| Année: |
1905 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Yun-nan |
| Rédacteur: | Mgr E. Maire |
CHAPITRE IV
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GROUPE DES MISSIONS DU SUD
DE LA CHINE
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I. — Yun-nan
Population catholique 9.550
Baptêmes d’adultes 200
Baptêmes d’enfants de païens 2.838
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« Depuis deux ans, écrit M. E. Maire, provicaire de la mission, nous jouissons d’une tranquillité ininterrompue, fait assez rare pour mériter une mention spéciale ; et il me semble que c’est le cas ou jamais de vous proposer une excursion rapide à travers notre cher Yun-nan, qui défraye actuellement la presse et l’opinion.
« Suivons, si vous le voulez bien, l’ordre chronologique et pénétrons dans la mission par l’éperon septentrional qui nous soude au Su-tchuen ; nous trouvons là le point de l’infiltration catholique au Yun-nan.
RÉGION DU NORD
« Figurez-vous un amas confus de montagnes abruptes avec leur crêtes bizarres et irrégulières ; des vallées étroites épousant les formes capricieuses de ces montagnes qui les enserrent : et vous aurez une idée de la partie du vicariat que nous appelons le bas Yun-nan, et qui représente une superficie de onze étapes, du nord au sud, de treize à quatorze étapes, de l’est à l’ouest.
« Pendant près de trente ans, le reste de la province demeurant fermé à l’évangile par suite des incursions périodiques des Lolos et de la révolte des musulmans, l’effort des missionnaires se concentra presque exclusivement sur cette pointe nord. Nous y comptons aujourd’hui six districts, administrés par quatre missionnaires et deux prêtres indigènes.
Long-ky (le torrent du dragon). — Cette vallée longue, étranglée, fut le berceau du catholicisme au Yun-nan. C’est là que résida Mgr Ponsot et que s’écoula toute sa carrière (1843-1880) : là aussi que, à l’abri d’épaisses forêts, dissimula son existence le séminaire des missions du Su-tchuen et du Yun-nan. Aujourd’hui. M. Ringenbach est l’héritier et le continuateur de ces vieilles gloires.
« Jadis le district de Long-ky comptait plus de 700 chrétiens. Depuis que la manie du déboisement à outrance a rendu improductifs tous les versants des montagnes, des émigrations successives ont réduit ce chiffre à 370. Comme il ne reste guère que quelques familles païennes dans la vallée, le rôle du missionnaire consiste surtout à conserver et à amender les positions acquises.
« Depuis plus d’un demi-siècle, le district possède une école de garçons, une école de filles et un orphelinat.
Tchen-fong-chan (ville en mont). — « Le district de Long-ky se trouve au milieu de deux autres, Tchen-fong-chan et Fou-kouang-tsen. A cinq lieues au nord-est de l’ancienne résidence épiscopale, sur les flancs d’une haute montagne, sont disséminées les familles qui composent la chrétienté de Tchen-fong-chan. M. Fortin y jouit, sans se déplacer, d’une vue superbe.
« La beauté du site décida M. Huot à y fonder le collège de la mission (1850). Les grands arbres de la montagne assuraient l’incognito qui fut de rigueur jusqu’à l’époque des traités. Une chrétienté de 6 à 700 âmes ne tarda guère à surgir ; c’était l’âge d’or de ce petit coin de terre. Plus tard, l’imprévoyance chinoise, en dépouillant les sommets de leur riche parure, tarit les sources de la fécondité ; les années de disette se succédèrent sans interruption, et la population émigra au Kouy-tcheou. Les invasions répétées des Lolos indépendants activèrent encore cet exode. Enfin le collège ayant été transféré à la capitale en 1883, le nombre des chrétiens ne fit que décroître pendant vingt ans. A la suite de la tourmente de 1900, un mouvement de conversions s’est produit et il s’accentue de jour en jour. Déjà le chiffre total des baptêmes s’élève à 605 et promet de grandir progressivement. Par malheur, les catéchumènes sont très dispersés. M. Fortin se dépense avec beaucoup de zèle pour leur formation religieuse ; mais les résultats seraient bien plus consolants s’il y avait un autre missionnaire avec lui.
« A Tchen-fong-chan, nous avons deux écoles, deux orphelinats, des baptiseurs et des baptiseuses.
Fou-kouang-tsen (le bourg de la brillante félicité). —« Au nord-ouest de Long-ki se trouve Fou-kouang-tsen, petite ville assise en amphithéâtre sur la rive du fleuve Bleu. Tout y respire encore l’enfance. En effet, elle vient de s’ouvrir au catholicisme en haine des protestants qui tentaient de s’y établir. Quelques dizaines de familles, tant de la ville que de la banlieue, ayant manifesté le désir de se faire chrétiennes, MM. Salvat et Fortin, déjà très occupés dans leur district respectif, se rendirent à leur appel et leur firent de courtes visites. Que n’avions-nous alors un missionnaire disponible pour seconder l’action de la grâce dans ces âmes de bonne volonté !... C’est seulement au mois de juillet dernier qu’un jeune prêtre chinois a pu être affecté à cette nouvelle station. Une résidence, suffisante pour le début, a été achetée en ville ; une trentaine de nouveaux convertis ont déjà reçu le baptême, et le nombre des catéchumènes augmente toujours.
