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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Chine
Mission: Kouang-tong

III. — Kouang-tong

Population catholique 58.827
Baptêmes d’adultes 2.037
Baptêmes d’enfants de païens 7.001
Conversions d’hérétiques 13
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Situation générale. — Les missionnaires du Kouang-tong, pendant l’exercice de l’année 1906-1907, ont obtenu de très beaux résultats. La conversion de plus de 2.000 païens est une bonne récompense que le bon Dieu leur donne dès ici-bas. Elle adoucit les fatigues et les peines quotidiennes, qu’ils ont eu à porter les uns et les autres, pour chercher toutes ces âmes et les amener dans le sein de I’Église. Ce travail s’est accompli au milieu de grandes difficultés. La mission a été éprouvée par une terrible sécheresse. Des brigandages, sans cesse renaissants sur un point ou sur un autre, ont semé l’épouvante partout, fait beaucoup de victimes et rendu l’administration de certaines chrétientés très laborieuse.
Les récoltes de l’automne 1906 avaient laissé à désirer. Le prix du riz, dans certaines régions, s’était élevé presque de moitié. L’espérance se portait sur la première récolte de cette année. Elle fut déçue. Le riz, encore en herbe, était rongé à la racine par un ver blanc, qui le faisait sécher sur pied. Les cultivateurs retrouvèrent à peine leur semence.
« Bientôt le prix du riz, écrit M. Fleureau, pro-préfet de la mission, augmenta dans des proportions effrayantes, qui le rendirent inabordable à la foule. C’était la famine dans toute son horreur. De toutes les directions s’élève alors un cri unanime de détresse. A l’est, surtout dans les sous-préfectures du Luk-fung, Cheung-lok, Kit-yeung, les plaintes sont navrantes. Il y a trois mois déjà, les missionnaires signalaient des troupes d’affamés qui allaient sur les montagnes arracher, pour s’en nourrir, la racine d’une fougère sauvage. Ils parlaient de gens mourant littéralement d’inanition, ou qui, pour échapper aux tortures de la faim, se pendaient, se noyaient ou s’empoisonnaient. »
La situation ne paraît pas devoir s’améliorer. La seconde récolte ne s’annonce guère supérieure à la première. Les épidémies sont venues s’ajouter à la famine et accroître ainsi les misères des populations. La peste étend ses ravages à Ho-po et à Hing-ning. Le choléra règne dans la préfecture de Chiou-chau et au Lui-chau.
Pour comble de malheur, la misère, les nouveaux impôts, des influences secrètes firent éclater la rébellion dans nombre de districts. « Il y a des soulèvements partout, dit M. Fleureau,.. Tout d’un coup, sans que rien ne l’ait fait prévoir, des bandes se lèvent tout organisées, parcourent le pays en armes, pillent les maisons des riches, massacrent les mandarins, si elles les surprennent, et ensuite se dispersent, sauf à se reformer au premier signal, toutes prêtes à s’unir et à se prêter main-forte.
« Dans la sous-préfecture de You-ping, à l’est, une bande nombreuse, qui avait massacré plusieurs mandarins, a été heureusement écrasée. Mais à Pok-lo, sous-préfecture assez proche de Canton, 200 hommes bien armés ont tenu la campagne pendant plusieurs semaines, pillant partout où ils étaient les plus forts.
« Dans les contrées montagneuses de Fat-kong et de Tsing-yun, au nord de la préfecture de Kwong-chau, des brigands occupent tous les chemins et personne ne peut plus désormais s’y hasarder sans escorte. De l’extrémité nord de la province, tout près des frontières du Kiang-si, il y a déjà trois mois, M. Collas poussait un cri d’alarme. A Sun-i, au nord-ouest, M. Baldit constate la présence de bandes de pillards et se lamente sur leurs méfaits. Mais où les rebelles ont été et sont encore particulièrement redoutables, c’est au sud-ouest de la province, à la frontière du Tonkin et du Kouang-si. Deux fois, ils ont pris et pillé la ville préfecture de Yam-chau. Le mandarin de Pang-shing, ville de la même région, a été surpris et massacré avec tout son entourage.
« Une partie de ces brigands, en rapport avec les notables et poussés par eux, se jettent sur les chrétientés. Les villages où il y a une chapelle sont de préférence sujets à leurs déprédations. Déjà 14 ou 15 chrétiens ont été tués en vrais témoins de Jésus-Christ, car l’apostasie leur eût sans doute valu la vie sauve. Tout dernièrement, 30 femmes ou jeunes filles, se dirigeant sur Pak-hoi et arrêtées dans leur fuite, ont subi les pires outrages. Jamais, même au temps des Boxeurs, la mission de Canton n’avait vu de telles horreurs. »
Quelles ne sont pas les angoisses du missionnaire, qui doit assister chaque jour, impuissant, au spectacle de toutes ces calamités ! Son cœur saigne, quand ses chrétiens, aux prises avec la faim, délaissés des païens, menacés à chaque instant par les plus féroces ennemis, viennent à lui, comme à leur providence, et qu’il ne peut ni leur donner une poignée de riz, ni les protéger efficacement contre les brigands. Il tourne ses regards vers la France, d’où il espère quelques secours pour apaiser la faim de ces infortunés, et donner des vêtements à ceux qui sont nus.
Malgré tous ces maux, famine, peste, choléra, brigandages organisés sur presque toute l’étendue de la mission, mauvais vouloir des mandarins, qui n’ont pas laissé passer une occasion de discréditer les missionnaires auprès des populations, 2.000 païens se sont convertis. Ce magnifique résultat, en de telles circonstances, ne peut s’expliquer que par un secours tout particulier de Dieu. La raison du succès des missionnaires est leur faiblesse elle-même. Car Dieu aime toujours choisir les faibles pour confondre les puissants, afin que nulle chair ne se glorifie en sa présence.
Dans l’exposé des travaux annuels des missionnaires, pour lui donner plus de clarté, M. Fleureau tiendra compte des divisions civiles et de la configuration du sol de la province du Kouang-tong, qui se partage naturellement en quatre régions : le centre ou sud, l’est, le nord et l’ouest.

