| Année: |
1906 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouy-tcheou |
| Rédacteur: | Mgr Guichard |
II. — Kouy-tcheou
Population catholique 24.018
Baptêmes d’adultes 1.620
Conversions d’hérétiques 10
Baptêmes d’enfants de païens 5. 139
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« La récolte a été plus abondante que jamais, cette année, écrit Mgr Guichard. Veuillez donc remercier le bon Dieu avec nous, et unir vos prières pour demander au Maître de la moisson de continuer à répandre ses bénédictions sur les travaux des ouvriers apostoliques de notre vicariat.
« Les communions et les confessions ont atteint un chiffre extraordinaire : 2.253 élèves ont fréquenté nos 149 écoles ; 876 garçons et filles sont élevés dans nos 13 orphelinats, aux frais de la Sainte-Enfance, et 324 sont placés dans les familles. »
Cette année, comme les années précédentes, Mgr de Toron parle longuement de chacun des postes de sa belle mission. Sa Grandeur voudra bien nous pardonner si nous nous bornons, cette fois, à reproduire les chiffres des résultats obtenus dans les principaux centres, et les faits les plus intéressants de son rapport si complet.
Sud-ouest. — La situation ne s’est guère modifiée dans le district de Hin-y-fou, que dirige M. Aloys Schotter. Le nombre des chrétiens est de 650 ; celui des catéchumènes est de 1.000 environ. Le P. Léon Tchang, prêtre indigène récemment ordonné, a été placé comme vicaire auprès de M. Schotter.
« Souvent, dit le P. Tchang, notre miséricordieux Sauveur fait des merveilles et accorde « des faveurs quasi miraculeuses, pour confirmer les néophytes dans la foi.
« L’année dernière, à Tche-ten, un chrétien, nommé Hin, remarqua avec douleur que son « riz, à peine sorti de terre, allait se gâter. Aussitôt il fit venir un catéchiste ; tous les deux « prirent de l’eau bénite et aspergèrent les semis, en récitant le Pater et l’Ave. Au bout de « deux ou trois jours, les semis du chrétien reverdirent, tandis que ceux des païens se fanèrent « peu à peu et périrent presque complètement. Ce que voyant, les païens demandaient tous de « l’eau bénite et offraient même de l’argent pour que les chrétiens leur en donnassent. « L’argent fut refusé, bien entendu. Quant à la récolte du chrétien, elle fut excellente.
« Un aborigène, « he miao », m’a aussi raconté qu’avant d’être chrétien, malgré toutes ses « peines et tous ses labeurs, il ne pouvait se procurer le nécessaire pour l’entretien de sa « famille. Il se convertit, et, dès la première année, il récolta dix mesures de riz ; l’année « d’après, il en récolta douze. Aussi me disait-il « Père, je crois sincèrement et fermement « que la religion catholique est vraie, le bon Dieu m’a béni ces deux années. »
M. Villiate, M. Cousin et le P. Hia offrent ensemble la belle gerbe de 206 baptêmes d’adultes, recueillie, malgré la persécution, dans les trois districts de Tse-hen, Tche-chou et Lo-yang.
« Les chrétiens, dit M. Cousin, sont aux abois, depuis que, le 7 janvier, un nommé Lieou, « venant du Kouang-si avec une centaine de soldats, est arrivé à Pe-py, citadelle de nos « ennemis. Tous ceux qui, au mois d’avril, avaient essayé de soulever déjà une persécution, « se sont mis à sa suite. Or donc, ce Lieou a lancé une proclamation qui disait : « Chrétiens « avec chrétiens, païens avec païens ! Que les chrétiens qui veulent apostasier viennent le « faire devant le « ta jen » (grand homme). Que ceux qui ont des affaires contre les chrétiens « viennent les exposer. » Et les accusations n’ont pas manqué. Les soldats de Lieou se sont « ensuite divisés : 20 sont venus à Tse-hen, et 80 sont partis du côté de Ma-yn, vers Tchen-« fong-tcheou , sans doute pour recueillir les accusations dans cette contrée.
