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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen occidental
Rédacteur:Mgr Dunand

CHAPITRE III
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GROUPE DES MISSIONS DE L’OUEST
DE LA CHINE

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I. — Su-tchuen occidental

Population catholique 40.000
Baptêmes d’adultes 1.143
Baptêmes d’enfants de païens 19.765
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NN. SS. les Vicaires apostoliques du Su-tchuen ont coutume de faire, tous les cinq ans, le dénombrement de la population catholique de leur mission respective, à moins qu’ils n’en soient empêchés par la persécution.
Mgr Dunand a fait ce recensement au cours du dernier exercice, et Sa Grandeur a constaté que le nombre des chrétiens du Su-tchuen occidental est actuellement de 40.000 environ, comme en 1900. Est-ce à dire que la mission soit restée stationnaire depuis cinq ans ? Non, certes. En effet, il faut tenir compte des vides faits dans les rangs des catholiques par la cruelle persécution de 1902, et de l’émigration au Kan-sou ou au Chan-sy de nombreuses familles chrétiennes, formant un total de plus de 2.000 personnes, que la famine de ces dernières années a chassées du Su-tchuen occidental.

Mgr de Caloë se félicite du changement qui s’est opéré dans les dispositions des mandarins du pays, à l’égard des missionnaires français. Autant ces dispositions laissaient à désirer il y a dix ans, autant elles sont devenues équitables, presque amicales. Aujourd’hui, les missionnaires sont considérés, et les autorités ne refusent plus d’entretenir des relations avec eux. La population, voyant l’estime dont ses « pères et mères » (mandarins) les entourent, commence à avoir une haute idée de la doctrine qu’ils enseignent, et se rapproche peu à peu de ces étrangers qu’elle était habituée à mépriser.
A l’heure présente, on ne compte pas moins de 10.000 païens qui semblent bien déterminés à embrasser la foi catholique. Il serait téméraire d’espérer que toutes ces âmes de bonne volonté arriveront jusqu’au baptême ; néanmoins, il y a lieu de compter sur la persévérance d’un grand nombre.

Mgr Dunand nous invite à parcourir avec lui, cette année, les principaux districts de sa mission. Nous suivrons Sa Grandeur avec un véritable plaisir dans cette intéressante excursion, nouvelle pour nous.
Elle débute par Kan-ky-tchang dans la sous-préfecture de Kouang-gan, à l’extrémité orientale du vicariat. M. Combe, chargé de ce poste, a baptisé 60 adultes. Quoique l’instruction de 1.400 catéchumènes lui prenne beaucoup de temps, notre infatigable confrère a pu achever sa nouvelle église ; l’ancienne, beaucoup trop petite, menaçait ruine.

Dans la préfecture de Chouen-kin, située à l’ouest de Kouang-gan, nous rencontrons les deux grands oratoires de Pong-ky et de Pong-tcheou, bâtis tout récemment pour assurer la persévérance des nombreux adorateurs de la région.
De Pong-tcheou, en nous dirigeant vers le nord, nous arrivons à Lang-pou, où la mission possède une maison, un oratoire, et compte beaucoup de catéchumènes ; puis à Pao-lin, où M. Junier nous fait admirer son église, ses écoles et sa pharmacie. Pao-lin est une ville bourgeoise baignée par un grand fleuve ; le climat y est excellent. C’est là que l’évêque protestant réside d’ordinaire ; il passe l’été dans une agréable villa, construite sur une colline, à quelques kilomètres de la ville. Toute la région a été jadis évangélisée par Mgr Pottier.
Au district de M. Junier se rattachent les divers postes établis dans la sous-préfecture de Tsang-ki, et dont le principal est Kiou-long-chan (montagne des 9 dragons), village situé sur un plateau magnifique, mais d’un accès très difficile. Il y a là un oratoire avec ses dépendances ordinaires.

