| Année: |
1905 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouy-tcheou |
| Rédacteur: | Mgr Guichard |
II. — Kouy-tcheou
Population catholique 23.785
Baptêmes d’adultes 1.288
Conversions d’hérétiques 20
Baptêmes d’enfants de païens 5.465
___
Malgré la guerre russo-japonaise, la rébellion des francs-maçons (Ko-ty), les incursions des pirates du Kouang-si (You-yong), la mauvaise récolte du riz et les tracasseries des païens à l’endroit des nouveaux chrétiens, nos confrères du Kouy-tcheou ont pu continuer l’œuvre de Dieu et offrir au Père de famille la belle gerbe de 7.617 baptêmes : 935 d’adultes bien instruits 353 d’adultes moribonds, 864 d’enfants de chrétiens et 5.465 d’enfants de païens ; 2.152 garçons et filles ont reçu l’instruction dans 143 écoles. Les enfants nés de païens sont au nombre de 797 dans les orphelinats, et de 121 en nourrice.
Nous allons donner un résumé des renseignements que nous fournit le rapport si complet de Mgr Guichard sur l’état des districts de sa chère mission.
Le district de Tsen-y, confié au zèle de M. Poinsot, compte 1.500 chrétiens répartis en 90 stations ; 8 écoles avec 120 élèves et 2 orphelinats avec 90 enfants des deux sexes ; 16 catéchistes et 3.000 catéchumènes. Le tableau d’administration porte 82 baptêmes d’adultes bien instruits, 20 baptêmes d’adultes in articulo mortis, 600 baptêmes d’enfants de païens, 5.700 confessions, 4.400 communions, 29 viatiques et 32 extrêmes-onctions. Ces chiffres ont leur éloquence ; ils disent hautement que M. Poinsot et son vicaire chinois n’ont pas perdu leur temps. Les voyages qu’ils ont à faire pour visiter les chrétientés et assister les malades, leur imposent des courses longues et fatigantes, puisque chacun d’eux ne passe pas moins de 60 jours par an sur les chemins, en faisant 7 lieues par jour.
Plus étendu encore que celui de Tsen-y, le district de Su-yang, dirigé par M. Palissier, compte 1.360 chrétiens. M. Gros, qui avait été donné comme auxiliaire à M. Palissier et qui devait bientôt s’installer à Tchen-gan, est tombé malade et a quitté momentanément la mission pour refaire sa santé au sanatorium de Béthanie. M. Saunier, jeune missionnaire, l’a remplacé à Su-yang, et va mettre, comme lui, toute sa bonne volonté au service du chef de district.
M. Palissier est satisfait de ses vieux chrétiens, qui aiment à fréquenter les sacrements et ont fait de sérieux efforts pour gagner l’indulgence du Jubilé. Il cite un fumeur d’opium invétéré qui s’est converti en cette circonstance, et qui est mort deux jours après avoir fait la sainte communion. A Tchen-tchang, un néophyte, tailleur de son métier, a réussi par ses exhortations à gagner une centaine de familles, qui ont demandé le catéchuménat. Les femmes étudient la doctrine avec le même entrain que leurs maris, et déjà une école a été ouverte pour les enfants de cette nouvelle station, qui semble appelée à se développer rapidement.
Nous lisons les chiffres suivants sur la feuille d’administration du district : 1.360 chrétiens, 40 stations, 7 écoles avec 125 élèves, 1 orphelinat avec 25 orphelins, 2.300 catéchumènes ; 26 baptêmes d’adultes, 280 baptêmes d’enfants de païens, 21 saints viatiques et 26 extrêmes-onctions.
Voici les détails que donne M. Palissier sur les chrétiens de la sous-préfecture de Tchen-gan, qui représentent 300 à 400 familles :
« Tchen-gan (ville et banlieue). — A Ta-chouy-hao, petit marché situé à 20 lys de la ville, « sur la grande route du Su-tchuen, et à Gan-chouen-tchang, situé un peu plus loin, dans la « même direction, il y a au moins 90 familles de nouveaux chrétiens auxquels il ne manque « qu’un missionnaire pour former un bon noyau.
« Un autre centre de chrétiens se trouve du côté de Chepin. Les néophytes sont dispersés « dans les marchés de Che-pin, Sie-pa, Gan-ky, Ho-pao-tchang, et aux alentours. Il y a aussi « là quelques chrétiens nomades venus de Yn-kiang-hien.
« Sur la route de Tchen-gan à Su-yang, on rencontre un assez bon nombre de chrétiens : à « Ho-ma-ky, Tou-long-tang, Tsay-kio-ouan, Mao-tay, Ouen-kia-fen et Tou-pin. De là, il faut « arriver à Ouan-tsao, à 50 lys de Su-yang, pour trouver des chrétiens.
