| Année: |
1905 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen oriental |
| Rédacteur: | Mgr Chouvellon |
II. — Su-tchuen oriental
Population catholique 51.861
Baptêmes d’adultes 1.932
Baptêmes d’enfants de païens 11.614
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La mission du Su-tchuen oriental a vu sa population catholique passer de 34.000 à 51.000 en cinq ans. Cette augmentation extraordinaire est due, en partie, à l’excédent des naissances sur les décès chez les chrétiens ; mais elle provient surtout des baptêmes d’adultes qui ont été administrés pendant ce laps de temps. Mgr Chouvellon en bénit Dieu, le Sacré-Cœur et Marie-Immaculée.
La gerbe que les ouvriers apostoliques du Su-tchuen oriental sont heureux et justement fiers d’offrir, cette année, au Maître de la moisson, se compose de 1.932 baptêmes d’adultes, 58.866 confessions répétées et 64.809 communions de dévotion. Ces chiffres témoignent du zèle des missionnaires et de leurs auxiliaires indigènes.
La récolte du riz a été manquée dans la plupart des districts de la mission ; de nombreux chrétiens ont souffert de la famine, et la fièvre typhoïde a emporté une foule de ces malheureux torturés par la faim.
« Que c’est triste, écrit un confrère, d’habiter au milieu de pauvres gens qui meurent de faim ! La tête m’en fait mal ; je n’en dors plus. » Mais Dieu, qui sait toujours tirer le bien du mal, a permis que la famine et l’épidémie fussent, pour un bon nombre de païens adultes et d’enfants moribonds, la cause de leur salut éternel, car ils ont été ondoyés avant de paraître devant Dieu.
Les massacres du Thibet et les victoires des Japonais ont occasionné, au Su-tchuen oriental, une effervescence qui aurait pu donner lieu à des troubles très graves ; d’autant plus que les esprits étaient excités par un journal quotidien, le Je-pao, tout à la dévotion des Japonais. Cette feuille mena, pendant plusieurs mois, une campagne très vive contre les Européens, contre les chrétiens, voire même contre le gouvernement chinois. Anarchiste et révolutionnaire avant tout, elle ne parlait de rien moins que de renvoyer l’empereur en Mandchourie ; de brûler tous les mandarinats où habitent les tyrans du peuple ; de chasser tous les étrangers ou de s’en défaire d’une façon quelconque ; et ensuite, d’inaugurer une ère nouvelle, l’ère de la liberté pour tous, « sur le modèle de la grande révolution française (sic) ». Deux fois la panique fut grande à Tchong-king : les boutiques se fermèrent, tout commerce cessa. En effet, le Je-pao annonce, un beau matin, qu’une armée anglaise, conduite par le vice-roi des Indes, s’avance à travers le Thibet pour s’emparer du Su-tchuen et massacrer tous les habitants de la province ; un autre jour, il annonce que les canonnières de l’Europe ont remonté le fleuve Bleu jusqu’à Y-tchang, et qu’elles vont envahir le Su-tchuen ; bientôt elles seront sous les murs de Tchong-king : c’en est fait de la province !! Les mandarins, sérieuse-ment avertis par les consuls, comprirent enfin qu’il était de leur devoir d’agir. Le directeur du journal fut arrêté et conduit sous bonne escorte à Tchen-tou. Le lendemain, les bureaux du Je-pao étaient fermés ; la feuille avait vécu.
L’école de français que dirigent les petits Frères de Marie, à Tchong-King, s’est ressentie de l’état de malaise et d’inquiétude qui a régné toute l’année au Su-tchuen, et la jeunesse studieuse attend des jours plus calmes pour faire choix d’une école. L’hôpital catholique, très apprécié de la population, est surtout fréquenté par les petites gens qui y sont soignées gratuitement .
L’œuvre des séminaires progresse d’année en année, et les élèves méritent de grands éloges pour leur application au travail. Dieu aidant, le vicariat du Su-tchuen oriental aura, dans un avenir prochain, toute une nouvelle génération de prêtres indigènes pieux, zélés et instruits.
