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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen occidental
Rédacteur:Mgr Dunand

CHAPITRE III
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GROUPE DES MISSIONS DE L’OUEST
DE LA CHINE
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I. – Su-tchuen occidental.
Population catholique 40.000
Baptêmes d’adultes 1.502
Baptêmes d’enfants de païens 21.856
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« Aucun événement extraordinaire n’est venu troubler cette année le travail des ouvriers apostoliques dans la mission du Su-tchuen occidental, écrit Mgr Dunand. La visite des districts et de leurs nombreuses stations s’est faite régulièrement, nonobstant de-ci de-là quelques chicanes et procès, suscités par les païens sournoisement favorisés par les mandarins locaux.
« La conversion d’un pays est une œuvre difficile. Aujourd’hui, en Chine, nous devons compter avec un nouvel obstacle. Depuis plusieurs années déjà, il compromet et paralyse sérieusement le succès de nos travaux. Je veux parler des Protestants et leurs nombreuses sectes qui prennent pied partout. Les prédicants étrangers sont en général assez calmes, mais leurs adeptes chinois sont à craindre. Souvent, ils cherchent querelle à nos catholiques, qui ne sont pas toujours disposés à supporter en silence les avanies dont ils les chargent. Nous avons eu à déplorer des bagarres et de vraies batailles, dont les nôtres furent injustement victimes. Dans les régions du Lin-chouy et de Tien-tsuen, les esprits sont montés, et les confrères chargés de ces postes doivent prendre les plus minutieuses précautions pour maintenir la paix, et retenir leurs néophytes parfois exaspérés.
« Les mandarins tergiversent dans leurs jugements. Ils détestent ces prosélytes sectaires, mais ils craignent de blesser les ministres protestants, soutenus par leurs gouvernements.
« Un Chinois se fait protestant. Après mûr examen, désire-t-il se faire inscrire chez nous, nous avons mille précautions à prendre pour éviter un procès avec les chefs de la secte dont il veut se séparer.
« L’an passé, nous avons enregistré 1.400 baptêmes d’adultes. Cette année, nous atteignons le chiffre de 1.502. c’est une gerbe modeste encore : néanmoins, elle est consolante pour le Su-tchuen occidental, peu habitué à pareil succès.
« Si nous comptions les adorateurs d’une manière très exacte, nous en trouverions 20.000 au moins.
« Un grand nombre de Chinois désireraient se faire chrétiens, dans l’espoir de se procurer une position sociale, de gagner de l’argent ou de trouver un appui, comme cela se fait chez les protestants. Déçus dans leurs vues dès le premier contact avec nous, ils s’en vont pour ne plus revenir. D’autres, mus par des motifs plus élevés, étudient la doctrine, en observent fidèlement les préceptes et aboutissent au baptême ; c’est le petit nombre, pusillus grex. Une troisième catégorie, sous l’impulsion d’un instinct tout chrétien, se fait inscrire sur le registre des catéchumènes. Ces gens fréquentent nos écoles, étudient le catéchisme et se disent chrétiens. Tout semble marcher à souhait, et cependant c’est une illusion. Jusqu’à présent personne ne s’inquiétait de leur vie ; ils fréquentaient ou non la pagode, ou le théâtre ; ils étaient parfaitement libres. Les amis et les parents les laissaient en paix. Mais du jour où ils sont venus chez nous, et ont montré leur intention de devenir chrétiens, tout le voisinage s’est agité et a manifesté bruyamment sa surprise et son mécontentement. Il leur a cherché querelle. On les a accusés d’impiété envers leurs ancêtres. On les poursuit pour des questions de limites de champ, de dettes périmées depuis longtemps. La haine de la foi à l’état latent semblait attendre cette occasion pour éclater. L’atmosphère ambiante est chargée pour ces pauvres catéchumènes. L’affaire est-elle portée au mandarin ? et cela arrive souvent, on se gardera bien, dans l’accusation, de faire intervenir le motif religieux. Le missionnaire ne peut s’interposer, ni faire la moindre démarche en faveur de ses néophytes, sinon, il soulèvera les protestations, et il sera accusé en haut lieu d’usurper les fonctions de juge de paix.
« La conclusion est connue : ces nouveaux convertis dépensent de l’argent, sans aucune espérance de se faire rendre justice. Heureux encore quand ils ne sont pas jetés en prison. Devant ces considérations, ils prennent peur et renvoient la question du baptême et de leur salut à des temps propices ; hélas ! souvent c’est aux calendes grecques.
« Pour les soutenir et les raffermir dans la foi, il nous faudrait des maîtres d’école nombreux et capables. La difficulté est de les trouver.
« Pour les former, il serait nécessaire de faire des dépenses qui dépassent nos moyens. Et puis, prêcher l’Évangile, faire du prosélytisme, avec une persévérante patience et une abnégation de tous les instants, ne sourit guère en général aux Chinois, dont le fond du caractère est un grand égoïsme. Bref, malgré nos efforts constants sur ce point, les résultats laissent encore beaucoup à désirer.
