| Année: |
1907 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Mandchourie septentrionale |
III. — Mandchourie septentrionale
Population catholique 17.293
Baptêmes d’adultes 2.149
Baptêmes d’enfants de païens 1.518
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Situation générale de la mission. — Malgré les obstacles de tout genre rencontrés par les missionnaires de la Mandchourie septentrionale, dans leurs travaux apostoliques, ils ont de grands motifs de se réjouir, en apportant au grenier du Père de famille leur belle gerbe de 2.149 baptêmes d’adultes.
Les principales difficultés, déjà signalées dans le dernier compte rendu, leur sont venues des autorités locales. Elles ont été spécialement éprouvées dans les deux districts de la province de Ghirin, de Ien-ki-kang et de Houen-tchouen, et dans celui de Hou-lan, de la province de Tsi-tsi-kar.
Le préfet de Ghirin a cherché toutes les occasions de molester les chrétiens. Ses dénis de justice trop criants le firent enfin destituer de son poste. Son successeur était un homme loyal et bon. Aussitôt les catholiques reprennent confiance et manifestent leur joie dans le district de Pétouné, confié à M. Maillard, en célébrant les fêtes de Pâques avec une ferveur et une solennité extraordinaires. L’église fut trop petite pour contenir l’assistance de près d’un millier de personnes.
Les païens accourent en foule demander le baptême. Le démon était jaloux. Notre excellent préfet fut bientôt changé lui-même et remplacé par un autre, fait à l’image du précédent. Le régime de la persécution et de l’injustice a repris son cours.
Le gouvernement chinois ayant livré à l’agriculture de vastes terrains en friche, beaucoup de chrétiens s’y sont transportés de tous les districts les plus voisins. De là, la nécessité de fonder plusieurs postes qui aient résidence et missionnaire. Le petit nombre des ouvriers apostoliques rend cette dernière mesure d’une exécution difficile, d’autant plus que, cette année, la mission a perdu un jeune confrère, plein d’espérance, M. Priour, qui semble n’être venu en Mandchourie que pour y mourir. Un ou deux prêtres indigènes se font vieux et demandent un auxiliaire.
Dans quelques districts de la province de Tsi-tsi-kar, le printemps a souffert de la sécheresse, qui a occasionné plusieurs incendies dont les chrétientés ont au à souffrir. Les catéchumènes s’annoncent nombreux et bien disposés dans la plupart des postes. La moisson sera bonne l’an prochain.
I. — PROVINCE DE GHIRIN
Ghirin. — La ville de Ghirin offre des difficultés spéciales au travail du missionnaire. Comme dans beaucoup de grands centres, la corruption des mœurs s’y affiche ouvertement, les préoccupations du négoce absorbent les esprits. Les derniers événements y ont amené beaucoup de Japonais, attirés par le commerce et l’industrie. Ils donnent ici une nouvelle preuve de la règle commune : Parmi ceux qui s’expatrient, un trop grand nombre ne font pas honneur à leur pays d’origine. Les travaux apostoliques, dans de tels milieux, n’ont pas toujours tous les succès désirables. La patience et le zèle sont particulièrement nécessaires pour chercher, atteindre et recueillir les âmes de bonne volonté, que le missionnaire glane une à une. Cette année, il en a trouvé 40 qui sont venues se soumettre au joug de Jésus-Christ.
Ien-ki-kang. — Ce nouveau district a été fondé par M. Faure, qui s’y est dépensé sans compter. Dès les premiers jours, les bonnes dispositions des gens lui firent concevoir de grandes espérances. Hélas ! l’ennemi de tout bien ne dormait pas. Il a su saisir l’occasion et trouver le moyen d’empêcher cette moisson promise de lever, de croître et de mûrir au gré du laboureur. A 400 kilomètres de l’autorité supérieure, les mandarins de cette contrée se conduisent en tyranneaux, assurés qu’ils sont de l’impunité. Dans leurs jugements, le plateau de la justice n’oscille que sous le poids des lingots. Les chrétiens sont pauvres pour la plupart. Les païens leur ont suscité des procès ; pour les gagner, ils ont payé les juges. Quand le missionnaire a voulu prendre leur défense, les mandarins irrités d’être troublés dans leurs opérations, et ne pouvant s’en prendre à lui, ont déchargé leur colère sur les malheureux néophytes. Plusieurs affaires sont restées en suspens. Les catéchumènes, effrayés, se sont tenus à l’écart en attendant des jours meilleurs. Malgré tout, 45 d’entre eux se sont préparés au baptême et l’ont reçu dans d’excellentes dispositions.