Tien-pa-teou (la plaine aux rizières). — « Disons adieu aux postes frontières et avançons vers le sud. Après neuf lieues de chevauchée, nous apercevons, à droite, Pa-eul-ngay ; à gauche, Tien-pa-teou. Ces deux postes séparés par le Ta-kouan-ho, affluent du fleuve Bleu, commandent l’un la région de l’ouest, l’autre celle de l’est, en amont et en aval de la rivière.
« Une étroite vallée, et, dans un de ses renfoncements, une antique maison chinoise : tel est l’apanage du bon P. Simon, Chinois « vieux style », lui aussi. La population chrétienne qu’il administre est sobre, laborieuse, et chez elle la foi est une tradition : mais l’esprit de prosélytisme lui fait un peu défaut. Aussi le chiffre global des fidèles reste-t-il stationnaire. Cette année il est de 529.
Pa-eul-ngay (la roche aux sansonnets). — « Vers 1840, un chrétien de Lou-tcheou, nommé Ngan, plus riche en postérité qu’en écus, s’échouait avec sa famille à Pa-eul-ngay, en pleine gentilité. La fortune s’obstinait à fuir le logis. Notre homme dit un soir à sa femme : « Le bon Dieu ne nous bénit pas, c’est clair ; ne serait-ce pas parce que nous ne faisons rien « pour Lui ? J’ai souvent entendu dire que recevoir un missionnaire à son foyer porte bonheur. « Si nous invitions le P. Kou (Mgr Fenouil) de Tien-pa-teou, à venir passer chez nous deux ou « trois jours... ? — Y penses-tu ? la provision de riz est épuisée, où prendre des sapèques « pour en acheter ? — J’emprunterai, s’il le faut, mais je veux essayer. »
« Ce qui fut dit fut fait : le missionnaire vint et un noyau de chrétienté se forma. D’abord annexe de Tien-pa-teou, Pa-eul-ngay a été érigé en district en 1871 : il compte actuellement 550 chrétiens. Les fils des émigrés de Lou-tcheou sont devenus gros propriétaires ; l’un d’eux est, depuis de longues années, catéchiste et maire de la localité.
Ko-koui (l’élite des batailleurs). — « Continuant notre route vers le sud, après trois jours de marche par monts et par vaux, nous débouchons brusquement en face d’un castel moyenâgeux. Vous reconnaissez de prime abord l’œuvre du chevalier-apôtre, le regretté M. Chicard.
« L’aspect martial, d’ailleurs, n’est pas spécial à ce poste. Long-ky, Tchen-fong-chan, Tien-pa-teou ont leurs enceintes plus ou moins fortifiées, nécessaires jadis, pour abriter missionnaires et chrétiens contre les irruptions des brigands. C’est le cachet d’une époque.
« La sentinelle vigilante de la tour du guet à Ko-koui est actuellement M. Barnabé. Les 1.205 chrétiens qu’il doit administrer, avec l’aide d’un vicaire indigène, prouvent que son rôle ne se borne pas à veiller ; 1.167 confessions, le soin de six écoles, la visite des malades dans cinq stations éloignées et d’accès difficile, supposent de sa part un emploi du temps aussi consciencieux que possible.
« Dans ces districts du bas Yun-nan, le catholicisme a depuis longtemps conquis le droit de cité ; la foi y est profonde et agissante chez les fidèles. Aussi est-ce là que se recrutent d’ordinaire les religieuses indigènes qui dirigent nos écoles et nos orphelinats. Il serait bien à désirer que là surgit, parallèlement, une pépinière de catéchistes et de maîtres d’écoles, pour toute la partie chinoise de la mission.
RÉGION DU CENTRE
Tchao-tong (l’espace lumineux). — « Depuis douze jours, notre œil n’a rencontré que pentes et escarpements : un changement de décor s’impose. Voici enfin une plaine digne de ce nom. Tchao-tong, ville industrielle et commerçante, s’élève au centre d’un vaste plateau, remarquable par sa fertilité et qui devrait être le grenier d’abondance de tout le nord du vicariat. Malheureusement, l’absence des routes et la cherté des transports condamnent ses productions à être consommées sur place. De là une modicité de prix, une facilité d’existence, qui attirent les émigrants. Les éléments les plus hétérogènes s’y coudoient sans fusionner : Chinois, Lolos, Miao-tse, Musulmans surtout. C’est précisément de cette diversité que naît le gros obstacle à l’évangélisation ; c’est aussi ce qui explique comment une ville très populeuse, pourvue depuis un demi-siècle de missionnaires zélés, d’écoles bien tenues, ne donne pas les résultats qu’on pourrait en attendre.
« Le chiffre des chrétiens de la ville et des stations annexes est de 488.
