| Année: |
1907 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Yun-nan |
CHAPITRE IV
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GROUPE DES MISSIONS DU SUD
DE LA CHINE
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I. — Yun-nan
Population catholique 11.389
Baptêmes d’adultes 663
Baptêmes d’enfants de païens 3.215
Conversions d’hérétiques 3
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Le 10 janvier 1907, la mission du Yun-nan a perdu son vicaire apostolique, Mgr Fenouil, évêque titulaire de Ténédos. Il s’est éteint doucement à Yun-nan-sen.
« Missionnaire depuis soixante ans, élevé à l’épiscopat en 1881,le vénérable octogénaire était le doyen d’âge des prélats et de tous les membres de la Société des Missions-Étrangères. Retracer les travaux incessants, les épreuves sans nombre, les titres de recommandation d’une si longue carrière, dépasserait de beaucoup le cadre trop restreint d’un compte rendu. Ce sera la matière d’un article nécrologique. Disons du moins que la mission est redevable au cher défunt des deux tiers de son développement actuel. Lors du sacre de Mgr Fenouil, elle ne comptait que 12 districts. Il y en avait 32 à l’heure de son décès.
« Dix jours plus tard, mourait à Mong-hoa un autre vétéran de l’apostolat, M. Le Guilcher, pro-vicaire de la partie ouest du Yun-nan. En la personne de ces deux apôtres, s’est éteinte la lignée des fondateurs de la mission. »
Après ce souvenir donné aux chers défunts, M. Édouard Maire, supérieur du Yun-nan, nous trace en quelques lignes le tableau de la situation actuelle, puis il nous expose les travaux, les succès, les espérances et les craintes des missionnaires dans leurs districts, qu’il ramène à cinq groupements.
« L’année qui s’achève, écrit le vénérable supérieur, a été semée de luttes et de contrariétés : lutte pour la vie, lutte contre l’antipathie populaire, lutte contre l’arbitraire mandarinal. L’état de dénûment signalé en 1906 s’est accru graduellement. La famine éprouve un tiers de la province, tandis que les deux autres tiers souffrent durement de la cherté extraordinaire de l’existence. La faim est mauvaise conseillère. Sur divers points du Yun-nan, des troubles ont éclaté. Les vols multipliés ont ruiné bien des familles. L’agitation se fait sentir partout. Depuis un an ou deux, la mentalité de nos Chinois subit une évolution considérable. La Chine aux Chinois est le mot d’ordre du jour, le but de toutes les aspirations. Exclure surtout toute ingérence exotique, dénoncer ou, tout au moins, éluder les traités onéreux, telle est la tendance universelle.
« En se laissant aller à leur instinct naturel, si en harmonie avec les nouveaux programmes, les mandarins nous ont suscité mille tracasseries, dont on ne peut voir le terme.
I. Région de l’ouest. — « Nos plus importantes reconnaissances ont été poussées dans l’ouest de la province. Aussi est-ce là que l’opposition s’est montrée le plus opiniâtre. Après deux années de tentatives de toute sorte, nous n’avons pas encore réussi à fixer à Mong-hoa, le centre du district de Yang-py. Malgré des contestations sans nombre, dont le récit serait fastidieux, un spacieux emplacement avait été acheté en ville, avec l’assentiment des mandarins. La plupart des notables ayant souscrit à l’achat, toute difficulté semblait aplanie. Mais, quelques jours s’étaient à peine écoulés, qu’à l’instigation d’un procédurier notoire, le sous-préfet annula le contrat de vente et condamna à cinq ans de réclusion le vendeur, muni pourtant de titres authentiques de propriété. Puis, sous divers prétextes aussi futiles que mensongers, les néophytes les plus marquants se virent successivement traduits en justice et condamnés. M. Le Guilcher, notre regretté pro-vicaire, déjà frappé à mort, s’indigne de tant d’iniquités, et part pour Mong-hoa. Il proteste énergiquement contre les vexations mandarinales. C’est en vain. Dominé par la faction hostile, le sous-préfet ne pouvait plus reculer. »
M. Le Guilcher ne se tient pas pour battu. Il achète un autre immeuble. Il le paye fort cher, quoiqu’il soit loin de répondre pleinement à ses vues. Pour attester son droit de cité, il s’y installe sans retard. Quelques jours après il y mourait dénué de tout.