Ao-toung-tcheng. — Cette chrétienté, située à peu près à mi-chemin entre Ghirin et Houen-thouen, est de fondation récente. Elle remonte à quelques années. Le prêtre indigène, Stanislas Pai, en est le premier titulaire. Il vient de s’y installer. En peu de temps il a pu prendre ses dispositions, organiser sa paroisse, régénérer 40 adultes, préparer les chrétiens à la réception des sacrements de pénitence et d’eucharistie. Il a déjà 35 élèves dans ses deux écoles de garçons.
Tchâ-lou-heû. — La population de ce district se partage en deux classes bien différentes de caractère. L’une est composée de pauvres cultivateurs honnêtes, qui vivent péniblement de leur travail, cachés dans les replis des montagnes. L’autre appartient à la gent des « Drapeaux » ou, du moins, elle se rattache à elle par la parenté ou des alliances. Tout l’éloigne de notre sainte religion, son tempérament, sa condition et ses habitudes. La première, au contraire, semble toute prête à la vie chrétienne. Les catéchumènes y sont nombreux. Mais, dispersés comme ils sont, leurs formation et instruction religieuses demandent du temps. M. Dubos ne leur épargne pas son zèle. Une douzaine de baptêmes sont déjà le fruit de son activité. Le chiffre total de ses fidèles est peu nombreux encore. Ils sont 40. Cependant tout fait espérer qu’ils seront rapidement multipliés.
I-toûng-tchooû. — Ce district se compose de 9 chrétientés, qui ont des écoles florissantes. Elles sont soutenues et se développent sans cesse sous la sage direction du. P. Thomas Ting, prêtre indigène, qui parcourt sans discontinuer tous ses groupes de chrétiens pour les instruire et chercher des âmes de bonne volonté, qu’il puisse amener à Dieu. Il a baptisé 95 adultes.
Pan-chê-sién. — C’est aussi un prêtre indigène, Augustin Jên, qui est à la tête de cette belle section, qui ne compte pas moins de 1.206 fidèles, répartis en 10 groupements, semés assez loin les uns des autres. Ils sont néanmoins visités plusieurs fois chaque année par leur zélé pasteur, qui s’impose courageusement des séries de longs et pénibles voyages, pour instruire et soutenir ses ouailles, former les néophytes à la pratique de la vertu, convertir les païens et donner aux catéchumènes une connaissance parfaite de la doctrine. La piété des chrétiens répond à ses désirs. Les jours de fête, malgré la chaleur torride de l’été et le froid excessif, ou les neiges de l’hiver, ils arrivent de très loin pour assister aux offices, qui se font à la résidence.
La rapacité et l’injustice des mandarins poussent les païens à se mettre sous la protection du prêtre, défenseur-né de l’innocence et des faibles. Plusieurs, mus d’abord par la reconnaissance, étudient la doctrine chrétienne, puis, séduits par sa beauté, ils se convertissent. Aussi, cette année, il y a eu dans ce district 123 baptêmes d’adultes.
Kouân-tchêng-tsé. — Cette chrétienté est presque uniquement composée de nouveaux chrétiens. Leur ferveur cependant laisse peu à désirer. Ils consolent le cœur du vénéré provicaire de la mission, M. Monnier, qui en a la charge. Leur pasteur regrette que ses préoccupations quotidiennes de procureur ne lui laissent pas tout le temps dont il aurait besoin pour une action plus directe et plus suivie sur les autres groupes de fidèles qui lui sont confiés. Les néophytes ont l’esprit de prosélytisme, et c’est à leur activité et à leur entente qu’il doit la plupart des conversions, dont le chiffre est de 113 pour cette année. Le nombre des baptêmes donnés in articulo mortis est de 14, et celui des enfants de païens de 134.
