| Année: |
1907 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen oriental |
| Rédacteur: | Mgr Chouvellon |
II. — Su-tchuen oriental
Population catholique 51.861
Baptêmes d’adultes 2.311
Baptêmes d’enfants de païens 10.587
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« Le tableau d’administration de la mission du Su-tchuen oriental, nous fait remarquer Sa Grandeur Mgr Chouvellon, nous offre, pour le présent exercice, un progrès bien consolant, tant pour les baptêmes d’adultes, que pour les confessions et les communions répétées. » Les unes se sont élevées au chiffre de 57.595 et les autres à celui de 70.610. Il y a eu 23.907 confessions annuelles et 16.406 communions. Le nombre des baptêmes à l’article de la mort est de 921. Les catéchumènes sérieusement instruits et préparés avec tous les soins désirables, qui ont reçu le sacrement de la régénération, atteignent le total de 1.390.
Les écoles paroissiales comptent une population scolaire de 2.792 garçons et de 2.057 filles.
Mgr Chouvellon bénit la divine Providence de ces succès, et attribue, après Dieu, l’Auteur de tout bien, au zèle de ses collaborateurs ces heureux résultats, qu’il enregistre avec une si grande satisfaction. Missionnaires et prêtres indigènes se sont dépensés généreusement au travail de l’évangélisation, soit en instruisant et en stimulant les chrétiens, pour les élever à une vie plus parfaite, soit en courant à la recherche des âmes de bonne volonté dans le monde païen, pour les amener dans la voie de la vérité et du salut.
« Dans chaque district, écrit Sa Grandeur, les pasteurs se sont appliqués, selon la direction de Notre Saint-Père le Pape, à promouvoir l’étude du catéchisme. Le dimanche et les jours de fête, le missionnaire donne spécialement un cours d’instruction religieuse à tous les fidèles qu’il peut réunir autour de lui. L’étude sérieuse et raisonnée de notre sainte religion développe nécessairement la ferveur des chrétiens, et les anime tout naturellement à la fréquentation des sacrements de pénitence et d’eucharistie. D’ailleurs la sanctification de nos chrétiens est la meilleure préparation à la conversion des païens.
« Nous avons néanmoins beaucoup à travailler encore, pour faire entrer dans les mœurs chinoises l’habitude de la communion fréquente. Car jusqu’à ces dernières années, où le nombre des missionnaires s’est accru d’une manière si consolante, nos pauvres fidèles ne voyaient guère le prêtre qu’une fois ou deux par an. On ne songeait pas alors à communier plus souvent. Ce pieux désir ne pouvait être satisfait que dans les grands centres, où il y avait des missionnaires en permanence.
« Autrefois, peut-être encore aujourd’hui, il y avait des prêtres français et indigènes, qui n’étaient pas assez convaincus de l’opportunité ou de l’utilité de cette sainte pratique, de tout temps favorisée par l’Église et en ces dernières années si fortement recommandée par Sa Sainteté Pie X. J’ai bon espoir que les intentions de l’Église et le désir si souvent et si vivement exprimé par le Souverain Pontife seront parfaitement compris de tous, comme l’expression de la doctrine catholique. Les fidèles, stimulés par les pasteurs, embrasseront avec joie cette pratique si féconde, qui donnera à tous une surabondance de vie surnaturelle.
« L’administration des districts s’est accomplie régulièrement. Au commencement de juin, dans la sous-préfecture de Kay-hien, une levée subite de Boxeurs, connus ici sous le nom de Hong-tien-kiao, menaça de ruiner une grande partie de la mission. Heureusement, les soldats, envoyés de Tchong-kin, avec des armes perfectionnées, réussirent à cerner et à disperser les bandes, dont le mot d’ordre est toujours : Mort aux chrétiens, et extermination des étrangers ! Le district de Kay-hien fut à peu près dévasté. Ceux de Sin-lin et de Ouan-hien eurent quelques stations saccagées. Nos chrétiens n’échappèrent que par la fuite à une mort inévitable. Leurs maisons et tout leur avoir furent livrés au pillage. La paix rétablie, ce n’est qu’au prix de mille difficultés que nous avons pu obtenir une modeste indemnité pour nos néophytes, qui avaient absolument tout perdu dans ce soulèvement inopiné de leurs ennemis.