I. Districts du centre. — Les districts du centre forment trois groupes, respectivement rattachés aux trois préfectures de Canton, Shiou-hing et Wai-chau.

1º Préfecture de Canton. — Au premier rang des districts du centre, est celui qui renferme la cathédrale. Avec ses trois chapelles annexes de Sai-kwan, Sai-shan et Ho-nam, il comprend 1.150 âmes. « M. Fourquet, qui l’administre, aidé d’un prêtre indigène, s’est donné comme mission spéciale de grouper les hommes, et de les amener à se faire apôtres dans le cercle de leurs relations. Il travaille aussi à préserver les jeunes gens, exposés à se perdre plus que nulle part ailleurs. Il leur a bâti une salle, où ils peuvent venir pour se récréer. Aux plus pauvres, il a préparé des ateliers avec des maîtres chrétiens, afin qu’ils y fassent sans danger leur apprentissage. Aux hommes et aux jeunes gens, il réserve exclusivement son confessionnal la veille des grands jours de fête. Le nombre des communions s’est élevé à 14.540.
« Le 19 mars, fête de saint Joseph, la cathédrale a vu se dérouler une double cérémonie, d’une solennité exceptionnelle : dès le matin, une ordination comptant 14 ordinands, dont 3 prêtres ; à 11 heures, le baptême de Théodora, magnifique cloche envoyée de Nantes par M. le chanoine Robert. A cette dernière cérémonie, le vice-roi de Can ton s’était fait représenter.
« Au nord-ouest de la cathédrale, au centre de la cité, se trouve le district de Ko-po, fondé par M. Sorin, et dont il est le premier titulaire. La chapelle de Ko-po, dès à présent, suffit à peine pour contenir les fidèles qui s’y pressent chaque dimanche. Les petits Frères de Marie de l’école Pichon, par leurs chants, donnent aux offices un véritable éclat. Grâce à un dévouement sans bornes et à une vie extrêmement mortillée, M. Sorin a conquis l’estime et la vénération de tous. »
A la concession européenne de Sha-min, l’administration a souffert de l’absence de M. Fouque, son titulaire, rentré en France pour cause de maladie, et provisoirement remplacé par M. Deswazières, professeur au collège du Sacré-Cœur .
M. Pradel est chargé d’un district très étendu en dehors de la ville, à proximité de la porte de l’est. Son centre d’action est le village de Tokam-hang. Son chiffre de 17 baptêmes d’adultes aurait été bien dépassé, s’il avait eu des auxiliaires pour l’instruction des catéchumènes.
Les œuvres communes de la mission sont groupées dans l’intérieur de la ville. « En tête, figure le séminaire, qui compte plus de 60 élèves. Il a été éprouvé par la maladie, dans le cours de l’année qui s’achève. En ce moment, la santé générale est meilleure. Cet établissement a lieu de se féliciter des témoignages de satisfaction que les missionnaires ne ménagent pas aux nouveaux prêtres indigènes.
« De chaque côté du séminaire, sont leur deux orphelinats. Celui des jeunes filles, dont M. Gauthier, supérieur du collège du Sacré-Cœur , est le directeur, compte 187 pensionnaires. Il y est entré, cette année, près de 1.400 petits moribonds, dont la plupart sont aujourd’hui nos protecteurs au ciel.
« De l’asile des vieilles femmes, établi à la porte de l’orphelinat, s’est échappée, pour s’envoler en paradis, plus d’une ouvrière de la onzième heure.
« Dans le jardin, a été bâti le couvent des religieuses indigènes. Il y a en ce moment 34 professes ou novices. Par leur docilité, leur amour du travail, leur piété et leur zèle, elles sont appelées à rendre à la mission de signalés services comme catéchistes. » M. Fourquet, après avoir pris une part active à leur fondation, est aujourd’hui leur directeur.
« L’orphelinat des garçons, sous la direction de M. Lévêque, renferme 64 enfants. C’est dans l’ancien orphelinat que se trouve installé, depuis trois ans, le collège du Sacré-Cœur , école ouverte à tous ceux qui s’y présentent, et où l’on enseigne les sciences et les langues étrangères. Son succès et le nombre de ses élèves augmentent tous les ans. Il a conquis la confiance des familles et la meilleure réputation dans toute la ville. Sous la direction de ses distingués supérieurs et professeurs, il ne saurait manquer d’atteindre le but pour lequel il a été fondé. »
