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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Chine
Mission: Kouang-tong
Rédacteur:Mgr Mérel

III. — Kouang-tong

Population catholique 56.355
Baptêmes d’adultes 2.787
Baptêmes d’enfants de païens 8.894
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« Le vœu que j’exprimais l’an dernier, écrit Mgr Mérel, de voir s’accroître le nombre des confessions et des communions, a été réalisé au delà de mes espérances. Les missionnaires ont entendu plus de 100.000 confessions et distribué plus de 96.000 communions. Ces deux chiffres disent le zèle que les pasteurs ont déployé pour répandre la vie divine dans les âmes de leurs fidèles, et la bonne volonté que ceux-ci ont mise à y répondre.
« En outre une moisson de 2.787 baptêmes d’adultes et de 8.894 baptêmes d’enfants moribonds est venue récompenser les travaux des ouvriers apostoliques, malgré le mauvais vouloir des mandarins, qui ne cessent de battre en brèche l’influence dont jouissaient les ministres de la religion catholique au Kouang-tong.
« Jusqu’ici, notre sainte religion était considérée comme une place de sûreté, dans laquelle on était à l’abri des vexations de ses ennemis et des exactions des magistrats païens. Le missionnaire était un homme considéré, vers lequel accouraient les païens comme vers un libérateur. Ceux qui ne recherchaient qu’un intérêt matériel, se retiraient bientôt, mais ils emportaient une haute idée de notre culte et du missionnaire. Les autres écoutaient, scrutaient, discutaient, étudiaient la doctrine, renonçaient aux faux dieux et devenaient chrétiens.
« Aujourd’hui, le démon semble avoir à cœur de reprendre le terrain perdu. Il a rallumé chez les puissants de ce monde leur haine instinctive contre le missionnaire, dont les réclamations et les requêtes ne sont plus écoutées. Les portes des mandarinats lui sont fermées. Dans certains prétoires, il suffit de se déclarer chrétien pour se voir refuser justice. C’est un orage qui passe sur nous, mais qui ne nous causera pas tout le mal que nos ennemis nous veulent.
« Déjà, l’opinion publique se tourne contre eux, et nous devient moins hostile. Les journaux attaquent le culte des idoles ; les revues illustrées représentent les faux dieux sous les formes les plus grostesques et les plus ridicules. Le vice-roi a même confisqué des pagodes célèbres dans toute la ville, et a imposé une forte contribution aux bonzeries qui, de temps immémorial, jouissaient d’une immunité complète. De tels procédés ébranlent la foi des lettrés eux-mêmes, habitués à considérer la religion des ancêtres comme un patrimoine intangible, et qui commencent à se demander si elle n’a pas fait son temps. Sans en être encore arrivés à croire que le christianisme est la vraie religion, ils ne le regardent plus avec le même mépris et ne témoignent plus le même éloignement pour les chrétiens et les missionnaires. Volontiers, ils nous confieraient l’instruction de la jeunesse. Des notables, des mandarins ont invité nos confrères à ouvrir des écoles, où l’enseignement serait donné selon les méthodes européennes : nous n’avons pu accepter toutes les offres, faute de professeurs et d’argent. C’est bien dommage, en vérité, car les écoles sont à l’heure présente un excellent moyen d’évangélisation. Dans quelques années, ces écoles deviendront obligatoires, et si nous n’avons point de professeurs catholiques formés aux nouvelles méthodes, les enfants de nos chrétiens devront étudier près de maîtres païens, au grand détriment de leur foi et de leurs mœurs. Pour parer aux exigences de cette situation nouvelle, nous avons établi une école de langues européennes à Canton : quelques confrères ont ouvert, dans leur district, des écoles conformes aux aspirations du jour, les autres s’efforceront de les imiter dans la mesure de leurs ressources. Nous aurons ainsi la joie de voir tourner à la gloire de Dieu l’engouement des Chinois pour les institutions européennes.
« Les heureux résultats qui ont couronné les travaux de nos missionnaires en 1905-1906 sont un heureux présage pour l’avenir, mais laissons-les nous raconter eux-mêmes leurs luttes et leurs succès, leurs tristesses et leurs consolations.

