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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Chine
Mission: Mandchourie septentrionale
Rédacteur:Mgr Lalouyer

III. — Mandchourie septentrionale

Population catholique 13.376
Baptêmes d’adultes 1.924
Conversions d’hérétiques 4
Baptêmes d’enfants de païens 1.320
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Le chiffre total des baptêmes a été de 3.796 : soit 1.863 de catéchumènes longuement préparés, 61 d’adultes in articulo mortis, 552 d’enfants de chrétiens et 1.320 d’enfants de païens.
La gerbe de 1.924 baptêmes d’adultes, que nos confrères de la Mandchourie septentrionale apportent cette année, est la plus belle qu’ils aient encore jamais recueillie, et le nombre des catholiques de ce vicariat, qui était de 6.556 en 1898, s’élève maintenant à 13.376. Il a donc plus que doublé dans l’espace de sept ans. Mgr Lalouyer remercie Notre-Seigneur et sa très sainte Mère d’un si heureux résultat, que Sa Grandeur attribue à juste titre, pour une bonne part, au zèle des ouvriers qui travaillent sous sa direction. Mgr de Raphanée donne ensuite un aperçu général des principaux événements de l’année.
Le plus important a été le Jubilé accordé à l’univers catholique par S. S. Pie X, à l’occasion de son élévation au Souverain Pontificat. La période jubilaire s’est ouverte le 8 juin 1904, pour se clore le 8 décembre, fête de l’Immaculée-Conception. Dans tous les districts, les missionnaires ont profité de ce saint temps pour multiplier leurs prédications et préparer les chrétiens à gagner l’indulgence du Jubilé. Ceux-ci, de leur côté, ont su répondre aux exhortations qui leur étaient adressées, en remplissant fidèlement les conditions prescrites pour obtenir cette grâce extraordinaire. La ferveur des bons s’est ravivée, les pécheurs se sont convertis, et les supplications qui sont montées vers le trône de Dieu, pendant ce saint temps, ont, sans doute, mérité aux chrétiens de Mgr Lalouyer la tranquillité inespérée dont ils ont bénéficié, du commencement à la fin de la guerre russo-japonaise.