La population totale de ce district de la cathédrale est de 2.114 fidèles.
« Après la ville nous parcourons la banlieue, qui occupe deux missionnaires et un prêtre indigène. En remontant le fleuve, ou en prenant le nouveau chemin de fer, on ne tarde pas à rencontrer Fat-chan, ville immense où le missionnaire du district, M. Robert, a bâti sa chapelle principale. Il administre avec prudence et zèle ce district qui lui est confié et qui n’est pas un des moins difficiles de la mission. C’est la mort dans l’âme, qu’il a dû, cette année, par défaut de ressources, renoncer à s’occuper des enfants moribonds, nés de parents païens. L’an passé, il en a baptisé 1.230.
« En avant de la ville de Canton et de l’autre côté du fleuve, un prêtre indigène a le soin de vieilles chrétientés, qui comptent 1.335 fidèles. L’administration s’y fait paisiblement et non sans résultat, puisqu’il y a eu, cette année, 2.539 communions. »
M. Lévêque, en dehors de la charge de l’orphelinat des garçons et de la procure, administre, avec l’aide d’un prêtre indigène, quelques groupes de chrétiens situés au nord et au sud de la ville.
Deux sous-préfectures, celle de Tsung-fa, au nord-est de Canton, et celle de Fai-kong, sont confiées à un prêtre chinois, professeur an collège du Sacré-Cœur .
M. Léauté exerce son zèle à Trang-shing. Malgré une douloureuse épreuve, qui a paralysé. en partie son travail, il a baptisé 51 catéchumènes. L’année prochaine la récolte sera plus abondante. Il compte tout spécialement sur ses écoles, ouvertes aux païens et aux chrétiens, pour obtenir ce résultat.
Dans la préfecture de Tung-kun, MM. Nicouleau, Grisel et Jarreau ont à la fois à combattre contre les païens et contre les protestants. Malgré les efforts combinés de leurs ennemis et le caractère remuant de quelques néophytes, ils ont fait l’administration de leurs chrétientés sans de graves incidents, et ont baptisé près de 60 adultes.
« Les chrétiens dela sous-préfecture de Shan-tak ont pour missionnaires MM. Lanoue, Aubazac et un prêtre indigène. Il y a dix ans, la haine des païens pour le missionnaire y était très vive. Aujourd’hui il semble avoir presque conquis droit de cité. Son ministère ne se borne plus à conserver les anciennes chrétientés. » Chaque année un certain nombre de néophytes reçoivent le baptême. M. Lanoue en compte plus de 30 pour le présent exercice.
Les vieilles hostilités païennes, dans un dernier geste de colère, se sont assouvies dans le sang de deux chrétiens assassinés.
Grâce à la connaissance de la langue chinoise, qu’il parle et écrit comme un lettré, M. Aubazac instruit ses fidèles, et en particulier les religieuses indigènes de son district, comme bien peu pourraient le faire. Dans la vieille chrétienté de Kom-chuk, un prêtre chinois administre sans bruit des fidèles qui se font remarquer par leur piété et leur bon esprit.
Le district des sous préfectures de San-oui et de San-ning est dirigé par un missionnaire et deux prêtres indigènes. Il compte plus de 2.000 âmes, dont un grand nombre doivent la foi ou le retour à la pratique de la religion au zèle de M. Thomas. Par son courage et sa confiance en Dieu, il a triomphé des plus grands obstacles, semés sous ses pas par les païens et les protestants. Que Dieu lui donne une meilleure santé, dont il a si besoin pour continuer son œuvre !
Une autre épreuve attendait notre confrère. Dans la nuit du 13 au 14 décembre, un typhon s’est abattu sur l’île de Sancian, et a gravement endommagé les deux chapelles qu’il venait de réparer à grands frais.
La population totale du groupe des chrétientés qui se rattachent à la préfecture de Canton est de 11.582 âmes.