« De l’extrémité sud-ouest de la province, sur les frontières du Kouang-si, M. Pénicaud écrit : « La moisson s’annonçait si belle que Satan a mobilisé le ban et l’arrière-ban de son « armée pour la ravager, et le bon Dieu a permis l’épreuve. Vous relater les vexations, les « injustisces dont les néophytes du district de Ling-shan ont été victimes, serait trop long. Un « mot d’ordre semble avoir été donné à tous les mandarins grands et petits : pas de justice « pour les chrétiens, pas de violence contre le missionnaire. De fait, malgré l’état de rébellion « du pays, je n’ai eu à subir que des attaques indirectes et des insultes. On a dévalisé ma « résidence, mais pour faire le coup on a choisi une nuit où l’on me savait absent. On a publié, « affiché même aux portes de Ling-shan, d’abord que je m’étais enfui, puis que j’avais été fait « prisonnier et mis à mort par les soldats du célèbre Liou-Voun-Fok, chef des fameux « Pavillons noirs : mais ces libellés et ces affiches étaient toujours anonymes, pour laisser aux « autorités une mauvaise raison de ne pas punir.
« Au contraire, c’est ouvertement que mes chrétiens ont a été menacés et tracassés de mille « manières ; ouvertement aussi, que préfet et sous-préfets leur ont refusé justice.
« Exemple : Un chrétien de Ton-hu voit sa fille enlevée par des pirates. Au bout d’un an, le « mandarin militaire lui dit : « J’ai reçu l’ordre de poursuivre les pirates, qui ont enlevé ta fille « et plusieurs autres jeunes filles de ton village. Déjà j’ai attaqué les ravisseurs et délivré « plusieurs captives. Pour ta fille, mes chefs ne s’en occupent pas, et tu devras me verser 100 « piastres si tu veux que je m’en occupe. » Le chrétien refusa. Je réclamai près du colonel, « mais en pure perte ; et la pauvre fille ne recouvra la liberté qu’en s’évadant elle-même « durant un combat.
« Un autre néophyte, arbitrairement rançonné par trois notables, porte plainte aux autorités. « Deux sous-préfets et un délégué font des rapports favorables, et le vice-roi donne ordre de « punir les coupables. Le préfet de Lun-tchao les oblige à rendre gorge entre ses mains et dit « au chrétien dépouillé : « Je garde ton argent, je l’utiliserai à l’entretien du lycée : content ou « non, retire-toi. » Le pauvre homme en appelle au vice-roi ; réponse : « Si le plaignant « maintient ses revendications, qu’on lui enlève ses dignités. »
« Les faits que je raconte et bien d’autres que je passe sous silence ont effrayé les « catéchumènes ; un grand nombre d’entre eux ont jugé prudent de remettre leur conversion « définitive à des temps meilleurs. Pourtant, j’enregistre encore quelques demandes de « conversion.
« Je vais transporter mon orphelinat à Tan-hu, je l’ai doté d’un vaste terrain de culture, qui « mettra l’établissement en mesure de se suffire. La maison est bâtie, avec école, « catéchuménat et chapelle. Quant à la maison du missionnaire, je m’en occuperai quand « j’aurai fait fortune.
« Je dois ajouter que beaucoup de chrétiens sont morts sans sacrements. Comme je suis « seul, il m’est impossible, à cause des distances, d’arriver à temps pour administrer les « malades. Il faudrait un missionnaire à Ham-tchao. »

« Dans la même région de l’ouest, à Pakhoy, M. Kammerer ne ménage point les éloges aux religieuses de Saint-Paul de Chartres : « Ces saintes filles, écrit-il, travaillent du matin au soir, « malgré la chaleur et la fatigue. Elles se contentent de très peu pour leur entretien, et « supportent gaiement toutes les privations que leur impose notre pauvreté. Que de fois, elles « me disent : « Ah ! si nous avions des ressources, combien d’enfants abandonnés nous « serions à même de recueillir ; combien d’âmes nous pourrions préserver de la perdition ! « Leur exemples ont une salutaire influence sur la chrétienté : hommes et femmes, à leur « imitation, s’approchent plus souvent des sacrements. Les Européens de la colonie les « entourent de respect et sont heureux de leur venir en aide, en procurant du travail aux « enfants de l’ouvroir. »
« M. Zimmermann a baptisé 152 adultes, et M. Cellard, 148 au Loui-tcheou.
