| Année: |
1906 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Yun-nan |
| Rédacteur: | Mgr E. Maire |
CHAPITRE IV
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GROUPE DES MISSIONS DE L’OUEST
DE LA CHINE
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I. — Yun-nan
Population catholique 10.390
Baptêmes d’adultes 514
Conversions d’hérétiques 4
Baptêmes d’enfants de païens 4.090
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« Selon l’adage chinois, écrit M. E. Maire, provicaire du Yun-nan, le temps fuit comme la flèche : les mois et les jours évoluent comme la navette du tisserand. Il me semble qu’elle date d’hier, notre dernière excursion à travers le Yun-nan. Pourquoi le progrès de la foi ne règle-t-il pas son allure sur celle du temps ! »
Le cher provicaire nous propose une nouvelle excursion, cette année, mais en sens inverse de celle que nous avons faite avec lui en 1905. Le point de départ est Yang-py.
Yang-py. — « En septembre 1905, le P. Sic, titulaire du district, résolut de concentrer ses efforts sur Mong-hoa, sous-préfecture, éloignée de 10 à 12 lieues de Ta-ly. Un notable influent, nommé Sou, sollicita bientôt son admission et celle de sa famille au catéchuménat. L’élan était donné ; il ne s’est pas ralenti. Cinquante familles de la ville étudient la doctrine ; les deux fils du notable Sou, bacheliers tous les deux, ont déjà reçu le baptême. On dit que, dans la banlieue de Mong-hoa, plusieurs familles demandent, elles aussi, à embrasser la religion.
« L’opposition de certains lettrés, riches et retors, a beaucoup contribué à mettre le catholicisme en évidence, mais la lutte se poursuit, ardente, opiniâtre. Le démon met tout en œuvre pour empêcher notre installation en ville. Dominé par une municipalité hostile à notre sainte religion, le mandarin n’ose pas la rappeler à l’observation des traités. J’espère, toutefois, que Mong-hoa deviendra chef-lieu du district de Yang-py dans un avenir assez rapproché.
RÉGION DE L’OUEST
Ta-ly. — « M. Leguilcher n’obtient que peu de succès en ville, mais son affabilité attire les habitants de la campagne et son zèle profite de toutes les occasions pour leur inoculer la foi. C’est ainsi que, depuis un an, des conversions ont surgi à Hia-kouan, à My-tché, à My-tou, à Hia-tchouang. Ce n’est encore qu’un germe, un embryon ; mais il y a progrès.
« A 7 journées au sud de Ta-ly, une famille de lettrés habite la préfecture de Chouen-lin. On dit que U-tin-tcheou, le chef de cette importante famille était, jadis, un fier-à-bras peu accommodant. Les soixante-dix automnes qui pèsent sur sa tête ont tout à fait refroidi son humeur combative. Mis en relation avec M. Leguilcher, il se convertit et se fit apôtre. Déjà vingt familles de Chouen-lin sont disposées à se convertir.
Ta-pin-tse. — « A Ta-pin-tse, M. Piton compte 29 chrétiens de moins que l’an dernier. Le déficit vient, paraît-il, de l’émigration et de l’excédent des morts sur les naissances. En outre, plusieurs défunts ont été privés de l’assistance du prêtre à leurs derniers moments. Pour en comprendre la raison, il faut lire ce qui suit :
« Tout en maniant la scie et le rabot pour nos confrères du Thibet, un menuisier de Kien-tchouan, nommé Tchang, lut quelques livres de doctrine et conçut le désir de se faire chrétien. A son retour à Kien-tchouan, désireux de communiquer la bonne nouvelle à ses concitoyens, Tchang se munit d’une lettre de recommandation pour le missionnaire le plus proche de sa patrie. M. Piton, lorsqu’il visite Mo-so-in, poste le plus reculé de tout son district, est encore à 5 jours de marche de Kien-tchouan. C’est à lui, néanmoins, qu’échut l’honneur de planter la croix dans cette ville. L’occupation de Kien-tchouan entraîna bientôt celle de Ho-kin et notre confrère força encore les portes de Ly-kiang. A son retour, il importa la foi dans l’importante bourgade de Niou-hai. Une préfecture de 1re classe, deux préfectures de 2e classe et un marché très populeux, emportés d’assaut en une seule campagne, voilà un beau succès apostolique.