Comme Mgr Chouvellon nous le faisait espérer l’an dernier, la mission a maintenant son journal, la Vérité, qui a été bi-mensuel en 1905 et qui deviendra hebdomadaire, à partir du 1er de l’an chinois, en 1906. Il se publie sous la direction de M. Gourdon, et ne compte pas moins de 2.000 abonnés.
Mgr de Dansara nous donne ensuite des détails très intéressants sur quelques-uns des districts de sa mission. Nous sommes heureux de reproduire ce que nous avons trouvé de plus saillant.
M. Landes, doyen d’âge des missionnaires, a été transféré, pour raison de santé et sur sa demande, du poste de Fou-tcheou dans une modeste station, située à la campagne, loin du bruit et du tracas des affaires.
M. Pons, curé de la cathédrale de Tchong-king trouve que ses paroissiens valent mieux que leur renommée ; mais il regrette qu’il n’y ait pas, dans la ville, assez de maisons de commerce et d’ateliers tenus par des patrons chrétiens, pour y placer tous les jeunes gens dont il a la charge ; car ils sont obligés trop souvent de chercher un emploi ou d’apprendre un métier auprès de maîtres païens, au grand détriment de leur âme. Notre zélé confrère a reconstruit et agrandi, cette année, son hospice-refuge, ouvert à toutes les personnes dignes de pitié, sans distinction de religion. Catholiques, protestants et païens l’ont aidé de leur bourse à mener à bien ce travail considérable
A Su-tin, M. Décomps est très satisfait de la ferveur de ses 580 chrétiens ; détail bien édifiant, il a enregistré plus de 5.000 communions de dévotion. « Les premiers vendredis de chaque mois, dit-il, sont célébrés ici à l’égal des grandes fêtes. »
M. Leroy exige que le catéchisme soit bien appris et bien compris avant d’admettre un catéchumène au baptême ; c’est ce qui explique comment il n’a pu baptiser que 36 adultes, depuis un an. Il promet de faire beaucoup mieux l’an prochain, car les nouveaux convertis abondent dans son district et étudient la doctrine avec ardeur.
M. Derouin lutte toujours contre les agissements des hérétiques et des sociétés secrètes. « Malgré tous mes ennuis, dit-il, j’ai eu le bonheur de baptiser 30 adultes. La chrétienté de « Chan-kio-pa, surtout, me donne bon espoir. Parmi les adultes baptisés depuis peu, dans cette « station, je dois citer Ly-Oui-Chan, ancien catéchumène du temps de M. Eyraud. Comme « toute sa famille était païenne, il s’était construit, après son baptême, une petite cabane non « loin de sa maison, pour y réciter ses prières. Il y avait disposé avec goût les images que je « lui avais données ; c’était son oratoire. Au mois de mai, il se trouve subitement indisposé et, « le lendemain en se levant pour réciter l’Angelus de midi, il tombe à terre. Deux « catéchumènes, à qui il enseignait les prières, se précipitent à son secours. « Laissez-moi, « leur dit-il, je vais mourir. Vous ne pouvez pas réciter les prières des agonisants, vite, récitez « le Confiteor, le Pater et l’Ave. Pendant que les deux hommes s’exécutent, le bon vieux rend « son âme à Dieu, en prononçant les saints noms de Jésus et de Marie. Sa mort a fait « impression dans le pays, et aujourd’hui, plusieurs membres de la famille Ly, y compris un « vieillard de quatre-vingt-quatre ans, étudient la doctrine. »
« M. Fleury, nouvellement chargé du poste de Ho-tcheou, s’excuse de ne pouvoir donner qu’une « idée approximative » de son district. Il a baptisé 28 adultes préparés par M. Cazaban, son prédécesseur, à Ho-tcheou, qui lui a succédé comme professeur au grand séminaire.