« Le Loui-tcheou occidental, dit M. Cellard, est toujours le pays de l’espérance. Daigne le « bon Dieu nous conserver longtemps la paix dont nous jouissons actuellement : pas de « procès, pas de pirates, bonnes relations avec les païens, etc. Ce serait ici le bonheur parfait, « si mes ressources pécuniaires étaient en rapport avec les excellentes dispositions de mon « entourage. Pour instruire 1.200 néophytes et 3.000 catéchumènes, il faut avoir des « catéchistes, or pour en avoir, il faut les payer, car eux ont leurs familles à nourrir.
« L’arrivée du P. Dominiqne Wong m’avait comblé de joie. J’espérais, avec son concours, « préparer au baptême un plus grand nombre de catéchumènes, mais la maladie l’a forcé à « nous quitter. De grâce, Monseigneur, veuillez lui donner un remplaçant. »

« A Kouang-tcheou-wan, M. Laurent continue de jouir d’un grand crédit auprès des autorités civiles et militaires. Toutefois, sur ce petit coin de terre française, le travail de l’apôtre ne se fait pas sans peine. « Mes relations avec les résidents français sont toujours « bonnes, dit-il. Ils voient volontiers le missionnaire, mais toute leur religion consiste dans les « visites reçues et rendues et l’assistance à la messe les jours de grande fête. Le retrait d’une « partie des troupes françaises a entraîné le départ d’un bon nombre de chrétiens indigènes. « Pour comble de malheur, un typhon a causé de sérieux dégâts à ma résidence. »
« A peine avais-je entrepris la visite de mon district, raconte M. Genty, que la peste se « déclarait dans les deux chrétientés voisines de la ville de Shek-shing, et m’obligeait à « revenir chez moi pour me tenir à la disposition des malades. La ville, qui n’est pas très « populeuse, a compté les décès par centaines. Pendant deux longs mois, je suis demeuré dans « ce foyer pestilentiel. J’ai perdu 30 de mes chrétiens. Le trait suivant vous peindra leur foi : « Deux frères, âgés de douze et quinze ans, se mouraient et je fus appelé pour leur donner les « derniers sacrements. Près d’eux, se tenaient le père et la mère qui récitaient leur chapelet et « versaient d’abondantes larmes. « Oh ! Père, s’écrient-ils dès qu’ils me voient, nous n’avons « que deux garçons, que le bon Dieu ne les prenne pas tous les deux ! » Hélas ! quelques « minutes après l’un d’eux succombait. Le lendemain, je trouvai le père étendu sans « connaissance sur la même natte. Quinze jours après, le père se présentait chez moi, avec son « fils, tous deux rayonnants de joie et pleins de santé. Comme j’engageais le fils à remercier le « bon Dieu, son père s’écria : « Et moi aussi je dois des actions de grâces au bon Dieu, qui a « guéri mon fils, et qui m’a guéri moi-même. » Le lendemain, il venait se confesser et recevait « avec ferveur la sainte eucharistie. »
« Tous les fléaux se sont abattus sur le pays de Fatcheo, écrit M. Le Tallandier : la peste, « l’inondation, la disette, la piraterie. Les pirates continuent leurs exploits : plusieurs marchés « ont été rançonnés et le nombre des familles pillées est incalculable. »

« L’esprit du grand apôtre de l’Inde semble s’être reposé sur M. Thomas, chef du district de San-ning et de Sancian. L’unique ambition de notre confrère est de rendre le culte de saint François Xavier de plus en plus florissant, mais en retour, il veut contraindre son saint protecteur à opérer, du haut du ciel, les miracles de conversion qu’il n’a pas eu le temps de faire sur la terre. Saint François s’est laissé toucher et a converti 121 adultes qui ont été régénérés dans les eaux du baptême. Ces fruits de salut ont coûté bien cher à M. Thomas : « Nos épreuves dit-il, ne se comptent plus. Elles sont venues des ministres protestants « américains et de leurs adeptes chinois, qui n’ont cessé de persécuter mes néophytes. « D’abord , un chrétien fut attaqué et pillé par des protestants, ses ennemis, puis tous les « néophytes du village se virent accusés par les protestants d’avoir envahi leurs maisons en « armes. L’accusation ayant été trouvée fausse, nos ennemis inventèrent une calomnie « abominable contre nous : Un jeune adepte protestant, nommé Kiwan, capturé par les « catholiques, était retenu prisonnier dans leur chapelle.
