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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Chine
Mission: Kouang-si

IV. — Kouang-si

Population catholique 3.610
Baptêmes d’adultes 592
Baptêmes d’enfants de païens 339
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Sa Grandeur Mgr Lavest, préfet apostolique du Kouang-si, a été contraint, par son mauvais état de santé, de quitter sa mission et de se séparer quelque temps de ses missionnaires, pour revenir en France demander à l’air natal les forces nécessaires qui lui permettront de continuer son œuvre d’apôtre, dans cette intéressante province de la Chine. Le sang de ses illustres martyrs a commencé à féconder ce sol, qui, jusqu’à ces dernières années, avait donné peu de consolations aux ouvriers évangéliques.
Le présent compte rendu nous montre, chez les chrétiens, une moyenne excellente de piété et de fidélité à leurs devoirs, d’attrait pour la réception des sacrements. Sur une population totale de 3.610, d’après le recensement de l’année dernière, il y a eu 7.685 confessions et 8.892 communions. Pour apprécier la juste signification de ces chiffres, il faut connaître les difficultés toutes spéciales que rencontre l’administration des districts, par l’éloignement des postes et la dispersion des fidèles dans toutes les parties de la province.
Les mouvements de conversions se manifestent de côté et d’autre. Ils seraient beaucoup plus importants, si les derniers événements n’étaient venus détourner de la religion des hommes encore faibles dans la foi. Je veux parler de mille tracasseries locales, de la part des mandarins et des lettrés, qui n’avaient rien à craindre du vice-roi de Canton. Néanmoins les missionnaires donnent un chiffre de près de 5.000 catéchumènes ou adorateurs. Les injustices et les hostilités des mandarins locaux n’ont pas pu troubler profondément la paix générale, de telle sorte que l’administration des chrétiens en ait beaucoup souffert. Elle s’est accomplie d’une manière à peu près normale, dans tous les districts.
« La tranquillité qui a régné, à peu près dans toute la mission, écrit le vénéré M. Renault, pro-préfet apostolique, a permis de faire d’une façon régulière la visite des chrétiens. Toutefois, la plupart des confrères se plaignent de trouver moins de bienveillance chez les mandarins. Plusieurs même se sont buttés contre le mauvais vouloir des autorités qui, foulant aux pieds tous les droits d’équité, se sont déclarées ennemis ouverts des chrétiens, qui n’ont pu obtenir justice devant leurs tribunaux, alors qu’il était prouvé que leurs réclamations étaient bel et bien fondées en raison.
« Les conversions, qui, les années précédentes, s’annonçaient nombreuses, n’ont pas répondu à toutes nos espérances. Ceci se conçoit assez facilement, vu l’attitude que semblent vouloir prendre désormais les mandarins vis-à-vis des chrétiens, qu’ils méprisent et, qui aux yeux d’un bon nombre, passent pour un ramassis de gens sans aloi, vendus aux Européens, et dont le seul but, en se convertissant à notre religion, aurait été, par la faveur des missionnaires, de se soustraire à la justice de leur pays ! Il est vrai de dire qu’au Kouang-si, comme ailleurs, Dieu se sert souvent, pour toucher les âmes et les amener à lui, de bienfaits matériels, de secours opportuns ou d’espérances d’avantages tout terrestres. C’est la clef qui ouvre la porte du cœur. Ce serait souverainement faux et injurieux d’en conclure que la foi ne s’infuse pas sérieuse et profonde dans ces âmes, à mesure qu’elles connaissent mieux les principes du christianisme. Tout ce que nos néophytes ont souffert, et souffrent chaque jour encore, pour la cause de leur religion prouve bien la vérité de leur foi. »
« Ainsi, il est vrai que les païens viennent à nous généralement, quand ils sont opprimés et vexés par les gens des Yamen et les chefs du pays. Ils croient pouvoir trouver dans l’influence du missionnaire une protection assurée contre leurs ennemis. Ce n’est que peu à peu et par suite du contact avec les chrétiens, et par l’étude des prières et de la doctrine, qu’on en fait des fidèles solides et convaincus.