« Par contre, la contrée de Tchao-tong fournit à la Sainte-Enfance un vaste champ d’action : les orphelinats de garçons et de filles sont constamment remplis ; les baptiseurs et les baptiseuses font chaque année une ample moisson d’âmes.
« M. Le Garrec, titulaire du district, l’a enrichi d’une belle et grande église : puisse-t-elle émouvoir les cœurs des pauvres infidèles après avoir frappé leurs regards ! Pour gagner leur sympathie et accroître l’influence française, notre cher confrère a ouvert une école de sciences européennes, qui fonctionne avec succès depuis deux ans.
Tong-tchouan (le fleuve oriental). — « Les plaines, au Yun-nan, sont aussi rares que les beaux jours dans la vie ; on n’y arrive pas sans efforts. A peine a-t-on quitté le plateau de Tchao-tong, qu’un nouveau contrefort se dresse en étages superposés et nous condamne à cinq journées de sport pour atteindre le second plateau, à une altitude moyenne de 2.500 mètres. C’est là que se trouve la ville préfectorale de Tong-tchouan, dont l’origine est fort ancienne. Jadis capitale indépendante de He-man (Lolos noirs), puis tributaire, à de courts intervalles, des dynasties Tang et Min, elle ne fut définitivement réduite qu’en 1280 par le terrible Koubilay, fondateur de la dynastie mongole. Faut-il attribuer à l’atavisme, ou à l’âpreté du climat, la rudesse et l’humeur combative des habitants ? Un fait certain, c’est qu’il eût été imprudent pour un Européen de s’attarder dans cette ville avant 1877, époque où Mgr Fenouily prit pied. On n’y conteste plus à la religion catholique le droit de cité et les catéchumènes y sont assez nombreux. Le nombre des chrétiens baptisés, d’après la dernière feuille d’administration de M. Bonhomme, n’est cependant que de 195.
Lou-pou (fief du seigneur Lou). — « De la ville, le catholicisme s’est propagé sur les plateaux environnants. Nous ne quitterons pas la région sans avoir salué au passage M. Souyris, qui réside à Lou-pou.
« Lou-pou ne compte encore que 198 baptisés ; mais 80 familles et plus ont affiché la tablette catholique et aspirent à la régénération. Hoc opus, hic labor ! L’amour de l’indépendance et l’aversion pour l’étude sont encore plus accentués chez ces montagnards que chez l’habitant de la plaine. Leur inculquer le minimum d’instruction requis exige un vrai tour de force. Entre temps, M. Souyris fait le siège d’une préfecture de second ordre, Kiao-kia, ville frontière à l’ouest. Un catéchiste pharmacien s’est déjà introduit dans la place et y prépare les voies au missionnaire.
RÉGION DE L’EST
« Les chrétientés que nous avons visitées jusqu’ici, sauf Tong-tchouan et Lou-pou, appartiennent à la période initiale de l’évangélisation : celles qu’il nous reste à voir, à peu d’exceptions près, sont du domaine de l’histoire contemporaine ; elles sont postérieures à 1873, c’est-à-dire à la révolte des musulmans.
« En quittant la plaine de Tong-tchouan, un coude brusque vers l’est nous accule à un massif montueux, qu’on ne franchit pas en moins de quatre jours de marche. Le cinquième jour, on atteint la préfecture de Ku-tsin, qui donne son nom à la plaine environnante.
La juridiction de cette ville embrasse un territoire immense : elle commande, en effet, à huit préfectures de seconde classe, lesquelles comptent chacune plusieurs sous-préfectures. Le catholicisme s’est largement propagé dans six de ces préfectures ; une septième est entamée : seule celle de Tchan-y-tcheou n’a pas ouvert ses portes. Parlons d’abord de la plaine de Ku-tsin.
« Le précurseur du Messie, dans cette contrée, fut un portefaix du nom de Tsao. Pris de maladie au cours d’un voyage au Su-tchuen, il eut la bonne fortune de rencontrer un chrétien qui le fit hospitaliser à Long-ky. Là, notre homme reçut le double bienfait de la régénération spirituelle et de la guérison corporelle.
«Rentré chez lui, il se mit à divulguer parmi son entourage les grâces qu’il avait reçues, comme autrefois les deux aveugles de Pérée : Illi autem exeuntes, diffamaverunt eum in totâ terrâ illâ. La semence, ainsi jetée, tomba sans doute sur une terre féconde, puisqu’en 1877, c’est-à-dire sept ans après, cinq missionnaires suffisaient à peine aux besoins spirituels des convertis. Hélas ! pourquoi a-t-on dû négliger cette riche moisson ? Un si grand nombre de néophytes eût exigé une phalange de catéchistes instructeurs... On ne pouvait l’improviser. Par surcroît d’infortune, le décès de plusieurs confrères obligea le vicaire apostolique à retirer
quatre ouvriers de Ku-tsin, pour leur confier l’administration de chrétientés déjà formées, et il n’a pas été possible de reprendre en sous-œuvre la formation de ces catéchumènes abandonnés. Apparemment, un certain nombre d’entre eux n’auraient pas persévéré : mais aujourd’hui encore, beaucoup persistent à se dire sectateurs d’une religion dont ils ne savent que quelques mots. Quand pourrons-nous les instruire ?