« Les satellites se présentent pour délivrer le soi-disant captif et saisir ses ravisseurs. Les « chrétiens ont beau protester de leur innocence, le chef des satellites ne veut rien entendre. « Comme les néophytes accusés nominativement ont eu le temps de fuir, il donne l’ordre à ses « soldats de s’installer dans leurs maisons et d’y rester jusqu’au retour des fugitifs. Ceux-ci « eurent la prudence de rester hors de chez eux, et les soldats, fatigués de les attendre, se « décidèrent à rentrer au mandarinat.
« Cette visite des satellites était un succès pour nos adversaires. Il fallait à tout prix « retrouver Kiwan, si nous voulions éviter de nouvelles tracasseries. Mais comment découvrir « sa cachette ?
« Les chrétiens implorent avec ferveur la protection de saint François ; je l’implore avec « eux, puis je me jette dans une barque, passe sur le continent et me rends à la chapelle de « Kouang-hay. Après la prière du soir, les néophytes de l’endroit s’entretiennent avec moi du « sujet de mon voyage. L’un deux me dit : « Père, je puis vous indiquer, si vous le voulez, la « maison où se cache Kiwan. » Le lendemain, je me rends à la boutique qui m’a été désignée, « en compagnie du brigadier local. Nous trouvons le jeune homme assis au comptoir. Le « brigadier constate son identité, lui fait mettre les menottes et nous le conduisons devant le « sous-préfet. Chemin faisant, nous rencontrons le pasteur américain qui réclame, en vain, la « mise en liberté de son protégé.
« Au tribunal, le jeune homme avoue que les accusations portées contre les chrétiens sont « fausses en ce qui le concerne. C’est le catéchiste protestant qui lui a conseillé de se tenir « caché. « Tu as eu tort d’agir ainsi, dit le sous-préfet : tu vas rester en prison. Satellites, « mettez-le aux fers, et faites venir son père. » Celui-ci, qui ignorait l’arrestation et les aveux « de son fils, se hâte de dire : « Oui, mon fils a été enlevé et est retenu prisonnier par les « chrétiens. » Cette réponse exaspère le mandarin qui, pour en finir plus tôt, donne l’ordre « d’arrêter le notable, instigateur de tous ces méfaits. Le ministre protestant porta l’affaire « devant les deux consuls de France et d’Amérique ; il y gagna un blâme bien mérité. « Notables et complices furent déclarés coupables, et les chrétiens proclamés innocents. Je « crus devoir me contenter de cette sentence qui nous donnait une demi-satisfaction, car mes « néophytes étaient jeunes dans la foi, et il valait mieux, dans leur intérêt, ne pas pousser à « bout leurs adversaires nombreux et puissants. Puisse notre modération nous assurer une « longue paix ! »

« A ses vieilles et ferventes, chrétientés de Shun-tac, M. Lanoue a pu en ajouter une nouvelle, qui lui a donné 66 baptêmes cette année.
« Mes baptiseurs et baptiseuses sont dignes de tout éloge, écrit-il, ils ont envoyé au ciel « 774 enfants de païens ! Le soin que je mets à former, dans chaque chrétienté, à cette œuvre « des baptêmes, les hommes et les femmes qui s’occupent de médecine a été bien « récompensé. Ces chrétiens de Shun-tac ont réellement l’âme ouverte aux choses de la foi. »
« M. Robert, à Fat-shan, se dévoue avec son zèle accoutumé à l’administration des chrétiens de Nam-hoy. Il a le bonheur de présenter au divin Enfant de la crèche une gerbe de 1.229 baptêmes d’enfants de païens.