Pour gagner Yen-tin, nous devons repasser par Pao-lin et faire trois journées de marche. Le mandarin de Yen-tin, qui suscitait des tracasseries à M. Greff et à ses chrétiens, s’est décidé, à la suite d’une entrevue avec Mgr Dunand, à lancer un édit en faveur de la religion catholique. Depuis lors, tout va bien, et les néophytes peuvent fréquenter librement les écoles. Une maison convenable a été achetée dans la ville, et un nouveau district a été formé avec la préfecture de Tong-cheou et la sous-préfecture de Yen-tin réunies.
En obliquant un peu vers l’ouest, nous apercevons, après trois jours de voyage, la ville de Lao-mien-tcheou. Le titulaire du poste n’a pas le temps de s’ennuyer, car il administre 1.200 chrétiens, éparpillés sur une immense étendue de pays, et prépare plus de 1.000 catéchumènes au baptême. Ce cher confrère, épuisé par tant de travaux, a été dangereusement malade, mais sa forte constitution l’a sauvé de la mort.
Bientôt nous atteignons Tsong-pa, grand marché coupé en trois par les bras du fleuve qui descend de Long-gan. C’est là que s’accumulent toutes les médecines recueillies sur les montagnes du nord de la province, et qui sont destinées à être transportées au loin pour le soulagement de l’humanité souffrante. On y voit d’immenses magasins, bondés de ces herbes merveilleuses, au dire des Chinois ; de ces simples dont la vertu est au-dessus de tout ce que l’on peut imaginer. La mission a enfin réussi à acheter une maison à Tsong-pa, après avoir lutté, pendant de longues années, contre l’hostilité des maires du marché.

A la sortie de Tsong-pa, en inclinant encore à gauche, nous arrivons à la sous-préfecture de Gan-hien. Le curé de l’endroit construit une église assez spacieuse pour abriter, le dimanche, les nombreux chrétiens et catéchumènes de la ville et des environs.
Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur l’élégante église de Sieou-chouy-ho, qui se trouve sur notre route, nous atteignons Mien-tcho, ville riche et élégante. Il y a là une nombreuse chrétienté, et l’oratoire peut à peine contenir les fidèles, les jours de fête. A proximité de la ville, se trouve un marché, célèbre par ses nombreuses papeteries. Plusieurs des chefs de fabrique ont demandé le catéchuménat avec un bon nombre de leurs employés.

Les deux séminaires de la mission se trouvent dans une vallée de la sous-préfecture de Pen-hien, à 10 lieues de Mien-tcho. Mgr Dunand n’a qu’à se féliciter du bon esprit qui règne dans ces établissements et du zèle intelligent avec lequel ils sont dirigés.

De Pen-hien, passons à Kouan-hien, ville célèbre par ses eaux qui arrosent la grande plaine du Tchouan-sy. Peu de chrétiens à l’intérieur des murs ; mais le missionnaire trouve abondamment de quoi s’occuper dans la région qui s’étend depuis Kouan-hien jusqu’à Song-pan, et qui est habitée par des « barbares ». Le district forme un immense ruban, sur lequel sont échelonnées quatre stations ayant toutes une résidence convenable. Il y a dix ans, un Européen n’aurait pu, sans imprudence, s’aventurer dans cette contrée ; aujourd’hui, le missionnaire y est connu et respecté.
La ville de Tien-tsuen est située dans un pays montagneux, sur la limite ouest de la mission. Les catholiques de ce district avaient eu maille à partir avec les protestants, soutenus par un ministre américain. Grâce à l’intervention des païens, le différend avait fini par s’arranger. Cependant le sous-préfet de Tien-tsuen ne cessait de faire une guerre sourde aux néophytes ; il exigeait qu’ils contribuassent aux superstitions, et il se permit même, un jour, de mettre à la cangue un nouveau converti qui n’avait pas empêché son fils de recevoir le baptême. M. Bons d’Anty, consul de France, fit destituer cet étrange magistrat. Avec son successeur, tout marche à merveille ; la station, suffisamment bien aménagée, compte déjà plus de 100 néophytes et 760 familles de catéchumènes.
Le missionnaire de Tien-tsuen administre aussi le poste de Tai-pin-tchang, malgré la distance qui l’en sépare.

