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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen méridional
Rédacteur:Mgr Chatagnon

III. – Su-tchuen méridional
Population catholique 28.218
Baptêmes d’adultes 2.202
Baptêmes d’enfants de païens 19.135
Conversions d’hérétiques 22
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Mgr Chatagnon commence le rapport des travaux apostoliques de sa mission pour l’exercice présent, en rendant grâces à Dieu pour la bénédiction répandue sur le zèle des missionnaires et la bonne volonté des fidèles. Le chiffre des baptêmes d’adultes s’élève à 2.202, dont 729 de moribonds. Pour entrer dans l’esprit de l’Évangile et suivre les conseils du Souverain Pontife, les fidèles, encouragés par leurs pasteurs, ont montré un véritable empressement à fréquenter le banquet eucharistique, partout où ils en ont eu la possibilité. Les communions de dévotion se sont élevées à 59.262, pour 20.000 chrétiens adultes. Ce chiffre surpasse de 13.000 celui de l’année dernière. Les prêtres n’étant pas plus nombreux, il représente à peu près le maximum possible dans la mission.
Cette pénurie de prêtres a obligé Mgr Chatagnon à laisser vacants plusieurs districts, et à les confier à des missionnaires voisins déjà trop surchargés. La visite des chrétiens s’est faite une seule fois dans l’année et trop à la hâte ; de sorte qu’un millier de fidèles n’ont pu s’approcher des sacrements, sans aucune négligence de leur part.
« Les obstacles signalés dans le rapport de l’année dernière n’ont point disparu. L’état de trouble, dans lequel la Chine se débat, ne favorise pas les conversions. Les mandarins se montrent de plus en plus hostiles, et le gouvernement entrave de tout son pouvoir la propagande religieuse. Le fameux édit impérial obtenu par Mgr Favier, avec l’appui de notre ambassadeur à Pékin, il n’y a pas dix ans, vient d’être rapporté. La faveur accordée aux missionnaires n’était cependant pas exorbitante. Elle les autorisait seulement à demander audience aux mandarins, et à présenter leurs observations dans les procès entre chrétiens et païens, pour cause de religion.
« Dieu a permis que cette faible ressource nous fût enlevée, pour nous montrer encore une fois qu’il n’a pas besoin de moyens humains pour faire son œuvre.
« A ces contretemps, il faut ajouter les épreuves survenues dans le personnel de la mission. La mort et la maladie ont fait bien des victimes : MM. Barry et Veyrac ont été enlevés dans la force de l’âge. Plusieurs jeunes missionnaires sont malades et ne recouvrent point la santé ; condamnés à l’inaction, ils se consument en vains désirs de travailler. D’autres, infirmes et vieux, auraient besoin de soulagement et de repos. L’évêque a dû lui-même s’éloigner pendant trois longs mois de sa mission, pour un mal qui réclamait le secours des chirurgiens européens.
« Si les malades sont une bénédiction pour les communautés, le Su-tchuen méridional peut avoir confiance. C’est sans doute grâce à ces chers malades que les travaux du petit nombre des confrères vaillants ont été bénis.
« Peut-être aussi la mission leur doit-elle d’avoir échappé à un grand danger, un vrai désastre pour elle. Huit missionnaires de la partie orientale, en s’en retournant de la retraite annuelle de Kiatin, ont failli trouver la mort dans un naufrage, en face de Kien-ouy dans le courant du Tchou-che-tan.
« Voici la narration de ce grave accident telle que la donne M. Arnaud :
« Si haut qu’on remonte, les annales de notre mission ne comptent qu’un prêtre chinois « mort dans un naufrage, en face de Lan-kouang. On peut dire sans crainte de se tromper que « tous, et à maintes reprises, nous avons connu, comme saint Paul, les dangers du fleuve. Mais « la bonne Providence veille et nous sauve. En voici une nouvelle preuve.