« Nos adversaires triomphent. Effrayés par les vexations du prétoire et les menaces des lettrés, nos néophytes craignent de s’afficher comme tels. Les païens n’ont garde d’embrasser une religion si discréditée. Depuis lors, nos appels à la justice, fortement appuyés par le Consulat de France, sont restés sans aucun effet.
« Au printemps dernier, la révolte des lamas comprimée, le général licencia les soldats recrutés au Su-tchuen, sans pourvoir à leurs frais de route. Une centaine d’entre eux, retournant chez eux avec armes et bagages, pillèrent le pays sur tout le parcours. C’est ainsi qu’à Yang-py la résidence fut saccagée, et plusieurs familles chrétiennes perdirent leur petit avoir. »
Ta-ly. — Nous avons déjà mentionné le décès de M. Le Guilcher. C’est une grosse perte pour la chrétienté de Ta-ly, qu’il avait fondée et administrait depuis plus de trente ans, aussi bien que pour toute la région du Si-tao, dont il était l’égide bien connue. Cinquante-trois années de labeurs et de luttes incessantes avaient épuisé sa robuste constitution, sans refroidir son zèle. Il est mort sur la brèche, en portant un dernier coup au vieux paganisme. Depuis le mois de juin, M. Le Garrec continue l’œuvre de son vaillant compatriote.
Ta-pin-tse. — M. Piton, chargé de ce district, aspire à la fondation d’un nouveau poste pour son jeune confrère, M. Durieu, qui se livre avec ardeur, à son école, à l’étude de la langue chinoise. A Niou-kai, Ho-kin, Kien-tchouan et San-in-kai, de nombreux adorateurs persévèrent dans leur désir de recevoir le baptême. Ils étudient le catéchisme. Sous peu, le missionnaire pourra s’y transporter et se dévouer tout entier à l’organisation de cette chrétienté, qui donne de belles espérances.
Pin-tchouan. — « M. Duffau a baptisé 12 adultes dont 3 sont les prémices de la région récemment occupée. Il compte encore 57 adorateurs parmi les Min-kia, très nombreux dans l’ouest, mais trop amis de la chicane. »
Djo-kou-la. — « Fondé par M. Liétard depuis deux ans à peine, le district de Djo-kou-la a déjà donné la belle gerbe de 403 baptêmes, dont 200 pour le présent exercice. Il ne reste pas moins de 300 catéchumènes, qui étudient avec ferveur pour être bientôt régénérés.
« Ces chiffres témoignent d’autant mieux en faveur de l’activité du missionnaire, qu’il a mené de front l’enseignement des néophytes et la construction d’une résidence, d’une chapelle et de plusieurs écoles. Ces travaux ont été entravés par mille contradictions. Jaloux des progrès du catholicisme, quelques païens influents ont noué intrigues sur intrigues, pour enrayer sa marche. Depuis un an, la lutte s’est poursuivie sans trêve ni merci. L’opposition serait moins tenace, si elle ne se sentait pas soutenue par le mandarin local, xénophobe bien connu.
« En janvier, un violent incendie réduisait en cendres le village de Djo-kou-la, ainsi que les dépendances du presbytère nouvellement bâti. A la suite de ce sinistre, 215 personnes, privées de vivres et d’habitations, sont restées à la charge de M. Liétard, pendant plusieurs mois. Quelques semaines plus tard, la charpente de la future église paroissiale venait d’être dressée, lorsqu’une brusque et violente rafale renversa le tout, en brisant la plus grande partie des bois de construction.
Ma-chang. Kiou-pin. Yon-pe. Ta-tien-kai. — « Voici une région où des résultats consolants ont été obtenus avec moins de luttes et de traverses. M. Leparoux, secondé par deux jeunes collaborateurs, MM. Mérigot et Guyomard, résume ainsi les travaux du dernier exercice : « Pour vous convaincre que notre situation n’est plus celle d’il y a dix ans, il vous suffira de « lire la notice suivante : Dans ce coin de la mission, compris entre Ta-tien et Kin-kiang, nous « comptons 1.067 fidèles, 1.269 catéchumènes persévérants. Nous avons entendu 1.946 « confessions, donné 1.545 communions, quoique 82 chrétiens se fussent tenus éloignés des « sacrements. Le baptême a été conféré à 63 enfants de chrétiens et à 176 petits païens « moribonds ; 84 adultes ont été régénérés, dont 2 à l’article de la mort ; 118 enfants baptisés « et 140 autres néophytes ou pupilles de la Sainte-Enfance étudient dans 16 écoles. Je ne fais « pas entrer en ligne de compte les catéchumènes qui sont instruits à domicile, ou ne viennent « que de temps en temps à la mission. »
« La ville de Yong-pé, ouverte l’an passé, a déjà 6o baptisés.
