| Année: |
1906 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-si |
| Rédacteur: | Mgr Lavest |
IV. — Kouang-si
Population catholique 3.434
Baptêmes d’adultes 481
Conversions d’hérétiques 4
Baptêmes d’enfants de païens 216
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« Le grand événement de l’année, écrit Mgr Lavest, a été la réunion plénière des missionnaires qui a eu lieu à Nanning. Depuis onze ans, nous n’avions pas pu faire de retraite tous ensemble, à cause des troubles qui rendaient les voyages impossibles ou, du moins, très dangereux. La retraite des confrères se faisait par groupes de trois ou quatre. Cette année, non seulement nous avons eu le bienfait d’une retraite commune, mais il nous a été permis de nous entendre pour préciser ou modifier quelques points de l’administration.
« En outre, il a été décidé que nous nous réunirions ainsi une fois tous les deux ans, au centre de la mission, pour y vaquer aux exercices spirituels et adopter d’un commun accord les mesures qui nous paraîtraient utiles ou nécessaires.
« Les prêtres indigènes n’ont pas été oubliés. Ils viendront, eux aussi, à Nanning, pour faire leur retraite en commun, une fois tous les deux ans, en alternant avec les missionnaires.
« Tout s’est très bien passé à notre réunion, qui a duré quinze jours, et chacun a regagné son poste, le cœur joyeux et rempli d’une nouvelle ardeur.
« La bénédiction de l’église du Sacré-Cœur, que je vous annonçais dans mon dernier rapport, a eu lieu le 24 juin, en présence de tous les confrères.
« J’avais entrepris la construction de l’édifice, avec seulement la moitié de la somme requise pour exécuter le plan depuis longtemps arrêté. Ma confiance en la bonne Providence n’a pas été vaine. Un bienfaiteur anonyme est venu, juste à point, combler notre déficit ; sans lui, il nous eût été impossible de livrer la nouvelle église au culte et, surtout, de bâtir les deux tours qui en sont le plus bel ornement.
« Naguère encore, il ne nous eût pas été possible de bâtir une pareille église à Nanning, mais les idées ont changé depuis quatre ou cinq ans, et les dispositions de la population sont devenues meilleures. L’église du Sacré-Cœur, cathédrale du Kouang-si, solidement assise sur des bases de près de quatre mètres de profondeur et dominant, avec ses deux tours, la ville et ses environs, attend maintenant ses cloches qui inviteront les habitants à venir chercher auprès d’elle la lumière et la vie qui leur manquent.
« Le 8 septembre, je bénissais l’église de l’« Étoile-du-Matin », bâtie par M. Coste, à Tai-pin, avec non moins de goût que d’économie. Elle a trois nefs et une tour magnifique. Nous avons aujourd’hui cinq églises au Kouang-si : à Nanning, Si-lin, Long-niu, Long-tcheou et Tai-pin.
« A côté des joies, les tristesses. Bien que la tranquillité semble rétablie dans la province, les pirates sont loin d’être anéantis. Dans l’est et le sud, de nouvelles bandes de voleurs se sont organisées et on a dû envoyer des troupes pour les disperser. Sur certains points, le long du fleuve Si-kiang, les pillages et les meurtres sont encore très fréquents.
« Ajoutez à cela que la sécheresse désole le pays et que la famine est à nos portes. Dans une quantité d’endroits, la moisson a péri sur pied, faute de pluie.
« En septembre 1905, un prophète s’est révélé à Nanning et y a semé la terreur. Il annonçait que, le 15 de la 8e lune, c’est-à-dire le 1er octobre, un nouveau déluge submergerait la ville et ravagerait toute la province. Le « tao-tai » (intendant), à qui il fut présenté, le fit tout d’abord mettre en prison, mais il s’empressa de le relâcher quand, un beau jour, le ciel se couvrit de nuages et que l’eau commença à tomber.
