| Année: |
1907 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouy-tchéou |
II. — Kouy-tchéou
Population catholique 25.368
Baptêmes d’adultes 1.276
Baptêmes d’enfants de païens 4.814
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Le compte rendu du Kouy-tcheou, pour l’exercice 1906-1907 ne nous est pas encore parvenu au moment de mettre sous presse, quoiqu’il soit annoncé depuis plusieurs semaines.
Un grand et heureux événement pour cette mission, la nomination et le sacre d’un coadjuteur du vénérable vicaire apostolique Mgr Guichard, les chiffres d’administration que nous connaissons et quelques autres faits nous permettent d’y suppléer en partie, et de présenter à nos confrères et à nos amis un aperçu de la situation actuelle de cette intéressante mission.
Mgr Guichard, infirme depuis longtemps et ne pouvant plus faire la visite de son vaste vicariat au gré de ses désirs et de son zèle, a présenté une supplique au Souverain Pontife pour lui demander un coadjuteur. La requête de Sa Grandeur fut agréée et, par une lettre du 11 mars 1907, la Sacrée Congrégation de la Propagande lui communiquait le choix que le Saint Père avait fait de M. François Lazare Seguin, supérieur du petit séminaire de la mission établi à Lou-tchong-kouan, comme coadjuteur avec future succession et le titre d’évêque titulaire de Pinara en Lycie et dont la métropole est Myre.
Les Brefs, datés du 23 février, furent immédiatement envoyés au Kouy-tcheou, où ils n’arrivèrent, par un retard inexplicable, que le 13 août.
« Devant la volonté de Dieu que tout le monde s’accorde à me dire manifeste, j’ai dû faire « taire ma répugnance et m’incliner sous le fardeau de l’épiscopat, si lourd pour mes faibles « épaules. » C’est par ces paroles de foi que l’élu de Dieu accepte la charge qui lui est imposée.
Le sacre de Mgr Seguin eut lieu à Kouy-yang le 6 octobre, le jour de la fête du Saint-Rosaire.
Mgr Guichard, un peu remis d’une longue maladie qui l’affligea durant tout l’été, fut assez fort pour donner la consécration épiscopale à son coadjuteur, assisté de Mgr Chouvellon, vicaire apostolique du Su-tchuen oriental, et d’un vieux missionnaire. M. Gréa, le vénérable provicaire du Kouy-tcheou, frappé d’hémiplégie depuis un mois, offrait ses souffrances à Dieu eu lui demandant de rendre fécond l’épiscopal du jeune coadjuteur.
Tous les missionnaires entouraient leurs évêques et unissaient leurs prières pour attirer les bénédictions célestes sur leur mission, accroître encore parmi eux cette fraternelle entente et cette charité parfaite, qui est depuis longtemps la note caractéristique du Kouy-tcheou.
Après avoir passé une semaine délicieuse ensemble et auprès de leurs évêques, les missionnaires regagnent leurs districts, les uns pour continuer leur administration, les autres pour préparer plus directement leurs chrétiens à la visite épiscopale.
Car, dès le 2 novembre, Mgr Seguin devait se mettre en route pour parcourir une partie de la mission, en commençant par son ancien district, où il a élevé une église à Notre-Dame de Lourdes.
Une note triste vint bientôt troubler la joie des missionnaires et des fidèles du Kouy-tcheou : M. Gréa s’éteignait doucement à Kouy-yang, après quarante-deux années de travaux apostoliques. « Les vieux géants du Kouy-tcheou, écrit un confrère, s’inclinent tout « doucement vers la tombe. Les ans leur pèsent moins que les nombreux mérites qu’ils ont « accumulés sur leurs robustes épaules. »
M. Noyer a succédé à Mgr Seguin dans la direction du petit séminaire. — « L’ancien « supérieur de Lou-tchong-kouan, dit-il, me laisse une communauté exemplaire. C’est bien « dommage qu’on ait pensé à moi pour une si belle succession. Enfin, puisque Leurs « Grandeurs l’ont voulu, il ne me reste plus qu’à compter sur le secours du bon Dieu.
