, de négliger l’éducation de leurs enfants et de ne pas toujours contribuer, comme ils le pourraient, à l’entretien des œuvres chrétiennes.
Ils se confessent et communient volontiers aux quatre grandes fêtes de l’année ; beaucoup s’approchent aussi des sacrements à l’occasion du mois de saint Joseph, du mois de Marie, du mois du Sacré-Cœur, etc. Il y en a des centaines qui ne reculent point devant un voyage de huit à dix lieues pour se rendre à la chrétienté la plus voisine, les jours de grande fête. Ils y passent deux ou trois jours, se contentant, les Hok-lo en particulier, pour toute nourriture, d’un peu de riz qu’ils ont apporté avec eux et qu’ils font cuire dans un coin.
Quelle n’est pas la joie du missionnaire de voir réunis, autour des autels du vrai Dieu, ces païens d’hier, qui célèbrent avec amour les miséricordes de Celui qui les a rachetés de l’esclavage du démon !
Il serait difficile de dire dans laquelle des trois races fleurissent avec plus d’éclat les vertus chrétiennes ; car chacune des trois a ses âmes d’élite qui réjouissent le cœur de Dieu et consolent le missionnaire de l’endurcissement des païens.
Chacune aussi a ses paroisses qui, au double point de vue du nombre et de la ferveur des fidèles, rendraient jaloux bien des curés de France. Au premier rang parmi les paroisses de la mission, il convient de citer la paroisse « poun-ti » de la cathédrale à Canton, la paroisse « hok-lo » de Tchao-tcheou, et la paroisse « hak-ka » de Voui-tcheou. Dans les deux premières, en cherchant bien, on trouverait peut-être une quinzaine d’hommes qui ne font point leurs pâques ; mais toutes les femmes, sans aucune exception, remplissent avec empressement leurs devoirs religieux. Chaque matin, à la cathédrale, on voit 200 ou 300 femmes et une vingtaine d’hommes à la messe. Le dimanche, les communions sont nombreuses ; elles ne sont pas rares les jours ouvriers. Une vingtaine de religieuses indigènes donnent l’exemple de l’assiduité aux prières. Tous les jours, maîtres et maîtresses d’école conduisent leurs élèves à la messe, le matin, et à la visite du Très Saint-Sacrement, le soir.
M. Étienne, curé de la paroisse, a inauguré cette année une fête solennelle à l’occasion de la première communion. Les enfants se sont préparés à ce grand acte par une retraite de trois jours. Dès le matin de la fête, un rayon de joie céleste illuminait le front des heureux communiants. Tous se tenaient dans le plus grand recueillement. Les petits garçons avaient mis leurs plus beaux habits ; les petites filles portaient une robe blanche et étaient couronnées de roses. Secondant l’ardeur de leur désir, Jésus descendit dans le cœur de ces enfants, et, sur leur visage transfiguré, se reflétèrent les saintes délices dont leur âme était inondée. C’est avec transport qu’ils renouvelèrent, bientôt après, les promesses de leur baptême. La consécration à la sainte Vierge termina cette belle journée.
Pour la première fois aussi, à la Fête-Dieu, la procession du Saint-Sacrement est sortie de la cathédrale et s’est faite dans les jardins de la mission. Les chrétiens l’ont suivie en grand nombre et avec beaucoup de dévotion.
A Thao-tcheou, chez les « Hok-lo », le missionnaire est regardé comme un père par ses chrétiens. Ils l’entourent de leur affectueuse vénération, aiment à l’approcher et à s’entendre avec lui sur les moyens de créer de nouvelles œuvres ou d’organiser des fêtes plus attrayantes. Là, comme à Canton, le dimanche est religieusement observé et les sacrements bien fréquentés, comme l’atteste le chiffre de 6.000 confessions. Depuis deux cents ans, la foi a jeté dans le cœur de ces chrétiens de profondes racines. Les pratiques de dévotion exercent un vif attrait sur leur cœur naturellement pieux, et ils versent volontiers leur obole pour subvenir aux frais du culte. Parmi eux fleurissent les confréries du Saint-Sacrement, du Sacré-Cœur de Jésus, du Scapulaire, de Saint-Joseph, de Saint-Jean. Ils ont donné beaucoup de prêtres à l’Église.