« Les quelques années qui suivirent la guerre des Boxeurs, la Chine étant obligée de subir une espèce de servitude de la part des nations européennes, les autorités du Kouang-si se montrèrent animées d’assez bonnes dispositions à l’égard de la religion et des missionnaires. Elles ne faisaient du reste, en cela, que suivre les instructions venues de Pékin, où on craignait tout ce qui pouvait amener de nouvelles complications avec les étrangers.
« Au Kouang-si en particulier, le gouverneur, Ouang-Tché-Tchouen, ne négligea rien pour relever le prestige des missionnaires. Il n’en fallait pas davantage pour attirer à nous de nombreux païens, comptant sur la protection que semblait leur assurer notre influence du moment. Tel fut le point de départ d’un grand nombre de conversions.
« Mais les Chinois ne tardèrent pas à se ressaisir, et les mandarins, jaloux de notre autorité morale, et secondés d’ailleurs par le terrible vice-roi de Canton, ennemi des Européens et des chrétiens, n’épargnèrent plus rien, à leur tour, pour reconquérir certains privilèges, qui nous avaient été concédés et garantis par des traités.
« Dès lors, les païens, remarquant que notre influence diminue de plus en plus, se détournent de nous, dont ils n’ont plus rien à espérer. Les anciens catéchumènes, mal affermis dans la foi, se voyant traités en parias par leurs parents et leurs amis païens, et de plus toujours en butte aux tracasseries des maires de village et des lettrés influents, qui sont d’avance assurés d’être soutenus par les mandarins, se retirent et abandonnent, du moins momentanément, les pratiques extérieures du culte. En maints endroits, l’autorité refuse d’entendre les plus justes réclamations des chrétiens. Le jour où ces sourdes menées des mandarins et de leur subalternes cesseront, et où la liberté d’embrasser le christianisme ne sera pas seulement proclamée dans les traités, mais passée dans la réalité des faits, ce-jour là, tous ces catéchumènes reviendront à nous, et pourront être dans la suite de bons chrétiens. »
La dévotion au Sacré-Cœur est en grand honneur dans la mission du Kouang-si. Les missionnaires mettent leur confiance dans l’amour de Jésus pour les hommes, mieux connu, plus compris, pour attirer des grâces de conversions nombreuses dans le champ qui leur est confié. M. Renault rapporte une touchante manifestation de cette dévotion, dans le district de M. Poulat, à Kouy-hien :
« La solennité du Sacré-Cœur, écrit ce confrère, étant renvoyée au dimanche, je résolus de « faire pour la première fois, dans l’enclos de notre résidence, la procession du Saint-« Sacrement, comme déjà, les années précédentes, elle avait eu lieu chez MM. Ducœur et « Rué, dans leurs villages respectifs.
« Dès qu’elle fut annoncée, les catéchumènes de la ville, jeunes gens pour la plupart, « devinrent les boute-en-train de la fête. Ils ouvrirent une souscription pour lui donner plus « d’éclat, et je puis dire, à leur éloge, que tous se sont montrés généreux.
« Depuis deux ans, le gouvernement chinois a interdit les processions des idoles dans les « rues. Aussi, dès que notre sous-préfet, dont l’hostilité est si connue, eut entendu dire que « nous préparions une procession, il crut devoir faire du zèle et me demanda audience. Je la « lui accordai tout de suite. A peine assis, il me dit : « Vous préparez une procession ? — « Oui, répondis-je. Mais, soyez sans inquiétude. Je n’ignore pas que le gouvernement a « interdit les processions des idoles dans les rues. Nous respectons cette mesure. Nous ne « sortirons pas. Notre procession se fera dans les dépendances de la mission. »
« Rassuré par cette déclaration, le mandarin ajouta : « C’est bien, je suis venu précisément « parce que je craignais que la procession ne parcourût la ville, et que la populace hostile ne « vous fît un mauvais parti, nous créant ainsi des ennuis, des complications, des affaires « difficiles à traiter ensuite soit pour vous, soit pour moi. »
« Donc, le dimanche, les prières supplémentaires de midi une fois terminées, la procession « sortit de la chapelle. En tête marchait la croix avec deux acolytes, suivis de deux fleuristes « en soutanes rouges. Venaient ensuite six thuriféraires précédant immédiatement le Saint-« Sacrement. Plus de vingt personnes en habit de chœur formaient le cortège de Notre-« Seigneur.