« Un aide m’est absolument indispensable, m’écrit M. Piton. Je suis sur les dents ; les « hommes de ma suite sont harassés. Nous voyageons trop. Tout le monde est mécontent, car « je ne fais que passer dans chaque station, et le ministère en souffre. »
« L’arrivée de M. Durieu ne pouvait donc être plus opportune. Dès que ce jeune confrère aura appris la langue de façon à pouvoir se rendre utile, il sera fait droit à la juste requête de M. Piton.
Pin-tchouan, Djo-koula. — « Pin-tchouan, Djo-koula, deux noms inconnus, jusqu’ici, dans les diptyques du Yun-nan. Les titulaires de ces nouveaux districts vont nous les faire connaître. Écoutons d’abord M. Duffau : « M. Liétard, mon prédécesseur à Pien-kio, avait « déjà formé le projet de s’installer à Pin-tchouan. Préfecture de 2e classe, cette ville est située « au centre d’une plaine populeuse qui s’étend du sud au nord, entre le marché de Pin-ku et le « fleuve Bleu, sur une largeur de 100 kilomètres et plus. Avant tout, il fallait s’assurer un gîte « en ville, ne fût-ce que pour faire cesser l’ostracisme dont nous étions l’objet, comme « étrangers et comme chefs de religion. M. Liétard entama donc les pourparlers : sur ces « entrefaites, j’arrivai à Pin-tchouan et réussis à acheter un terrain et une maison. Quelques « travaux d’aménagement ont fait d’une auberge chinoise une résidence modeste, mais « suffisante au début. Reste à gagner les cœurs de mes nouveaux concitoyens, à peine revenus « de leur ébahissement. Quelques curieux se sont enhardis déjà jusqu’à oser me faire visite ; « des conversions s’annoncent timidement. J’ai le ferme espoir de compter, l’an prochain, un « nombre respectable de baptisés et de catéchumènes. »
Djo-koula. — « Mon district tout entier, dit M. Liétard, fraîchement conquis sur le « paganisme, se compose de deux régions : celle de Heou-chan et celle de Pin-tchouan-kai. « Au pays de Heou-chan, il n’y a guère que des Lolos. Aux 1,000 catéchumènes inscrits l’an « dernier, se sont adjoints 709 autres. C’est un total de 200 familles ou, pour parler plus « exactement, c’est toute la population de Heou-chan, car Chinois et Lolos, sans exception « aucune, ont embrassé la religion. Djo-koula était désigné, par sa position centrale et « l’importance de sa population, pour devenir chef-lieu du district. J’y habite, depuis le mois « de mai, une résidence spacieuses, élevée grâce aux souscriptions et aux prestations des « Chinois et des Lolos. Il semble qu’on peut compter sur la persévérance de néophytes qui « s’imposent de tels sacrifices. Comme, de plus, ils étudient avec ardeur, j’en ai déjà baptisé « 200.
« Sous le nom de Pin-tchouan-kai, je comprends cinq groupes de convertis. A la fin de « décembre 1905, il y avait 53 familles à Pin-tchouan-kai, 7 à Py-tchang, 50 à Kou-ty ; en « tout, 1.225 adorateurs. Je voyais déjà, tout le pays enserré dans le filet de saint Pierre, « lorsque, au mois de janvier, un chef de la contrée, nommé Tchang, fervent bouddhiste, se « jeta en travers du mouvement. Plusieurs procès injustes furent, coup sur coup, intentés aux « convertis : on essaya même de m’assassiner, Dieu merci, je ne m’en porte pas plus mal, et « les procès ont été réglés conformément à la justice. Toutefois, les gens paisibles ont eu peur « et les conversions sont maintenant très rares.
« Plus au sud, les villages de Py-hy-tchouan et de La-von réclament ma visite, qui ne se « fera pas longtemps attendre. Là, on étudie avec entrain et on prie fort bien : les superstitions « sont abandonnées. Mon Dieu ! que de mal on doit se donner pour instruire ces pauvres gens, « remplis de bonne volonté, il est vrai, mais encore à moitié sauvages ! »
Kiou-ia-pin. — « Une nouvelle instance relative au procès de Kiou-ia-pin, non seulement est demeurée sans succès, mais encore a failli tourner au tragique. Nos revendications portaient sur deux points : punition des coupables, indemnité aux familles des victimes de la persécution. Tchen-Che-Lan, le principal coupable, comprit bien vite le danger que courait sa tête : il passa au Su-tchuen et se joignit aux francs-maçons qui, depuis un an, infestent le Kien-tchang, sous le pseudonyme de protestants. Quelques jours plus tard, une bande armée envahissait le Yun-nan, sous la conduite de Tchen-Che-Lan, avec l’intention avouée d’anéantir la chrétienté de Kiou-ia-pin. Heureusement, les mandarins s’émurent. Des troupes, envoyées à la hâte, rejetèrent au Su-tchuen les pseudo-protestants, après leur avoir tué ou pris une quinzaine d’hommes. Le danger était conjuré, mais il nous fallut renoncer à une instance qui compromettait la tranquillité publique.