Leur ferveur est d’autant plus méritoire que le bon Dieu les éprouve souvent, comme nous l’apprend M. Roudière. « La peste, dit-il, a encore ravagé mon district. Un bon nombre de « fervents chrétiens m’ont été enlevés par le fléau. »
La troisième grande paroisse est celle des « Hak-ka » de Voui-tcheou, bien supérieure aux deux autres par le nombre de ses chrétiens, qui sont plus de deux mille. Les notables forment autour du Père une garde d’honneur, qui se dresse comme un rempart contre les attaques de l’ennemi de tout bien. Matin et soir, plusieurs centaines de fidèles assistent aux prières. M. Marqué porte d’eux ce témoignage : « Ils se sont approchés régulièrement des sacrements. « Les écoles fonctionnent très bien, et les élèves y sont de plus en plus nombreux. »
Parmi les Hak-ka, il convient de citer encore la chrétienté du Tchong-lok, qui compte 1.805 chrétiens et est administrée par M. Vacquerel et un vicaire chinois ; celles de Ho-po et de Tai-yong, dans l’arrondissement de Kit-yong, qui ont ensemble 3.600 chrétiens, et celle du Lok-fong, qui en a 2.600.
La chrétienté de Ho-po se fait remarquer par sa ferveur. M. Veaux, qui en est chargé, a entendu 5.808 confessions en une année. Il a eu aussi la joie de baptiser 81 adultes.
M. Canac est toujours heureux à Tchin-pin ; mais, là comme ailleurs, le bien ne se fait pas sans peine. Écoutons le missionnaire : « Les vieux chrétiens, dit-il, ont voulu profiter de la « grâce du Jubilé. Ceux qui habitent loin de l’oratoire m’ont prié d’aller chez eux administrer « les sacrements. La Vierge immaculée, je n’en doute pas, aura eu pour agréable leur sincère « dévotion, et Elle continuera d’étendre sa protection sur le district. » Il ajoute en parlant des conversions : « Les conversions en masse sont rares chez les Hak-ka ; mais le bon Dieu se sert « parfois de nos ennemis eux-mêmes pour amener les païens à la foi. A Lam-mien-tsia, la « chapelle était devenue trop petite, et je me décidai à acheter une colline inculte pour y bâtir « un grand oratoire. Les païens et les chrétiens de la famille Ho, à qui elle appartenait, « consentirent à me céder la colline. Avant de commencer à construire, je demande au sous-« préfet un édit de protection, qui m’est accordé sur-le-champ. Mais à peine l’édit est-il « affiché, que les propriétaires voisins déclarent s’opposer à la construction de la chapelle. « Néanmoins, je fais procéder au déblaiement. Alors les événements se précipitent : d’abord, « c’est l’ai-yok (expert) qui demande aux païens et aux chrétiens de la famille Ho de cesser « les travaux, de peur de démolir un tombeau appartenant à la famille Wong ; ensuite deux « notables et quelques chrétiens de la famille Ho sont accusés auprès du sous-préfet d’avoir « violé le tombeau de Wong-Shan-Ien, ancêtre de la treizième génération, et d’avoir jeté ses « cendres dans le ruisseau voisin. Le sous-préfet cite les deux parties à son tribunal ; il « interroge les païens pour la forme, invective les chrétiens et les deux notables païens de la « famille Ho, les menace de la prison et leur enjoint de restituer, dans un délai de dix jours, « les cendres de Wong-Shan-Ien. Les deux notables arrivent chez moi, plus morts que vifs, et « promettent de se faire chrétiens avec toute leur famille, si je réussis à les tirer de ce mauvais « pas. Je fais prendre copie de tous les noms gravés sur les pierres tombales de la famille « Wong jusqu’à la quinzième génération. Le nom de Wong-Shan-Ien ne s’y trouve pas. « Comment un individu qui n’a jamais existé peut-il avoir un tombeau ? Je transmets cet « argument, avec pièce à l’appui, au magistrat, qui donne ordre de régler l’affaire à l’amiable. « Ample satisfaction nous est donnée. Le nouvel oratoire sera bientôt terminé, et les deux « notables se feront chrétiens avec toute leur famille. »
Les chrétiens du district de Shin-nen sont disséminés en 319 villages. Au début, ils n’étaient guère que 300 et n’avaient pas de missionnaire. M. Guillaume venait de bâtir à Thong-pou résidence et chapelle ; il avait construit son nid et se disait : In nidulo meo moriar. La voix de son évêque l’enleva à ses doux rêves, et il alla s’établir à Shin-nen. Là, point de résidence, pas de chapelle, peu de chrétiens. Aujourd’hui ce district, l’un des plus prospères de la mission, compte 1.200 néophytes. Leurs bonnes dispositions, leur esprit de foi, leur amour de la sainte Église ont fait l’admiration du Préfet apostolique, qui a eu la joie de les visiter tout récemment. C’était merveille, au dire de Sa Grandeur, de voir l’ordre, la piété, le recueillement, avec lesquels les fidèles se présentaient pour recevoir les sacrements d’eucharistie et de confirmation.