Après les terribles combats de Leao-iang et de Cha-heu, le vicaire apostolique se demandait s’il devait entreprendre la tournée pastorale qu’il avait en vue dans la province de Tsitsikar. « J’attendis jusqu’au mois de décembre pour décider cette grave question, écrit Sa « Grandeur. Voyant alors que le pays restait calme, j’écrivis aux missionnaires de ladite « province que j’étais résolu à me rendre chez eux pour administrer la confirmation à leurs « néophytes. Je passai la fête de l’Immaculée-Conception à Ghirin et, le 12 décembre, je « quittai cette ville et me rendis à Kouan-tcheng-tse, où se trouve la procure de notre mission. « Le 18 du même mois, j’arrivai par chemin de fer à Harbine, où se fondent deux villes « importantes, dont l’une est russe et l’autre chinoise. Celle-ci se développe et grandit dans la « même proportion que la ville européenne, et le commerce y est déjà florissant. Bon nombre « de chrétiens de la Mandchourie et de la Mongolie, attirés par l’appât du gain, s’y sont « établis ; d’autres ne tarderont pas à arriver. Mon devoir était de pourvoir à leurs besoins « spirituels. Il y a trois ans, un petit terrain fut acheté dans la ville chinoise, avec l’intention « d’y construire un oratoire ; mais le nombre des chrétiens augmentant de jour en jour, j’ai dû « chercher un autre emplacement. Je profitai donc de mon passage à Harbine pour demander « aux autorités chinoises un terrain mieux approprié aux besoins de la situation. Le maréchal « tartare de Ghirin, consulté à ce sujet, eut l’amabilité de m’en offrir un qui faisait « admirablement notre affaire. Je m’empressai de l’accepter. Le contrat d’achat fut signé en « bonne et due forme, et je continuai mon voyage.
« Le 23 décembre, au matin, je passais le Soungari, grand fleuve qui sépare les deux « provinces de Ghirin et de Tsitsikar. Le soir du même jour, j’étais reçu solennellement à « Hou-lan par les autorités civiles et militaires. Ces réceptions solennelles, qui m’ont été « faites dans tous les centres où je me suis arrêté, prouvent les bonnes relations qui existent « aujourd’hui entre les missionnaires et les autorités de la province. Elles ont produit la plus « heureuse impression sur l’esprit de la population païenne.
« Je célébrai les fêtes de Noël à Hou-lan même, où j’eus la joie de confirmer une centaine « de nouveaux chrétiens. Je parcourus ensuite toutes les chrétientés, grandes et petites, des « districts de Pa-ien-sou, Si-ki-tch’ang, Pei-lin-tse et Iu-tsing-kiai. Environ un millier de « personnes furent confirmées. La guerre battait alors son plein. Nos chrétiens, surtout les « nouveaux, ayant encore présente à l’esprit la terrible persécution de 1900, se demandaient « avec effroi ce qu’ils allaient devenir. Ma visite et les paroles encourageantes que je ne « cessais de leur adresser les rassurèrent pleinement. Ceux qui étaient déjà baptisés « redoublèrent de ferveur dans la pratique des devoirs religieux ; les catéchumènes, de leur « côté, se remirent à l’étude de la doctrine avec un nouvel entrain.
« L’année dernière, nous avions eu le bonheur de nous réunir tous à Kouan-tcheng-tse « pour la retraite annuelle. Cette année, nous ne pouvions songer à une réunion générale. La « présence du missionnaire était nécessaire aux chrétiens ; avec lui, ils se croyaient en sûreté. « Une absence prolongée de sa part aurait eu de graves inconvénients. Il fallait donc se « résigner à faire la retraite en deux groupes, et je donnai rendez-vous aux confrères de la « province de Tsitsikar dans la ville de Pa-ien-sou. On était alors au commencement de « février. La retraite s’ouvrit le 13 pour se terminer le 19. Le 25 du même mois, je repassais « le Soungari et rentrais dans la province de Ghirin, où je continuais ma visite pastorale, « administrant le sacrement de confirmation aux néophytes des deux districts de Leao-tien-tse « et de Pin-tcheou, et exhortant les fidèles à donner l’exemple des vertus chrétiennes, ce qui « est et sera toujours la meilleure prédication pour les païens.
« Enfin, le 15 avril, je me retrouvais à Ghirin, d’où j’étais parti le 12 décembre 1904. Ma « tournée pastorale avait duré quatre mois. J’étais brisé de fatigue, mais je surabondais de « joie en pensant au bien qui s’était fait et au progrès admirable de notre sainte religion dans « les pays que je venais de parcourir.
« Sur ces entrefaites, Moukden avait été pris par les Japonais. Les Russes s’étaient repliés « vers le nord et entraient en grand nombre dans la province de Ghirin. Je fis une visite au « vice-roi et aux principaux mandarins de la ville. Mon retour les combla de joie. En effet, ils « craignaient de voir le théâtre de la guerre se transporter dans la province et ils considéraient « ma présence comme un gage de sécurité. Ils en vinrent même j’usqu’à demander ma « protection en cas de besoin. Je leur promis de faire tout ce qui dépendrait de moi pour leur « être utile. A dater de ce jour, nos relations, qui étaient bonnes jusque-là, devinrent « meilleures encore, et les missionnaires ont profité de la sympathie des autorités pour « étendre davantage le règne de Notre-Seigneur. Les païens se sont rapprochés de nous et ont « demandé à embrasser notre sainte religion. Ce qui prouve, une fois de plus, que le bon Dieu « sait tirer le bien du mal.
« La guerre, qui, humainement parlant, devait rendre notre ministère stérile l’a rendu, au « contraire, fécond en fruits de salut. Que Notre-Seigneur et sa très sainte Mère en soient « éternellement bénis ! A l’approche du danger, nous avions imploré leur assistance ; elle « nous a été largement accordée. Dans cent endroits, on a vu surgir des bandes de brigands. « Ces bandits ont exercé le pillage et commis toute sorte d’abominations dans les familles « païennes, tandis que nos familles chrétiennes étaient préservées de leurs rapines et de leurs « violences, au grand étonnement des populations. Puisse cette protection être pour leurs « compatriotes une cause déterminante de conversion ! Je dois ajouter, à la louange des « officiers russes, qu’ils se sont montrés pleins de bienveillance à l’égard de nos néophytes et « n’ont cessé de les protéger de tout leur pouvoir.