2º Préfecture de Shiou-hing. — Les chrétientés de Shiou-hing, anciennes ou nouvellement fondées, échelonnées presque toutes sur les bords du fleuve, sont, depuis plusieurs années, confiées à M. Clauzet, qui gouverne son peuple avec l’autorité que lui donnent la dignité de sa vie et son zèle. Il a pour le seconder M. Sicard, qui se forme au ministère sous sa direction. Shiou-hing a donné, pour cet exercice, 21 baptêmes d’adultes et 320 d’enfants de païens.
Dans la direction du sud, un excellent prêtre indigène est en ce moment en butte à une persécution sans trêve ni merci, de la part des notables païens et du mandarin local. Ses chrétiens et lui, accusés, quand ils devraient être accusateurs, ne savent plus que devenir. « Si « j’étais seul à souffrir, disait ce bon prêtre, j’en prendrais plus volontiers mon parti. Mais de « voir mes chrétiens à la merci de leurs persécuteurs, j’ai le cœur brisé. Si je ne pleure pas, « c’est que je n’ai plus de larmes à verser. »
La préfecture de Shiou-hing compte 2.169 chrétiens.

3º Préfecture de Wai-chau. — A l’extrémité de la préfecture de Wai-chau, dans le Luk-fung, il y a une belle chrétienté de 3.000 âmes, qui se développe merveilleusement sous la sage et ferme administration de deux missionnaires, qui ont obtenu cette année 78 baptêmes d’adultes.
« Au nord-ouest du Luk-fung, deux autres missionnaires se partagent la sous-préfecture de Pok-lo, MM. Frayssinet et Mirambeau. Dans le district de M. Mirambeau, fut massacré, il y a quelques années, le regretté M. Chanès. Aujourd’hui, ce n’est plus avec les païens que le missionnaire doit lutter, mais avec les protestants, qui ont en tous lieux des écoles gratuites, et menacent de gagner avec elles les catholiques eux-mêmes. Pok-lo est la terre classique du brigandage. Elle continue à l’être, malgré les hécatombes que l’autorité vengeresse y a faites à plusieurs reprises.
« La population chrétienne de ces deux districts est de 1.121 fidèles, et 57 catéchumènes y ont été régénérés.
« M. Merle, avec le concours d’un prêtre chinois, a eu la joie d’enregistrer 62 baptêmes d’adultes à Wing-on, poste situé au nord de Pok-lo. « Ce chiffre, dit le missionnaire, « représente beaucoup de travaux, et surtout beaucoup de souffrances, que j’aime mieux ne « pas faire paraître au grand jour. Mon cher auxiliaire travaille aussi avec ardeur et sans « bruit. » Sur le fleuve se trouve le district de Ho-yun, confié à M. Druais. Sa grande préoccupation actuelle est la réparation de son église. Jusque-là, tout à l’administration de ses chrétiens et sans ressources, il n’avait pu se mettre à ces travaux de plus en plus urgents. Que la divine Providence lui permette d’entreprendre cette œuvre et de l’achever dans un bref délai ! Sinon il se trouvera bientôt en face de ruines irréparables.
« Un bon vieillard de ce district, abandonné des siens, parce qu’il refuse d’apostasier, est forcé de gagner son riz à la sueur de son front. Il habite seul à douze lieues de la chapelle. Néanmoins, au temps de Pâques, espérant y rencontrer le missionnaire, il a fait tout ce chemin à pied. Il lui fallut trois jours. Trompé dans son espérance, il a repris son bâton à la Pentecôte et fait le même voyage pour recevoir les sacrements. Que de chrétiens d’Europe auraient à rougir de cet exemple ! Ils ont le prêtre à leur porte. L’église se dresse devant eux, et ils n’ont pas le temps d’y entrer !
Les écoles du district renferment 75 élèves, et 36 catéchumènes ont reçu le saint baptême.
M. Vogel, à Lung-chun, s’est adonné à l’instruction des femmes chrétiennes, dont la formation religieuse et la connaissance de leurs devoirs laissaient à désirer. A force de persévérance, il atteindra son but et leur donnera une science parfaite de la religion.
Un prêtre chinois est installé à Wo-ping. Le zèle de la maison de Dieu l’a poussé à ne pas craindre de se charger de dettes, pour reconstruire sa chapelle. Wo-ping a son sanctuaire moins indigne de la majesté divine, et où les fidèles prient avec plus de ferveur.
Si nous résumons tout ce que nous venons d’exposer sur ces chrétientés du centre, nous les voyons administrées par 22 missionnaires et 9 prêtres indigènes. Elles ont une population de 19.083 fidèles, et comptent, pour l’exercice présent, près de 600 baptêmes.

II. Districts de l’est. — Les districts de l’est sont compris dans les deux préfectures de Chiou-chiau et de Ka-ying-chau. Quoique le territoire de cette partie orientale de la mission soit le moins étendu, il est le plus peuplé de chrétiens.