San-pé-fou-in (village fortifié des 300 familles). — « Dans la ville de Ku-tsin, la mission a placé une pierre d’attente, en acquérant un local provisoire. Il faudrait là un catéchiste zélé pour amorcer les païens ; il est introuvable. La tête du district est actuellement San-pe-fou, gros bourg situé au centre de la plaine. De là, M. Badie est censé administrer tout le pays qui occupait jadis cinq missionnaires. Que peut le zèle le mieux trempé en face d’obligations si disproportionnées ? Notez que San-pe-fou possède un orphelinat important, qui demande beaucoup de soins.
I-o-fong. (le nid d’abeilles). — « En passant par Pé-che-ngay, ancienne résidence du regretté M. Mury, aujourd’hui privée de pasteur, nous traversons le pays pittoresque de Pé-tchai-kou, où le zélé M. Doyon recruta autrefois de nombreux adeptes. Mais voici I-o-fong, la ruche où se concentrent toutes les affections de M. Tapponnier.
« En 1883, les Lolos de ce village se disputaient la propriété d’un cimetière sans arriver à s’entendre. Quelqu’un émit l’idée de s’en remettre à l’arbitrage de M. H. Maire, installé depuis peu à Pé-tchai-kou ; tous aussitôt d’applaudir. Mais qui dit arbitrage dit expertise ; l’expertise eut un résultat autre que la conciliation des plaideurs : elle les convertit. Les localités voisines ayant suivi l’exemple de I-o-fong, force fut bien d’y créer une résidence. Il ne serait pas difficile de reculer indéfiniment les limites de ce district, de le dédoubler même. M. Tapponnier, pénétré de l’adage « qui trop embrasse mal étreint », a limité son action. Former d’abord quelques centres foncièrement chrétiens, sur lesquels il s’appuiera ensuite pour de nouvelles conquêtes, tel est son plan de campagne. Les 360 fervents catholiques, ainsi préparés, témoignent de sa diligence, en même temps qu’ils font l’éloge de sa stratégie.
Pin-y (relais en plaine). — « Pin-y, ville frontière près du Kouy-tcheou, offre cette particularité, peu enviable d’ailleurs, que le missionnaire, faute d’assistants, n’y célèbre que des messes privées ». Les intrigues des notables n’ayant pas réussi à empêcher notre pénétration en ville en 1878, ces messieurs ont si bien circonvenu leurs concitoyens, qu’aucun d’eux n’a, jusqu’à ce jour, mis les pieds dans la chapelle. En revanche, plusieurs stations rurales ont déjà porté à 400 le chiffre des baptisés, et 300 catéchumènes prouvent la continuation de la marche ascendante. C’est le P. Ma, un converti de l’islamisme, qui administre Pin-y.
Siao-pou-tsé (petite forteresse). — Quelques mots seulement de ce district, où le P. Chen, prêtre chinois, dirige 173 chrétiens avec 35 familles de catéchumènes, dont la conversion mérite d’être racontée. Un propriétaire influent de la localité, du nom de Sen, fut amené à se faire chrétien par des relations de parenté avec certains néophytes de San-pé-fou. L’exemple, comme toujours, devint contagieux. Aussi M. Birbes, d’heureuse mémoire, s’empressa-t-il en 1883 d’acheter la maison qui sert de résidence. A partir de cette époque, l’embryon de chrétienté se développait progressivement, lorsqu’en 1898, l’opposition brutale d’un chef indigène vint arrêter son élan. Depuis sept ans, toutes nos démarches pour mettre cet individu à la raison étaient restées sans effet. Tout récemment, sur l’ordre exprès du vice-roi, devant qui nous avions interjeté appel, une sentence équitable a été rendue. Espérons que, libre désormais de toute entrave, l’arbre continuera de grandir.
« Chrétientés aborigènes. — Sans quitter la juridiction de Ku-tsin, une courte chevauchée nous fait pénétrer sinon dans un nouveau monde, au moins dans un monde nouveau. Le pays n’a pas changé d’aspect : ce sont toujours les hauts plateaux avec leurs incessantes ondulations ; mais la physionomie des naturels, le langage, les mœurs, le costume, tout y contraste avec le type chinois.