« Que Dieu nous garde ! Le parti révolutionnaire et anarchiste va progressant de jour en jour. Il n’attend qu’une occasion favorable pour passer à une action générale, et qu’il espère décisive.
« Les confrères, comme à l’ordinaire, ont fait l’administration de leurs districts, sans rencontrer de faits très saillants, ni merveilleux. Cependant M. Théodore Cacauld rapporte un épisode qu’il tient de son vicaire, le P. Mathieu Mee, jeune prêtre zélé et pieux, ordonné en janvier dernier, et qui mérite attention :
« Pendant que le P. Mee visitait la station de Lô-eul-tin, une néophyte, baptisée depuis « quatre ou cinq ans, vint lui demander un remède pour son fils, qui avait un abcès au côté, « depuis plusieurs années. Le prêtre, n’ayant aucun remède sous la main, lui recommanda la « confiance en Dieu, et lui remit une médaille de saint Benoît. Arrivée chez elle, la néophyte « applique la médaille au côté malade de son fils, en lui faisant réciter quelques prières. La « nuit fut mauvaise, et les douleurs plus fortes qu’à l’ordinaire. Le lendemain matin, en « entendant la sainte messe, elle vit, au moment de l’élévation, en place de l’hostie, l’Enfant « Jésus, souriant et reposant sur la patène. Après la messe, elle raconte le fait à son frère, « également nouveau chrétien, baptisé depuis six ans. Comme il connaît assez bien la « doctrine, il s’est souvenu que Notre-Seigneur a fait souvent des miracles, au moyen de la « sainte Eucharistie, et il dit à sa sœur d’aller le lendemain à la messe, et, si le même fait se « représentait, de demander à Jésus, comme preuve de sa présence, la guérison de son fils.
« Le P. Mee ayant passé ce jour-là à la station de Kiang-kia-pa, elle s’y rendit de grand « matin. Elle assista pieusement au saint sacrifice, et voici qu’a l’élévation la même apparition « se renouvela, dans des conditions identiques à celles de la veille. Suivant la « recommandation de son frère, la chrétienne demande à Notre-Seigneur la guérison de son « fils, comme preuve de sa manifestation miraculeuse. Or à son retour à la maison, elle voit « son fils tout joyeux accourir pour la recevoir, et lui racontant que l’abcès avait percé la nuit « et qu’il se trouvait guéri. »
« M. Cacauld ajoute : « Cette station est une de celles qui m’ont donné le plus de « consolation depuis que je suis ici. A ma première visite, il y avait à peine 30 confessions « annuelles. Il y en a maintenant 130. Le bon Dieu semble avoir fait ce prodige, pour affermir « la foi de ces chrétiens en la présence réelle de Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie et « les attirer à la réception fréquente de ce sacrement. »
« M. Cacauld, bien secondé par son zélé vicaire, a enregistré 135 baptêmes d’adultes, dont 17 à l’article de la mort. Que Dieu donne force et courage au vaillant missionnaire ! Car ce n’est pas sans travail, sans difficulté, ni sans combat de tout genre, qu’il est arrivé à ce beau résultat.
« Les confrères qui ont eu ensuite la joie de conférer le baptême à un plus grand nombre d’âmes sont M. Derouin, qui en marque 130, dont 10 in articulo mortis, et le P. Paul Taô, qui en inscrit 112 dans son district de Che-tchou. Le district de Kay-hien, si fortement éprouvé par la persécution, renferme un grand nombre d’adorateurs tant anciens que nouveaux : 124 catéchumènes viennent d’entrer dans le sein de l’Église. Les PP. Ignace Hia et Joseph Tong apportent de belles gerbes de 101 et de 80 baptêmes. MM. Palafre et Fleury ont aussi ressenti les heureux effets de la bénédiction deDieu sur leurs travaux. Ils ont vu leurs troupeaux s’accroître, le premier de 76 nouveaux baptisés et le second de 55, douce récompense pour le cœur du missionnaire, qui est donnée dès ici-bas, comme gage de l’éternel salaire que lui a promis le Maître de la vigne. »
Après ce court exposé des résultats principaux de l’action des missionnaires dans les districts, Mgr Chouvellon donne l’état des œuvres générales de la mission, qui se trouvent dans une situation de progrès et donnent de belles espérances pour l’avenir.