Siao-pâ-kiâ-tsé. — M. Gérard a baptisé 26 catéchumènes, qui ont été préparés avec le plus grand soin. Encadrés comme ils le sont au milieu d’excellents chrétiens, ils seront une bonne recrue pour ce poste, où la dévotion au premier vendredi du mois est en honneur. La confrérie du Saint-Rosaire est érigée dans l’église de la résidence. Les exercices du mois d’octobre ont été suivis avec ferveur par tous ceux qui se trouvaient assez près pour s’y rendre.
Les enfants assistent très assidûment aux cours de catéchisme et à l’école. Ils sont bons et l’espérance de l’avenir.
Sé-kiâ-tsé. —L’administration de Sé-kiâ-tsé s’est accomplie régulièrement. Aucun fait particulier n’a troublé son mouvement de progrès normal. Les grandes fêtes, d’après la remarque de M. Sandrin, sont l’occasion ordinaire dont la divine Providence se sert pour amener les païens à se faire inscrire au nombre des catéchumènes. Les chrétiens les conduisent aux oflices. La beauté des cérémonies les frappe. La participation aux prières leur attire des grâces auxquelles les âmes s’entr’ouvrent, et bientôt les lumières de la foi achèvent l’œuvre de la conversion. Le compte rendu enregistre 66 baptêmes d’adultes.
Pétouné. — Ce district a subi les influences néfastes d’une autorité civile haineuse et injuste. Le prêtre martyr, Pierre Tchâng, veillait du haut du ciel sur ce pays qu’il avait évangélisé, et le délivra d’un mauvais préfet. Les païens, qui avaient cru que c’en était fait du christianisme dans la province et chantaient victoire, en insultant à la puissance de Dieu, furent tout décontenancés quand ils virent le persécuteur remplacé par un homme qui rendait justice à tous.
A partir de ce moment, un grand nombre donnèrent leurs noms pour s’instruire et recevoir le baptême. Plusieurs furent entraînés par des motifs qui n’étaient pas tous très surnaturels. Ils espéraient trouver un appui dans le missionnaire, pour résoudre leurs difficultés. L’étude du catéchisme et la grâce de Dieu coopérèrent à faire le triage. Bref, l’année donna 198 baptêmes d’adultes.
M. Maillard a fondé deux oratoires, pour favoriser l’administration des chrétiens et l’instruction des catéchumènes, l’un au milieu du faubourg de l’est, à près de 4 kilomètres de Pétouné, et l’autre dans le village de La-la-touên. Il a eu un précieux auxiliaire pour tous ses travaux dans la personne du prêtre indigène Pierre Tchâng.
Ou-kiâ-tchan. — M. Stœffler, chef de ce poste, a connu, cette année, l’épreuve de la maladie. Mais sa plus pénible souffrance fut de ne pouvoir donner à ses chrétiens tous les soins que son zèle lui faisait désirer. — Le beau chiffre de 117 baptêmes d’adultes ne répond pas à son ambition. S’il avait pu faire la visite de tous les fidèles et diriger l’instruction de tous les catéchumènes, sa moisson aurait été beaucoup plus abondante.
Le P. Tchâng a été envoyé comme auxiliaire au cher malade, jusqu’à ce qu’il ait retrouvé sa santé, si nécessaire pour ce vaste district.