II. Région de la capitale. — « En nous rapprochant de Yun-nan-sen, nous entrons dans la zone nécessiteuse. Sans doute le gouvernement provincial a favorisé activement l’importation des riz étrangers. Le marché est largement pourvu de céréales. Néanmoins, le prix des denrées n’a subi qu’une légère flexion. La misère reste intense. Cette année encore, l’apparition tardive des pluies a compromis, en beaucoup d’endroits, la moisson qui se prépare.
« Du moins, la possibilité de ravitailler le séminaire a permis de rappeler les élèves. Dès le commencement de l’an chinois, les études ont repris leur cours habituel.
« Au milieu de juin, s’ouvrait également, à la capitale, une école d’enseignement secondaire. Inaugurée au cours d’une année scolaire, la nouvelle institution ne pouvait prétendre tout de suite à une grande vogue. Quinze élèves environ la fréquentent. Mais l’engouement endémique pour les sciences européennes, joint à l’accueil favorable qu’elle a reçu de l’opinion publique, lui promet des jours de prospérité à bref délai.
« La misère dont souffrent chrétiens et païens a eu une répercussion fâcheuse sur les œuvres paroissiales. Les écoles peu fréquentées, le catéchuménat à peu près désert, l’assistance aux offices sensiblement en baisse, telles en furent les conséquences. Se procurer le riz de chaque jour étant la grosse préoccupation d’un chacun, les hommes ont cherché du travail sur la ligne du chemin de fer en construction, et les enfants demandent au petit commerce leur apport à la mense familiale.
III. Région de l’est. — « Cette année, M. Badie s’est butté contre trois adversaires redoutables : la famine, l’obstruction mandarinale et l’apathie caractéristique des naturels. Aussi, ses résultats n’ont pas répondu à la peine qu’il s’est donnée. « Les temps sont mauvais, écrit-il ; deux années de suite, beaucoup de mes chrétiens n’ont pu planter le riz. L’année dernière, j’avais trois écoles. Il ne me reste que celle de Ma-fang... La façon dont le préfet a traité un de mes néophytes les plus qualifiés les a effrayés. Injurié et battu en haine de la religion, il avait porté plainte au prétoire. Pour toute réparation, on lui administra encore trois cents coups. Bien plus, le préfet a hautement proclamé que, désormais, quiconque se dira chrétien sera passible, de ce fait, de dix-sept cents coups de verge. Ce mandarin haineux a bien été déplacé, mais l’impression produite persiste. Que faire, sinon se résigner, en attendant des jours meilleurs ? » Malgré tout, M. Badie a administré le baptême à 17 adultes, et recruté une cinquantaine de catéchumènes.
« Dans la partie indigène de la même préfecture, cinq missionnaires se partagent des populations de caractères, d’idiomes et de mœurs dissemblables. Un point commun à toutes, cette année, c’est la misère noire dont elles souffrent. Nos confrères ont dû vivre en ascètes, pour recueillir peu de consolations. »
IV. Région du sud-est. Mong-tse. — La chrétienté de Mong-tse s’est accrue de 125 unités. Le nombre de ses fidèles est actuellement de 375. Cette augmentation rapide est due, en partie, aux travaux du chemin de fer. Il est à craindre que le déplacement des chantiers n’entraîne trop vite au loin ces néophytes, qui auraient besoin de se fortifier dans la foi. M. Gaudu s’est ménagé, parmi la population attachée au sol, une réserve de 600 catéchumènes, pour combler ce déficit inévitable. Un début aussi sérieux légitimerait amplement l’érection d’une chapelle et de quelques écoles. Hélas ! les prix des matériaux et de la main-d’œuvre sont tels dans ces parages, qu’il nous faut surseoir aux constructions, jusqu’à nouvel ordre.