« La conduite des étrangers en ces pays d’Extrême-Orient est également un obstacle aux conversions, surtout auprès des gens de la haute classe, des personnages riches et influents. En voyant ces Européens, ils deviennent sceptiques. Et volontiers ils prendraient pour une plaisanterie mal placée nos exhortations à embrasser notre foi, bien que notre sainte religion leur paraisse la seule logique. Dans mon dernier compte rendu, je parlais de Song-pan, pays demi-barbare situé à l’extrémité du nord-ouest du vicariat. Le bien obtenu n’a pas répondu à toutes nos espérances. L’œuvre semblait se poursuivre normalement, lorsque le démon, jaloux de voir les âmes lui échapper, a suscité une bagarre. Elle dégénéra en vraie bataille et plusieurs néophytes furent massacrés. L’affaire fut portée à la capitale. Après beaucoup de démarches, on obtint une indemnité quelconque pour les parents des victimes, et ce fut tout, du moins jusqu’à présent. Malgré nos instances, les coupables n’ont pas été arrêtés.
« Le poste se trouve encore en effervescence. Aussi, par prudence, nous avons rappelé le missionnaire français. Il est remplacé par un prêtre indigène, dont la présence se remarque moins. Le danger n’est plus le même pour lui. Sa charge est de garder la position, en attendant les événements.
« J’ai parlé aussi des progrès de l’Évangile dans les lointaines régions de la préfecture de Long-gan, sur les confins du Kan-sou. On colportait sur ces pays des faits singuliers et extraordinaires. C’était difficile d’y ajouter foi, sans preuves fondées. D’ailleurs, les dires ne concordaient pas. Les uns criaient au miracle. Les autres y voyaient de la pure jonglerie. Nous avons voulu nous rendre compte nous-mêmes des faits. Sur l’invitation pressante des missionnaires en résidence dans cette partie de la mission, nous avons entrepris ce voyage de quarante-deux journées de marche, souvent par des sentiers où le moindre faux pas peut précipiter le voyageur dans de profonds abîmes.
« Grâce soit rendue à Dieu, notre visite a eu d’heureux résultats, et nous sommes repartis laissant tout le monde content et en paix. Le diable avait essayé de nous jouer quelques mauvais tours. Il en a été pour ses frais. Il a même travaillé contre lui. Le mouvement de conversions se maintient et se continue dans le calme. Les écoles de néophytes sont fréquentées. Nous aurons là une moisson de baptêmes.
« Au forum de Tou-tchen-tsé, centre de district, les chrétiens, avec le concours même des païens, ont construit une jolie résidence, comprenant : oratoire, presbytère, écoles et jardins, le tout entouré d’un mur. L’homme qui s’est montré le plus généreux pour la création de cet établissement est le maire de l’endroit, un honnête païen qui aime à se dire des nôtres.
« Durant ce voyage, j’ai traversé plusieurs districts du vicariat, et partout j’ai trouvé, parmi les païens, des hommes droits, admirateurs de la doctrine de l’Évangile, mais qui remettent à plus tard l’étude du catéchisme et le baptême.
« Au sortir de Long-gan, nous avons pressé la marche à travers les immenses montagnes, afin d’arriver pour les fêtes de la Pentecôte à l’oratoire de Tchong-pa, un district tout nouvellement créé. Tchong-pa est un vaste bourg, composé de trois forums, séparés par trois bras du fleuve, qui descend des hauteurs de Long-gan. Chaque jour, il se tient un marché dans l’une ou l’autre de ces localités. Les protestants y possèdent une grande résidence et des écoles florissantes.
« De là, en inclinant vers le sud-ouest, nous atteignons le nouvel oratoire de la sous-préfecture de Gan-hien. Les néophytes nous reçoivent avec un filial empressement, et nous supplient de rester plusieurs jours au milieu d’eux. Il nous est impossible d’accéder à leur désir.
« Quelque temps après notre passage, cet oratoire faillit être ruiné. Des païens, furieux de voir que les chrétiens refusaient de contribuer aux frais des superstitions, se portèrent en nombre sur notre résidence pour la détruire. Le mandarin, homme juste, averti à temps, accourut et put arrêter les forcenés et les obliger à réparer les dégâts déjà commis.
« En suivant toujours la même direction, et après avoir passé une journée chez le missionnaire de Siéou-chouy-hô, nous continuons notre route en visitant les chrétiens de Mién-tchou, et nous prenons un peu de repos chez M. Caluraud, titulaire du poste de Che-fang, ville paisible et très agréable.
« De Che-fang pour arriver à nos deux séminaires, situés dans la même vallée, à 4 kilomètres l’un de l’autre, il faut franchir une montagne abrupte, dont l’ascension fait peur à plus d’un voyageur. Le climat de cette vallée est tempéré, favorable à l’étude. L’air y est sain, l’eau excellente. On y trouve le bois et le charbon nécessaires à des établissements de cette importance. S’il survenait une bagarre, cas toujours à prévoir en Chine, nos jeunes gens pourraient s’échapper et disparaître dans la brousse ou les forêts de la montagne.