Koû-yû-chou. — Cette année a été excellente pour M. Lacquois et son digne vicaire le P. Jean Ly. Le bon Dieu leur a donné la récompense la plus précieuse aux yeux du missionnaire : de nombreux baptêmes. Ils ont régénéré 395 adultes. Ce n’est pas la conversion en masse. Néanmoins, c’est un résultat peu commun. D’ailleurs, comme M. Lacquois le fait remarquer fort judicieusement, « les conversions en masse sont le secret de Dieu, secret que nous « n’avons point besoin de chercher à pénétrer. Notre devoir à nous est très simple : travailler « de toutes nos forces à répandre la Bonne Nouvelle. Le succès ne dépend pas de nous, mais « de la volonté du Maître. »
Les chrétiens baptisés les années précédentes donnent pleine satisfaction, à quelques exceptions près. La formation d’une âme chrétienne est une œuvre si mystérieuse, si en opposition avec les aspirations naturelles, qu’il y aurait lieu de s’étonner si tous les baptisés se trouvaient aussitôt tout changés, des saints ou dans le chemin de la sainteté. Dieu ne leur mesure pas la grâce. Mais, hélas ! combien lui résistent ! Le missionnaire comprend bien ces principes de l’ordre surnaturel, et il n’est pas surpris de rencontrer des brebis indociles, qui s’écartent du troupeau et refusent parfois durant un certain temps d’entendre sa voix.
« Les confessions ont été nombreuses à l’occasion des visites ou des fêtes. Les premières communions ont été une source de douces consolations pour le cœur des missionnaires, qui ont rencontré des âmes délicates et se disposant à ce grand acte de leur vie avec une piété et une ferveur touchantes. » Je me souviendrai toujours, écrit M. Lacquois, de ce grand jeune homme d’une vingtaine d’années, qui, la veille de sa première communion, vint frapper à ma porte, au moment où j’allais m’endormir. Il avait l’air tout bouleversé, il tremblait. « Qu’as-tu, « lui dis-je ? — Père, je ne communierai pas demain. — Et pourquoi ? — J’ai peur d’offenser « le bon Dieu. — As-tu bien fait ta confession générale ? — Mais, oui, de mon mieux ; « toutefois je suis mal préparé. — Communie demain, et ne crains rien. C’est le démon qui « cherche à t’effrayer, car il sait tout l’avantage qu’il y a pour lui à ce que tu ne communies « pas. »
« Les épreuves sont le pain quotidien du missionnaire, et aussi la condition nécessaire qui féconde ses travaux. Le district de Koû-yû-chou a souffert d’une grande sécheresse au printemps. Comme il arrive souvent en de pareilles circonstances, les incendies se sont déclarés de tous côtés. Trois résidences ont subi des dégâts assez considérables. A Ou-tcheng-ting, en particulier, les pertes ont été très sensibles. La clôture, les provisions, une bonne partie des maisons, sont devenues la proie des flammes. C’est une grosse inquiétude pour le missionnaire, qui ne sait trop comment il pourra relever ces ruines.
L’église de Koû-yû-chou fait la joie et l’orgueil de M. Lacquois. Elle s’élève belle et spacieuse au milieu de sa chrétienté. L’extérieur est tout achevé. Dans quelques mois, les travaux de l’intérieur même seront terminés. Puisse-t-elle ne pas attendre trop longtemps son mur d’enceinte ! Elle est sur la rue. Il y a toujours à craindre que quelque mauvaise tête de païen n’ait la tentation d’essayer d’y mettre le feu, par haine de notre sainte religion.
A-che-heû — M. Monestier écrit d’A-che-heû à Mgr Lalouyer : « En parcourant le « compte rendu de 1903, et en considérant l’état actuel de mon district, je n’ai qu’à remercier « Dieu et Marie de la réalisation du projet qui consistait à s’établir dans la ville d’A-che-heû « et à propager de là notre sainte religion à l’est, du côté de Ningouta, et à l’ouest, vers « Karbine et Chouâng-tchêng-pou. La vallée d’A-che-heû ouverte est, pour ainsi dire, la clef « de tous ces postes. Grâce au chemin de fer de Karbine ô Wladivostock, notre rayon « d’évangélisation s’est étendu vers l’est, et même, dans un certain sens, a dépassé nos « prévisions, puisque nous sommes arrivés jusqu’à la ville de San-tchâ-koou, distante d’un « demi-kilomètre de la frontière russe. » Cette ville, par sa position, est appelée à prendre une grande importance. Sa population s’accroît chaque jour, et les catéchumènes, au nombre de 200, se disposent avec ferveur à recevoir le baptême.