« Le pourtour du Yun-nan à l’est, au sud et à l’ouest, comporte une large zone frontière qui l’isole des régions circonvoisines Cette zone est le boulevard, ou mieux le refuge des nombreuses peuplades aborigènes refoulées peu à peu depuis six siècles, par le flot envahisseur des Chinois. Dire le nombre des tribus ainsi dépossédées n’est pas chose facile. En 1550, le Lan-tchao, histoire la plus autorisée de l’antiquité au Yun-nan, en comptait jusqu’à cinquante-six. Quoi qu’il en soit de leur origine et de leur histoire, qui appartiennent à l’ethnographie, plusieurs tribus sont, depuis vingt ans, entamées par le catholicisme. Le siège n’a été ni long ni laborieux. Victimes de l’oppression, ces peuplades accueillent volontiers celui qui leur témoigne de la sympathie ou personnifie une sauvegarde. Quatre districts sont d’ores et déjà constitués, comprenant chacun 20 ou 30 villages, avec une moyenne de 2.000 prosélytes par district. Ce sont, par ordre chronologique, la région de Lo-pin-tcheou, où M. Maire habite Toud-za ; la région de Lo-lan-tcheou, partagée entre Lou-mey-y, résidence de M. Vial, Hay-y, résidence de M. Rossillon, et Long-ngy-tsin qui n’a pas encore de titulaire. Dix nouveaux ouvriers apostoliques, venant à la rescousse, s’assureraient vite une clientèle semblable ; car les aborigènes embrassent volontiers notre sainte religion. Mais il y a loin, très loin, entre agréer et professer le catholicisme. Autant l’indigène, doux et maniable par tempérament, semble fait pour obéir, autant il est léger et superficiel. Exempt de convoitise comme d’ambition, il professe une profonde indifférence pour les choses intellectuelles. Épris de la vie en plein air, et d’ailleurs mal doué pour l’étude, il semble né pour exercer la patience de ses éducateurs.
« La première difficulté vient de la langue : pour les femmes, les enfants et bon nombre d’hommes, la langue chinoise est aussi incomprise que le sanscrit. Le premier devoir du missionnaire est donc de s’assimiler l’idiome du pays. Mais cet idiome varie indéfiniment, voire même d’une localité à l’autre. En second lieu, l’enseignement du catéchisme et des prières serait singulièrement facilité par des livres écrits en langue indigène. Pourquoi imposer aux catéchumènes l’étude du chinois qu’ils abhorent, puisqu’ils possèdent une écriture, ou mieux des écritures ? Hélas ! la traduction des livres de doctrine suppose une connaissance approfondie des deux langues, qui ne peut s’acquérir qu’après de longues années. Enfin, le missionnaire, possédât-il le don de bilocation, serait encore impuissant à instruire tant de localités éparses ; car la formation d’une seule communauté chrétienne exige un travail assidu de plusieurs années.
RÉGION DU SUD
Mong-tse. — « Mong-tse est la première ville qu’on rencontre en venant du Tonkin. Située à deux jours de la frontière sud-est, son occupation par nous en 1893 fut le corollaire obligé de l’inauguration d’un consulat français. Là, comme à Pin-y, la municipalité xénophobe nous contesta le droit de cité avec tant d’opiniâtreté, qu’un achat régulier de maison, conclu dès le principe, n’est ratifié et légalisé que depuis trois mois. Là aussi, la population a été si bien prévenue contre nous, qu’aucun habitant ne s’est encore converti. Cependant, les 200 Européens qui y travaillent à la construction de la ligne Haï-fong — Yun-nan-sen, et un hôpital central, requièrent la présence d’un missionnaire. Tout en s’occupant des étrangers, M. Gaudu a ouvert une station indigène non loin de la ville ; mais la maladie l’ayant forcé de se rendre à Hong-kong, il a été impossible de le remplacer.
Ou-se-tchong, Lo-to-ké. — « Les aborigènes de la montagne, Miao-tse, Ad-je, Long-jen, et autres, ne partagent pas, fort heureusement pour nous, l’antipathie des citadins de Mong-tse. MM. de Gorostarzu et Kircher ont conquis à la foi, l’un à Ou-se-tchang, l’autre à Lo-to-ké, une centaine de villages. Nos deux confrères sont littéralement débordés.
RÉGION DE LA CAPITALE
« Partis des frontières du Su-tchuen au nord, nous avons visité le centre, touché à l’est aux confins du Kouy-tcheou et du Kouang-si, et nous sommes au sud-est, à quelques pas du Tonkin. Comme il n’y a rien à dire du sud et du sud-ouest, encore inexplorés, hélas ! il ne nous reste plus qu’à inspecter l’ouest, en passant par la capitale.
Tong-hai (lac sans fond). — « Mong-tse est une sentinelle avancée en pleine gentilité ; il ne nous faut pas moins de cinq journées de marche pour atteindre Tong-hai, poste chrétien situé environ à égale distance de Mon-tse et de la capitale. Une première tentative d’évangélisation y avait été faite en 1884 ; elle fut malheureuse. A la nouvelle des premières conversions, les autorités de cette sous-préfecture suscitèrent une tempête qui emporta tous les germes naissants. Le désir de relier Mong-tse à Yun-nan-sen provoqua en 1896 un nouvel essai qui réussit .
« Au milieu d’une plaine exiguë, sur les rives d’un lac charmant (que les Chinois appellent tong-hai, c’est-à-dire mer sans fond, parce qu’il est alimenté uniquement par des eaux jaillissantes), s’étalent deux sous-préfectures coquettes, distantes au plus de deux lieues l’une de l’autre. Le catholicisme a pris possession de ces deux villes, mais Tong-hai bénéficiant de la priorité d’adhésion, aussi bien que de sa situation sur la route mandarinale, est resté chef-lieu du nouveau district. Depuis deux ans, les conversions se multiplient dans la banlieue ; l’avenir semble gros de promesses, et un missionnaire européen ne manquerait pas d’activer le mouvement. Par considération pour le chauvinisme chinois, on y a placé d’abord un vieux prêtre indigène, qui ne donne d’ombrage à personne. On compte actuellement 123 chrétiens et 422 néophytes à Tong-hai, c’est un début consolant.