« Nos trois séminaires, avec leurs 145 élèves, continuent à prospérer sous l’habile direction des confrères, qui se dévouent à la formation du clergé indigène. Le nombre de nos prêtres chinois est actuellement de 41. Ce chiffre n’avait encore jamais été obtenu dans la mission du Su-tchuen oriental. Dieu aidant, tout permet d’espérer que nous aurons désormais, chaque année, quelques nouveaux prêtres instruits, zélés et capables de remplacer ceux que la mort ou les infirmités enlèvent au saint ministère.
« Notre hôpital catholique a été en souffrance toute cette année, par défaut d’un bon médecin, attaché à cette œuvre . J’ai bon espoir d’obtenir sous peu un docteur capable de soutenir un établissement, pour lequel la mission a fait de fortes dépenses.
« Nos religieuses ont continué, avec tout leur dévouement et leur charité habituelle, l’œuvre du dispensaire, si fréquenté et si apprécié des pauvres et des malheureux Chinois.
« Les Petits Frères de Marie n’ont pas encore réussi à obtenir le nombre des élèves qu’ils pourraient instruire, mais les œuvres bénies de Dieu ont toujours des commencements laborieux et difficiles. D’ailleurs, nos bons Frères savent profiter de leurs loisirs pour se perfectionner dans la langue et l’écriture chinoises. Plus ils se feront aux usages, coutumes et manières des Chinois, mieux ils connaîtront leur langue, plus ils seront appréciés de la jeunesse studieuse de cet empire.
« Notre imprimerie est de plus en plus connue et en honneur dans nos missions et auprès des étrangers de passage à Tchong-kin. « Le travail ne nous manque pas, nous disait dernièrement le bon M. Gourdon. Il faudrait pouvoir nous multiplier pour satisfaire à toutes les commandes. »
« Le journal catholique la Vérité suit sa marche normale. On souhaite qu’il se développe et augmente le nombre de ses colonnes. Nous espérons que le directeur ne tardera pas à donner toute satisfaction à ce désir si encourageant de ses lecteurs. Nos Chinois commencent à se préoccuper des questions politiques. Bientôt la presse, comme dans les autres pays civilisés, deviendra une redoutable puissance.
« Je n’ai pas béni de nouveaux oratoires cette année. Nos deux constructions, église et résidence de Tong-leang et de Ouan-hien, commencées depuis plus d’un an, ne sont pas encore achevées, et déjà d’autres districts me pressent de leur envoyer un de nos deux architectes, MM. Faucon et Giraux, pour les doter d’un oratoire un peu convenable. En pays de mission, l’édifice matériel doit toujours suivre l’édifice spirituel. Grâce en soit rendue à Dieu, ces années-ci, le mouvement de conversions tend à s’affirmer et à se généraliser !
« Il nous faudrait un personnel plus nombreux pour profiter de ces bonnes dispositions du moment, et des catéchistes dans tous les centres où se trouvent les nouveaux adorateurs, afin de les instruire aussi solidement que possible. Souvent nos regards se portent vers ces bons religieux que la persécution, soulevée par la haine de Dieu et de son Église, chasse indignement de France. Ils devraient briguer des places en pays de mission, où ils pourraient largement utiliser leurs talents, leur dévouement et leurs aptitudes pédagogiques. Quel bien immense ils accompliraient ! Comme ils étendraient le royaume de Dieu, dans ces vastes contrées, où les âmes ne demandent qu’à s’instruire pour entrer dans le sein de l’Église et dans le chemin du salut ! »
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