« Le samedi 13 janvier, Lieou avec vingt hommes a passé ici, à Tche-chou, et le 14 il est « arrivé à Tse-hen. Qu’y fera-t-il, quel est son vrai but ? Sa manière d’agir ne me dit rien de « bon. On prétend qu’il est envoyé par le tsen de Na-lao, parent du vice-roi de Canton. Si c’est « vrai, ce sont les autorités supérieures qui envoient des espions pour préparer une persécution « générale. Si c’est faux, et si Lieou n’est qu’un rebelle ordinaire, le danger n’existe que pour « notre région, et seul, le mandarin de Tse-hen est complice dans l’affaire. »
Mgr Guichard, mis au courant de ce qui se passait, s’est empressé de porter plainte auprès du vice-roi. Quelques-uns des bandits ont été punis et les chrétiens pillés ont reçu une petite indemnité.
Ouest. — « Ils sont nombreux, aujourd’hui, écrit de Gan-chouen-fou M. Lamy, les « païens qui se rapprochent de nous et veulent, disent-ils, adorer le vrai Dieu. C’est là, « assurément, un sujet de joie ; mais, d’un autre côté, il y a le revers de la médaille. Les motifs « qui les attirent à nous ne sont pas toujours surnaturels ; néanmoins, la religion progresse, en « ce sens qu’elle est plus connue de jour en jour. Beaucoup de préjugés tombent et, en même « temps, l’influence bienfaisante du missionnaire grandit. » Telle est la note qui domine dans les rapports envoyés à Mgr Guichard par les missionnaires de l’Ouest. A eux quatre, ils ont obtenu 130 baptêmes d’adultes.
Nord. — M. Poinsot, titulaire de Tchen-fou, a couru un très grand danger, le 2 avril :
« Lundi dernier, raconte-t-il, vers 4 heures du soir, une bande de hong-ten-kiao (ce sont « des brigands du genre de ceux qui organisèrent les massacres de 1900, dans le nord de la « Chine), coiffés d’un turban rouge et ceints d’une ceinture écarlate, entraient dans la ville et « demandaient à un porteur d’eau où était l’église catholique. Le porteur, surpris et quelque « peu ahuri devant ces hommes rouges, armés de grands couteaux, comprit mal la question et « leur indiqua le champ des exécutions capitales. Au lieu d’entendre « kiao-tang » , il avait « entendu « kiao-tchang », lieu qui se trouve à l’extrémité du faubourg de la nouvelle ville, à « près d’une lieue de chez nous. Ils s’y rendirent immédiatement. Pendant ce temps-là, on « prévint les mandarins qui se trouvaient justement à dîner chez le grand mandarin militaire. « Les bandits, arrivés au « kiao-tchang », reconnurent leur méprise et revinrent, furieux, sur « leurs pas. Mais ils se butèrent aux soldats envoyés à leur poursuite : « Halte ! on ne passe « pas. — Et pourquoi cela ?... — De quoi vous mêlez-vous ? Laissez-nous tranquilles, nous « n’en voulons qu’au « Kiao-tang ».— Ah ! non, pas de cela... Le « kiao-tang », nous « devons le protéger ; on vous le répète, on ne passe pas... — Ah ! on ne passe pas, nous « allons bien voir... Et les voilà qui dégainent, confiants dans leurs jongleries. Ils attaquent les « soldats, dont un est blessé grièvement et un autre légèrement. Les soldats tirent alors dans le « tas ; trois brigands restent sur le carreau, et les autres... s’enfuient. On en découvre un qui « s’était couché, et on lui fait son affaire. Puis, les soldats se lancent à la poursuite des « fuyards ; on en saisit encore quatre, dont un gamin de neuf à dix ans. La poursuite continue. « Le chef est resté, paraît-il, parmi les morts.