Ou-se-tchong. Lo-to-ke. — MM. de Gorostarzu et Kircher commencent à recueillir les fruits d’un long et laborieux apostolat. Le premier a eu la joie de régénérer 28 adultes. Au second revient l’honneur d’avoir affilié àl’Église la tribu des Miao, dans la personne de 64 de ses membres. Voilà des succès de bon augure, mais chèrement achetés. Au mois de mai, tandis que M. de Gorostarzu visitait d’autres stations, Ou-se-tchong, son quartier général, devenait la proie des flammes. La résidence, la chapelle, les deux écoles, sans compter 14 maisons appartenant à des néophytes, étaient réduites en cendres. D’autre part, les vexations multipliées des mandarins locaux à l’égard des convertis en ont découragé, voire même poussé quelques-uns à oublier leurs devoirs. En vain, le missionnaire a-t-il protesté contre certains jugements évidemment iniques, il n’a pu obtenir justice pour les chrétiens. A Lo-to-ke, des constructions sérieuses, élevées sur un terrain rocheux, promettaient à M. Kircher une bonne résidence. Mais, les voleurs lui ayant enlevé une partie de ses réserves, il n’a pu couvrir la maison à temps, et, sous l’action des pluies continuelles, les murs se désagrègent et menacent ruine. »
V. Région du centre. — Seuls les quatre districts de Tong-tchouan, Lou-pou, Kiao-kia, Tchao-tong, situés au centre de la mission, ont été exempts de grandes épreuves. Moins éprouvés par la disette, ils ont poursuivi leur marche habituelle. A Tchao-tong, M. Salvat a succédé à M. Le Garrec, nommé à Ta-ly-fou. Le nouveau district de Kiao-kia continue à tenir ses promesses d’avenir. Il a déjà donné quelques baptêmes.
VI. Région du nord. — La perturbation au bas Yun-nan, la terre classique de la paix, semble chose inouïe. Il n’en est pas moins vrai que les missionnaires y vivent, depuis un an, dans des inquiétudes continuelles. En voici la raison. La misère avait multiplié les larcins et le maraudage dans toute la juridiction de Ta-kouan. Au lieu d’y couper court, le mandarin eut la malencontreuse idée de préposer à la garde territoriale certains sacripants, affidés des sociétés secrètes. C’était introduire des loups dans le bercail. Depuis lors, les vols à main armée, les razzias et concussions se multiplient. Invariablement, la garde se trouve occupée à l’orient, lorsque les bandits opèrent à l’occident. Quelques victimes du pillage assez osées pour demander justice, d’autres pour avoir usé du droit de légitime défense, ont été jetées en prison. On a saccagé la chapelle de Kan-tse-pin. dévalisé un vieux prêtre indigène et ruiné plusieurs familles chrétiennes. Obligés à une vigilance incessante sur leurs résidences et leurs écoles, nos confrères du nord ont rarement pu s’absenter. Les routes d’ailleurs n’offraient pas la sécurité suffisante. En dépit des plaintes portées en haut lieu, le mandarin a été maintenu à son poste, et le calme continue à se faire désirer.
Ko-koui. — Nous avons à Ko-koui une florissante chrétienté de 1.300 fidèles, 6 écoles de garçons et 3 de filles, qui ont un total de 125 élèves. Les 49 viatiques et 61 extrêmes-onctions administrés par M. Barnabé et son vicaire supposent bien des excursions à travers les montagnes.
La tentative d’établissement faite l’an dernier à Kong-pa a réussi. La nouvelle station acquiert peu à peu de la consistance et du développement.
Long-ky. Tchen-fong-chan. — La configuration extrêmement montagneuse de ces lieux, leur éloignement de tout prétoire, y assurent aux pillards une entière liberté d’action. Dans des conditions si peu propices, M. Fortin est parvenu à préparer 96 adultes au baptême. C’est une démonstration de ce que peut l’énergie qui se dépense sans compter.
Fou-kouan-tsen. — M. Ringenbach, chargé de ce district, a baptisé 20 adultes, et a ouvert deux écoles, une pour les garçons et une autre pour les filles. Elles comptent déjà 40 élèves.
M. Édouard Maire termine son compte rendu en rendant grâce à la divine Providence, pour la protection particulière dont elle a entouré les missionnaires et les chrétiens, au milieu de la tourmente, et des bénédictions qu’elle a répandues sur les travaux des ouvriers apostoliques. Le vénérable supérieur n’oublie pas d’offrir ses sentiments de reconnaissance à MM. les Directeurs de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance, « pour l’intérêt constant et le généreux appui qu’ils accordent à la mission du Yun-nan ».
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