Au cours du dernier exercice, M. Guillaume a régénéré 117 adultes dans les eaux du baptême. C’est la plus belle gerbe qu’il ait cueillie durant sa longue carrière de missionnaire. Il raconte deux traits charmants qui prouvent bien la foi de ses néophytes.
« Je venais d’entrer, dit-il, dans l’oratoire d’un village chrétien, quand un catéchumène, qui « s’était brisé la jambe quelques mois auparavant et ne pouvait marcher, se traîne jusqu’à moi « en s’appuyant sur un escabeau. Il me prie de l’admettre au baptême. Je lui réponds que je le « baptiserai après sa guérison. Le lendemain, le malheureux revient plus suppliant. Sa foi « triomphe de ma résistance et je le baptise avec ses deux fils. »
Autre fait. Une femme, que la conversion de son mari avait exaspérée, ne lui parlait plus depuis dix ans, sinon pour lui adresser des reproches amers. La rage de cette païenne augmenta encore lorsque son fils reçut le baptême. Chaque fois qu’elle le voyait se rendre à l’oratoire, elle vomissait des injures contre lui. Elle se jeta à plusieurs reprises dans un étang pour se noyer. Les bons soins que son fils lui prodigua, dans ces circonstances, la ramenèrent enfin à de meilleurs sentiments. Tombée gravement malade, elle consentit à se faire instruire et reçut le baptême des mains de son mari. Ainsi fut récompensée la patience.
MM. Lévêque, Mirambeau et Montanar travaillent aussi sur l’élément « hak-ka », et Dieu bénit visiblement leurs efforts. M. Montanar a ouvert trois nouvelles chapelles dans des marchés importants du Lin-tcheou.
Les plus remarquables chrétientés « poun-ti » sont celles de Shun-tak, 2.000 chrétiens ; Shiou-hing, 1.754 chrétiens ; Shek-long, 1.300 chrétiens ; Son-yi, 1.200 chrétiens ; Lo-fao, 1.108 chrétiens ; San-tcheung, Yeung-kong, Ko-tchao, Ling-shan, Lin-tchao...
C’est aux religieuses indigènes que Shun-tak doit d’être un district exemplaire. Plus fermes dans la foi, les vierges chinoises ont tenu tête à l’orage à l’époque des persécutions, et ont arrêté les hommes sur la pente de l’apostasie. Leur ferveur contribue beaucoup à entretenir la piété parmi les chrétiens. Shun-tak peut être considéré comme la pépinière des prêtres indigènes du Kouang-tong, car ce district en a fourni 10, dont 5 sont encore vivants. De plus 4 séminaristes, originaires de Shun-tak, ne tarderont pas à monter au saint autel. Tous nos compliments à M. Lanoue qui cultive un champ si fécond.
A l’extrémité de la province, dans l’arrondissement de Pang-shing, les chrétiens de Lo-fao et de Tchak-shan se rangent dociles sous la direction de M. Grandpierre, comme les brebis sous la houlette du pasteur. Notables et maîtres d’école unissent leurs efforts pour conserver les traditions d’obéissance et de respect envers ceux qui ont le droit de commander. Le maître d’école surtout apporte au missionnaire un concours précieux. Outre l’instruction qu’il donne aux enfants, il est chargé de tenir l’église propre et de l’orner pour les fêtes. Il surveille ses élèves, préside les prières, se tient au courant de ce qui se passe dans la chrétienté pour en informer le Père. Une affaire difficile se présente-t-elle, il doit en aviser le chef de la chrétienté, qui réunit le conseil des notables et prend une décision de concert avec eux. Les simples fidèles doivent respect et obéissance aux décisions des notables ; mais ils peuvent en appeler au missionnaire s’ils se croient lésés. C’est encore le maître d’école, qui, le soir, après la prière, fait une lecture pieuse, et le dimanche, explique aux fidèles l’évangile du jour.
La nouvelle chrétienté de Pang-shing a reçu le baptême du sang. Deux des principaux catéchumènes ont été tués par un capitaine de la garde nationale qui déteste la religion catholique. Près de Lo-fao, à Tong-hin, les mandarins, pour intimider les catéchumènes, ont jeté en prison le plus influent d’entre eux. Ils espèrent arrêter par là le mouvement de conversions et empêcher le néophyte de faire en haut lieu des révélations sur les multiples abus de pouvoir qu’ils ont commis.