« La retraite terminée, une barque à voyageurs fut louée à Kia-tin par les soins de M. « Fayolle. Grande, peu chargée, conduite par un barquier qui, depuis près de vingt ans, faisait « la navette entre Kia-tin et Soui-fou, elle promettait un voyage rapide et sûr. Mais il ne faut « se fier ni au meilleur barquier, ni à la meilleure des barques sur un fleuve aussi « tourmenté !…Nous étions à bord huit missionnaires : MM. Moutot, Fayolle, Chincholle, « Boissière, Le Roux, Pierrel, Biron et moi, cinq domestiques et deux passagers, propriétaires « de huit ballots de plantes médicinales qu’ils avaient, à grands frais sans doute, fait venir du « Thibet. Les barquiers et les rameurs complétaient le nombre de vingt-quatre personnes. A « midi un quart, nous passâmes en face de la ville de Kien-ouy. Jusque-là les rapides avaient « succédé aux rapides, et l’on parlait de ceux qu’il fallait passer encore…les plus terribles. « Un, que l’on ne songeait même pas à citer, devait nous mettre à deux doigts de la mort. « Tandis qu’assis sur nos lits, nous devisions paisiblement, nous entrâmes dans le courant du « Tchou-che-tan. M. Pierrel était à la fenêtre, cherchant, sans doute, quelque point « géographique, quand il remarqua presque à fleur d’eau, en avant et à droite, deux taches « grisâtres ; c’était le rocher. Le pilote d’avant le voit en même temps et le signale d’un geste « effrayé à l’homme de barre. C’était trop tard ! Un heurt violent venait de déchirer le flanc de « la barque qui glisse un instant et se couche, envahie par l’eau, au beau milieu du fleuve, à « plus de cent mètres du rivage…D’un bond, nous nous étions levés, pâles, mais non affolés. « ― Cette fois, ça y est, s’écria quelqu’un. ― Ne craignons rien, dit M. Boissière, nous « reposons sur le rocher ; mais ne bougeons pas, je vous prie, car il suffirait peut-être d’un « faux mouvement pour dégager la cale, et alors nous serions vite au fond du fleuve. M. « Pierrel, lui, avisait toujours ses rochers. Peut-être, se disait-il, serions-nous plus en sûreté là-« dessus et il proposa d’y descendre. Le barquier et les confrères s’y opposèrent d’abord. La « pierre, couverte d’un pied d’eau, était lisse et glissante, le courant violent et rapide…une « chute et c’en était fait ! C’était pourtant le meilleur parti à prendre ; le plancher de la barque « commençait déjà à céder. M. Pierrel se mit le premier à l’eau ; quelques planches, des « portes, des lits furent vite disposés à contre-courant et calés à une pointe du roc, émergeant « de l’eau. Nous descendîmes tour à tour, les barquiers en tête. Et là, les pieds dans l’eau, « nous comprîmes mieux le danger de la situation.
« La barque avait le flanc ouvert sur une grande longueur sous la ligne de flottaison ; si elle « eût glissé un mètre de plus ou de moins, ou un mètre plus à gauche, nous coulions à pic. Sur « notre rocher nous n’étions pas encore sauvés. Le bateau s’inclinait graduellement, sur nos « têtes, son milieu seul reposant sur le roc. S’il venait, sous le choc des vagues ou le poids de « sa cargaison, à se briser, Seigneur ! qu’adviendrait-il de nous ? Il nous fallait mourir, écrasés « par la barque ou balayés par le rapide. Des craquements qui se produisaient dans la coque « augmentaient notre anxiété.
« Une barque de sauvetage avait entendu nos appels de détresse et se porta à notre « secours : mais la violence du courant ne lui permit pas de nous atteindre ; elle passa comme « une flèche à quelques mètres seulement de nous et fut emportée à une demi-lieue en aval. « Une chance de salut disparaissait avec elle !… Successivement, une grande barque, un « radeau dévalèrent à côté de nous. Ils virent tout le critique de notre situation et…passèrent.
« La Providence voulut que notre barque fût mise en travers du courant. Le gouvernail, « incliné à tribord, renvoyait au large les vagues tumultueuses, bouillonnantes, hautes de plus « d’un mètre, et nous faisait comme une crique tranquille au milieu des flots agités. C’est « grâce à cette disposition providentielle que nous pûmes attendre avec calme notre « délivrance.
« Le péril grandissait avec les minutes. M. Moutot nous exhorte à la contrition de nos « fautes et donne l’absolution in articulo mortis. Tout le monde est bien prêt, je crois. Les « domestiques aussi sont animés de la plus grande ferveur. A son tour, M. Moutot reçoit « l’absolution des mains de M. Fayolle. Confiants en Dieu, les naufragés attendent leur « secours d’En-Haut. Il n’y eut pas un pleur, pas un cri, pas un mot de découragement. Nous « promettons quelques messes aux âmes du purgatoire, si elles nous obtiennent de sortir de ce « danger.
