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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Chine
Mission: Kouang-si
Rédacteur:Mgr Lavest

III.  Kouang-si


Population catholique 4.214
Baptêmes d’adultes 311
Baptêmes d’enfants de païens 313
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Dans le compte rendu de l’année dernière, M. Renault, pro-préfet apostolique, nous parlait de la malveillance presque générale des mandarins envers les chrétiens et les catéchumènes. Elle existe toujours et s’est étendue aux missionnaires eux-mêmes. « Aussi leur ministère s’en est ressenti, écrit Mgr Lavest, et l’on ne peut encore prévoir jusqu’où ira et combien durera ce mouvement xénophobe et révolutionnaire, qui se manifeste surtout dans le sud de cet immense empire.
« En ce moment, la Chine commence à sortir de son ornière et cherche à s’organiser, à se mettre au niveau des sociétés civilisées, sans être encore bien fixée sur la route à suivre. En tous cas, sa première préoccupation est d’écarter les étrangers, qu’elle considère toujours comme des ennemis s’ingérant dans ses affaires, en lésant sa liberté. Ces sentiments de répulsion se manifestent beaucoup plus facilement contre les missionnaires, dont le gouvernement n’a rien à craindre, et contre les chrétiens, ses sujets, regardés comme des gens vendus aux étrangers.
« Depuis longtemps, au moins dans le sud, les autorités chinoises cherchent à restreindre, sinon à nous enlever nos droits d’achat, acquis par les traités. Ainsi, tout en permettant aux missionnaires d’acheter des terrains pour construire des églises et des résidences, elles leur refusent celui d’acquérir des rizières, et de prélever les revenus de celles dont ils sont déjà propriétaires.
« L’injustice des mandarins s’exerce avec une plus grande audace envers les chrétiens. Ils interprètent à leur guise les conventions anciennes. La révocation de l’édit impérial de 1899 semble à plusieurs leur avoir donné un droit, sinon un ordre de se montrer hostiles.
« La mission du Kouang-si est trop jeune encore pour sortir indemne de cette crise si dangereuse. Elle se compose surtout, sinon uniquement, de nouveaux chrétiens encore peu affermis dans la foi, et de catéchumènes qui ont fait un premier pas vers notre sainte religion. Dans les districts où la persécution est plus ouverte, plusieurs se sont refroidis dans leur première ferveur et se montrent timides et réservés. Un bon nombre d’adorateurs, attendant des jours meilleurs, ne se pressent pas pour étudier la doctrine de l’Évangile.
« Dans de pareilles conditions, le ministère est ardu et les missionnaires glanent difficilement quelques rares épis. Aussi, le nombre des baptêmes d’adultes a diminué sur celui des années précédentes. C’est une consolation de voir, d’un autre côté, les confessions et les communions se multiplier et affirmer , chez beaucoup de fidèles, une vie chrétienne plus intense.
« Mais il est un autre danger qui nous menace tous, car rien n’est assuré dans un pays où les instincts sauvages se portent si facilement aux derniers excès, c’est la révolution.
« Pour les hommes qui suivent d’un regard attentif l’évolution des esprits en Chine et le double mouvement anti-dynastique et réformiste ou révolutionnaire, il est évident que tous ces éléments de désordre conduisent à une perturbation générale, dont les missions, établies à l’intérieur du pays et sans appui, seront les premières victimes.
« Puisse la Providence, tout en nous laissant à nos épreuves et même à la persécution, si c’est pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, nous préserver de tout cataclysme qui détruirait matériellement, et en grande partie moralement, tout ce qui a été édifié avec tant de peines et de sacrifices !
« Depuis 1901, il n’y avait pas eu de décès dans la mission, cette année, nous avons perdu un confrère dans la force de l’âge et de l’activité apostolique, M. Rué, dont rien n’avait fait prévoir la mort. Trois autres confrères ont dû se rendre au sanatorium de Béthanie pour rétablir leur santé ébranlée.
« Il n’y a presque pas d’années où le Kouang-si n’ait à souffrir de quelque calamité. C’est la sécheresse, les inondations ou la peste. En 1908, les inondations ont été exceptionnelles, et par le nombre et par leur proportion. La crue du Si-kiang est montée à certains endroits à 70 pieds audessus du niveau ordinaire. Les pertes matérielles sont immenses. »
C’est au milieu de toutes ces épreuves que les missionnaires ont continué courageusement leurs travaux apostoliques. S’ils ont eu moins de succès que dans le passé, ils ont apporté le même zèle à faire l’œuvre de Dieu, en laissant à sa Providence le soin de faire mûrir la moisson en son temps
A Koui-lin, la capitale de la province, « les chrétiens sont assidus aux offices, dit M. « Renault. Plusieurs s’approchent des sacrements le premier vendredi de chaque mois. La « communion fréquente et la visite au Saint-Sacrement produisent d’heureux résultats dans les « âmes. J’ai pu ériger le chemin de la croix, et, chaque vendredi de carême, tous les chrétiens « de la ville ne manquent jamais de faire ce saint exercice. » Le missionnaire enregistre 16 baptêmes, dont 12 d’adultes.