« En un mot, le lieu est bien approprié à notre but, et les païens de ces régions confessent qu’un meilleur choix aurait été difficile.
« Néanmoins, ici comme dans tout le Su-tchuen, les troubles atmosphériques imposent de temps à autre, aux paisibles habitants, un lourd tribut. A la fin de juillet, nous avons eu à essuyer une terrible tempête. La foudre et les pluies torrentielles ont causé d’immenses dégâts dans certaines régions. Nos collèges ont eu beaucoup à souffrir. Nos ponts, les digues, plusieurs maisons furent emportés par le torrent de la vallée transformé en fleuve. Notre petit séminaire, achevé après huit ans de travaux, a subi cette tempête sans trop d’avaries. Ses murs tremblaient. Mais sous les rafales d’un vent furieux ils ont tenu bon, sans perdre leur équilibre. Le grand séminaire, dont les fondations sortent à peine de terre, a été immergé sous les eaux. Ce furent de tristes journées pour nos chers architectes, MM. Perrodin et Rousseau. Aujourd’hui, les travaux ont repris. Les fours à briques sont en activité : ils en ont déjà fourni deux cent mille, sans compter les tuiles.
« Avant deux ans, tout sera achevé, je l’espère.
« En quittant Pen-hien, nous avons passé par la sous-préfecture de Sin-fan, pour y visiter le nouvel oratoire, élevé dans cette ville, si réfractaire jusque-là à l’Évangile. Nous avons pu constater de bon esprit des néophytes.
« A notre rentrée à la capitale, les premières préoccupations se portent vers le nouveau vice-roi Tchao, arrivé à son poste depuis quelques jours. Nous avons eu déjà l’honneur de voir cette Excellence. Sans nous être sympathique, elle ne paraît pas nous être hostile. Son programme serait : « Pas d’affaires avec l’étranger, mais le favoriser le moins possible. » Parmi les subordonnés, les uns suivront sa politique. Ce seront les meilleurs. Les autres seront moins dociles, et, en vrais Chinois, continueront à nous contrecarrer, chaque fois qu’ils jugeront pouvoir le faire sans crainte.
« Les consuls actuellement n’ont aucune influence. Le Su-tchuen, comme du reste toute la Chine, veut sortir de sa torpeur. Il s’agite sans trop savoir pourquoi. Les Ké-min-tang 1 rêvant d’une dynastie indigène, dissimulés partout, préparent l’opinion et nous ménagent un bouleversement pour un avenir plus ou moins prochain.
« Nos œuvres de la capitale se développent et donnent de consolants résultats. Nos deux hôpitaux regorgent de malades. Nous en refusons un grand nombre à cause du manque de lits.
« Le vice-roi fait construire un hôpital exactement sur le modèle des nôtres. Voilà du progrès. Mais dix hôpitaux à Tchen-tou suffiraient à peine. La grosse question sera de voir si le personnel de ce nouvel établissement pourra faire concurrence à nos infirmiers dirigés par des religieuses.
« Nous avons réinstallé en ville notre orphelinat, que la persécution de 1895 nous avait obligés d’établir en dehors de la porte nord. Jusqu’à présent, il recevait environ cent orphelines. Cette année, les nouvelles directrices, les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, ont donné leurs soins à plus de cinq cents. Car, dans cette populeuse ville de Tchen-tou, à côté de quelques propriétaires riches, gémissent de nombreuses familles, chargées d’enfants et sans travail.


1. Réformistes.


« Avant de terminer, je ne puis passer sous silence le fléau qui désole toute la partie nord du vicariat ; depuis près de huit mois, il n’est pas tombé une goutte d’eau dans les régions de Pao-lin, Kouang-yuen et Lao-mien-tchéou. On ne peut pas même trouver un peu d’herbe à manger. C’est une famine extraordinaire. Les païens s’expatrient en masse. Nous envoyons à nos chrétiens tous les secours possibles pour les retenir chez eux. Le riz de la plaine y parvient difficilement, à cause des distances et du manque de routes convenables. Il y est porté à dos d’homme, et quand il y arrive il se trouve à un prix inabordable pour les neuf dixièmes de la population. Il nous reste à prendre patience, à nous recommander à la miséricorde de Dieu, en attendant des jours meilleurs.
« Voilà un court aperçu sur le Su-tchuen occidental durant ce dernier exercice. Tout le monde a travaillé de son mieux. Les résultats ne répondent pas à nos désirs. Nous devons toutefois remercier la Providence des succès obtenus. Le terrain que nous cultivons est ingrat. Il produit plus de ronces que d’épis de froment. Les causes de cette stérilité, l’auteur d’un livre qui a fait un peu de bruit ne les a pas trouvées. En attendant qu’on les découvre, nous nous contenterons de répéter, dit Mgr Dunand, en terminant son rapport : Quam incomprehensibilia sunt judicia ejus et investigabiles viœ ejus ! »











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