Les missionnaires du Kouy-tcheou ont continué à exhorter leurs fidèles à la fréquentation des sacrements. « Mais il faut l’avouer, écrit Mgr Guichard, mes confrères ne sont pas parvenus à obtenir ce beau résultat sans peine ni travail. En plusieurs districts, ils ont eu affaire avec les protestants qui, s’ils ne font pas beaucoup d’adeptes, ne se gênent pas pour parler contre les dogmes catholiques et pour chercher chicane à nos chrétiens. »
« Une œuvre, continue Sa Grandeur, à laquelle les misionnaires ont aussi donné tous leurs soins, c’est l’œuvre des écoles. Depuis la guerre russo-japonaise, la Chine se remue beaucoup. Elle aussi veut devenir une puissance forte et un peuple éclairé. Elle est jalouse du petit Japon. Elle veut comme lui changer ses lois constitutionnelles. Il n’y a pas de jour où l’on ne voie dans les journaux, répandus partout aujourd’hui, les édits impériaux poussant le peuple à l’étude des sciences européennes et à l’exercice des armes : de tous côtés on fonde des écoles pour lesquelles on appelle des maîtres qui ont étudié auprès des Japonais, soit au Japon même, soit dans les provinces maritimes de la Chine. Pour arriver à ce résultat, on prélève partout de nouveaux impôts.
« Voyant donc le mouvement et l’activité que se donnent les Chinois pour arriver à une certaine instruction, nous ne pouvions pas rester inactifs. Ne rien faire pour aider nos chrétiens à entrer dans le mouvement était inacceptable. Aussi nos confrères se sont imposé tous les sacrifices possibles. Ils n’ont reculé devant aucune dépense pour établir des écoles. Impossible de compter sur notre peuple pour couvrir ces frais. Car si quelques chrétiens un peu plus à l’aise peuvent payer les maîtres, bien grand est le nombre de ceux qui ne peuvent rien donner. Même, le plus souvent, il faut encore leur fournir les livres et le papier. »
Le chiffre des écoles de garçons et de filles est passé à 166. C’est une augmentation de 17 sur celui de l’année dernière. Le nombre des élèves s’est accru de près de 3oo.
Mgr Guichard jette aussi un cri de détresse en voyant diminuer chaque année l’allocation de la Sainte-Enfance, tandis que le nombre des enfants qu’on présente à la mission semble grandir. «C’est tous lesjours, écrit Sa Grandeur, qu’on vient nous en offrir quelques-uns. Nous n’avons pas à les acheter, on nous les donne pour rien. Et si nous les acceptions tous, nos orphelinats ne seraient pas assez vastes. Nous devons souvent rejeter les prières qui nous sont adressées. Combien cela nous coûte, surtout quand on nous dit que de ne pas accepter tel ou tel petit enfant, ce n’est pas un corps, mais une âme qui ne sera pas sauvée. Il faut tenir son cœur à deux mains pour ne pas répondre aussitôt : « Eh bien, oui, j’accepte. » Cependant nous ne le pouvons. Quelquefois des chrétiens un peu riches adoptent de ces pauvres petits et les élèvent avec leurs enfants. C’est ainsi que nous en avons placé 43.
« Nous avons 12 orphelinats, dans lesquels se trouvent 725 enfants entièrement à la charge de la Sainte-Enfance. Il faut en ajouter encore 78 qui sont en nourrice.