« Le Kiang-ly, partie de la sous-préfecture de Tchen-gan confinant à celle de Tong-tse-« hien et de Ky-kiang-hien, renferme beaucoup de chrétiens, surtout dans le marché de Miao-« tang, mais la population est moins sympathique et les routes sont mauvaises.
« Le Se-ly contient aussi pas mal de familles d’adorateurs ; entre autres, au marché de « Tchong-kouan-yn.
« La population la plus réfractaire à l’évangélisation est dans le Siao-ly, pays confinant à « Ou-tchouan, Lan-tchouan, Fou-tcheou et Pen-chouy. On n’entend parler là que de brigan-« dages à main armée, de pillages, de batailles et d’homicides. Nous y avons quelques « familles d’adorateurs ; mais on aura besoin de les éprouver un peu plus longtemps que « d’autres avant de les admettre au baptême.
« Voilà mes impressions sur Tchen-gan, à la fin de mars 1905. Le missionnaire qui sera « chargé du nouveau district dont la création s’impose, aura de la besogne à faire, des « montagnes à escalader et, si je ne me trompe, les consolations ne lui manqueront pas, « malgré son isolement, »
M. Noyer, missionnaire de Gan-houa. a tracé péniblement son sillon, y a jeté le bon grain en demandant au Seigneur de faire lever la semence et mûrir la moisson. Mais l’ennemi jaloux n’est pas resté inactif. Il a mis tout en œuvre pour paralyser le zèle de notre confrère.
« Le bon Dieu, dit-il, m’a accordé la joie d’obtenir 51 baptêmes d’adultes, dont 6 « seulement à l’article de la mort. Je suis heureux d’avoir glané ces quelques épis dans la « foule toujours croissante des adorateurs.
« Pourquoi faut-il qu’avec un si grand nombre de conversions, j’enregistre si peu de « baptêmes ? Il y a bien des causes à cela. Bon nombre de ceux qui viennent à nous se « figurent volontiers que saluer le prêtre une fois et faire inscrire son nom sur un grand « registre, sont des œuvres amplement suffisantes pour s’assurer une place convenable dans le « ciel. Parler à ceux-là de s’instruire et de renoncer en même temps à de vieilles et souvent « trop chères habitudes leur paraît exagéré : Durus est hic sermo. Ils resteront probablement « adorateurs tous les jours de leur vie. »
M. Noyer regrette de n’avoir pas à son service assez de bons catéchistes. Il désirerait surtout ouvrir une école de filles dans son district ; car, sans cela, dit-il, l’instruction des femmes laissera toujours à désirer.
M. Aloys Schotter a une florissante école de catéchistes à Hin-y-fou ; or, il demande à Mgr Guichard de lui donner, sinon un missionnaire, au moins un prêtre chinois pour lui permettre d’enseigner la médecine à ses élèves catéchistes, et leur attirer, par ce moyen, la confiance des indigènes.
En outre, le concours de l’auxiliaire, après lequel il soupire, lui procurerait la faculté d’apprendre le latin à quelques enfants « y-kia », que leurs parents ne consentiront jamais à envoyer au séminaire de la mission, où ils ne trouveraient que des élèves chinois et pas un seul « y-kia ».
M. Schotter raconte le fait suivant : « Il y a cinq ans, une bonne vieille « y-kia », Yang-« Lay, apprend par son frère, nouvellement revenu au pays, que la religion catholique seule « peut lui fournir le moyen de sauver son âme. Elle commence aussitôt à prier avec son frère, « et quelques familles imitent son exemple. Les gens du village décident alors de mettre les « convertis au ban de la société. Le mari et le fils de Yang-Lay veulent à tout prix empêcher la « pauvre femme de prier, de jeûner, de se dire chrétienne. Je crois devoir m’interposer pour « obtenir que son mari cesse de la battre cruellement comme il le fait, mais elle m’en « dissuade ; car, dit-elle, Notre-Seigneur a souffert bien davantage. Son unique chagrin est de « voir sa nombreuse famille rester païenne. Je lui conseille alors de demander à Dieu la « conversion de son mari et de ses fils. Elle a subi un véritable martyre pendant cinq ans, mais « elle a fini par obtenir, avant sa mort, la grâce qu’elle sollicitait. Tous ses fils se sont « convertis l’un après l’autre, et son mari lui-même a fait enlever les tablettes superstitieuses « de sa maison. »
Le district de Hin-y-fou compte 600 chrétiens baptisés. M. Schotter a enregistré, cette année, 31 baptêmes d’adultes bien instruits, 11 d’adultes moribonds, 145 d’enfants de païens, 1.330 confessions et 1.030 communions.
