| Année: |
1908 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Mandchourie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Choulet |
II. ― Mandchourie méridionale
Population catholique 22.131
Baptêmes d’adultes 1.730
Baptêmes d’enfants de païens 4.811
_____
« Je n’ai à vous signaler, dans la mission de Mandchourie méridionale, aucun événement extraordinaire, pour le présent exercice, écrit Mgr Choulet. Quant aux difficultés inhérentes au ministère, nous sommes en plein pays païen, il est inutile de vous dire qu’elles ne nous ont pas manqué. Si le missionnaire ne s’y habitue pas entièrement et n’en fait pas ses délices, du moins il tâche d’en tirer tout le profit possible. D’ailleurs, tous les confrères avaient eu une bonne occasion de faire provision de forces et de courage pour surmonter les difficultés qui se présenteraient ou du moins les supporter avec patience. Le présent exercice a commencé, en effet, comme d’habitude, par la retraite annuelle ; ces execices ont duré huit jours pleins et ont été suivis par tous les confrères avec le plus grand recueillement et dans un silence d’autant plus méritoire que, pour beaucoup, cette occasion est l’unique de l’année pour se voir et se communiquer leurs impressions.
«Je ne doute pas que les missionnaires n’aient puisé dans ces pieux exercices les forces, le courage et les grâces dont ils avaient plus que jamais besoin après tant d’années de troubles et d’épreuves. Je considère cette retraite comme une grande faveur de la miséricorde divine pour toute la mission.
« Les résultats obtenus, sans être extraordinaires, ont dépassé mes prévisions : le nombre des chrétiens a augmenté, les sacrements ont été plus fréquentés. Malgré les nouvelles idées qui travaillent les têtes et les tournent vers les nouvelles réformes, le nombre des catéchumènes promet encore une bonne moisson pour l’an prochain. Les constructions que nous avions sur chantier sont finies ou en bonne voie de l’être. Depuis décembre dernier, j’ai eu l’occasion de bénir trois belles églises ; une seulement, celle de Châling, existait avant la révolte des boxeurs. Plus d’une dizaine d’oratoires sont aussi sortis de leurs ruines, plus élégants et plus spacieux qu’avant l’incendie qui les avaient détruits.
« Dans les comptes rendus particuliers que les confrères m’ont adressés, je trouve des chiffres, quelquefois une petite note explicative, et c’est tout pour cette année. Les traits édifiants qui auraient pu intéresser les bienfaiteurs, leur faire partager les joies et les peines des ouvriers ont été, à dessein peut-être, passés sous silence. Tous, indigènes comme européens, ont travaillé dans le calme, pleins de confiance en Dieu, qui se charge de récompenser chacun suivant ses mérites. Sa divine Providence ne leur a pas fait défaut. Elle a béni leurs efforts et les a couronnés de succès, sinon extraordinaires, du moins consolants.
« Quelques districts ont été plus favorisés que d’autres, sous le rapport des conversions. Leao-yang, avec ses deux annexes de Châling et Koou-kia-tsai, arrive, encore cette année, le tout premier ; 486 adultes y ont été régénérés dans les eaux du baptême .
« M. Corbel, qui administre toujours ce district, se plaint cependant, car toutes ses espérances ne se sont pas réalisées. C’est que, chez lui aussi, tous les poissons pris au filet n’ont pas été jugés dignes d’être conservés ; avant de recueillir le bon blé, il a fallu en séparer le mauvais grain. Après le triage, tous n’ont pas mis la même ardeur à s’instruire et à se préparer à la réception du baptême. Les catéchumènes isolés n’ont pu recevoir les mêmes soins que ceux qui se trouvaient dans les centres où il y avait une école à leur disposition et des maîtres pour les former. Le P. Tchao, qui, sous la direction de M. Corbel, est chargé des différentes chrétientés qui se rattachent à Koou-kia-tsai, a, pour sa part, 83 baptêmes d’adultes. Quoique d’une santé bien faible, ce prêtre indigène se donne beaucoup de peine pour instruire ses chrétiens et étendre le règne de Notre-Seigneur. Ses efforts ne restent pas inutiles. Depuis qu’il se trouve au milieu d’eux, ses chrétiens comprennent mieux leurs devoirs et s’imposent plus de sacrifices pour les remplir.
« M. Chabanel a récolté une belle moisson de 210 baptêmes d’adultes. Arrivé depuis un an, à peine, dans son nouveau district de Koang-ning, il en renvoie tout l’honneur à son prédécesseur. Sans compter un millier de catéchumènes, il a 1.736 chrétiens à administrer et il espère bien en augmenter encore le nombre l’année prochaine. Pour y arriver, il a ouvert des écoles dans plusieurs centres, où les catéchumènes sont plus nombreux, et il multiplie ses courses pour visiter tous les postes où se trouvent quelques-unes de ses ouailles. Cette région a beaucoup souffert des pluies, cette année. Une trombe d’eau a presque emporté tout le faubourg sud de la ville, noyant plusieurs dizaines de personnes. Puisse le bon Dieu conserver de longues années à M. Chabanel la santé et les forces qu’il a apportées de France, afin qu’il puisse toujours gaiement faire face aux fatigues qu’exige l’administration de ce district !