« Au mois d’août dernier, le commissaire des douanes d’Ou-tcheou est venu à Nanning pour traiter, avec le « tao-tai », la question de l’ouverture définitive du port au commerce international. Il est resté ici tout un mois et les délibérations ont abouti à un accord complet. On n’attend plus que l’approbation de Pékin. »
Mgr de Sophène met ensuite sous nos yeux le tableau des progrès réalisés au Kouang-si, depuis six ans :
1900 1901 1902 1903 1904 1905 1906
Baptêmes d’adultes 110 278 427 415 519 451 332
Bapt. d’adultes à l’art. de la mort » » » » » 160 110
Baptêmes d’enfants de fidèles 39 93 59 95 123 198 149
Baptêmes d’enfants de païens. 75 189 140 166 113 274 208
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TOTAUX 224 560 626 676 755 1.083 799
Population catholique 1.526 1.816 2.232 2.568 2.844 3.201 3.434
Sa Grandeur nous donne aussi le texte de la circulaire que M. Bapst, nouveau ministre plénipotentiaire de la République française à Pékin, a adressée à tous les supérieurs des missions de Chine : « Désigné par le Président de la République comme ministre « plénipotentiaire de France en Chine, j’ai pris aujourd’hui la direction de la légation. Je « m’attacherai, comme mes prédécesseurs, à ne rien laisser péricliter des droits et des devoirs « que confrère à la France, dans ce pays, le protectorat religieux là où il lui est remis. J’ai, « d’ailleurs, la confiance que Votre Grandeur facilitera ma tâche par son esprit de conciliation « et de prudence. Pour répondre au désir général qui m’a été exprimé par le département, à « mon départ de Paris, sous une forme très pressante, je serais heureux que les relations entre « la légation et votre vicariat ne fussent pas limitées aux seuls cas où l’action directe du « représentant de la France auprès du gouvernement impérial devient nécessaire. Il est utile « que je puisse me faire une idée particulière et précise des conditions où la mission que vous « dirigez exerce son action. A cet effet, je serais heureux, si vous vouliez bien entretenir, avec « la légation, une correspondance régulière et suivie, qui ne serait pas forcément limitée aux « questions religieuses, mais qui toucherait à toutes les affaires locales. ( politiques, « personnelles ou économiques ), dont une notion serait susceptible de m’intéresser. Par le « contact direct que vous entretenez avec ce peuple chinois, vous êtes, en effet, mieux placé « que personne pour me renseigner, de première main, sur les idées et les besoins d’une « population qui se laisse difficilement connaître et deviner. Je n’ai pas besoin de dire que la « discrétion la plus absolue, de la part de la légation, vous est assurée. Je vous exprime, « d’avance, mes remerciements pour une collaboration qui me serait précieuse, et j’y joins « l’expression de ma haute considération. »
A ces données générales fournies par Mgr de Sophène, nous ajoutons les détails suivants, extraits du compte rendu de Sa Grandeur.
M. Renault, pro-préfet apostolique, qui réside à Koui-lin, a baptisé 53 adultes et ne compte pas moins de 70 catéchumènes, dont la plupart recevront bientôt le sacrement de la régénération. C’est M. Renault qui s’occupe de toutes les affaires religieuses du bas Kouang-si devant les tribunaux. Sa santé a été légèrement éprouvée au mois de juin, mais un séjour de quelques semaines à Hong-kong lui a redonné des forces. Il a réussi à acquérir quelques maisons près de sa résidence. C’est là un grand pas de fait vers le but à atteindre : construire une chapelle et, à côté, une école pour les filles avec un catéchuménat pour les femmes.
« Je n’ai d’espoir que dans les « Yao » des montagnes, écrit M. Pélamourgues, titulaire de « Iun-fou, mais les moyens d’action me font défaut. Si M. Dalle pouvait me fournir un de ses « catéchistes, il me tirerait de l’embarras où je me trouve, et j’aurais bientôt des conversions.
« J’ai ondoyé quatre enfants à Iun-fou ; j’aime à croire que ces petits anges intercèdent au « ciel pour leurs compatriotes. Parmi eux, une petite fille, morte peu après son ondoiement, « avait été enterrée tout près de la résidence. Or, le cercueil fut exhumé et le corps jeté sur le « bord du chemin. Les païens ont voulu voir, sans doute, si les yeux de l’enfant n’avaient pas « été arrachés. Ceux qui ont violé sa tombe sauront, du moins, que nous n’arrachons pas « toujours les yeux des enfants avant de les enterrer, comme le bruit en court dans toute la « Chine,
M. Dalle enregistre 43 baptêmes d’adultes et 36 d’enfants de païens, à Lo-iong. « La « situation de mon district, durant l’exercice qui prend fin, dit-il, a encore été assez troublée. « En effet, notables et païens ont souvent traduit en paroles et en actes leur haine pour la « religion catholique et nos néophytes. Les autorités, sous des dehors équitables, ont laissé « percer, en mainte occasion, leurs véritables sentiments. Nuire à la religion, amener les « catéchumènes à l’apostasie et rendre au missionnaire la position intenable, tel est leur but « avéré, sinon avoué. En outre, le démon a fait pénétrer la discorde dans le bercail, sous de « futiles prétextes. C’est ainsi que mon petit troupeau, semblable à un navire désemparé, a « subi de multiples avaries. A l’heure actuelle, j’ai des chrétiens dans les trois sous-« préfectures de Lo-iong, Liou-tchen et Tchong-tou. La situation générale est plutôt difficile, « mais je trouve ma consolation en me disant : Si Dieu est pour nous, qui donc sera contre « nous ? »
« La situation qui nous est faite à Siou-yen, écrit de son côté M. Ducœur, devient de jour « en jour plus intolérable. Les mandarins, qui se succèdent ici avec une rapidité « extraordinaire, affichent des dispositions de plus en plus hostiles à notre égard. Pendant « mon voyage à Nanning, des bruits de persécution se sont répandus et ont jeté l’épouvante « parmi les néophytes, dont quelques-uns n’osent plus pratiquer ouvertement les devoirs « religieux. »
La gerbe de M. Rué, à Siang-tcheou, est, comme d’habitude, très bien fournie ; elle se compose de 35 baptêmes d’adultes bien instruits, de 18 d’adultes moribonds et de 30 d’enfants de païens. Tels sont les chiffres et les renseignements que donne le rapport de Mgr Lavest sur les districts de l’est de sa mission. Jetons un coup d’œil, maintenant, sur ceux du sud.