Yun-nan-sen. — « Bâtie en l’année 765 de l’ère chrétienne par Ko-Lo-Fong, roi indigène ; seconde capitale du Lan-tchao (Yun-nan) sous les dynasties des Mong et des Touan, pendant quatre cent cinquante-deux ans, avec des alternatives d’occupation passagère sous les Tang, les Song et les Min ; conquise par le Mongol Koubilay en 1253 ; définitivement annexée à l’empire chinois par Kang-hy (1665), Yun-nan-sen est actuellement la capitale de la province du même nom.
« Lorsque Mgr Fenouil, alors simple missionnaire, y aborda en 1863, le catholicisme n’était représenté que par quelques familles indigentes, émigrées du Kouy-tcheou et du Su-tchuen. La révolte musulmane battait alors son plein ; les insurgés commandaient en maîtres dans la ville. En dix ans d’un apostolat laborieux, on n’enregistra qu’une conversion, celle d’une vieille matrone chinoise. La sédition une fois étouffée dans le sang, on commença à respirer.
Depuis qu’elle a pénétré à la capitale, la religion catholique y a été constamment contrecarrée par le gouvernement provincial. Après la publication des traités, l’opposition légèrement déguisée, n’en a été ni moins tenace ni moins pernicieuse. Nous ne comptons encore que 511 chrétiens baptisés à Yun-nan-sen.
Œuvres. — « Dieu merci, les ruines accumulées en 1900 ont partout fait place à des constructions nouvelles. L’évêché s’est relevé en 1903-1904, dans des conditions de solidité qui défient le temps, si des facteurs étrangers ne viennent pas accélérer sa destruction. L’église paroissiale a gagné en élégance. Les écoles et l’orphelinat restaurés fonctionnent bien. Seule, l’école de français ne s’est pas rouverte, pour des raisons indépendantes de notre volonté.
« Le collège Saint-Joseph a transmigré au nord de la plaine, dans un site de choix. La bénédiction solennelle de sa jolie chapelle gothique, le 14 août dernier, a clos l’ère des constructions. Grâce à l’ampleur des nouveaux bâtiments, le nombre des élèves latinistes s’est accru de 15. C’est donc un total de 36, dont 3 théologiens ; nous n’avions encore jamais atteint ce chiffre. L’habile direction de M. Ducloux continue à entretenir chez les élèves un excellent esprit. Je dois mentionner encore l’ordination, faite le 29 décembre 1904, d’un nouveau prêtre chinois ; ce qui porte à 14 le nombre de nos auxiliaires indigènes.
Mi-tsao (le val au riz). — « Un rêve depuis longtemps caressé, mais toujours irréalisable, consistait à doter le centre de la mission d’une ceinture de succursales. Pour cela, il eût fallu rayonner à plusieurs journées de marche. La pénurie des missionnaires, jointe au désir de répondre aux appels les plus pressants, a constamment réduit le personnel de la capitale au minimum strictement requis. Quelques jalons ont été plantés à Mi-tsao, au sud-ouest. Seul, ce dernier poste a pu être pourvu d’un prêtre chinois, qui s’applique à grossir sa communauté néo-catholique de 150 âmes.
« Je dois dire que S. E. Tin, vice-roi actuel du Yun-nan, et, à son exemple, les hautes autorités provinciales, sans nous témoigner de sympathie (ce qui serait inouï de la part des mandarins chinois), se sont résignés franchement à traiter chrétiens et païens sur le pied de l’égalité, au moins au contentieux. Faut-il que l’esprit public ait évolué, pour leur permettre une telle innovation, sans les compromettre devant l’opinion ! Il y a bien encore en province quelques mandarins vieux style, qui se refusent à emboîter le pas ; mais ce sont des exceptions.
RÉGION DE L’OUEST
« Il est grand temps de compléter notre exploration par la visite de l’ouest, que nous ferons en voyageant à cheval, à cause de l’état rudimentaire des chemins, et aussi par économie. Soit que nous prenions Ta-ly pour objectif, soit que nous nous orientions vers Kiou-ia-pin, il nous faut chevaucher d’abord pendant douze à treize jours en pleine gentilité. Ces deux groupes de chrétientés sont, en effet, comme deux oasis au centre d’un immense désert : visitons le plus éloigné pour commencer. Avant 1900, trois de nos confrères étaient préposés aux trois districts de Kiou-ia-pin, Ma-chang, Ta-tien-kai. Présentement, M. Leparoux dirige les deux premiers ; le troisième est le lot de M. Duffau.