De Ta-tsiou, M. Roulland signale un arrêt dans le mouvement des conversions du côté de Kou-long-ho. En revanche, notre confrère a beaucoup d’espoir du côté de Ong-ki-miao et de Long-choui-tchen.
M. Pirot s’est appliqué à mieux faire observer le repos du dimanche dans les stations de Choui-ia-tang et de Pee-ko-chou, et il y a pleinement réussi. Les écoles de son district ont été fréquentées par les enfants des chrétiens avec plus d’assiduité que les années précédentes. Ce cher confrère vient d’être appelé à Lan-tchouan, poste laborieux entre tous. Nos vœux et nos prières l’y accompagneront.
M. Théodore Cacauld accuse 134 baptêmes d’adultes et 980 d’enfants moribonds à Tchen-kia-ouan. Le nombre des chrétiens de son district a doublé au cours des cinq dernières années. Que Dieu donne force et courage à notre zélé confrère qui termine son rapport par cette humble déclaration :
« Le mouvement des païens vers nous a commencé sous mon prédécesseur, qui aurait pu le « diriger mieux que moi. Je ne suis guère fait pour gouverner un si vaste district, dont la « responsabilité pèse de plus en plus sur mes faibles épaules. Je ne refuse pas de travailler, « oh ! non, mais ce sont les mille préoccupations que me donnent les nouveaux chrétiens qui « me tuent. »
M. Tournier signale un progrès réel dans la ville de Ly-chan, où, en 1901, il n’y avait qu’une seule famille chrétienne et où il vient de baptiser 47 adultes, dont 3 seulement à l’article de la mort : « Les protestants ont dû déguerpir, dit notre confrère, et actuellement ils « n’ont plus que trois adeptes en ville. »
M. Palafre poursuit avec entrain l’évangélisation de Tong-hiang, et les 24 baptêmes d’adultes qu’il enregistre prouvent que son zèle est loin d’être infructueux. « Je vois, dit-il, « mon petit oratoire devenir de jour en jour plus petit, trop petit même ; je rassure mes « chrétiens en disant que l’évêque leur construira une belle église, quand ils seront devenus « encore plus nombreux.
« Depuis mon arrivée à Tong-kiang, je ne fais guère autre chose qu’instruire et faire « instruire. A l’instruction, je tâche de joindre la prière pour obtenir la bénédiction divine, « sans laquelle tout enseignement reste stérile. Mes chrétiens s’unissent à moi et demandent à « entrer dans l’Apostolat de la prière. »
M. Déléon, dès sa première tournée apostolique dans les montagnes du Su-tin, a inscrit 850 adorateurs. « C’est un minimum, dit-il, que j’ai marqué, car le nombre réel dépasse 1.000. « Les nouvelles recrues paraissent bien disposées. Ce sont des gens simples, cultivateurs pour « la plupart, qui ne demandent qu’à sauver leur âme (kieou lin houen). Puisse le résultat final « répondre à un si heureux commencement ! « Il m’a été donné, ajoute M. Déléon, de goûter « la plus douce joie en baptisant un jeune homme bien instruit, bien préparé. C’était le « premier adulte que je baptisais. De plus, le père de ce jeune homme vient de faire sa « première communion. Que Dieu est bon pour son pauvre petit missionnaire ! Misericordias « Domini in œternum cantabo. »
Parmi les prêtres chinois qui travaillent sous sa direction, Mgr Chouvellon signale, en premier lieu, le P. Ignace Hia qui a obtenu 108 baptêmes d’adultes ; ensuite, les PP. Paul Tao, Paul Ouang, Simon Hiong et Paul Yang, qui en ont enregistré respectivement 67, 37, 56 et 63. Le vénéré vicaire apostolique termine son compte rendu par une demande pressante de renfort, car, au Su-tchuen oriental comme dans la plupart de nos missions, on peut dire, en toute vérité, que si la moisson est abondante, les bras manquent pour la recueillir : Messis quidem multa, operarii autem pauci.
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