Dans la grande ville de Ou-tcheou, il y a plus de dix ministres protestants, avec écoles et hôpitaux, qui n’ont pas encore, paraît-il, beaucoup d’adeptes. Les chrétiens n’y sont pas encore nombreux, mais on y compte 70 catéchumènes. C’est un bon noyau que M. Auguin travaille activement à développer, tout en dirigeant une école de français.
A Pi-nan, M. Crocq serait l’homme le plus heureux du monde s’il avait les catéchistes, les maîtres d’école, et aussi les ressources qui lui manquent pour mettre ses œuvres sur un excellent pied. Cette année, il a été occupé une bonne partie du temps à la construction d’un grand oratoire dans une de ses principales chrétientés. Il accuse, néanmoins, 22 baptêmes de catéchumènes et 2 d’adultes in articulo mortis. « Comme on peut le voir, écrit-il, ma gerbe « est assez modeste, en comparaison de celle de l’année dernière. A quoi faut-il attribuer cette « diminution ? Tout simplement au surcroît de travail que m’a occasionné la construction de « ma chapelle de Se-voui, car j’ai dû remettre à plus tard l’instruction d’un grand nombre de « catéchumènes. L’état de mon district est toujours très satisfaisant ; je vais essayer d’y « établir la dévotion au Sacré-Cœur. »
M. Héraud, chef du district de Koui-pin, a ouvert deux nouvelles stations, depuis un an, et, avec le concours du P. Jacques Ou, son vicaire, a baptisé 45 adultes. M. Poulat en a régénéré 34 à Koui-hien. « L’an dernier, dit ce dernier confrère, j’avais, à Koui-hien, un « mandarin qui était la crème des hommes ; or, il a été remplacé par un autre qui « a le diable « au corps ». Plusieurs fois déjà, il a fait de violentes sorties, en plein prétoire, contre les « chrétiens qui ont abandonné le culte des ancêtres pour suivre la religion des étrangers. Cette « attitude hostile ne laisse pas que de produire un fâcheux effet sur les catéchumènes. Un « certain nombre d’entre eux ont battu en retraite ; d’autres, tout en restant attachés au « christianisme, montrent moins de fidélité à l’assistance aux prières et à l’étude de la « doctrine. Le district a, néanmoins, gardé sa marche ascendante : l’an dernier, j’avais 340 « chrétiens ; j’en ai 383 cette année. »
Des affaires graves ont surgi dans le district de Ta-ou-tong, que dirige M. Humbert, et il est à craindre qu’elles ne nuisent à la propagation de l’Évangile.
M. Albouy a obtenu 11 baptêmes de catéchumènes, 4 d’adultes moribonds et 16 d’enfants de païens, à Nanning, chef-lieu du groupe du centre. Au dispensaire, tenu par les Sœurs de Saint-Paul, 7.600 malades ont été soignés, pendant cet exercice. L’œuvre est très appréciée de la population. Les riches eux-mêmes vont se faire soigner par les Sœurs ou les appellent à domicile.
Une léproserie vient d’être fondée officiellement dans la même ville, grâce à l’initiative de Mgr Lavest. Sa Grandeur a fait comprendre aux autorités locales l’utilité de cette fondation, qui a été décidée et annoncée par une proclamation, au mois de juin. Une pagode sert d’abri aux lépreux, en attendant qu’on puisse bâtir une vraie léproserie avec les offrandes de la population de Nanning et les dons qui viendront d’ailleurs. Comme les lépreux sont très nombreux dans la contrée, Mgr de Sophène compte sur le futur établissement pour le salut de ces malheureux si faciles à convertir, et pour le bon renom qu’il assurera à la religion catholique dans toute la province.