Hâtons-nous d’arriver à Su-lin et à Gan-yo, districts du sud de la mission. Su-lin est une ville sacro-sainte pour les Chinois, car c’est la patrie de Kouan-yin, grande déesse de l’empire. Chaque année, on s’y rend en pèlerinage. Trois mois durant, la cité regorge de pieux visiteurs, venus de tous côtés pour vénérer le berceau de cette femme féerique, dont la vie ne saurait être proposée comme modèle. Le chef du district est M. Bottereau, qui a pour auxiliaire le Père Tchang.
A Gan-yo, MM. Piel et Ambroise n’ont vraiment pas le temps de s’ennuyer. M. Piel, sans négliger la visite de ses ouailles, rebâtit l’église et la résidence de Che-yang-tchang, que les boxeurs avaient brûlées en 1902. Gan-yo est situé au milieu de collines infestées de brigands, qui se dérobent facilement à la poursuite des soldats. Pour se protéger contre les attaques de ces bandits, M. Piel organise un vrai fort, dans l’enceinte duquel se trouvera l’église, et où, en cas d’alerte, pourront se réfugier tous les fidèles. M. Ambroise est spécialement chargé de la paroisse de la ville et des stations environnantes. Vu le grand nombre de ses chrétiens et catéchumènes, notre cher confrère demande un auxiliaire que Mgr de Caloë ne peut lui envoyer, car il n’a personne sous la main.

Ici s’arrête notre excursion. En ce qui concerne les autres districts du Su-tchuen occidental, Mgr Dunand rend témoignage au bon esprit des chrétiens et au zèle des missionnaires, qui ne négligent rien pour maintenir les fidèles dans la ferveur et gagner les païens au bon Dieu. Sa Grandeur nous fait visiter ensuite les œuvres établies à Tchen-tou, chef-lieu de la mission. Notre visite commence par le poste deYn-kia-pa, dans la banlieue de la capitale. Le curé de cet intéressant district supplie son évêque de lui donner un vicaire pour l’aider à recueillir la riche moisson qui pousse autour de son église.
Entrons maintenant dans Tchen-tou, dont la population est de 600.000 habitants. C’est une ville commerçante, mais surtout bourgeoise, où il y a beaucoup de bien à faire. Pourquoi faut-il que les résultats ne répondent point aux sacrifices que la mission s’impose ? Mandarins, lettrés, commerçants, rentiers, tous connaissent la religion catholique ; ils en admirent la doctrine ; ils savent que les missionnaires viennent en Chine, non pour exploiter les mines, les chemins de fer, etc., mais pour convertir les âmes. Et ils s’en tiennent là. Jadis, Confucius gémissait sur l’insouciance de ses concitoyens touchant leur destinée future. S’il revenait en ce monde, il constaterait que le caractère des Chinois est demeuré ce qu’il était de son temps.
Il y a à Tchen-tou 4.000 chrétiens environ. Sans être riches à proprement parler, ils font néanmoins bonne figure à côté des païens.
Les deux hôpitaux de la mission marchent très bien. Celui des pauvres est situé hors des murs, près de la porte nord de la ville. Cet établissement est destiné aux païens malades et sans ressources, qui y sont hébergés et soignés gratis. La plupart de ceux qui entrent à l’hôpital reçoivent le baptême avant de mourir, quand ils ne guérissent pas. A côté de cet hospice, se trouvent le catéchuménat des femmes et le grand orphelinat des filles. Comme le site est très salubre, Mgr Dunand y a installé tout récemment une école de catéchistes.
L’hôpital français est situé à l’intérieur de la ville. Grâce au dévouement des Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie et du médecin qui prodigue ses soins intelligents aux malades, l’établissement jouit d’une excellente réputation à Tchen-tou. Le vice-roi lui-même y envoie ses malades : militaires, officiers de sa maison, etc., et tous les Chinois admirent l’abnégation des Sœurs.
Pour les hommes, la mission a quelques internes qui, sous la direction du docteur français, ont soigné cette année 3.600 malades. Les religieuses, de leur côté, ont visité ou soigné 28.000 personnes infirmes. Leur dispensaire est très fréquenté, et elles ont eu le bonheur d’ondoyer 200 enfants in articulo mortis.

Les petits Frères de Marie ont une quarantaine d’élèves dans leur école de français.
Malgré certaines lacunes, que la pénurie des ressources ne permet pas de combler immédiatement, cette école est appelée à devenir très prospère. Elle passe déjà pour être la mieux tenue des écoles de français qui existent à Tchen-tou. En effet, à côté de l’école des Frères, il y a celle du vice-roi, qui est dirigée par un chrétien de Shanghaï, et celle des Anglais, qui compte plus de 100 élèves. Sans doute, on ne peut guère s’attendre à un grand nombre de conversions parmi les élèves des Frères, qui, presque tous, sont fils de mandarins; mais il est permis d’espérer que ces jeunes gens apprendront, du moins, à estimer la religion catholique et la France ; ce qui sera un résultat très appréciable.



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