1º Préfecture de Chiou-chau. — De la préfecture de Chiou-chau dépendent Swa-bow et les sous-préfectures de Tsing-hoi, You-ping, Chiou-yeung, Wai-loi, Kit-yeung, Pou-ning et Fuing-shan.
« Du district de M. Roudière, qui comprend la ville de Chiou-chau, tout a été dit l’année dernière. L’église nouvellement bâtie, sous le vocable de Notre-Dame-Auxiliatrice, est certainement une des plus belles de l’Extrême-Orient. Les fidèles, groupés autour de leur missionnaire, forment une chrétienté qui n’a rien à envier aux plus belles des vieux pays catholiques. L’orphelinat de la Sainte-Enfance est si bien tenu, qu’il est presque une merveille. Il y a à regretter seulement que la communauté chrétienne soit trop souvent visitée par la maladie. Il y a eu 97 baptêmes d’adultes dans le courant de l’année. »
Le district de Chiou-chau a réuni près de 1.100 francs pour l’honoraire de la messe du Saint-Père, à l’occasion des noces d’or de son ordination sacerdotale.
« Non loin de la ville de Chiou-chau, à laquelle ils sont reliés par un railway, dans un site enchanteur, se trouvent la ville et le magnifique port de Swa-tow, un des plus importants de toute la Chine. Il y a là, comme missionnaire, M. Douspis, dont l’activité et la serviabilité sont proverbiales. Une chapelle en rapport avec l’importance du lieu fait encore défaut. Tous souhaitent à M. Douspis assez de ressources pour commencer bientôt les travaux, avec chance de les mener à bonne fin : 45 baptêmes sont les fruits de son zèle.
« Dans le voisinage de Chiou-chau et de Swa-tow se trouvent les deux districts de Tseng-hoi et de Chiou-yeung. Pendant trop longtemps, à cause de l’état de santé de son titulaire, missionnaire depuis près de quarante ans, et à ce titre notre doyen, les chrétiens de Tseng-hoi avaient été forcément négligés. Il n’en sera plus ainsi désormais. A Chiou-yeung, grâce au zèle de M. Verdeille, le nombre des chrétiens s’est singulièrement accru en quelques années. Les résidences avec chapelle se sont multipliées. Si sa santé l’eût permis, il y serait demeuré, personne n’étant aussi capable que lui de développer les œuvres qu’il a fondées. Son chiffre de baptêmes d’adultes est de 97.
« A l’est de Chiou-chau, dans la sous-préfecture de You-ping, résident M. Pencolé et un prêtre indigène. A une heure extrêmement difficile, alors que la rébellion était triomphante, leur prudence leur a permis de continuer, et non sans succès, leur ministère. Ils ont eu, à eux deux, 35 baptêmes. Dans leurs écoles, le nombre des élèves s’est élevé à 775. La population totale de leur district s’élève à 1.177 chrétiens.
« En remontant le fleuve de Swa-tow, on ne tarde pas à rencontrer la sous-préfecture de Kit-yeung. A elle seule, elle compte 7.885 fidèles et occupe 4 missionnaires : MM. Le Corre, Lasportes, Veaux et Werner. »