« Enfin, après sept longs quarts d’heure d’attente, on voit apparaître la barque de « sauvetage. Nos barquiers déroulent alors au fil de l’eau un câble auquel est attaché un « bambou. La barque remonte à une centaine de mètres plus haut et se lance à nouveau, dans « le rapide. Son but n’est pas d’atteindre la nôtre qu’un léger choc suffirait peut-être à « submerger, mais le câble. Cependant les sauveteurs n’ont point de croc. La corde glisse une « fois, deux fois sur leur perche : nos cœurs se resserrent. S’ils la manquaient ! Grâce à Dieu, « à la troisième fois, ils la saisissent. Avec quelle ardeur les naufragés tirent et amènent à eux « la barque du salut !...Les forces sont décuplées. Malgré la violence du courant contraire, la « barque accoste en un instant. Les huit confrères et les Chinois, qui veulent bien se résigner à « abandonner leurs bagages, y prennent place. On rompt l’amarre, et c’est à nouveau la course « folle au milieu du rapide. Quelques centaines de mètres plus loin, on touchait terre : nous « étions sauvés ! Deo gratias !
« Puissions-nous n’oublier jamais la grâce que le bon Dieu nous avait réservée pour le jour « du 11 mai 1908 ! Dans le Tchou-che-tan, sa main était sur nous et nous le sentions. Nous « nous confiâmes à sa sainte volonté et sa sainte volonté fut pour nous, toute miséricordieuse. « Grâces lui soient rendues à jamais !…C’était là le meilleur, le plus instructif et le plus « émouvant des couronnements de retraite. »
A la suite de ce récit tragique, Mgr Chatagnon cite la monographie de la fondation d’une nouvelle chrétienté, écrite par M. Renault. Elle donne au lecteur une idée assez juste de ce qu’il faut de charité, de patience et d’énergie pour créer une œuvre de ce genre et l’établir sur des bases solides.
« Le marché de Kouan-in-tchang, comme son nom l’indique, est dédié à la déesse Kouan-« in, la Vénus des Chinois, que tous ont en grande vénération. En 1900, à la suite du « mouvement boxeur, la moitié des gens du marché se déclarent chrétiens. C’est une belle « moisson en herbe qui promet une abondante récolte. Malheureusement, le vent de la « discorde se met à souffler parmi les néophytes. Les mauvais exemples de concussion, les « superstitions et les vengeances exercées sous le couvert de la religion, amènent mon « prédécesseur à sévir. Les chefs du mouvement, dont l’un est déjà baptisé, se retirent, « entraînant à leur suite le reste du troupeau. Tout est perdu, ou plutôt, tout est à « recommencer.
« Les apostats de la veille, maintenant réunis aux païens demeurés fidèles à leur déesse « Kouan-in, forment une armée compacte difficile à entamer. L’indifférence s’est changée en « hostilité ; tous jurent de défendre, jusqu’à la mort, leur divinité, et d’empêcher, par tous les « moyens en leur pouvoir, l’établissement de la vraie religion au milieu d’eux.
« Ce serment, ils le tiennent fidèlement, luttant sans trêve ni merci, tantôt sournoisement, « tantôt à visage découvert. Depuis que le district m’a été confié, il me faut, en m’appuyant « sur le secours divin, deux années de patience, de travail acharné et de diplomatie pour « pouvoir prendre pied dans le pays. Voici comment :
« Il y a deux ans, j’envoyai dans le marché un catéchiste, médecin de profession, patient, « intelligent, habile à réfuter les objections des païens et à exposer les vérités de la religion, « avec mission de visiter les malades, distribuer gratuitement des remèdes, baptiser en secret « les enfants moribonds, prêcher avec discrétion et attendre l’heure de Dieu. Les débuts sont « pénibles ; l’ennemi ayant donné le mot d’ordre, le vide se fait autour du prédicateur. Après « plusieurs mois d’attente, quelques malades pauvres, attirés par la gratuité des remèdes, « s’enhardissent à venir trouver le médecin. Ils sont traités avec bienveillance et reçoivent, « avec les remèdes tant désirés, quelques explications discrètes sur le but de notre religion. La « glace est désormais rompue ; de grandes personnes et de petits enfants viennent bientôt en « nombre au catéchiste. Jusque-là encore il n’y a aucune conversion, mais l’entrée des cœurs « est ouverte.