« Pendant le dernier exercice, il a plu à la divine Providence de bénir les sueurs et les peines de nos chers missionnaires, et de fertiliser le champ travaillé avec beaucoup de soins et de zèle. La récolte néanmoins a été inférieure à celle de l’année dernière. Nous avons eu 1.276 baptêmes d’adultes, contre 1.620 que porte l’exercice 1905-1906. Les autres chiffres ont eu une tendance à diminuer, les communions de dévotion exceptées, qui ont passé de 38.469 à 40.084. Les préoccupations du moment qui troublent le pays en ont été une des causes, mais nous espérons bien l’an prochain reprendre notre mouvement en avant.
« Nous avons baptisé 4.814 enfants de païens à l’article de la mort. Le nombre de nos catéchumènes est élevé. Nous en avons plus de 20.000, exactement 20.512. »
Certains faits suggestifs, tirés des lettres de quelques missionnaires, achèveront de nous représenter la situation actuelle soit religieuse soit politique du Kouy-tcheou.
Écoutons M. Cavalerie, chargé du district de Pin-fa :
« Mon district se trouve, cette année, dans des difficultés très graves, à cause de la « rébellion des indigènes, qui dure depuis neuf ou dix mois et dont on nevoit pas la fin. « Quinze cents soldats, c’est-à-dire plus de la moitié des troupes du Kouy-tcheou, ont été « envoyés dans cette région. Ils sont tous armés de fusils à répétition, de provenance « allemande. Grâce à leur présence, mon église de Pin-fa a été sauvée de l’incendie ! Mais les « révoltés ont détruit de fond en comble mon oratoire de Si-jeon-gai.
« Il y a quelques jours, une bataille leur a été livrée par l’armée régulière. Les soldats ont « eu 2 morts et 5 ou 6 blessés. Du côté des indigènes, on a compté une cinquantaine de morts, « et les blessés sont plus de cent. Les jours suivants, les révoltés ont remis plusieurs centaines « de fusils à mèche à l’autorité. Mais ils en ont encore des milliers, qu’ils ont achetés ou « fabriqués eux-mêmes, directement dans le but de soutenir la rébellion contre les « troupes régulières. L’avenir est donc plein de menaces.
« Beaucoup de Chinois, soit dans l’unique but de piller à leur aise, soit par hostilité pour « les Européens, ou pour manifester leur désapprobation de tous les changements opérés par « le gouvernement dans ces dernières années, se sont joints aux indigènes et continuent à « semer partout des bruits de révolte et de persécution contre les chrétiens. »
A Tong-tse M. Jean-Baptiste Ronat se plaint que le nombre des baptêmes ne soit pas en rapport avec la longue liste de ses catéchumènes. « L’obstacle le plus grand et le plus fréquent « pour beaucoup d’entre eux à se préparer et à recevoir le baptême est dans leur habitude de « fumer l’opium. »
Parmi ses chrétiennes une bonne vieille s’occupe avec un zèle ardent à l’évangélisation des pauvres vieux qu’elle baptise à l’article de la mort. « Elle les visite, dit notre confrère, les « exhorte, leur enseigne quelques bouts de prière, quelques mots de doctrine, et, comme les « petits cadeaux entretiennent l’amitié, de temps en temps elle me demande quelques « sapèques pour ses protégés : Celle-ci est paralysée, celui-là ne peut plus rien faire ; celle-là « n’a rien à manger, un autre n’y voit plus, etc... Quand ils sont sur le point de partir pour « l’autre monde, elle leur procure le baptême. Ensuite elle demande des prières pour ces âmes. « Elle fait la quête pour que chacune d’elles ait au moins une messe. »
M. Ronat nous instruit par un exemple des procédés dont usent les protestants vis-à-vis des catholiques :
« Il n’y a que quatre ou cinq ans que les protestants ont pris pied à Tchen-lin. Ils avaient « enregistré quelques centaines de familles sur leurs listes, et ce progrès à faire des adeptes « rendait pour moi leur voisinage inquiétant. Mais Dieu a permis que la discorde se glissât « dans leurs rangs. Une querelle s’étant engagée entre eux, leur ministre, M. A..., s’interposa « dans le débat. Mal conseillé, ou bien, mal informé, il donna tort à ceux qui avaient raison. « Pour cela la moitié de ses adeptes le quittèrent : le plus grand nombre retourna au « paganisme, et quelques familles seulement vinrent me demander à se faire catholiques ; de « ce nombre étaient ses meilleurs sujets et quelques baptisés. Le ministre en fut donc fort vexé « et attristé.