« M. Pélamourgues, en présentant sa petite gerbe de 8 baptêmes à son évêque, se félicite encore, en considérant les difficultés particulières dans lesquelles il a glané ces quelques épis, d’avoir fait plus que de conserver ses positions. Il met sa confiance dans la Providence pour vaincre ces obstacles et faire une plus riche moisson, l’année prochaine.
« A Lo-iong, poste de M. Humbert, les tracasseries se font sentir plus vivement qu’à la capitale. A Siou-pên et à Siang-tcheou, c’est la persécution ouverte. C’est d’ailleurs la région la plus éprouvée depuis trois ans. « Je vous envoie, écrit M. Humbert, ce compte rendu de « l’exercice de 1907-1908. Il n’est pas des plus brillants, 44 baptêmes dont 17 d’adultes. Mais « il faut en faire remonter la cause à la situation, qui devient de plus en plus difficile, au moins « dans cette partie de la province. Le mouvement de conversions est non seulement enrayé, « mais il y a quelques défections parmi les néophytes. Les mandarins font leur possible pour « entraver notre action, quand ils ne montrent pas une hostilité ouverte à notre égard.
« En dehors de Lo-iong, dans la sous-préfecture de Tong-tou, il y a un petit village de « quinze familles chrétiennes ou catéchumènes qui font preuve de bonne volonté. C’est là que « je voudrais, cette année, un pied-à-terre pour être moins éloigné des chrétientés « environnantes… Dans la ville même de Liou-tchen, il y aurait, paraît-il, plusieurs familles « qui demanderaient à s’instruire de notre religion. »
Dans cette région, les mandarins ont trouvé une nouvelle méthode pour molester les chrétiens : des écoles officielles et plus ou moins obligatoires ont été ouvertes. Ils en éliminent les chrétiens tout en les contraignant à payer les impôts prélevés pour les entretenir. Si dans certaines localités l’entrée des écoles n’est pas brutalement fermée aux fidèles, on exige d’eux, pour les y recevoir, l’adoration de Confucius et autres superstitions. L’autorité manifeste déjà son intention d’interdire les nôtres aux enfants des deux sexes.
« M. Ducœur a eu, plus que tout autre de ses confrères, à souffrir de ces dispositions hostiles des autorités à Siou-jen. Ses chrétiens ont été en butte à une véritable persécution de la part des mandarins et des notables. « A ma lettre de compliments pour son entrée en charge, « dit notre confrère, ce mandarin répondit par des insultes, menaçant de chasser le courrier du « prétoire. Comme je m’étais adressé à M. Renault pour porter ma plainte à Koui-lin, et que le « mandarin a reçu sans doute quelques avis de l’autorité supérieure, pour se venger, il fit « arrêter mon catéchiste qui était en visite dans sa famille, et le laissa enchaîné à la porte du « marché de Kong-kouan durant plusieurs heures, malgré les chrétiens et le chef même du « marché qui en répondaient et protestaient contre l’accusation, d’une fausseté évidente, « portée contre lui. Dans la soirée, on lui fit prendre le chemin de Siou-pên. Comme l’effet « voulu était produit, on le relâcha à moitié chemin. A mes protestations, le mandarin se « contenta de répondre que mon catéchiste avait battu ses soldats. »
« M. Ducœur, malgré ces persécutions, a régénéré 17 adultes et 11 enfants.
« Siang-tchéou, la sous-préfecture voisine, se trouve à peu près dans la même situation. « L’état des choses veut que les résultats des travaux, écrit M. Dalle, soient bien minimes, « mais cependant consolants, si on considère les obstacles de toutes sortes qui nous ferment le « chemin des âmes. Les mandarins sont de plus en plus hostiles et manifestent ouvertement « leurs sentiments. Lettrés et maires de villages, encouragés et soutenus par les autorités, ne « laissent jamais passer une occasion de nuire aux chrétiens ; promesses d’un côté, menaces « de l’autre, ils n’épargnent rien pour susciter des apostasies. En un mot, c’est la persécution. « Malgré cet état des esprits, il y a eu 89 baptêmes dont 30 d’adultes. »
« A Ou-suen, M. Barrès, en baptisant un vieillard à l’article de la mort, est témoin de sa guérison subite opérée par l’eau sainte. « Lorsque je le baptisais, il ne donnnait déjà plus signe « de vie, dit le missionnaire. Les extrémités étaient froides et le râle de la mort venait de « commencer avec la fétidité de l’haleine. Mais dès que l’eau du baptême eut coulé sur son « front, il ressuscita pour ainsi dire et, se tournant vers moi, il me dit : « Que le bon Dieu « protège le Père spirituel. » Depuis, le bon vieux alla de mieux en mieux, et quelques temps « après, il vint me voir monté sur son buffle. Il a plus de soixante-dix ans. »
« De Koui-pin, nous arrivons dans la région où les troubles continuent. Les rebelles préoccupent les mandarins et ne leur laissent pas le temps de molester les chrétiens. M. Héraud enregistre 25 baptêmes et vient de conquérir tout un petit village. Il compte 350 catéchumènes.