Kiou-ia-pin. — « J’aimerais à vous annoncer la fin du malheureux procès auquel donna naissance, en 1884, la persécution de Kiou-ia-pin ; le moment n’en est pas venu. Bien que, par esprit de conciliation, la mission ait renoncé à toute indemnité pour ses pertes personnelles ; bien que l’accord de 1901 ait sanctionné le droit des chrétiens d’actionner leurs persécuteurs et de leur réclamer des dommages-intérêts : en dépit enfin du bon vouloir de nos gouvernants, l’affaire reste indécise. Remise sur le tapis, tout récemment, pour la vingtième fois, elle n’a abouti qu’à une nouvelle enquête, dont le résultat paraît aléatoire. Pourtant, il importe d’obtenir une sentence acceptable, si l’on veut empêcher la ruine complète de cette station. Un certain nombre de familles ruinées ont émigré ailleurs. Cette affaire, vieille de vingt et un ans, est la seule, dans toute la mission, qui reste pendante.
Ma-chang. — « Moins éprouvé que son voisin, le poste de Ma-chang s’est aussi mieux gardé de la déchéance.
Ta-tien-kai (le marché de la grande rizière). — « Sont-elles assez bizarres ces barques rectangulaires, style baignoires, à fond plat, aux bords relevés...! et combien incommodes lorsqu’il s’agit de s’y encaquer avec sa monture...! Qu’y faire, puisqu’il n’y a pas d’autre moyen d’aborder à Ta-tien-kai ? M. Duffau est roi sur la rive droite du fleuve Bleu, comme M. Leparoux, son voisin, sur la rive gauche. Les 205 chrétiens baptisés qui composent sa clientèle sont loin d’épuiser son activité, et les 17 recrues, péniblement embauchées au cours du dernier exercice, étanchent mal sa soif de conquêtes. A vrai dire, l’entreprise est ardue. Comme toute région frontière, la contrée abonde en hommes sans aveu, plus soucieux d’échapper aux recherches de la police locale qu’aux remords de leur conscience. En outre, l’opium exerce là ses ravages en grand ; car c’est le pays par excellence de ce dangereux poison. Enfin, la chaleur moyenne de 35 à 40 degrés centigrades à l’ombre n’est pas pour réagir contre l’apathie. Ce qui rassure, c’est 1’immensité du territoire confié à M. Duffau ; tôt ou tard la semence évangélique y rencontrera quelque terre féconde. Notre confrère nous prévient que pour serrer la main aux missionnaires de l’ouest, il nous faudra voyager cinq jours par des routes détestables.
« Le groupe de l’ouest comprend les quatre districts de Ta-ly, Ta-pin-tse, Pien-kio, Iang-py, que nous allons passer successivement en revue ; commençons par le chef-lieu.
Ta-ly-fou. — « Le curé de la ville est M. Leguilcher. Saluons au passage ce vénérable vétéran de l’apostolat, dont un demi-siècle de luttes n’a pas refroidi le zèle.
Sa résidence en ville fut construite par un frère de Tou-Ouen-Siou, le faux roi de Ta-ly. Nouvellement implantée dans la ville, la religion catholique n’a pu y faire encore de bien grandes conquêtes: 129 chrétiens et 90 catéchumènes représentent surtout le contingent de l’immigration. Des tentatives répétées sur l’élément indigène n’ont donné que de très minces résultats.
« Placées aux extrêmes limites de la civilisation, les populations de l’ouest ne sont pas encore entrées dans le courant de libéralisme qui fait évolutionner la Chine. De plus, la race des Min-kia, qui peuplent les environs de Ta-ly, paraît réfractaire, à l’évangélisation. Pourtant des conversions récentes à Mi-tou, Tchao-tcheou et autres lieux circonvoisins, pourraient bien être le signal de la détente. Puisse la divine Providence jeter un regard miséricordieux sur cette intéressante région, et nous conserver longtemps encore le vénéré provicaire, qui en est l’âme malgré ses soixante-dix-sept ans !
Ta-pin-tse (le vaste plateau). — « Des trois districts qui gravitent autour de Ta-ly-fou, Ta-pin-tse est de beaucoup le plus ancien : son origine est antérieure même au sacre de Mgr Ponsot. Jadis, il ne recevait annuellement qu’une courte visite du P. Houang, un vieux prêtre chinois de Tchong-king, dont le district était... le Yun-nan.
M. Huot y fit ses premières armes : plus tard, la sage administration de Mgr Leguilcher en fit un modèle de chrétienté ; depuis quinze ans, M. Piton y travaille avec zèle. Les choses allaient au mieux jusqu’à ces dernières années ; trop bien même, pour que le diable n’essayât pas de les brouiller.
« Depuis longtemps, la région de Ta-pin-tse était un foyer de peste bubonique ; les comptes rendus accusaient périodiquement une diminution dans le nombre des fidèles. A l’instigation de M. Piton, un vœu solennel ayant été fait à la sainte Vierge, depuis une dizaine d’années, le fléau a cessé ses ravages, au moins dans la communauté chrétienne ; car les païens continuent à déplorer annuellement de nouveaux décès.