« Déçu de ce côté dans ses espérances, M. Leparoux a obtenu de réels succès par ailleurs. La ville de Yong-pe a ouvert ses portes à l’Évangile. Malgré l’opposition des notables, un vaste terrain a été acquis au centre de la cité, et une centaine de convertis se réunissent, chaque soir, pour étudier et pour prier, dans une résidence encore inachevée. Voici un extrait du compte rendu de M. Leparoux : « A Kiou-ia-pin et aux environs, je compte 1200 « néophytes qu’instruisent 10 catéchistes. Comment ces païens sont-ils venus à nous ? je « l’ignore. Un fait certain, c’est qu’aucun d’entre eux n’a été attiré par un avantage humain de « quelque nature que ce soit.
« Si un missionnaire suffit à Ma-chang, Kiou-ia-pin et Yong-pe demanderaient à être « dédoublés. Je suis désolé de me voir seul là où trois confrères suffiraient à peine à la tâche. « J’espère que vous m’enverrez du renfort sans trop tarder. »
Ta-tien-kai. — « A Ta-tien-kai, M. Mérigot est devenu chef de district, après trois mois de séjour en Chine. Voilà, certes, un avancement rapide ! Le cher débutant travaille avez zèle à se mettre en mesure de remplir toutes les obligations qui lui incombent.
« De cet exposé, il ressort que la région de l’Ouest a secoué son ancienne torpeur. Une ère de floraison semble s’ouvrir pour toute cette contrée. Deus det incrementum.
RÉGION DE LA CAPITALE
« Les autorités provinciales persévèrent franchement dans la voie du progrès et de l’observation des traités. Certains mandarins de province penchent pour la réaction et feignent parfois d’ignorer ses intrigues, mais dès que le gouvernement est informé de quelque machination des ennemis de la tolérance, son intervention est prompte et décisive. Nous ne pouvons demander ni plus ni mieux. L’Église ne brigue pas les faveurs, elle se contente de l’impartialité qui lui est due.
« Deux fois en six mois, la caisse du chemin de fer, en excitant les convoitises des miséreux, a failli nous être fatale. Sous couleur de patriotisme, les conspirateurs ne visaient à rien moins qu’à massacrer les étrangers : il fallait tuer la poule aux œufs d’or. La mauvaise étoile des conjurés voulut que chaque fois leur complot fût découvert à temps. Quelques têtes tombèrent et la sécurité reparut.
« Les francs-maçons avaient escompté, pour la réussite de leur criminel dessein, un soulèvement du peuple, à cause de la cherté des vivres. En effet, cette année, le prix d’une mesure de riz s’est élevé de 25 taëls, taux ordinaire, au prix invraisemblable de 110 taëls. Encore était-il interdit à chaque famille d’acheter de douze livres de riz par jour.
« Au milieu de juillet, l’impossibilité physique où nous étions de ravitailler le collège, nous a forcés de licencier momentanément les élèves. Seul le cours de théologie n’a pas été interrompu. Ainsi la pénétration du progrès européen au Yun-nan équivaut jusqu’ici à un désastre public. Mandarins, hommes du peuple, tous en souffrent, surtout dans l’est et le centre de la province. Les travailleurs eux-mêmes, qui bénéficient des gros salaires de la Compagnie du chemin de fer, ne réussissent pas à réaliser de grandes économies. Lorsque la voie ferrée atteindra Yuu-nan-sen, c’est-à-dire dans cinq ans environ, l’importation des riz étrangers rétablira peut-être l’équilibre de la taxe. Jusque-là, les bienfaits de la civilisation seront plutôt négatifs.
Yun-nan-sen. — « A la capitale, le progrès religieux se dessine de plus en plus. Ainsi, au cours du dernier exercice, le nombre des baptêmes d’adultes a doublé ; les écoles ont été mieux fréquentées que de coutume. En outre, des noyaux de chrétientés se sont formés à Tchen-kiang, à Tchen-kong, et à Kouen-iang, trois villes voisines de Yun-nan-sen.