A Tse-hen, M. Williatte fait l’impossible pour établir des écoles dans chaque station de son district. Les chrétiens les entretiennent à leurs frais, sans trop se faire tirer l’oreille.
M. Cousin, à Tche-chou, marche sur les traces de M. Williatte ; lui aussi exige que les enfants aillent à l’école.
C’est dans la préfecture de Gan-chouen que travaillent presque tous les vétérans du Kouy-tcheou. A Gan-chouen, M. Lamy, qui a 1.614 chrétiens sous sa juridiction, annonce 31 baptêmes d’adultes bien instruits, 8 d’adultes in articulo mortis, 400 d’enfants de païens, 16 saints viatiques et 31 extrêmes-onctions.
M. Ménel a régénéré 42 adultes à Kouy-houa ; M. Roux et son vicaire indigène, 70 à Tchen-lin. Ce dernier confrère se plaint et se console tout à la fois de la concurrence que lui fait un ministre protestant du nom d’Adam. « Le ministre protestant, dit-il, me donne de la « tablature dans la ville, mais j’espère que sa vogue ne sera pas de longue durée. Il a beau « crier sur les toits que les catholiques sont de la religion des « tsouy-jen » (pécheurs) ; on voit « bien que ses adeptes, généralement mal choisis et assez mal famés, ne sont pas moins « pécheurs que nos chrétiens qui se confessent de leurs fautes. Il a beau parler contre les « Français et les Russes ; il a beau répéter à qui veut, l’entendre que les prêtres sont des « bonzes ; on me connaît assez pour ne pas ajouter foi à ses paroles. Déjà le nombre de ses « prosélytes diminue ; c’est l’effondrement à bref délai. »
M. Michel écrit de Kiang-long : « La race indigène qui domine dans mon district a des « qualités que n’ont pas les Chinois, et qui s’allient assez bien aux exigences de la religion. « Elle est généralement plus simple, plus obéissante et pas le moins du monde antipathique à « l’Européen. Elle a eu ses martyrs, et elle fournit à mon district un bon nombre de chrétiens « fervents. »
Le district de Kiang-long comprend 25 stations avec un total de 752 chrétiens ; 34 baptêmes d’adultes, 85 d’enfants de païens ; 1.316 confessions, 928 communions, 8 saints viatiques, 7 extrêmes-onctions ; tels sont les chiffres inscrits au tableau d’administration.
Sur le sud, l’est et le centre de la mission, Mgr Guichard donne les renseignements suivants :
M. Marchand a été remplacé à Pin-yue par M. Motel, et est allé occuper le poste de Houang-pin, au milieu des barbares « He-miao ».
Y-a-t-il des conversions parmi les He-miao ? A cette question M. Marchand, quoique « angevin, répond en bon normand : Dire qu’il y en a, on n’en voit guère ; dire qu’il n’y en a « pas, il y en a tout de même. Si j’avais un catéchiste, je pourrais, en deux ou trois ans, avoir « un bon noyau de néophytes à Houang-pin et à Tsong-gan-hiang. Pour mes « barbares », il « faut trouver un maître barbare ; j’écris à M. Joseph Esquirol pour le prier de m’en envoyer « un de chez lui. En attendant, je me sers d’un nommé Yang-Kin-Pey, qui est brave homme, « et bien vu des gens du prétoire. J’ai pris moi-même un maître de langue. Il est satisfait de « ma prononciation, le sera-t-il de ma mémoire ? Je n’en réponds point. Cependant j’espère « que l’an prochain je pourrai traduire quelques prières en « barbare ». C’est absolument « nécessaire pour réussir, car aucune femme, aucun enfant ne sait le chinois.
« J’ai trois écoles en « Barbarie »; je vais faire tous mes efforts pour obliger mes He-miao « à payer leurs maîtres : ce sera difficile, mais il faut y arriver. Ainsi j’aurai des écoles à bon « marché. »
La campagne, autour de Tou-yun, donne des espérances à M. Darris, malgré les difficultés qui existent nombreuses, là comme ailleurs.