« M. Nicouleau, de son côté, Lui en offre 250, obtenus grâce au zèle d’une baptiseuse, dans le seul hospice païen de Fou-moun. « Elle se rend tous les jours à l’hospice, dit-il ; elle « entre dans la salle où sont déposés les petits moribonds, et c’est là que les anges se sont « choisis 250 petits frères. »
« M. Jarreau, à Tong-koun, à baptisé 81 adultes et ondoyé 1.600 enfants de païens ; M. Montanar, qui réside à Lien-tchiou, a enregistré 116 baptêmes d’infidèles.
« M. Montanar raconte comme il suit les massacres qui ont eu lieu à Lien-tchiou, le 28 octobre 1905 :
« Laissez-moi vous rappeler les massacres qui ont souillé cette ville, le 28 octobre dernier, « massacres dont nous avons subi le contre-coup, puisque les Américains nous ont accusés, « mes chrétiens et moi, d’être complices des assassins. Les païens de la ville terminaient ce « jour-là, par un grand festin, une fête superstitieuse autour de la pagode, située entre les « hôpitaux et les résidences des ministres américains. Les ministres se prirent de querelle avec « les païens, brisèrent des images et enlevèrent des objets destinés aux réjouissances. Un cri « de rage s’élève alors du milieu de la foule, qui incendie hôpitaux, maisons, écoles et « chapelles. Les mandarins accourent avec leurs soldats, mais ne parviennent ni à éteindre le « feu, ni à faire cesser le carnage ; un ministre, sa jeune femme, sa mère, sa sœur et une « diaconesse sont massacrés avec une cruauté inouïe. Le docteur et une diaconesse, seuls, « échappent à la fureur des meurtriers. J’offre un asile, dans ma maison, au docteur qui « préfère se réfugier au mandarinat. Un de mes chrétiens, sur l’invitation du mandarin, « s’efforce d’apaiser la populace. Devant ces actes de sauvagerie, c’était une consolation pour « moi de témoigner ma sympathie à ce pauvre docteur qui était, d’ailleurs, mon ami. Quelle « ne fut pas ma surprise de lire dans le Daily Press, journal très lu à Hong-kong et à Canton, « un article qui nous rendait, mes chrétiens et moi, responsables des horreurs commises à « Lien-tchiou. « Les mandarins, disait l’article, ont invité plusieurs fois M. Montanar à venir « les aider à disperser la foule, et chaque fois, il a refusé. De plus, on a vu des catholiques « mêlés aux assassins.
« L’auteur de l’article assurait tenir ce renseignement du docteur lui-même. La calomnie fut reproduite dans les journaux anglais, chinois, japonais, à Hong-kong, à Canton, à Shang-hay, à Pékin, au Japon et jusqu’en Amérique.
« Mgr O’Connel, délégué du Saint-Père au Japon, très ému de ces bruits, demanda à M. Robert, procureur général de notre Société, de lui envoyer un rapport à ce sujet.
« Nous ne pouvions laisser passer de telles imputations sans les relever. Une première justification nous vint, indirectement, du consul d’Amérique lui-même. Cet excellent homme, chef de la mission envoyée à Lien-tchiou pour faire une enquête sur le massacre et obtenir la punition des coupables, posa à tous les accusés qui comparurent devant le jury chinois-américain la question suivante : « Êtes-vous catholiques ? » Tous répondirent : « Non. » M. Montanar écrivit, en outre, des lettres aux mandarins civil et militaire, au président chinois du jury et leur posa les questions suivantes : « Le jour du massacre, m’avez-vous invité à me « rendre près de vous pour vous aider à disperser les émeutiers ? Les catholiques sont-ils « complices de ces horreurs ? » Le mandarin civil et le mandarin militaire répondirent non, à « ces deux questions et ajoutèrent : « Nous n’avons invité à venir nous aider que le catholique « Wong, et il s’est rendu sur-le-champ à notre invitation. » Le tao-tay, président du jury, fit la même réponse et publia même, dans les journaux anglais, un rapport très favorable aux catholiques. Nous conservons les réponses de ces mandarins.
« Tant de bruit s’était fait autour de l’article publié par le journal de Hong-kong, qu’une rétractation éclatante de ce journal pouvait, seule, réparer complètement le préjudice causé aux missionnaires. M. Montanar la fit demander en vain par son avocat ; il la réclama alors par voie d’huissier, menaçant de faire un procès au directeur du journal, s’il persistait à la refuser. Pour s’éviter le scandale d’un procès qu’il aurait perdu, le directeur du journal publia une rétractation solennelle et fit publier, à ses frais, la même rétractation dans les journaux anglais de Shang-hay, du Japon et d’Amérique.