« Une famille, nommée Ly, se donne bientôt à nous et affiche courageusement la tablette « chrétienne, témoignage public de sa conversion. L’orage, amoncelé depuis longtemps dans « les nuages, éclate aussitôt. La religion perverse a pénétré dans la place, il faut à tout prix « l’en chasser. La fête de Kouan-in approche, c’est l’occasion choisie pour commencer le « combat. Les chefs du marché s’entendent pour imposer à la famille chrétienne une « contribution pécuniaire pour subvenir aux frais des réjouissances. Le catéchiste proteste au « nom des décrets du grand Empereur, qui exemptent les chrétiens de toute participation aux « superstitions. La famille imposée refuse la contribution. La vengeance ne se fait pas attendre « longtemps. Le lendemain, au réveil, la devanture de la boutique est complètement « recouverte d’immondices. La pharmacie a la même faveur et, de plus, son enseigne est jetée « à la voirie.
« L’insulte est trop forte et réclame prompte et juste satisfaction. Elle est demandée avec « fermeté, mais aussi avec modération. Ne voulant pas trop aigrir les cœurs, ni m’aliéner les « esprits les plus calmes, dans un centre très bien situé pour devenir tête de district, j’exige « seulement le minimum des réparations nécessaires. Le mandarin donne des ordres qui sont « exécutés, sinon de bon cœur, du moins dans les formes demandées. La face nous est rendue « et l’honneur de la religion reste sauf. C’est suffisant.
« L’heureuse conclusion de cette affaire qui, pendant plusieurs semaines, a tenu en haleine « tous les esprits, amène la conversion de quatre nouvelles familles. Je suis dans la joie. « Toutefois, je compte trop sans mes ennemis, humiliés mais non désarmés. N’osant recourir « à la violence, ni attaquer ouvertement, ils se contentent, pendant plusieurs mois, d’une « guerre sournoise, faisant courir dans le public toutes sortes de mauvais bruits, calomnies et « injures contre la religion, refusant d’arranger les litiges entre chrétiens et païens ou bien les « réglant toujours contre la justice : c’est-à-dire contre les chrétiens. Dans cette guerre d’un « nouveau genre, recevant les coups sans pouvoir connaître, avec certitude, la main qui les a « portés, je me trouve quasi désarmé. J’encourage mes néophytes à souffrir patiemment et à « mettre tout leur espoir en Dieu. Ils m’édifient par leur résignation et, rassuré sur sincérité de « leur conversion, je me résous à établir, au commencement de cette année, une école pour « l’instruction des femmes catéchumènes. C’est alors que Kouan-in vient me jouer un « nouveau tour qui tournera encore à sa confusion.
« Une bande de la gent aux petits pieds, sous la conduite d’une vieille mégère, envahit un « jour l’école, faisant tapage, menaçant les élèves et proférant les injures les plus obscènes « contre la religion des Européens. Tout le monde se disperse et l’école est fermée.
« Cette fois je connaîs les coupables, j’ai des preuves évidentes, il m’est facile de parler « haut et ferme et de réclamer une punition exemplaire. Néanmoins, je préfère encore recourir « à la patiente douceur qui, sans céder de ses droits, force insensiblement l’entrée des cœurs. « Il est convenu, avec le mandarin, que les chefs du marché, instigateurs cachés de la bagarre, « conduiront, eux-mêmes, les coupables à l’école pour faire, en ma présence, excuses « publiques et solennelles. Après des tergiversations, résistances ou mensonges qui, durant « tout un mois, mettent ma patience à une rude épreuve, ils doivent enfin céder et faire « réparation.
« Je profite de cette occasion pour relever un peu mes ennemis humiliés, leur disant que le « passé est désormais oublié et que je compte sur eux pour la protection de la religion et la « bonne entente entre chrétiens et païens. Ils me promettent leur bonne volonté et nous nous « séparons bons amis. Puissent leurs paroles avoir été sincères !
« Depuis ce temps j’ai eu le bonheur de baptiser une dizaine de fervents néophytes, « prémices d’une moisson plus abondante dans l’avenir. »
« La lutte a été également très vive au Kien-tchang. Les missionnaires se sont tenus constamment sur la brèche avec le provicaire, M. de Guébriant, en tête, pour se défendre contre les mandarins, poussés à la guerre contre notre sainte religion par le préfet de Nin-yuen-fou. En vain, M. de Guébriand réclame-t-il à Tchen-tou auprès de l’autorité supérieure. Il ne peut arriver à se faire entendre. Pour en finir, il menace d’envoyer M. Bourgain porter ses plaintes à Pékin. Les mandarins prennent peur et accordent un semblant de justice.