« En ce temps-là, l’un des nouveaux convertis au catholicisme eut l’imprudence d’aller « réclamer une dette à un protestant qui ne voulut pas la payer, d’où un échange de menaces et « de malédictions. Les protestants firent alors à leur ministre un rapport mensonger, disant « que 200 catholiques étaient allés devant le temple, menaçant de mort les hérétiques, et qu’ils « étaient même entrés tout armés dans son sanctuaire. A cette fausse nouvelle, le ministre trop « crédule écrivit au mandarin ; il lui demandait la punition des catholiques. Le mandarin prit « des informations et lui répondit que, les faits imputés aux catholiques étant faux, il ne « pouvait leur infliger aucune punition. Il y eut par trois ou quatre fois échange de lettres, et « toujours la réponse du mandarin fut la même. Alors le ministre, quittant Gân-chouen, vint à « Tchen-lin et réclama en personne. Devant le mandarin, il s’oublia d’une étrange façon. A « force d’arrogance et de menaces, il parvint à affoler le vieux magistrat, et obtint de lui toute « une série d’injustices et de cruautés contre les protestants convertis au catholicisme. Le « mandarin vint même s’excuser devant moi de tout ce qu’il avait fait. Ce qui le rendait « surtout honteux, c’était d’avoir, sur les ordres de l’Anglais, fait donner 200 soufflets à une « vieille femme, de l’avoir fait enchaîner et mettre au cachot sans savoir même ce dont elle « était accusée. Jusqu’ici je n’avais rien dit, mais, à là fin, voyant six de mes catéchumènes « injustement emprisonnés et maltraités, je fus forcé de prendre leur défense. Les protestants « ayant refusé de s’en tenir à la première décision du sous-préfet, l’affaire fut portée au « tribunal du préfet de Gân-chouen qui, après m’avoir vu, déclara qu’il n’y avait rien autre « chose à juger qu’une dispute pour dettes, et condamna le protestant qui devait 3 ou 4 taëls à « mon catéchumène à les payer tout de suite, puis déclara l’affaire terminée. Qui n’était pas « content ? c’est le ministre, M. A... Il trouvait que le préfet lui avait fait perdre la face, et, « pour se venger, refusa d’enseigner la langue anglaise à ses deux fils. Depuis, il demanda un « nouveau jugement auquel comparaîtraient des témoins païens. On le lui accorda. Les païens « comparurent et tous unanimement déclarèrent que l’accusation était fausse et, par « conséquent, que le préfet avait bien jugé.
« Ce procès allait faire perdre encore à M. A... une plus grande partie de ses adeptes. Il prit « donc la résolution de frapper un grand coup, et, laissant de côté les catholiques, il amena à la « capitale un païen, qu’il disait l’avoir trompé, puis le sous-préfet de Tchen-lin et le préfet de « Gân-chouen, qui, selon lui, avaient mat jugé l’affaire. A la capitale, on ne tint pas compte de « l’accusation, et il porta ses plaintes au consul anglais, en résidence au Yun-nan, accusant le « sous-préfet d’être trop favorable aux catholiques et pas assez aux protestants. Le Consul l’a « cru et en a parlé au vice-roi qui a écrit au gouverneur du Kouy-tcheou d’avoir, pour la paix, « à déplacer le sous-préfet accusé. On ne se pressa pas trop d’exécuter ces ordres, car on « savait le mandarin innocent, et, pendant le retard qu’on mit à lui faire connaître son « changement, il mourut de vieillesse à son poste. »
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