« Je tiens à signaler le dévouement de M. Lucas pour ses chrétiens. L’un d’eux avait été enlevé par des brigands du Kiang-si qui ne consentaient à le remettre en liberté que moyennant une rançon de 200 piastres.
« M. Lucas va trouver le chef du village où habitent les bandits et lui réclame son chrétien. Le chef refuse de le livrer. Alors M. Lucas s’installe dans la maison du chef et déclare qu’il n’en sortira qu’avec le prisonnier. La nuit vient ; M. Lucas reste. Le lendemain matin, il se fait servir à manger et continue d’exiger qu’on lui rende le captif. Devant cette obstination, le chef finit par céder, fait amener le prisonnier et le remet au missionnaire à la seule condition que plainte ne sera pas portée au mandarinat.

« M. Merle accuse 103 baptêmes d’adultes à Yun-on : M. Mirambeau fonde de belles espérances sur le poste de Wong-ma-pi, et M. Guillaume, à Shinnen, a eu la joie de régénérer 95 païens.
« Les écoles nouveau style ont été pour M. Canac, titulaire de Tchin-pin, une source de difficultés nouvelles qu’il décrit ainsi : « A mon retour de la retraite, en rentrant à Tchin-pin, « je fus très affligé de ne plus voir les catéchumènes fréquenter ma chapelle. L’un d’eux, que « je parvins à rencontrer, m’avoua qu’il n’osait plus se déclarer chrétien par crainte de « perdre la face ».
« Les lettrés de ma parenté, ajouta-t-il, assurent que le mandarin va s’emparer des oratoires « pour y établir des écoles ; la religion catholique a fait son temps, et les écoles officielles « vont la remplacer. Dans tous les postes c’était le même refrain. On est très avancé à Tchin-« pin. Au printemps, il m’a été impossible de maintenir mes écoles sur le pied ordinaire. « D’après les nouveaux règlements, tout maître d’école doit avoir passé six mois à l’École « normale, et ceux qui enseignent sans l’estampille du directeur général des écoles, sont punis, « leurs élèves congédiés et les écoles fermées manu militari.
« Sept ou huit de mes chrétiens qui se présentèrent aux examens, furent systématiquement « refusés. Pour conserver quelques écoles chrétiennes, j’ai dû chercher des instituteurs païens, « qui enseignent les mathématiques, l’histoire, la gymnastique et nous servent de « paratonnerre.
« Aux examens d’admission à l’école moyenne, sur cinq chrétiens qui se présentaient, un « seul fut reçu. Or, le premier de la seconde lune, comme les élèves devaient se rendre dans la « salle d’honneur pour adorer la tablette de Confucius, mon jeune chrétien se fit remarquer « par son absence. D’où, blâme infligé par le directeur et menace de renvoi en cas de récidive. « J’envoyai un de nos lettrés chez le directeur pour le prier d’exempter notre élève des « cérémonies superstitieuses. » C’est impossible, répondit le directeur ; les élèves doivent « suivre tous les règlements de l’école ; si quelqu’un veut en être dispensé, il n’a qu’à rentrer « chez lui. » C’était net. Le jeune chrétien prit donc ses livres, ses habits, et retourna chez lui « le soir même. »

« Bientôt la nouvelle église de Tchao-tshiou, par ses proportions harmonieuses, fera honneur au talent architectural de M. Roudière. Ce cher confrère consacre d’ailleurs le meilleur de son âme à l’édification des temples spirituels. C’est lui qui a récolté la plus belle moisson de baptêmes d’adultes. « La ville de Tchao-tshiou, dit-il, a été préservée, cette fois, « des épidémies, dont elle avait tant souffert pendant plusieurs années consécutives ; mais les « villages de mon district ont été ravagés par la peste d’abord, par le choléra ensuite. J’ai eu « bien des morts à déplorer.