« A pin-nan, les pirates, auxquels se sont joints des soldats déserteurs, ont fait de grands ravages. Ils ont enlevé et tué quelques chrétiens tout dernièrement. M. Crocq a pu néanmoins administrer 70 baptêmes dont 51 d’adultes.  A Jo-lin M. Auguin a moins de consolations. Il n’a eu que cinq nouveaux chrétiens. M. Poulat, secondé par M. Séosse, a été plus heureux à Koui-hien. Il a baptisé, dans le courant de cet exercice, 77 adultes, 105 enfants de païens à l’article de la mort et 45 de chrétiens. L’année dernière, plus de cent personnes de la ville même de Koui-hien ont donné leurs noms comme catéchumènes. M. Poulat les a confiées à un catéchiste pour les instruire et les confirmer dans leurs bonnes résolutions. Bien que le missionnaire ne se fie encore qu’à moitié à leur persévérance, car la plupart vivent au jour le jour (beaucoup sont de petits merciers qui tiennent banc sur les marchés voisins et sont souvent absents), il en a reçu déjà de vraies consolations. Plusieurs ont été baptisés.
« M. Poulat cite le trait suivant d’un jeune homme de dix-huit ans, Tam-Tchao-Sam, qui désirait vivement se faire chrétien, mais dont la famille trouvait toujours des motifs pour s’opposer à sa conversion :
« Afin de couper court à tous les raisonnements de ses parents, Tchao-Sam quitta la maison « paternelle où il vivait à l’aise, et se fit domestique dans une famille chrétienne de la ville. « Peu habitué à la peine, il a trouvé les débuts de sa nouvelle position durs et fatigants, mais, « il ne s’est jamais plaint. A Pâques, il eut la douce consolation de recevoir le baptême. »
« La procession du Saint-Sacrement s’est faite comme l’an dernier avec beaucoup de solennité. Un dais magnifique, venu de France, paraissait pour la première fois. L’assistance était nombreuse. Trente personnes en habit de chœur composaient la garde d’honneur de Notre-Seigneur.
« A Nanning, comme dans tous les centres où le commerce absorbe les esprits, les conversions se font lentement. A la campagne, au sud de la ville, M. Albouy remarque un certain mouvement vers notre sainte religion, et exprime sa confiance dans l’avenir. Il a enregistré 13 baptêmes.
« M. Maurice a établi une nouvelle résidence au marché de Hai-iuen, où il y a un bon nombre d’adorateurs. Il a l’espérance de former là un noyau de chrétiens qui se développera rapidement. Le présent exercice lui a donné 12 baptêmes. Cette installation a demandé au missionnaire une singulière ténacité et une grande dépense d’énergie. Il fallait vaincre le mauvais vouloir d’un mandarin qui refusait d’enregistrer le terrain acheté pour établir la mission.
« A Tai-pin-fou et dans toute la région limitrophe du Tonkin, les populations se sont trouvées dans des alarmes continuelles, au bruit des menaces d’une extermination prochaine des Européens et de tous les chrétiens. Les néophytes étaient terrorisés, les païens n’ont guère pensé à se convertir. M. Coste ne compte que 12 baptêmes, dont 9 d’adultes. M. Costenoble en a eu 20 à Long-tchéou. Dans les nouveaux postes de Pesé et de Setcheu, MM. Bibollet et Thomas ne font que semer. Ils ont récolté seulement 6 baptêmes. M. Bibollet instruit actuellement dix catéchumènes. Et, tout en remplissant son ministère, il donne quelques leçons de français dans une école du gouvernement. De son côté, M. Thomas a ouvert un dispensaire où près de 500 malades ont reçu des soins, et il a l’intention de fonder une école sur laquelle il place ses espérances pour l’avenir.