Le poste de Chang-se demeure stérile, mais, en revanche, celui de Hai-wan, situé à deux journées du premier, se développe graduellement et donne des consolations à M. Maurice.
M. Coste a baptisé 30 catéchumènes à Tai-pin et M. Costenoble 38 à Long-tcheou. Dans cette dernière ville, le couvent dirigé par les Sœurs de Saint-Paul de-Chartres est en pleine prospérité. Les jeunes filles s’y forment à la pratique de toutes les vertus et y apprennent à faire la cuisine, à coudre, à repasser, à broder, etc. Bref, les Sœurs veulent en faire des femmes fortes qui puissent, un jour, rendre les plus précieux services à la mission. A la crèche, 37 enfants ont été baptisés à l’article de la mort, et nous espérons que le nombre des ondoiements augmentera à mesure que l’on connaîtra mieux les Sœurs.
En ce qui concerne le groupe des districts du nord-ouest, rien de nouveau n’est signalé par M. Bibollet, titulaire de Pe-se, ni par M. Thomas, titulaire de Se-tchen. Ce dernier confrère a ouvert une pharmacie pour se mettre en rapport avec la population de la ville. Il compte 12 catéchumènes.
Cette année, la paix qui régnait à Si-lin depuis le martyre du B. Chapdelaine, a été troublée par les intrigues de la remuante famille du vice-roi Tsen et la connivence du sous-préfet. Néanmoins, les conversions de Chinois et d’indigènes ont été assez nombreuses, puisque M. Sifferlen enregistre 25 baptêmes d’adultes.
M. Epalle trouve la situation satisfaisante à Kiou-tcheou. Ses catéchumènes sont au nombre de 800. Ceux de M. Séguret dépassent 1.500, à Sin-tcheou, où le zélé missionnaire a régénéré 27 adultes. Il a aussi préparé deux élèves qui entreront au séminaire l’an prochain.
Séminaire. — M. Labully, qui dirige le séminaire, avec l’aide de M. Barrès et du P. Thomas Hoang, dépeint à Mgr Lavest l’état de cette maison comme il suit : « Le séminaire est « matériellement et spirituellement en construction. On répare la chapelle afin d’y loger plus « convenablement Notre-Seigneur. Ce ne sera pas du luxe ; nous n’avons visé qu’à la « commodité et à la propreté. Elle se trouvait trop petite pour les cérémonies les jours de « dimanche et de fête. Le réfectoire devra être entouré de murs et garni de fenêtres. La cuisine « est à rebâtir complètement. Voilà pour le matériel. Je passe à la construction spirituelle. Il. « s’agit d’y faire entrer des matériaux qui sont loin d’avoir la même valeur. Les uns sont bons « et se laissent ciseler ou marteler sans résistance : d’autres, plus durs et plus revêches, « finiront par devenir, avec le travail et la persévérance, assez convenablement préparés pour « trouver place dans l’édifice ; d’autres enfin, qui résistent à tous les instruments les mieux « trempés. Nous n’avons que faire de ces derniers. Les premiers et les seconds sont utilisables « et nous en tirerons le meilleur parti possible. Pour parler sans métaphore, je cherche à faire « de nos élèves des hommes d’esprit et de cœur, des hommes suffisamment instruits de leur « devoir, et assez énergiques pour l’accomplir. Dans ce but il faut, à mon avis, les habituer à « agir seuls, sous la dictée de leur propre conscience, leur former le caractère, les rendre « maîtres de leurs facultés sensitives et intellectuelles. Il faut les surveiller, mais sans qu’ils « sachent qu’on les surveille. Il faut les laisser dans l’illusion qu’ils sont leurs maîtres. Ainsi « l’habitude d’agir par conscience s’implantera en eux peu à peu. La piété et la dévotion sont « en progrès. Le travail est bon chez le plus grand nombre. »
Les écoles subventionnées par le gouvernement français à Nanning marchent toujours bien, mais on remarque, chez les élèves, certain esprit frondeur qui donne de l’inquiétude pour l’avenir de ces deux écoles. D’un autre côté, la concurrence des écoles du gouvernement chinois leur fait tort. Il est à craindre, en outre, que la France refuse bientôt les suppléments qu’elle a accordés jusqu’ici, voire même qu’elle ne supprime les traitements des professeurs.
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