« Dans cette ville de Tong-hin, écrit M. Grandpierre, les petites filles, qu’une coutume « barbare voue à la mort dès leur naissance, échappent aux recherches des baptiseuses, tant « sont enracinés les préjugés des païens contre les chrétiens. A ma prière, le mandarin avait « publié un avis par lequel il invitait les parents qui voulaient se débarrasser de leurs filles « nouveau-nées, à les porter à l’orphelinat, où elles seraient recueillies et élevées « gratuitement. Le démon a empêché cet avis d’être suivi. Tout récemment, une malheureuse « femme me disait qu’elle regrettait de n’avoir pas connu plus tôt l’existence de notre crèche, « car elle y aurait certainement porté sa petite fille, qu’elle avait étouffée sous des couvertures « pour s’en débarrasser. »
Des Sœurs de Saint-Paul de Chartres se sont installées à Pak-hoi, où M. Kammerer a été si heureux de les recevoir.
Sœur Honoré, leur supérieure, est chargée plus spécialement de la Sainte-Enfance, et donne aussi des leçons de français. Sœur Marie a le soin des malades : elle passe la matinée au dispensaire, et l’après-midi, fait des visites à domicile. Sœur Cécile est chargée de l’ouvroir : elle apprend aux orphelines et à des jeunes filles de la ville à coudre et à broder. Les Européens lui confient des travaux et paraissent très satisfaits de la manière dont ils sont exécutés.
« Depuis l’arrivée des Sœurs, dit M. Kammerer, on leur offre beaucoup d’enfants « abandonnés. Quel crève-cœur pour elles d’être obligées de refuser chaque semaine plusieurs « petites filles, faute d’argent pour les nourrir et de place pour les loger ! »
Les pirates et les rebelles qui avaient si longtemps terrorisé la région de Pak-hoi, ont disparu depuis cinq ou six mois, grâce aux mesures énergiques employées pour réprimer leur audace. Les ouvriers apostoliques ont profité de cette accalmie pour compléter l’instruction de leurs néophytes : 98 catéchumènes ont été baptisés par le prêtre chinois Tcheuong. Le brave Père a bien travaillé, mais son dévouement ne lui a pas rapporté d’écus, et le diable qu’il a chassé du cœur des néophytes s’est réfugié, dit-on, dans sa bourse.
M. Penicaud évangélise le district de Ling-shan et de Ham-tchao ; mais il a trop de travail dans le premier poste pour visiter le second plus de deux fois par an. Il a eu la consolation de baptiser 75 adultes. Il lui faudrait des catéchistes pour instruire ses trop nombreux catéchumènes, surtout ceux de San-tin-po et de Tching-hai-tin.
M. Rault enregistre 115 baptêmes d’adultes à Ko-tchao, et croit pouvoir compter sur de très nombreuses conversions dans un avenir rapproché, malgré l’hostilité des païens influents de la ville.
M. Eugène Thomas, qui a entrepris de restaurer la chapelle et les établissements de la mission à Sancian, constate un véritable réveil de la foi dans cette île sanctifiée par la mort de saint François-Xavier. La fête de l’Assomption y a été célébrée très solennellement : le missionnaire était entouré de 300 chrétiens et catéchumènes. La très sainte Vierge, dont la statue fut portée processionnellement autour de la chapelle, ce jour-là, n’aura pas manqué de répandre ses bénédictions sur les néophytes qui fêtaient son triomphe, et les païens viendront se ranger nombreux sous la bannière de Jésus-Christ autour du tombeau de saint François.
« C’est aux pèlerinages, dit M. Thomas, que nous devons de voir la foi renaître dans l’île « sainte, mais le démon nous a suscité bien des difficultés. Saint François-Xavier a voulu nous « faire boire au même calice que lui. A peine étais-je arrivé à Sancian, qu’une bande de « forcenés accouraient en armes, entouraient la chapelle et me mettaient en joue. Sans « l’intervention des notables, ils allaient me tuer. Furieux de me voir ainsi échapper à leur « haine, ils se jettent sur les maisons des catéchumènes, blessant des femmes et des enfants, et « emportent tout ce qui leur tombe sous la main. Bientôt les mandarins viennent à notre « secours et dispersent les assaillants. Nous étions sauvés. Mais un catéchiste chinois des « ministres américains s’avise d’organiser un oratoire protestant dans la maison du chef des « bandits, place au-dessus de la porte cette inscription « Temple de l’Évangile » et prend nos « persécuteurs sous sa protection. Pendant la nuit, il fait briser l’inscription et accuse les « chrétiens d’avoir commis ce délit. Le pasteur américain constate de ses yeux le dégât et « accuse les catholiques devant le mandarin. De mon côté, j’adresse un rapport au magistrat, « qui écrit au catéchiste protestant en ces termes : « Depuis que tu es dans l’île, tu sèmes le « désordre : si tu continues à te montrer indigne de la confiance des pasteurs, je te punirai « selon les lois. » Il envoie prendre des informations, et son délégué reconnaît sur-le-champ « l’innocence des catholiques. L’affaire en reste là, car le mandarin, qui a peur des « Américains, n’ose pas châtier nos calomniateurs ; mais la persécution, loin d’arrêter les « conversions, les a rendues plus nombreuses. Daigne saint François affermir dans la foi les « néophytes de Sancian ! »
Mgr Mérel ajoute quelques détails sur les établissements de la mission, qui tous n’ont donné à Sa Grandeur que des sujets de satisfaction.