« Dans l’extrême nord-ouest de la mission, à Silin, les tracasseries des mandarins et leur malveillance ostensible ont grandement nui à l’action des missionnaires. Néanmoins, il reste encore un bon nombre de catéchumènes. M. Sifferlen, à qui est adjoint M. Courant, expose ainsi la situation :
« En 1906, à Silin même, il y avait 7 familles de catéchumènes et 3 de chrétiens, à Patou « 11 familles de catéchumènes, à Nala 5, à Kaoko-chau 20, à Pingai 2 et à Ou-feu 200. C’est « avec beaucoup de douleur que j’ai vu molester tous ces adorateurs sans pouvoir les secourir. « Quelques-uns se sont retirés. Mais je crois que le grand nombre reste fidèle. A Ou-feu, 150 « familles persévèrent. Il y a eu pendant cet exercice 28 baptisés dont 12 adultes. »
« Les catéchumènes sont également nombreux à Kiou-tcheou, mais dispersés comme ils sont, de côté et d’autre, ils demandent beaucoup de peine à M. Epalle pour leur instruction. Cette année six seulement ont reçu le baptême.
« M. Séguret rencontre les mêmes difficultés à Lui-tcheou pour former à la vie chrétienne un bon nombre d’adorateurs qui étudient le catéchisme. Là aussi, comme à Sélin, se fait sentir l’action néfaste de la puissante famille Tsen. « Hélas ! s’écrie M. Séguret en annonçant 22 « baptêmes, dont 10 d’adultes, ces temps-ci ne sont pas favorables. Depuis quelques années, « la terrible famille Tsen nous a fait beaucoup de mal . Le mandarin actuel nous est de plus « sourdement hostile. »
« La première des œuvres générales de la mission, le grand et le petit sémianire, continue à donner entière satisfaction pour le travail et le bon esprit. Cette année, une école préparatoire, dirigée par M. Poulat, a été établie dans la région du sud, où les chrétiens sont plus nombreux. Elle permettra, par une première épreuve, de choisir pour le séminaire des sujets d’une garantie plus sérieuse.
« La léproserie, dont j’ai beaucoup parlé en France, et que je voudrais installer d’une manière solide et durable pour lui faire produire tous les bons résultats qu’on peut en attendre, reste toujours une de mes grandes préoccupations. Des difficultés inattendues semblent nous menacer du côté des autorités chinoises de Nanning. Les mandarins précédents me prêtaient leur concours pour la fondation de cette œuvre. Les nouveaux, qui les ont remplacés pendant mon absence, paraissent s’y opposer et préparer des entraves à l’achat du terrain et aux constructions.
« En attendant, nous continuons à soigner dans un village, composé uniquement de lépreux, les pauvres infortunés que la Providence nous a confiés.
« A Nanning, comme à Long-tchéou, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont été visitées et éprouvées par la maladie. Elles n’en continuent pas moins leurs diverses œuvres sans bruit, et avec le dévouement dont elles ont déjà donné tant de preuves. Elles ont soigné 4.300 malades dans leur dispensaire de Nanning, et près de 4.000 dans celui de Long-tchéou. Les infirmes, incapables de venir au dispensaire, ont été visités à domicile. Cette œuvre a fourni 105 baptêmes dont 29 d’adultes.
« La supérieure des Sœurs de Saint-Paul à Nanning rapporte un trait assez extraodinaire d’une païenne, venant inviter les Sœurs à visiter des femmes mourantes et coopérant ainsi au salut de plusieurs, tout en refusant elle-même, du moins pour le moment, de devenir chrétienne.
« Cette année, le couvent des religieuses indigènes a envoyé deux d’entre elles exercer en district le rôle de catéchiste et maîtresse d’école. Six remplissent actuellement ces fonctions : d’autres se préparent à les rejoindre.
« Au mois de septembre dernier, tous les confrères se sont réunis à Nanning pour la retraite. Même ceux de l’est et du nord-ouest, malgré leur éloignement de plus d’un mois de voyage, aller et retour, ont été fidèles au rendez-vous. La retraite et les conférences qui l’ont suivie ont pris quinze jours.
« Cette réunion occasionne des fatigues aux missionnaires et de grandes dépenses à la mission, mais quel grand bien elle produit ! Aussi on la renouvellera tous les deux ans. L’année intercalaire, celle de la retraite et de l’examen des prêtres chinois, les confrères se grouperont par région pour se recueillir pendant une semaine.
« Malgré leur ministère bien rude et un horizon assez sombre, tous les confrères ont repris avec joie le chemin de leurs districts, fortifiés par les grâces de la retraite, encouragés par les exhortations et les avis reçus, consolés par ces quinze jours de vie de famille et par les entretiens fraternels au milieu desquels le temps est écoulé avec une si grande rapidité. »




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