M. Le Corre a sous sa houlette 2.050 brebis. Il a baptisé 84 catéchumènes et reçoit 167 élèves dans ses écoles. Ce cher confrère termine son compte rendu par ces touchantes paroles : « Nous mettons notre confiance dans la protection des petits anges que l’œuvre de la « Sainte-Enfance nous permet d’envoyer au ciel. J’en ai reçu cette année 65. Le nombre est « bien petit. Mais mes ressources ne m’ont pas permis de faire davantage. Je me suis contenté « de recevoir les enfants qu’on m’apportait, et encore les moyens que m’accorde la mission « dans ce but ont été bien insuffisants. Du moins, les 44 petites, qui ont vécu quelque temps, « savent aujourd’hui au prix de quels sacrifices elles ont été reçues, et nous pouvons compter « sur leur reconnaissance. »
Une des chrétientés de M. Veaux a été en butte à mille vexations de la part des païens. « La famine et la peste viennent se joindre à la persécution pour rendre l’épreuve plus sensible. » Dans un district de plus de 2.000 âmes, les fatigues d’un ministère dont il remplit scrupuleusement toutes les obligations, les privations, les préoccupations n’ont pas été sans affaiblir M. Veaux. « Les crachats de couleur rosée, écrit-il, m’avertissent d’être sur mes « gardes et de me préparer au grand voyage. Que Dieu préserve la mission d’un tel « malheur ! »
M. Werner se prodigue pour visiter ses chrétiens. Il a régénéré 43 adultes. Ses florissantes écoles renferment 126 élèves.
MM. Favre et Constancis luttent avec avantage contre les protestants, dans les sous-préfectures de Pou-ning et Fung-shun. L’un a converti plusieurs de ces hérétiques, et l’autre a battu en brèche l’influence de leurs ministres. Il y a 2.000 chrétiens dans ces deux districts.
Les chrétientés de la sous-préfecture de Wai-loi ont à leur tête MM. Thiollière et Becmeur. Ce dernier écrit de l’une d’elles : « Tout le monde, à l’exception d’un seul fumeur d’opium, « s’approche des sacrements plusieurs fois chaque année. Le dimanche est bien observé. « Depuis déjà assez longtemps, la dévotion au Sacré-Cœur y a pris un accroissement bien « consolant. Chaque premier vendredi du mois, nous comptons une centaine de communions « réparatrices, et, chaque jeudi soir, les exercices de l’heure sainte sont suivis par 80 fidèles. »
Ces deux missionnaires ont eu 87 baptêmes d’adultes. De nombreux catéchumènes se préparent à recevoir bientôt le sacrement de la régénération.

2º Préfecture de Ka-ying-chau. — L’administration du district dont la ville de Ka-ying-chau est le centre offre des difficultés particulières, malgré lesquelles le titulaire a baptisé 21 catéchumènes. M. Canac a des écoles florissantes à Tchan-ping, l’une de garçons avec 175 élèves, et l’autre fréquentée par 32 filles. Il a entendu près de 2.000 confessions. Ses ennemis, les lettrés, lui font subir mille vexations. Dans le district de Hing-ning, le doyen d’âge des missionnaires, le vénérable M. Guillaume, apporte sa gerbe de 44 baptêmes d’adultes, de 2.000 confessions entendues dans le cours de l’année, pour une population chrétienne de 1.378 âmes. Il reçoit 62 enfants dans ses écoles.
L’est compte 23.740 chrétiens et enregistre environ 800 baptêmes.