« Cette année, dit-il, j’ai voulu aller de l’avant, malgré mon extrême pénurie de ressources. « Il n’y avait pas à hésiter ; autrement, les bonnes dispositions des nouveaux catéchumènes se « seraient évanouies. Le fer prend toutes les formes quand il est chaud : laissez-le refroidir, et « il devient rebelle aux coups les plus violents. J’ai donc placé deux catéchistes dans la « campagne et un dans la ville. Les deux premiers ont été à la charge des catéchumènes ; le « troisième émarge à mon maigre budget. »
« J’ai un grand nombre de nouveaux convertis, écrit de son côté M. Bacqué, mais ils sont « dispersés dans un rayon de 25 à 30 lieues autour de Tou-chan. Il m’est difficile de les « atteindre tous à de pareilles distances, parce que j’ai des néophytes, baptisés récemment, qui « exigent des soins assidus. Malgré ma bonne volonté, plusieurs chrétiens sont morts sans « sacrements, même à Tou-chan. Il arrive, en effet., que mes chrétiens ne peuvent m’appeler à « temps auprès des malades, parce que je suis en visite d’administration et qu’ils ignorent au « juste l’endroit où je me trouve. »
M. Bacqué voudrait construire un oratoire à San-pang, où il n’y a pas moins de 120 chrétiens baptisés, et où plus de 300 catéchumènes se présentent pour entendre la messe, quand le missionnaire vient faire la visite. La maison du chef de la station ne suffit même plus pour les réunions du dimanche. Notre zélé confrère a baptisé 7 adultes à Ly-po, et escompte de nombreuses conversions de protestants à Hia-se, gros marché situé à 3 lieues de San-pang.
« Le bon Dieu s’est montré très libéral envers moi, cette année, conclut M. Bacqué. J’ai eu « la joie d’administrer 270 baptêmes : 129 d’adultes bien préparés, 11 d’adultes moribonds, « 25 d’enfants de chrétiens et 105 d’enfants de païens. »
De Pin-fa, M. Cavalerie signale 46 baptêmes d’adultes, 212 d’enfants de païens, 21 d’enfants de chrétiens ; 765 confessions, 678 communions, 72 confirmations, 4 extrêmes-onctions et 7 mariages.
M. Bras, missionnaire du district de Tong-tcheou et Lo-hou, écrit le 29 janvier 1905 : « Cette année, le nombre des baptêmes administrés a été de 77, dont 26 d’enfants de chrétiens « et 51 d’adultes. Les 51 baptêmes d’adultes se répartissent ainsi : 24 à Tong-tcheou, 27 à Lo-« hou. Ces chiffres, sans être extraordinaires, suffisent pour me récompenser du travail de « l’année, et me donner du cœur pour la besogne que j’aurai à faire l’an prochain.
« En ce qui concerne Tong-tcheou, j’ai eu l’avantage de succéder à M. Thirion. Cet « excellent confrère, au zèle ardent, à la parole de feu, avait suscité un mouvement de « conversions, qui va en augmentant et dont je commence à recueillir les fruits. Les 24 « baptêmes d’adultes ne sont qu’un début, et, si l’an prochain, il ne souffle pas de vent « contraire, j’espère bien dépasser la trentaine.
« Quant à la région de Lo-hou, il faudrait l’ériger en district séparé et y placer un « missionnaire à résidence fixe. Les néophytes de cette contrée demandent un prêtre à cor et à « cri. On s’exposerait peut-être à les voir reculer en masse, si l’on ne faisait pas droit à leur « requête, qui me paraît tout à fait légitime. »
La mission du Kouy-tcheou a occupé deux nouvelles sous-préfectures, dans le courant de 1905 : M. Dürr s’est installé à Pou-gan-hien, et M. Chanticlair, à Kien-sy-tcheou. Dans ces deux villes, il y a une résidence, un oratoire et une pharmacie.
Les deux séminaires donnent pleine satisfaction aux missionnaires qui les dirigent. Tous les élèves se font remarquer par leur obéissance, leur piété et leur amour de l’étude. Que Dieu daigne leur accorder la grâce de la persévérance dans leur vocation ! Mgr Guichard a ordonné un diacre, cinq sous-diacres et deux minorés depuis un an.
Au mois de février, Sa Grandeur a procédé très solennellement à l’exhumation et à la reconnaissance des restes du B. Pierre Lieou-Ouen-Yuen. Il ne restait plus rien du cercueil de ce glorieux martyr, mais ses ossements étaient parfaitement intacts. A peine exhumées, les reliques ont été transportées en grande pompe à l’église Saint-Joseph de Kouy-yang, et placées à côté de celles du B. Joachim Ho, dans la sacristie de cette église, en attendant qu’on puisse leur trouver un endroit plus convenable.
L’exhumation et la reconnaissance des restes du B. Pierre Ou n’ont pas encore eu lieu, parce que personne ne sait au juste où ils se trouvent enterrés. Les témoignages ne s’accordant pas pour fixer le lieu précis de la sépulture du bienheureux, il faudra sans doute ouvrir plusieurs tombeaux, avec l’autorisation du mandarin, avant de découvrir ses précieuses reliques.
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|