M. Monestier, installé définitivement dans la ville d’A-che-heû, a donné a ce poste une organisation qui ne laisse rien à désirer. Il y a établi une résidence pour le missionnaire, une école de garçons et une autre pour les filles. Elles reçoivent une quarantaine d’élèves. Cependant, elles ne sont qu’à leur début. L’église, qui couronne toutes ces œuvres, se trouve pleine les dimanches, et surtout les jours de fête, où les chrétiens y affluent des stations environnantes. Les catéchumènes inscrits augmentent d’une manière très consolante. L’hiver va se passer à les instruire, et, au printemps, ils recevront le sacrement de la régénération. Dès à présent, le missionnaire compte sur 30 baptêmes. Ce sera le double de cette année.
M. Obin travaille sous la direction de M. Monestier et réside à Léao-tién-tsé. De là, il étend son action sur les postes de Iuong-tsé-iuen et Kiû-iuen-tchang, qui prennent une grande extension. Il visite aussi ceux qui se trouvent plus éloignés dans les montagnes. Partout il recueille des noms de nouveaux catéchumènes, qui aspirent à devenir chrétiens le plus tôt possible.
Karbine. — Depuis longtemps, Mgr Lalouyer désirait installer un missionnaire dans la ville de Karbine, dont l’importance grandit chaque jour. Cette année, Sa Grandeur a pu exécuter ce dessein. M. Label a pris possession de ce poste le 9 septembre. Le tableau qu’il trace de cette population, n’est pas très flatteur. Le champ sera difficile à défricher. Mais le missionnaire est courageux et, la grâce de Dieu aidant, il rassemblera bientôt autour de lui un petit troupeau de brebis fidèles, qui sauront louer le Seigneur, au milieu de ce peuple qui n’a pas encore appris à le connaître.
Pin-tchoôu. —Le prêtre indigène, Joseph Tiên a la direction de ce district et fait sa résidence habituelle à Pin-tchoôu, dont les chrétiens, venus pour la plupart de la Mongolie orientale, sont anciens et très fervents. La fermeté du P. Joseph joue un grand rôle dans la bonne tenue et la régularité de ses fidèles.
Les deux écoles progressent. Celle des garçons a 34 élèves et celle des filles 41. Deux petites chrétientés des environs, de 50 âmes, 7 postes de néophytes, tout récemment baptisés, et un certain nombre de catéchumènes, tel est le champ contié à ce digne prêtre, qui apporte cette année une belle gerbe de 174 baptêmes d’adultes.
Ces nouvelles stations sont ouvertes au milieu de pays où l’Évangile n’a pas encore été annoncé. Les païens y sont hostiles. Parmi eux, il y a des gens des Drapeaux, qui s’opposent, par tous les moyens en leur pouvoir, à l’établissement des oratoires et des écoles. D’autre part, comme on est très éloigné des autorités supérieures, on obtient difficilement justice.
II. — PROVINCE DE TSI-TSI-KAR
Pei-lin-tse. — « M. Guérin vient de prendre possession de Pei-lin-tse, en remplacement de M. Roubin, appelé au poste nouvellement fondé de Toung-ken. A peine installé, sa première préoccupation fut de visiter les diverses chrétientés de son district. A son retour, il écrit à son évêque : « J’ai constaté que, malgré quelques exceptions inévitables, les pratiques religieuses « sont observées régulièrement par les chrétiens. Cependant comme un grand nombre sont « dispersés par-ci, par-là, le missionnaire les réunit difficilement autour de lui, pour leur « distribuer à souhait le pain de la doctrine chrétienne. »
Un groupement de fidèles, établi vers le sud-est, s’est désagrégé par le départ des meilleures familles, que les intérêts matériels ont portées à chercher fortune dans d’autres régions. Celles qui restent sont composées de néophytes, qui ont besoin d’être soutenus et guidés par une main vigilante et ferme. Par contre, il se forme, du côté des montagnes, un noyau sérieux, qui donne les meilleures espérances. Quinze nouvelles familles vont s’y adjoindre. Elles ont demandé le baptême et s’y préparent avec ardeur.