« Près de la gare de Ta-chê-kiao, une église s’est élevée, cette année, avec une résidence pour le missionnaire et des maisons d’écoles pour la jeunesse chrétienne. Quand tous les travaux seront achevés, le missionnaire de Hai-tcheng y transportera sa demeure. De cette localité, placée au centre des groupes de nouveaux chrétiens qui habitent les villages voisins, il pourra plus facilement atteindre les différents postes qui lui sont confiés. M. Soumireu, qui a la direction du district, a baptisé 183 adultes.
« En m’envoyant le rapport du district de Hoâng-kin-toun, M. Vuillemot m’écrit : « Je n’ai « rien à ajouter à ces chiffres, sinon que je suis content des résultats de cette année-ci. J’espère « qu’ils seront doublés l’année prochaine, en raison des écoles que j’ai tâché, au prix des plus « grands sacrifices, de multiplier autant qu’il m’a été possible. »
« C’est M. Venault qui a amené à la foi les premiers chrétiens de ce district. M. Noirjean est venu ensuite et y a ramassé aussi quelques épis. Toutefois, c’est M. Vuillemot qui s’est établi le premier, à poste fixe, dans ces montagnes et a régénéré dans les eaux du baptême le plus grand nombre de chrétiens du district. Après la persécution, beaucoup d’entre eux restaient sourds à la voix des missionnaires envoyés à leur recherche. Ceux qui s’en rapprochaient ne donnaient pas toujours les preuves d’un bon esprit. Je regrettais presque qu’un ouvrier apostolique y perdit ses forces et son temps. Avant d’en retirer le missionnaire, je voulus cependant, pour la tranquillité de ma conscience, essayer un dernier moyen et c’est ainsi que M. Vuillemot a repris la route de son premier poste, que, d’ailleurs, il n’avait pas oublié. Ses ouailles auraient, paraît-il, reconnu la voix du Père qui les aimait et seraient revenues en grand nombre se remettre sous sa houlette. Puisse cette fois leur conversion être plus ferme, et leur faire mieux observer les préceptes de notre sainte religion ! M. Vuillemot a enregistré 121 baptêmes, parmi lesquels sont compris une dizaine d’enfants de nouveaux chrétiens.
« Dans le district de San-taitse, le mouvement de conversions continue toujours d’une manière régulière. Cette année, 115 adultes y ont reçu la grâce du baptême. Dans une tournée, au printemps , j’ai eu le bonheur d’y conférer la confirmation à 368 chrétiens. « Une autre « grande grâce de cette année, écrit M. A. Caubrière, aura été l’excellente retraite, prêchée par « M. Corbel , assisté des PP. Tchao et Li , ses vicaires indigènes . Il y avait environ quarante « ans que la chrétienté n’avait eu des exercices de ce genre ; 330 chrétiens y ont pris part. Je « puis en constater les excellents résultats , surtout en ce qui concerne la fréquentation des « sacrements de pénitence et d’eucharistie. Les chrétiens ont été très contents de leur retraite « et désirent qu’elle se renouvelle avant longtemps. Je le désire avec eux. »
« Dans le district de Mai-mai-kai , M. Carrère enregistre 104 baptêmes d’adultes : « Si « le chiffre est moins élevé que l’an dernier , dit ce confrère, cette diminution n’accuse point « un ralentissement dans le mouvement des conversions. Ce mouvement s’accentue, au « contraire, grâce à Dieu, d’une façon bien consolante et le chiffre des catéchumènes est en « augmentation sensible sur l’exercice précédent. »
« Dans les autres districts, le chiffre des baptêmes n’a pas atteint la centaine, quoique là aussi les missionnaires aient fait leur possible pour étendre le règne de Notre-Seigneur.
« Notre séminaire a vu, cette année, augmenter ses dépendances et le nombre de ses élèves. Quelques-uns, pour manque de capacité, ont dû être renvoyés à leurs parents. Il en reste encore près de cinquante à suivre actuellement les divers cours qui s’y professent. Les directeurs sont satisfaits de leur conduite et de leur application à l’étude.
« Les Sœurs de la Providence ont été, durant le cours de cet exercice, éprouvées par la perte d’une compagne, la Sœur Bathilde, chargée, depuis son arrivée en mission, de l’asile des vieillards et du dispensaire pour les malades. Après une longue maladie, elle a rendu son âme à Dieu dans le courant du mois de mai : c’est la quatrième Sœur que nous perdons depuis 1900.
« Les établissements qui leur sont confiés sont toujours prospères. Elles ont pu recueillir, cette année, un bon nombre d’orphelines et procurer la grâce du baptême, in articulo mortis, à près de trois mille petits païens.
« Tels sont les résultats que la grâce du bon Dieu nous a permis d’obtenir.
« Nous demandons à nos bienfaiteurs de nous aider à remercier la divine Providence des secours accordés et à la prier de nous les continuer toujours. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|