My-tsao. — « Si tenter et réussir étalent choses connexes, le P. Ly, à My-tsao, compterait plus d’une victoire, car il a multiplié ses incursions en pays infidèle. Dieu veuille que les espérances signalées dans son compte rendu se réalisent.
Tong-hai — « Pendant le premier semestre, Tong-hai a donné des signes non équivoques de vitalité : conversions nombreuses, écoles bien fréquentées, baptêmes d’adultes en nombre croissant. Tout d’un coup, la marche en avant s’est arrêtée.
En résumé, il y a progrès à la capitale et aux environs.
RÉGION DE L’EST ET DU SUD-EST
« L’identité de leur situation permet de ranger sous un seul et même titre les onze districts de l’est et du sud-est. Ils demeurent dans le statu quo. La nomination de M. Souyris au poste vacant de Lan-gny-tsin est le seul fait qui mérite d’être signalé.
« L’administration s’est faite régulièrement partout. Les chiffres de plusieurs districts trahissent même une légère diminution dans les résultats. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, car la famine a particulièrement sévi dans la contrée. Contiguë à l’emprise du chemin de fer, elle a été drainée de bonne heure par les pourvoyeurs de la ligne. Aussi, lorsque la réserve des familles aisées manqua aux prolétaires, ce fut la misère noire. Nos confrères ont souffert eux-mêmes de la rareté et du prix exorbitant des denrées ; leur budget est en désarroi.
RÉGION DU CENTRE
« L’année qui vient de s’écouler n’a pas modifié sensiblement la situation de Tong-tchouan et de Tchao-tong. A Tchao-tong, la maladie a empêché M. Le Garrec d’achever la visite de ses chrétientés, et l’a contraint d’aller demander au sanatorium de Hong-kong une guérison que la thérapeutique chinoise ne pouvait lui procurer.
« M. Bonhomme, titulaire de Tong-tchouan, a la douleur de voir les villes de son district envahies par les ministres luthériens.
Lou-pou. — « La chrétienté de Lou-pou est en voie de prospérité. « A quelque chose malheur est bon », dit le proverbe. Mis en disponibilité par suite du licenciement du séminaire, M. Mongellaz a planté sa tente sur les montagnes. Le contact journalier avec les néophytes des hauts plateaux parfera rapidement la formation de ce jeune confrère. Le prêtre indigène, son prédécesseur à Lou-pou, est allé s’installer à Kiao-ka, préfecture de second ordre où nous avons 200 adorateurs.
RÉGION DU NORD
« Dans le nord du Yun-nan, la gentililé est une mine à peu près épuisée. Vivant côte à côte avec de vieux chrétiens et connaissant très bien la religion catholique, les païens se targuent et se contentent d’être la majorité. Bon nombre d’entre eux ne sont dépourvus, extérieurement du moins, ni de correction, ni de droiture ; pourtant, les exhortations de leurs parents et amis chrétiens les trouvent irréductibles.
Ko-koui. — « A Ko-koui, M. Barnabé ne se contente pas de raviver la foi des néophytes par des retraites, de favoriser l’enseignement par la multiplication des écoles et de satisfaire à toutes les exigences d’une administration chargée. Il veut gagner la sous-préfecture de Tchen-hiong à Jésus-Christ et combler la lacune qui nous sépare du Kouy-tcheou. Les travaux d’approche ont commencé à Kong-pa, marché voisin de la ville. Là on compte déjà un bon noyau de convertis.
Tien-pa-teou. Pa-eul-gai. Long-ky. Tchen-fong-chan. — « Les quatre districts du bas Yun-nan continuent à suivre la voie déjà frayée. Toutefois je dois une mention spéciale à M. Fortin qui a baptisé 50 adultes dans un pays neuf, juste au point d’attache du Yun-nan et du Su-tchuen. De son côté, M. Ringenbach a régénéré 6 adultes à Long-ky.
Fou-kouan-tsen. — « Occupée en 1905, la petite ville de Fou-kouan-tsen vient de subir une persécution. Au mois de février, le mandarin a fait saisir sous un prétexte futile le gardien de l’oratoire, et l’a mis aux fers après l’avoir fustigé. Heureusement, le préfet de Tchao-tong, supérieur hiérarchique de ce tyran, jugea l’esclandre au moins intempestive. Il obligea son sous-ordre à élargir le prisonnier, à présenter des excuses à M. Salvat et à proclamer, dans un édit, l’excellence du catholicisme. »
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