Le séminaire compte une vingtaine de théologiens et de philosophes. Plusieurs d’entre eux, envoyés dans les districts pour s’essayer à la prédication, ont rendu des services très appréciables. Les missionnaires qui les ont vus à l’œuvre leur rendent un excellent témoignage.
Cette année encore, la peste a atteint plusieurs latinistes ; elle a même fait une victime parmi les plus jeunes, mais une quinzaine de nouveaux élèves sont venus remplacer le cher défunt.
M. Étienne se dévoue avec zèle à la formation des élèves catéchistes et à la direction de l’orphelinat. Jeunes gens et enfants se montrent aussi dociles que studieux ; toutefois les progrès des élèves catéchistes seraient encore plus accentués, si les ressources de la mission permettaient de leur procurer des salles d’étude séparées.
M. Fouque, supérieur de l’école des langues européennes, est content des résultats obtenus. Le nombre des élèves est toujours de 200 environ. Quelques-uns ont été déjà admis comme interprètes dans le service des postes et les mandarinats. C’est un véritable succès. Les jeunes gens emportent un bon souvenir de l’école et des missionnaires qui la dirigent.
Madame la supérieure des Sœurs Catéchistes missionnaires de Marie a adressé à Mgr Mérel le rapport suivant : « La Sœur, qui consacre son dévouement et ses forces au soin des « petits enfants, me dit que le plus grand nombre de ceux qui sont portés à la crèche, y « arrivent juste à temps pour prendre leur passeport pour le ciel. Ils sont apportés en si triste « état, que toute tentative pour les sauver demeure sans résultat, ou n’aboutit qu’à prolonger « leur vie de quelques jours.
« Parmi les enfants recueillis s’est trouvée une petite fille aveugle de sept ans. Pendant que « nous lui retirions ses vêtements malpropres, elle nous racontait les mauvais traitements « qu’elle subissait de la part de sa grand’mère et de sa sœur, et s’écriait : « Je suis contente « ici. » Pauvre enfant, son petit corps n’était qu’un squelette couvert de plaies. Son « empressement à apprendre les vérités de notre sainte religion permit de hâter son baptême. « Au milieu des souffrances qui la torturaient, s’échappaient de sa poitrine amaigrie ces cris « d’espérance : « Que je suis contente d’aller au ciel ! Partons, partons de suite pour le ciel ! « Ah ! que c’est beau le ciel. » Le souvenir des privations qu’elle avait endurées revenait aussi « à sa mémoire et la mettait en colère. Cependant, avant de mourir, elle déclara qu’elle « pardonnait, et qu’elle implorerait, pour sa sœur et sa grand’mère, la grâce de la conversion.
« Les enfants qui survivent et dont le nombre s’accroît peu à peu, nous font présager pour « l’avenir de bien grandes consolations.
« Aux soins des enfants, nous avons joint celui des femmes âgées et infirmes. Sœur Rose « de l’Enfant-Jésus, pleine de sollicitude pour ces malheureuses, voudrait être riche, très riche, « afin d’en recueillir beaucoup et d’en faire entrer beaucoup au ciel.
« Quant à l’œuvre si intéressante des religieuses indigènes, continue la Révérende Mère « supérieure, elle vient enfin de trouver son épanouissement. La mort des deux premières « novices, en la marquant du sceau de la croix, obtint pour leurs compagnes des grâces de « persévérance. Après de longues années d’attente, quatre novices se sont consacrées à Jésus, « le jour de la fête du Sacré-Cœur. Quelle joie auraient éprouvée les 20 autres novices, si elles « avaient pu joindre leurs vœux à ceux de leurs sœurs aînées ! »
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