« A part cela, nous avons, grâce à Dieu, joui d’une grande tranquillité. Le chiffre de 162 « baptêmes d’adultes prouve le dévouement de mes catéchistes. Presque tous les nouveaux « baptisés ont reçu déjà, à plusieurs reprises, les sacrements de pénitence et d’eucharistie.
« Le district de Tyo-yo a donné 141 baptêmes d’adultes à M. Verdeille ; celui de Kiet-yong, 114 à M. Le Corre.
« L’école que ce dernier confrère a installée près de sa résidence compte 42 élèves, chrétiens et païens, qui, sous la direction de deux professeurs, étudient les matières fixées par les programmes officiels. Le mandarin lui-même a visité cette école et en a fait un bel éloge.
« A Swatow, ville florissante entre toutes, les protestants ont des œuvres nombreuses : écoles, hôpitaux, chapelles, etc. M. Douspis, missionnaire du lieu, voudrait les imiter et les surpasser. Il tiendrait surtout à procurer, comme eux, de l’ouvrage aux personnes désœuvrées. Ce sont les femmes surtout qui demandent du travail. M. Douspis va établir, pour elles, des ateliers de broderie. Il a trouvé, à Hong-kong, un homme qui se charge d’écouler les produits de cette industrie. Une belle église mettrait le comble aux désirs de notre cher confrère qui a déjà préparé l’emplacement de l’édifice, objet de ses rêves.

« A cet exposé des travaux de nos chefs de districts, il me reste à joindre un aperçu sur la situation de nos établissements communs. Leur bonne tenue et leur prospérité disent mieux que je ne pourrais le faire avec quel dévouement les confrères qui en ont la direction remplissent leur tâche.
« M. Fleureau, supérieur du séminaire, forme avec le plus grand soin à la piété et à la science les grands et les petits séminaristes. Il a, en M. Fabre, un collaborateur intelligent et zélé, qui par ses leçons et ses exemples exerce l’action la plus salutaire sur les élèves. Le P. Tchu, prêtre indigène, aide M. Fleureau et M. Fabre comme professeur.
« Le nombre des élèves du séminaire s’est élevé, dans le courant de l’année 1905-1906, au chiffre de 76.
« Au mois de mai j’ai ordonné trois prêtres, un diacre, un sous-diacre et huit minorés ou tonsurés. Tous les prêtres indigènes de la mission assistaient à la cérémonie, qui couronna les exercices de leur retraite.
« Au collège du Sacré-Cœur, dit M. Pouque qui en a la direction, outre l’étude des langues « française et anglaise, nous enseignons la géographie et l’arithmétique, la géométrie, « l’algèbre, et aussi la musique. Les cours sont distribués de façon que chacun de nous « enseigne au moins une heure par jour, dans chaque classe, afin de mieux connaître les « élèves et d’en être mieux connu. Le nombre des élèves a été, cette année, de 230.
« Nos orphelinats de la Sainte-Enfance ne nous ont donné que des sujets de consolation. Les petits garçons se montrent dociles et obéissants. C’est une véritable jouissance de les entendre chanter leurs prières, matin et soir. Les plus grands s’approchent avec ferveur de la sainte table, au moins tous les mois. Quelques-uns ont été pris comme domestiques par les missionnaires et les ont servis avec fidélité et dévouement.
« Le nombre des petites filles, recueillies depuis un an, s’est élevé à 1.371 seulement. Cette diminution, au dire de la Révérende Mère supérieure de l’orphelinat des filles, doit être attribuée aux hospices païens récemment ouverts dans la ville pour recevoir les enfants abandonnés. Nous avons des femmes chrétiennes qui s’introduisent dans ces hospices et baptisent les enfants moribonds.
« A l’asile des vieillards cinq femmes sont allées rejoindre là-haut nos petits voleurs de paradis. Leurs âmes ont entrevu le vrai bonheur, et c’est avec instance qu’elles demandaient le baptême.
« Le noviciat des Sœurs indigènes compte 32 jeunes filles, qui se préparent à leur futur apostolat par la prière, la pratique des vertus, l’étude et le travail. Une école a été fondée pour développer le goût de l’étude chez celles qui devront, plus tard, tenir des écoles. Dix jeunes filles de bonne famille sont admises à cette école et rivalisent d’application avec nos chères novices. »


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