Pien-kio (versant). — « M. Liétard ne compte encore que quelques mois de séjour dans l’ouest, et déjà il s’y est acquis une grande réputation : voici à quel propos. Une tribu lolo, odieusement tyrannisée par un lettré chinois, nommé Tchang, défendait vainement devant, les tribunaux son indépendance et ses droits de propriété, usurpés depuis plus de vingt ans. Le voe victis est un mot bien vieux, mais qui n’a rien perdu de son actualité. Donner raison à des indigènes obscurs et méprisés contre un Chinois riche, lettré et très roublard, surpasse le maximum d’impartialité des mandarins ; les Lolos perdirent tous leurs procès. En dernier ressort, porte au tribunal du vice-roi, l’affaire était terminée par une sentence favorable aux opprimés. Mais il fallait faire exécuter l’arrêt du tribunal, faire rendre gorge à Tchang-Kong-Ie et nul n’osait. Cependant plusieurs de ces familles lolos, qui avaient embrassé le catholicisme, ne cessaient d’importuner M. Leguilcher de leurs appels d’intervention. M. Leguilcher, après des démarches réitérées près du préfet de Ta-ly, sentait bien que celui-ci avait été trop hypnotisé par les lingots de Tchang-Kong-Ie, pour se résoudre jamais à une contrainte par corps envers l’inculpé : l’affaire paraissait sans issue.
« Sur ces entrefaites la nomination de M. Liétard au poste de Pien-kio coïncidant avec un ordre d’enquête juridique dû à l’intervention officieuse du consul de France, la question change subitement d’aspect. La commission, composée de deux sous-préfets et de M. Liétard, relève en quelques jours des griefs si nombreux et si énormes à la charge de Tchang-Kong-Ie, que la peine de mort devait s’en suivre à bref délai. Du coup, le préfet de Ta-ly dut lâcher son protégé. Tchang, l’homicide, le voluptueux, l’escroc, subitement pris d’attrition, avoua ses méfaits et consentit à réparer ses torts. Ce succès juridique a eu un retentissement énorme, et un effet immédiat ; 2.000 Lolos se sont déjà rangés sous la houlette protectrice de M. Liétard. Un des villages convertis vient même de céder la pagode communale au Père, pour en faire une église. Par voie de conséquence, Pien-kio et Pé-ien-tsin, les deux anciens postes principaux du district, se sont piqués d’émulation, et semblent vouloir secouer leur torpeur traditionnelle. Voilà un beau début. Il ne faudrait pas, sans doute, tabler sur ces fleurs printanières pour escompter une récolte extraordinaire ; bien des fruits n’arriveront pas à maturité. Du moins est-il permis de rapporter à Dieu la gloire du commencement et de lui en demander le couronnement.
Yang-py (au large). — « Une dernière pointe poussée vivement, au sud, vers Yan-py, mettra fin à notre longue excursion. Je n’aurai garde de vous promener à Cha-fong-tsen, Mon-hoa, Yong-tchang-fou, Che-tien, Ten-ué et autres lieux qui rentrent dans le périmètre de Yang-py : le P. Sié qui administre cette contrée peut prolonger ses chevauchées jusqu’à la frontière de la Birmanie sans enfreindre la loi de la résidence. Le temps nous manque pour suivre cet itinéraire de vingt jours. Qu’il me suffise de dire que récemment conquises à la foi, grâce au zèle du regretté M. Terrasse, ces diverses stations ont été ruinées par la tempête de 1883 qui coûta la vie à notre confrère. On conçoit aisément quelle somme de fatigue exigent les 120 survivants de la tourmente, éparpillés sur une telle étendue de pays. A vrai dire, le rôle du prêtre indigène se borne là, à témoigner de la prise de possession et à y maintenir le drapeau, jusqu’à l’arrivée d’un renfort.
« Une ère nouvelle s’ouvre-t-elle pour la Chine ? Je n’oserais l’affirmer. Toujours est-il que les succès du Japon commencent à dessiller les yeux des Chinois. Ils se demandent si leur fameuse civilisation ne comporterait pas quelques lacunes ; ils soupçonnent que le progrès européen a du bon. Ce n’est encore qu’un soupçon d’évolution, mais il existe. En ce qui nous concerne, les 13.000 adorateurs enrôlés au cours du dernier exercice témoignent hautement d’une volte-face de l’opinion. Il y a là une mine à ciel ouvert, dont le rendement doublera, triplera même le chiffre de nos baptisés, si elle est bien et dûment exploitée. Ce résultat dépend, après la grâce de Dieu, de deux conditions très réalisables : du zèle des missionnaires pour l’instruction des catéchumènes et la formation d’un personnel enseignant, et l’arrivée de nombreux auxiliaires. Il nous faut des ouvriers, beaucoup d’ouvriers, pour remplir les vides considérables que laisse subsister le canevas de notre occupation en pays conquis. Il en faut pour former les néophytes dont le nombre grandit chaque jour ; il en faut encore, puisque les temps sont propices, pour occuper les immenses régions du sud et de l’ouest du vicariat, qui restent inexplorées. »
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