M. Guérin a enregistré 35 baptêmes d’adultes.
Pa-ién-sou. — Les travaux apostoliques se sont poursuivis dans ce district, sans aucun incident notable. La préparation au baptême de ses nombreux catéchumènes a demandé beaucoup de temps et de peine à M. Delpal. Il en a baptisé 104 dans le courant de cet exercice. En outre, il s’est ouvert la voie vers l’est de son district, dans des régions où le vrai Dieu était encore inconnu. Ses premières démarches lui ont donné de sérieuses espérances. Il se promet bien de marcher en avant et de s’emparer de la place, malgré le diable et ses suppôts, dont il a déjà éprouvé les noires machinations.
Quelques bonnes familles ont également quitté Pa-ién-sou, pour s’établir ailleurs. Elles essaiment, en vérité, et deviendront peut-être un nouveau centre. Néanmoins, c’est toujours un gros crève-cœur pour le missionnaire de voir les vieux chrétiens s’éloigner du milieu où ils ont été formés et où ils servent de guides et de modèles aux jeunes recrues. Ce sont de puissants auxiliaires, dont les précieux services ne s’oublient point.
Toung-ken. — La région de Toung-ken, jusqu’à ces quatre ou cinq dernières années, était une plaine immense, couverte de hautes herbes et semée de touffes de broussailles. Nulle part n’apparaissait le moindre vestige du séjour de l’homme. Quelque sauvage « Solon » seul y apparaissait de temps à autre, s’échappant de ses forêts, pour y poursuivre le cerf, qui s’y réfugiait au temps de la chasse. Or, ces terres vierges viennent d’être mises en culture. De nombreux colons s’y sont établis. Parmi eux, il y a beaucoup de chrétiens arrivés de toutes parts. Des catéchumènes s’y sont adjoints. Bref, il y a aujourd’hui à Toung-ken une florissante église de 700 à 800 âmes. Son patron est saint Joseph, qui l’a protégée d’une manière toute miraculeuse, en 1906, contre des incursions répétées de bandes de brigands, absolument maîtres du pays, le parcourant dans tous les sens, semant sur leur passage le sang et les ruines.
MM. Roubin et Fleuriet ont pris l’administration de cette belle chrétienté au mois de février dernier. Partis de Pei-lin-tse le 23, ils se sont arrêtés trois jours à l’oratoire de Min-tsekieou-king, pour entendre les confessions des chrétiens et baptiser 29 catéchumènes. Le voyage se poursuit au milieu de grandes difficultés, par un froid intense, dans des chemins rendus impraticables par la neige. Le quatrième jour, des chrétiens de Saint-Joseph, accompagnés d’une cinquantaine de gardes nationaux, arrivent à la rencontre de leurs missionnaires, à 12 kilomètres de la résidence où ils sont attendus.
Après les saluts et les compliments d’usage, la petite colonne reprend sa marche lente et pénible, jusqu’au sommet d’un plateau d’où le regard enveloppe tout le village de Saint-Joseph. Nous laissons à M. Roubin la joie d’exprimer les sentiments de ce peuple, accouru jusque-là pour le recevoir, et de nous dire les impressions de son cœur de missionnaire en face de ces âmes simples et ferventes qui lui sont confiées : « Tous les chrétiens et catéchumènes « étaient venus à notre rencontre et nous regardaient sans parler ; mais leurs sourires nous « disaient assez combien ils étaient contents de nous voir arriver au milieu d’eux. Si leur joie « était grande, la nôtre ne l’était pas moins. Nous étions heureux en effet, et, du fond du cœur, « je remerciais la divine Providence d’avoir réuni en si peu de temps, et en un même lieu, un « si grand nombre d’âmes qui lui appartiendront bientôt toutes, je l’espère...
« C’est donc le cœur rempli de joie et de reconnaissance que nous continuons notre « marche. Nous arrivâmes enfin à la résidence. Il nous suffit d’un regard pour voir qu’elle « n’était pas riche. Elle comprend trois chambres, construites en terre et recouvertes de paille : « mais pas de meubles, pas même un lit. On s’arrange. Trois planches sur un banc, voilà pour « le lit. Demain, nous clouerons quelques autres planches contre les murs. Ce sera pour y « déposer nos effets...