« Depuis le printemps, le Kien-tchang jouit d’un peu de répit, et M. de Guébriant et ses confrères en profitent pour pousser activement l’évangélisation de ces pays encore neufs. Que Dieu leur accorde enfin de moissonner dans la joie, après tant de travaux et d’épreuves !
« M. de Guébriant donne d’intéressants détails sur un voyage de six semaines à travers l’immense étendue du Kien-tchang. Il est accompagné de M. Sirgues. Les deux missionnaires courent de grands dangers entre Pikulou et Yentsin. Il leur faut franchir une passe, à une altitude de plus de 4.000 mètres ; surpris par la neige, paralysés par le terrible mal des montagnes, ils arrivent enfin après mille incidents dans un hameau de Lolos, où ils reçoivent une cordiale hospitalité.
« Dans tout le pays, ils n’ont rencontré que deux anciennes chrétientés, Salien et Mongpouso. « C’est plaisir, écrit M. de Guébriant, d’y retrouver toujours la même foi et le « même esprit chrétien. A Houi-li-tchéou, ville d’avenir, M. Castanet a créé une petite « chrétienté bien vivante ; d’autres se forment à une et deux journées de distance. A « Mienhoati, le village le plus excentrique du Su-tchuen, nous avons trouvé, et ranimé, je « l’espère, les débris d’une station détruite par la persécution de 1883. a Gasala, nous avons « visité quatre petits groupes de nouveaux chrétiens et d’adorateurs. Il y a déjà plus de vingt « baptisés. Il y faudrait des écoles pour les femmes surtout, mais la difficulté est de trouver le « personnel enseignant dans ces régions perdues. Une vieille chrétienne de Salien a cependant « consenti à venir diriger à Pikulou une école de filles. Elle aura à faire six jours de route pour « se rendre à ce poste. »
« M. de Guébriant, bien connu et parfaitement accueilli des Lolos, a obtenu du chef de la tribu des Mamongchan, l’élargissement de Chinois surpris et emmenés en esclavage, grâce qui avait été refusée aux autorités chinoises civiles et militaires. Le missionnaire apprécie de plus en plus, dans cette race curieuse, la puissance et la vitalité. « Les Lolos semblent, dit-il, « par plusieurs voies différentes se rapprocher de la mission, et cette tendance est parfois si « apparente, qu’en diverses localités, le désir d’être protégés contre ces dangereux voisins est « un puissant mobile qui pousse les Chinois vers nous.
« Dans une alliance avec les Chinois de la contrée, les Lolos ont donné, pour garant de leur « parole, leur affiliation à la religion chrétienne. Les puissants « noirs », du cœur de Leang-« chan, m’envoient des présents. D’autres moins éloignés se déclarent avec toute leur tribu « chrétiens ». Le principal Tousé du Kien-tchang recherche notre amitié et, désireux « d’élever le niveau intellectuel et moral de son peuple, fonde des écoles pour les enfants « lolos, et m’en confie deux plus intelligents pour leur enseigner ce que je croirai leur être le « plus utile. »
« J’ai peu de chose à ajouter, conclut Mgr Chatagnon, sur nos établissements communs. Notre hôpital, avec sa communauté des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, après le passage de la très révérende Mère Provinciale de Chine, a redoublé d’activité. Nos hospices de Soui-fou, Lou-tchéou, Kuin-lin, Tse-lieou-tsin, sont toujours prospères.
« L’école de français et de sciences européennes se maintient, sans devenir plus florissante. Mais toutes les écoles en sont là, même les écoles officielles, qui se videraient, si elles étaient payantes comme les nôtres. L’enthousiasme est tombé partout, du moins dans notre province. On ne parle que de réformer le gouvernement et même de renverser la dynastie. Nos séminaires, avec leurs 103 élèves, sont aussi remplis qu’ils peuvent l’être, vu la population catholique de notre mission. Nous avons l’espoir d’obtenir, dans quelques années, un renfort important de prêtres indigènes mieux formés et plus instruits que dans le passé. Mais seront-ils plus zélés ? Jusqu’ici on obtient surtout de bons curés. Les missionnaires, les convertisseurs, comme nous disons en langage familier, viennent la plupart du séminaire de Paris. C’est pourquoi nos regards se tournent toujours de ce côté. Daigne Notre-Seigneur le conserver, le bénir et le faire prospérer ! »
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