« N’empêche que, si le porteur d’eau avait bien entendu et bien indiqué le « kiao-tang » « (l’église), nous passions un vilain quart d’heures »
M. Poinsot a baptisé 130 adultes, à Tchen-y ; M. Ronat, 27, à Ten-tse ; M. Freyche, 88, à Jen-houay ; M. Palissier, 37, à Su-yang et M. Noyer, 58, à Gan-houa.
Est. — « Le 3 décembre, écrit M. Albert Solignac, j’ai ouvert l’église de Che-tsien, à la « construction de laquelle je travaillais depuis trois mois. Elle fait l’orgueil de mes chrétiens « qui se sont vraiment surpassés en générosité. Leurs souscriptions ont atteint 400 taëls. Ce « chiffre est un grand encouragement pour moi. En vérité, les fidèles de Che-tsien ont prouvé « une fois de plus leur attachement sincère à notre sainte religion.
« Cette année, j’ai inscrit pas mal de nouveaux adorateurs, surtout dans le Che-tsien-fou. Je « n’ai pas beaucoup de baptêmes d’adultes : 10 de gens bien instruits et 4 in articulo mortis ; « mais j’espère en avoir d’avantage l’année prochaine ; car ils se sont montrés généreux, « quand il s’est agi d’avoir une église.
« J’ai une école à Ye-tong, chez les Chinois, dit M. Marchand. J’en ai quatre, chez les aborigènes He-miao, à Pang-hay, Che-ly-kiao, Ly-kia-yuen et Tchouang-yen. » Le cher confrère apprend la langue des aborigènes et fait déjà le catéchisme dans cette langue.
A Tou-chan, M. Bacqué a eu des démêlés avec les protestants, ce qui ne l’a pas empêché de baptiser 82 adultes ; M. Darris en a baptisé 15, à Tou-yun.
Vers la fin d’avril, le bruit se répandit dans la région de Tou-yun, Pin-fa et Kouy-tin, que les Miao-Tse et les Tchong-Kia-Tse se réunissaient et prenaient les armes pour piller et massacrer les chrétiens. Quelle pouvait bien être la cause de cette levée de boucliers ? Jusqu’à ce jour, on n’avait jamais entendu parler d’inimitié entre Miao-Tse, Tchong-Kia-Tse et chrétiens. La cause en est que les mandarins, pour suivre le mouvement qui devient général en Chine, fondaient des écoles où l’on devait enseigner les sciences européennes et former des soldats à l’exercice, selon la méthode des Japonais. Pour cela, il fallait de l’argent : d’où augmentation des impôts. Alors, les aborigènes et les indigènes manifestèrent du mécontentement, et, comme il s’agissait d’écoles de sciences étrangères, ils s’en prirent aux missionnaires et à leurs chrétiens. Dans l’espace d’un mois, nos ennemis ont pillé une soixantaine de familles et tué deux chrétiens à Tou-yun. A Kouy-tin et Pin-fa, ils ont également pillé vingt et quelques familles, tué un chrétien et saccagé l’oratoire de Sy-teou-gay. Depuis, il s’est produit une accalmie, mais les indigènes ne désarment pas et les chrétiens sont toujours dans la crainte de nouveaux malheurs.
Dans la région du centre, M. Chanticlair a régénéré 31 adultes. A la capitale de la province, MM. Chaffanjon et Chasseur ont entendu plus de 1.400 confessions annuelles et 10.509 confession de dévotion. Les écoles de la ville donnent l’instruction à 165 élèves.
Le probatorium, placé sous la direction de M. Gros, compte 25 élèves. Il y en a 25 également au petit séminaire.
« M. Fayet m’écrit du grand séminaire : « L’exercice qui vient de s’écouler a été « extraordinaire, puisqu’il a vu l’ordination la plus nombreuse qui ait jamais été faite au « Kouy-tcheou. Elle comprenait six nouveaux prêtres. Chose également rare, le cours dont « faisaient partie ces jeunes prêtres, depuis l’entrée au petit séminaire jusqu’à l’ordination « sacerdotale, n’a perdu qu’un seul élève. »
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