« Le lendemain, nous offrons pour la première fois le saint sacrifice de la messe dans « l’église de Toung-ken. Mais, quelle église ! Huit chambres basses, en terre et recouvertes de « paille. Ce qui me cause une grande joie, c’est de voir que les chrétiens, venus pour assister à « la messe, peuvent à peine se loger dans ces huit chambres. Aussi, ai-je dû, peu de temps « après, en ajouter cinq autres. Quand nos chrétiens auront défriché leurs terres et seront un « peu riches, nous élèverons une église plus digne de saint Joseph. »
Dès que les missionnaires furent installés, ils se mirent au travail pour perfectionner l’instruction des chrétiens et préparer les catéchumènes, dont 73 ont pu recevoir le baptême. Une école a été établie pour les hommes, une autre pour les femmes. A défaut de bonnes maîtresses pour ces dernières, M. Roubin a choisi, parmi ses chrétiennes, les plus instruites, les plus aptes à l’enseignement, et il leur a confié les païennes de la colonie.
Les difficultés rencontrées par la nouvelle population viennent moins du sol à transformer que des brigands, dont les incursions sont toujours à craindre, et des sauvages « Solons ». Les premiers en veulent surtout aux richesses des colons. Les sauvages les menacent dans leur vie. « Ils tirent sur un homme, dit M. Roubin, comme sur un chevreuil. Furieux de voir qu’on ouvre à l’agriculture les immenses plaines qui, jusqu’à présent, leur avaient servi de lieux de chasse, ils ne cherchent qu’à se venger. Depuis notre arrivée, nous avons été attaqués deux fois par ces sauvages. La première fois, c’était à la fin de mars. Ils tirèrent sur des chrétiens, qui étaient allés dans la forêt couper du bois de chauffage. Un des nôtres tomba, la poitrine traversée d’une balle. La seconde fois, ce fut dans les premiers jours de juillet. Ils surprirent quelques chrétiens sur les bords de la rivière de Toung-ken, et en tuèrent deux. »
Hou-lan. — M. Bourlès nous montre aussi son poste assailli par les brigands, qui dévastent la province. Les fidèles sont toujours sur le qui-vive. Les visites sont rendues plus difficiles. L’instruction des catéchumènes, par le fait même, coûte plus de peines. Les mandarins locaux ne manquent jamais de manifester leurs dispositions hostiles, quand les occasions s’en présentent. C’est au milieu de ces craintes, de ces épreuves, que le missionnaire a travaillé toute l’année. S’il a semé dans les larmes, la récolte a été féconde. Il compte 126 baptêmes d’adultes.
Iu-king-kai. — Le titulaire de ce district est le prêtre indigène, Antoine Ting. Il se dévoue tout entier à l’instruction de ses nouveaux chrétiens. Son zèle pour la conversion des païens l’a porté à se faire missionnaire ambulant. Il parcourt la vaste étendue de son district, cherchant partout quelques âmes de bonne volonté auxquelles il puisse distribuer le pain de la vraie doctrine. Que Dieu bénisse ses efforts, et groupe autour de lui en grand nombre de bons et fervents néophytes !
Sa Grandeur Mgr Lalouyer termine le compte rendu des travaux de sa mission, en rendant grâce à Dieu, qui a béni et fécondé le zèle de ses coopérateurs. Il tourne ensuite ses regards vers les membres des Conseils centraux de la Propagation de la Foi, vers le Séminaire des Missions-Étrangères, vers tous ceux dont les prières et les aumônes lui ont permis, avec les secours d’En-Haut, de poursuivre avec succès l’œuvre de l’évangélisation dans son vaste vicariat. Malheureusement, les nécessités, les besoins de secours en hommes et en argent grandissent à mesure que le bien se développe et que les chrétientés se multiplient. Au contraire, les sources des aumônes pour la propagation de la foi et des vocations apostoliques, se rétrécissent et diminuent d’année en année. Que la divine Providence daigne entendre les supplications de l’évêque-missionnaire, bénir ses bienfaiteurs et lui envoyer tous les secours dont il a besoin, pour poursuivre avec de pareils succès l’évangélisation de la Mandchourie !
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