III. Districts du nord. — La partie nord de la mission comprend trois préfectures, Shiou-chau, Nam-hong et Lin-chau. Nous y trouvons cinq missionnaires et deux prêtres chinois.

Préfecture de Nam-hong. — M. Collas, qui a sa résidence près de la ville de Nam-hong, est à la tête de ce district depuis vingt ans. Cette année lui a donné 37 baptêmes et 112 élèves dans ses écoles. Il entretient 25 orphelins de la Sainte-Enfance, Il se félicite des heureux résultats du passage de deux prêtres indigènes, venus rendre visite à leurs familles. Un instant il a craint une invasion de pillards. Mais jusqu’à présent Dieu l’a protégé.
M. Montanar compte 142 baptêmes d’adultes. Il en doit une centaine à un des prêtres indigènes, qui travaillent avec lui et sous sa direction. A Tsing-yun, il y a une chapelle avec catéchiste. La population chrétienne du nord est de 2.432. Le chiffre des baptêmes d’adultes atteint presque 200.

IV. Districts de l’ouest. — Les districts de l’ouest sont compris dans les préfectures de Ko-chau, Lui-chau, Lim-chau et Yeung-kong.

1º Préfecture de Ko-chau. — « A Ko-chau, M. Lemoine, qui habite la ville, est tout habitué à son nouveau genre de vie. Une visite qu’il a faite tout dernièrement au berceau de la foi dans ces pays, à Long-wo, l’a ravi. Les chrétiens, accourus de toutes parts, l’ont entouré et fêté. Il n’a pu résister à leurs instances, et a promis de faire tout ce qui lui serait possible pour rebâtir leur chapelle, à moitié renversée par une épouvantable inondation. Malgré leur pauvreté, les chrétiens donneront eux-mêmes quelque chose. La mission, quelque bienfaiteur, la Providence feront le reste.
On rencontre sur les bords de la mer, à Yeung-kong, un jeune missionnaire, M. Grégoire, qui évangélise, avec le concours d’un prêtre chinois, des populations qui sont terrorisées par le brigandage. Tout dernièrement, deux chrétiens ont été assassinés par les brigands en plein jour. Ils sont absolument les maîtres du pays. Cependant la parole de Dieu y porte des fruits, comme le prouvent les 42 baptêmes d’adultes.
Le nombre total des fidèles de ces quatre districts est de 3.169. Le premier missionnaire de ce pays en avait trouvé 64 en 1881.
Ce progrès s’est accompli au milieu de difficultés sans nombre et toujours renaissantes. Les chrétiens ont été pillés en 1884. Six ont été immolés en haine de la foi. Ils ont subi toutes les vexations de la part des notables et des mandarins. Jamais on ne leur a rendu justice, ni fait de réparations pour les dommages subis. Plusieurs fois les missionnaires ont été obligés de quitter la contrée. Que la paix et la liberté viennent, et la foi se développera rapidement chez ce peuple, qui s’est montré courageux et fidèle dans la persécution.

2º Préfecture de Lui-chau. — Trois missionnaires, aidés d’un prêtre indigène, se partagent la charge des chrétientés de cette préfecture. M. Laurent se trouve dans une situation pénible pour un homme au cœur de missionnaire et de Français. « Le gouvernement de la colonie « française de Kouang-chau-wan, dit-il, ouvertement hostile, défend à tous ceux sur lesquels il « a autorité, d’avoir aucun rapport avec le missionnaire, et dit à qui veut l’entendre que la « religion des Chinois est de beaucoup préférable au catholicisme. Il veut dire, sans doute, « beaucoup plus commode. Ses exhortations, d’ailleurs, paraissent laisser fort indifférents « ceux auxquels elles s’adressent, et n’entravent pas les couversions dans les deux districts « voisins, du Lui-chau oriental, et du Lui-chau occidental », où MM. Zimmerman et Cellard ne suffisent pas à instruire les catéchumènes. Le premier en compte à lui seul 1.512 inscrits sur ses registres. Les deux missionnaires ont eu, cette année, près de 200 baptêmes... Le sang des martyrs est devenu une semence de chrétiens. Il n’y a pas lieu, ce semble, de chercher une autre raison pour expliquer le mouvement qui porte, à cette heure, les populations de la presqu’île de Lui-chau vers nous. C’est le sang de ceux qui ont péri de 1864 à 1876, durant une persécution locale, sans doute, mais la plus atroce qu’on ait vue dans la mission, c’est ce sang, dis-je, qui donne en ce moment cette magnifique floraison. »