« Les catéchumènes de la ville, n’étant pas encore baptisés, et par conséquent ne pouvant « remplir aucune fonction, proposèrent de prendre chacun une bougie en guise de cierge : ce « qui fut fait. Ils en achetèrent en ville. Moi-même, je leur en distribuai plus d’une centaine. »
« Sur la place de la nouvelle école, était dressé un reposoir, ou nous arrivâmes après avoir « contourné le jardin. M. Séosse, alors, entonna le Tantum ergo, puis Notre-Seigneur bénit « l’assistance, heureuse de donner à Dieu ce témoignage public de sa foi. Il y avait deux à « trois cents personnes.
« Au retour à l’église, nous avons, suivant l’usage du Kouang-si à pareil jour, renouvelé la « consécration de la mission au Sacré-Cœur, et chacun s’est retiré bien satisfait de cette « manifestation religieuse. »
« M. Coste, titulaire de Tai-pin, enregistre 144 baptêmes, dont 88 d’adultes. « J’attribue « ces résultats, dit ce confrère, à une bénédiction toute particulière de la sainte Vierge, à qui « ma nouvelle église, bénite en septembre dernier par Mgr Lavest, a été dédiée sous le « vocable de l’Étoile du Matin.
« En retour de généreuses offrandes que les chrétiens et les catéchumènes avaient tenu à « m’apporter pour la construction de son sanctuaire, cette bonne Mère a voulu les « récompenser de leurs bonnes dispositions et leur montrer que, ayant été nommée patronne « de ce district, elle était impatiente de régner sur les cœurs .
« Mais, vu la pénurie complète de ressources, comment donner à ces néophytes le « complément d’instruction qui leur manquait ? J’avoue que la question était pour moi des « plus embarrassantes et me tenait dans la plus grande perplexité. Malgré tout, je gardais « toujours bon espoir en ma bonne Étoile, et je ne m’étais pas trompé. Une délégation venait « me trouver un jour, me disant : « Père, nous nous engageons à fournir la nourriture et tout « l’entretien de trois catéchistes. » Et depuis ce temps, une souscription qui circule parmi eux « me donne bien lieu de croire, par le nombre des signatures déjà apposées, que leur « promesse était sérieuse, et que bientôt je pourrai avoir un personnel enseignant à peu près « suffisant. »
« Mon district continue sa marche ascendante normale, écrit M. Ducœur. J’ai eu la joie de « régénérer 105 adultes, dans le cours de cet exercice. Il me reste un bon chiffre de « catéchumènes à instruire et à préparer. Mes chrétiens me donnent satisfaction. Mon dernier « compte rendu portait la population catholique de mon district à 469. J’ai eu un peu plus de « 700 confessions. C’est un chiffre consolant, si on tient compte des difficultés pratiques de « l’administration des chrétientés en Chine.
« L’époque n’est pas aux nombreuses conversions. Politiquement, tout nous est contraire. « La sécheresse, en outre, a fait manquer la récolte du riz. C’est la troisième année que nos « pauvres cultivateurs plantent sans rien recueillir. L’an passé, grâce à quelques secours qui « me sont venus de France, j’ai pu venir en aide à un certain nombre de mes chrétiens, plus « atteints par le fléau. J’ai pris chez moi, les logeant dans mon école, les plus misérables. Il « me faudrait pouvoir continuer encore. Les besoins sont plus pressants de jour en jour. Je « compte sur la divine Providence et les âmes généreuses de notre mère patrie, pour me « permettre de fournir une tasse de riz à tant de pauvres affamés. »
« Enfin, dit M. Renault, pour terminer par où j’aurais dû commencer, j’ai à signaler la visite épiscopale de Mgr Lavest à Kouy-lin, la capitale de la province.
« Une visite épiscopale n’est pas, en soi, chose extraordinaire ni digne d’être notée. Mais, dans la circonstance, elle a revêtu un caractère tout spécial.