« Les conversions, devenant de jour en jour plus nombreuses, je me suis efforcé de « développer l’œuvre du clergé indigène. Dans ce but, M. Cubizolles, directeur de notre petit « séminaire, a été chargé d’en construire un autre plus vaste. Les élèves sont aujourd’hui 29 « et nous donnent toute satisfaction.
« Le grand séminaire est à Ghirin, où je réside ordinairement. En 1904, il nous a donné un « prêtre. Cette année, un autre vient d’être ordonné ; ce qui porte à 4 le nombre de nos prêtres « indigènes. Nous avons en outre 4 sous-diacres, 1 clerc minoré et 5 théologiens. M. Samoy, « tout en administrant la paroisse de Ghirin, leur enseigne le dogme, la morale et le droit « canon. Puissent nos chers lévites être bientôt en état de recevoir la prêtrise et nous aider « ensuite à recueillir une moisson qui s’annonce si belle de tous côtés !
« Le petit séminaire de Siao-pa-kia-tse étant trop éloigné de la partie nord de la mission, « j’ai fondé, l’année dernière, une sorte de succursale de cet établissement à Si-ki-tchang, « dans la province de Tsitsikar, et j’en ai confié la direction au P. Joseph Tien. On y compte « déjà 10 élèves animés des meilleures dispositions.
« Dans ce court aperçu, je me suis efforcé de donner une idée générale de l’état de la « Mandchourie septentrionale. Les rapports des chefs de district fournissent des renseigne- « ments sur la situation des divers postes qu’ils administrent, et permettent d’apprécier les « succès obtenus par chacun des ouvriers apostoliques. Ces succès eussent été bien plus « consolants encore, vu le grand nombre de nos catéchumènes, si le personnel de la mission « n’était si restreint. »

Mgr de Raphanée nous a envoyé une copie des rapports que lui ont adressés les missionnaires. Nous serions heureux de reproduire ici ces intéressants documents, mais comme nous avons inséré in extenso, l’an dernier, les rapports des chefs de districts à la fin de 1904, nous nous bornons à indiquer les chiffres des résultats obtenus, en 1905 dans les principaux centres de la Mandchourie septentrionale :
Ghirin : 81 baptêmes d’adultes ; dont 15 à Ien-ki-kang, préfecture de 3e ordre, située à 400 kilomètres au sud-est de Ghirin et visitée tous les ans, au prix d’énormes fatigues, par le P. Stanislas Pai, titulaire du poste de Tcha-lou-heu.
Siao-pa-kia-tse : 32 baptêmes d’adultes, administrés par M. Cubizolles, qui est tout à la fois curé d’une paroisse de 1.880 âmes réunies dans le même village, et supérieur du petit séminaire, où il doit faire une classe de latin tous les jours ; et qui a eu cette année à surveiller les travaux de reconstruction de son église et de construction du nouveau collège.
Fou-loung-tsuen : 33 baptêmes d’adultes, modeste gerbe recueillie par M. Dubos dans ce district tout nouveau .
I-toung-theou : 55 baptêmes d’adultes. Le district de M. Gérard s’est vu enclavé dans la zone des opérations militaires, immédiatement après la prise de Moukden. Les familles chrétiennes, voire même aussi quelques familles païennes, ont cherché un refuge dans les établissements de la mission, à Iei-heu-tchan, Siao-kou-chan, Ta-kou-chan, I-ma-tchan et I-toung-tcheou. Elles ne trouvaient de sécurité qu’à l’ombre de la croix .
Mouo-pan-chan : 172 baptêmes d’adultes. Le P. Augustin Jen a su entretenir de bonnes relations avec les officiers russes, qui ont protégé d’une manière très efficace les chrétiens de sa juridiction .
Pétouné : 61 baptêmes d’adultes, que M. Joseph Maillard a été heureux d’enregistrer au milieu des alertes continuelles que lui causaient les brigands, plus nombreux dans son district que partout ailleurs.
Kouan-tcheng-tse : 38 baptêmes d’adultes, dans une ville, où, à cause de la cherté des vivres, huit familles ont dû quitter le bercail de M. Monnier, provicaire et procureur de la mission, pour aller se placer sous la houlette d’un autre missionnaire.
Se-kia-tse : 30 baptêmes d’adultes à l’actif de M. Sandrin.
Kou-iu-chou : M. Lacquois a baptisé 80 adultes à Kou-iu-chou ; 39 à Ta-ling ; 70 à Ou-tchang-ting, etc. 244 baptêmes d’adultes ; pour un jeune missionnaire, c’est un magnifique début.
Ou-kia-tchan : 141 baptêmes d’adultes ; dont 98 à Ou-kia-tchan même, résidence de M. Stœffler ; 28 Kao-chan-touen et 15 dans deux autres postes.
Pin-tcheou : 84 baptêmes d’adultes chez M. Mutillod.
Dans la province de Tsitsikar, M. Bourlès compte 188 baptêmes d’adultes à Hou-lan ; M. Delpal 123, à Pa-ien-sou ; le P. Joseph Tien, 45 à Si-ki-tchang, et M. Roubin 165 à Pei-lin-tse.
M. Faure à Neug-an, M. Monestier à Leao-tien-tse, le P. Stanislas Pai à Tcha-lou-heu et M. Guérin à Iu-tsing-kiai se partagent les 432 baptêmes qui manquent pour compléter le chiffre de 1.924 adultes baptisés en Mandchourie septentrionale.



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