3º Préfecture de Lim-chau. — La préfecture de Lim-chau compte 5.131 chrétiens, partagés en trois groupes. Le premier, situé à l’extrémité de la province, sur la frontière du Tonkin, est sous la direction prudente et ferme de M. Granpierre, universellement connu dans ces régions, où il habite depuis vingt-six ans. Le récit de ce qu’il a fait et souffert ferait un volume. A. Tung-hing, qu’un ruisseau sépare de Mong-kai, première ville française, il a établi des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, enseignant le français. A La-fou, il y a un couvent de religieuses indigènes, qu’il a réunies et auxquelles il a donné de très sages règlements. Il a mis tout son cœur et tout ce qu’il a de ressources pour soutenir cette œuvre.
« A Pang-shing, sous-préfecture nouvelle, il y a nombre de païens qui demandent à se convertir. Quoique les notables, jaloux, aient massacré les deux principaux catéchumènes, ils n’ont pu arrêter le mouvement. M. Granpierre pense qu’un missionnaire à demeure ne tarderait pas à y compter de nombreux prosélytes. »
Les écoles sont nombreuses dans le district et très florissantes. Il y a également beaucoup d’orphelins adoptés et entretenus par la Sainte-Enfance.
Un jeune missionnaire, M. Richard, se forme sous la direction de M. Granpierre.
« Dans les régions plus rapprochées de la préfecture, trois confrères et un prêtre indigène, administrent quatre districts : celui de Pak-hoi, dont le titulaire est M. Kammerer, en ce moment en France pour raison de santé, et celui de Sheung-lok, qui ont été jusqu’à présent tranquilles, celui de Yam-chau, confié à un prêtre indigène, et celui de Ling-shan, qui ont subi les épouvantables épreuves, dont il est parlé plus haut.
« A 12 lieues de la côte, en face de Pak-hoi, est située l’île de Wai-chau, dont les chrétientés, de près de 2.000 âmes, sont administrées par MM. Marqué et Rault. La chapelle principale, bâtie jadis par M. Ferrand, menace ruine et devra, si on veut éviter une catastrophe, être réparée dans un bref délai. La population chrétienne de la préfecture de Lim-chau est de 5.131. Celle de toute la région de l’ouest atteint le chiffre de 11.373. Il y a eu pour cet exercice plus de 300 baptêmes d’adultes.
« En résumé, cette année, en dépit des obstacles de tout genre et d’épreuves inouïes, les missionnaires du Kouang-tong ont obtenu les résultats les plus consolants. » Deux mille catéchumènes ont été régénérés, beaucoup d’autres se préparent au baptême pour un avenir prochain. Les enfants de païens, baptisés in articulo mortis, sont un peu inférieurs en nombre à ceux de l’an passé, car les ressources ont manqué pour envoyer partout baptiseurs et baptiseuses, à la recherche des petits moribonds. Les écoles sont établies dans la plupart des districts, et sont bien remplies. Le chiffre des élèves est supérieur à celui qui est publié ; plusieurs missionnaires ayant oublié de donner le leur dans le compte rendu.
« Les œuvres de la Sainte-Enfance sont également bien plus développées qu’il pourrait sembler en lisant ce rapport. A cause de la persécution, qui a dispersé presque tous les orphelinats, il n’est pas question de plusieurs d’entre eux, tels que ceux de Pak-hoi, de Ling-shan, de Chiou-chau, de Wai-chau.
« Mais ce qui, dans ce compte rendu, mérite de fixer l’attention, c’est le nombre des confessions entendues dans le cours de l’année : 108.995, pour une population chrétienne de 58.827. Ce chiffre n’avait pas encore été atteint.
« Que tant de prières, tant de labeur, tant de souffrances profitent à la France, qui a, cette année, comme par le passé, soutenu notre mission et l’a mise à même d’obtenir de pareils résultats. »



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