« Jamais il n’avait été donné à aucun évêque d’entrer dans cette importante cité. Il est vrai que la chrétienté actuelle, encore peu nombreuse, ne date que de la fin de 1901. Néanmoins, Kouy-lin au point de vue du christianisme, mérite une mention particulière, à cause du rôle qu’elle a joué. D’après les documents historiques, dès 1585 des missionnaires jésuites vinrent se fixer ici, où ils fondèrent une chrétienté, qui d’abord ne fit que végéter. Plus tard, à la faveur du gouverneur chrétien du Kouang-si, nommé Kué, et d’un eunuque, également chrétien, la foi put pénétrer jusqu’à la cour de Yong-li, le dernier descendant des Mings, réfugié à Kouy-lin. Le P. Koffler, jésuite, baptisa plusieurs membres de la famille impériale, et bâtit une église. La chrétienté devint assez florissante. Malheureusement, c’était l’époque où les Tartares-Mandchoux, maîtres de Pékin, s’emparèrent de l’Empire et remplacèrent la dynastie des Mings, par la dynastie actuelle.
« Avec les Mings, dont le dernier prétendant, proclamé empereur à Kouy-lin, dut céder le trône aux envahisseurs, disparut aussi le christianisme. Il a fallu attendre jusqu’à 1901, pour qu’il nous fût donné de rentrer dans cette ville, où il y a déjà une centaine de baptisés. La nécessité d’une église se fait sentir. Les ressources me manquent pour accomplir cette œuvre .
« Mgr Lavest étant le premier évêque qui pénétrât dans l’enceinte de Kouy-lin, j’ai voulu relever le prestige de la dignité épiscopale aux yeux des Chinois, et donner à la réception de Sa Grandeur le plus de splendeur possible. Une autre considération favorisait l’exécution de mon plan.
« En 1903, Monseigneur, sur la recommandation du gouverneur Ouang, dont j’ai parlé, et à l’occasion de services rendus, fut élevé, par décret impérial, au titre mandarinal du second degré. C’était le moment où jamais de prouver à nos populations que l’évêque était un personnage important, avec lequel il y avait à compter.
« Je me suis bien gardé de pressentir Monseigneur à ce sujet, persuadé d’avance qu’il eût refusé tout cérémonial extérieur, surtout dans la crainte d’exciter les susceptibilités des mandarins. Pour moi, j’étais sûr de la position. Je savais que les hautes autorités de la capitale, que j’avais du reste averties, ne verraient pas de trop mauvais œil une réception solennelle faite à la première dignité ecclésiastique du Kouang-si, et honorée comme eux du globule de grand mandarin.
« Sa Grandeur pénétra ainsi dans la ville de Kouy-lin, précédée du parasol rouge, insigne d’honneur des mandarins, et de quatre paires de kao-kio-pai, c’est-à-dire de tablettes laquées, en forme de bannières, sur lesquelles sont écrits en lettres dorées, les titres du dignitaire devant qui on les porte.
« Le palanquin de l’évêque, porté par quatre hommes, était suivi de deux missionnaires et de quinze cavaliers, formant une escorte d’honneur. Tout s’est passé dans le plus grand calme. L’effet moral produit en ville fut profond.
« Quel contraste ! Il n’y a que dix à douze ans, l’entrée de cette ville se trouvait fermée à tout européen. Aujourd’hui par suite d’événements politiques, qui semblent vouloir transformer la Chine, toute liberté nous est donnée de circuler dans les rues !
« Puissions-nous aussi obtenir une entière liberté pour nos chrétiens ! Dans un avenir peu éloigné, nous pourrions, avec la grâce de Dieu, compter chaque année un chiffre nombreux de nouveaux enfants de l’Église, que nous aurions régénérés dans les eaux du baptême.
« En terminant ce rapport, nous demandons à la bonté divine qu’elle nous rende bientôt notre digne évêque, revenu à une pleine santé, afin que nous puissions, sous sa sage direction, soutenus par ses encouragements et ses exemples, continuer notre œuvre d’évangélisation de cette chère terre du Kouang-si, et y établir le règne de Dieu sur toute son étendue ! »



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