| Année: |
1908 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen oriental |
| Rédacteur: | Mgr Chouvellon |
II. – Su-tchuen oriental
Population catholique 51.861
Baptêmes d’adulles 2.082
Baptêmes d’enfants de païens 10.548
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« En commençant mon rapport annuel, écrit Mgr Chouvellon, vicaire apostolique du Su-tchuen oriental, je suis heureux de constater, tout d’abord, que, suivant les exhortations et les désirs de notre Saint-Père le Pape Pie X, la communion fréquente est de mieux en comprise des missionnaires et mise en pratique par les fidèles de mon vicariat. Le tableau suivant montre le progrès accompli en un an, soit pour les confessions, soit pour les communions répétées :
1907 1908
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Confessions annuelles 23.407 24.986
Confessions répétées 57.595 62.777
Communions pascales 16.406 16.918
Communions répétées 70.610 88.923
« Les garçons, qui ont fréquenté nos écoles paroissiales, ont passé de 2.792 en 1907, à 2.997 en 1908, et les filles de 2.057 à 2.183.
« Malgré les intrigues des sociétés secrètes, la tranquillité publique n’a pas été gravement troublée dans la province du Su-tchuen. L’administration des chrétiens s’est faite normalement dans tous les districts. Néanmoins, les tracasseries locales et les vexations de plus d’une sorte n’ont pas manqué aux ouvriers apostoliques. Certains mandarins, au courant des affaires de France et de la manière dont le Gouvernement y traite les catholiques, ont pris à tâche d’entraver tout mouvement de conversions.
« S’il n’osent pas se lancer dans une persécution ouverte, il n’est pas d’humiliations dont ils n’accablent nos néophytes. Toute accusation calomnieuse ou injuste, portée à leur tribunal contre les chrétiens, est sûre d’être accueillie avec plaisir. Mais qui oserait se plaindre ou trouver étrange de voir des magistats païens haïr et persécuter notre sainte religion ? Le divin Maître n’a-t-il pas dit : « Vous serez partout détestés et poursuivis à cause de mon nom » .
« Nos chrétiens ont été heureux et fiers de s’unir au monde catholique, pour célébrer le Jubilé sacerdotal de notre Saint-Père le Pape. Les fidèles de chaque district ont tenu à honneur d’envoyer au souverain Pontife leur modeste offrande. Leurs noms, inscrits sur un beau volume, ont dû être déposés aux pieds de Sa Sainteté pour obtenir sa bénédiction apostolique.
« Nous avons inauguré cette année le triduum en l’honneur du Saint-Sacrement, si recommandé par le chef de l’Église. Désormais, il se solennisera chaque année dans tous les districts, à des époques déterminées par les missionnaires d’un même groupe. Ils se prêteront, le jour venu, un concours mutuel, pour donner aux chrétiens la faculté de choisir un confesseur extraordinaire. Ce sera comme une petite mission annuelle de trois jours. Elle viendra régulièrement raviver le zèle des chrétiens fervents, réveiller les âmes tièdes et ramener les retardataires, qui n’attendent parfois qu’une occasion pour se réconcilier avec Dieu.
« Nos chrétiens, à l’encontre de ceux des pays catholiques, ont si peu de fêtes extraordinaires dans l’année ! Ils goûteront j’en suis sûr, ces cérémonies du triduum eucharistique, et ce sera un excellent moyen de leur faire connaître et apprécier les trésors de vie, cachés dans le sacrement de nos autels. »
Cette année, deux nouveaux oratoires ont été bénits par le vicaire apostolique, celui de Tong-leang, le jour de la fête de saint Joseph, et celui de Ouan-hien, le 16 juillet. Le premier a été construit par M. Giraux. Rentré en France pour cause de maladie, ce cher confrère a été remplacé dans ce poste par M. Claval, qui, après s’être dépensé, durant onze ans, à la direction du petit séminaire, avait manifesté le désir d’exercer le saint ministère en district. Il a reçu en partage ce pays de Tong-leang. C’est un vaste champ, dans lequel il pourra donner libre cours à son zèle, auprès des vieux chrétiens et des nombreux néophytes. Tong-leang a déjà un nom dans les fastes de la mission. Il a fourni plusieurs martyrs pendant la persécution de Yu-man-tsé. C’est du prétoire même de Tong-leang que le prêtre Jérôme Houang, ancien élève de Pinang, a été enlevé, ligoté, descendu brutalement par-dessus les remparts de la ville, et livré aux bandes de Yu-man-tsé. Après avoir partagé la prison de M. Fleury, il fut traîné dans les montagnes de Ta-tsiou, et, enfin, assassiné lâchement par ses geôliers.
Le second oratoire, ouvert et bénit le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, a été construit par M. Faucon. La bénédiction de l’église, toute enguirlandée et pavoisée selon l’esthétique des Chinois, fut suivie de la messe pontificale, dont les chants ont été exécutés par une douzaine de missionnaires. Accourus à l’invitation de M. Lombard, chef du district.
Le vendredi 17, il y eut bénédiction et érection d’un beau chemin de croix. Le lendemain, ce fut la consécration du maître-autel, tout en belles pierres de taille, sculptées et enrichies de dorures de très bon goût. Les chrétiens ont été heureux de saisir cette circonstance pour témoigner leurs sentiments de reconnaissance à l’architecte et à leur missionnaire.
« Le district de Ouan-hien est en pleine prospérité. Que Dieu y fasse germer et mûrir une nouvelle moisson pour les greniers du Père céleste !.
« Les œuvres générales de la mission prospèrent également, sauf l’école des Frères Maristes. Les jeunes Chinois renoncent à apprendre les langues étrangères, car elles ne leur ouvrent la porte d’aucune situation avantageuse. Si les bons Frères veulent réussir, ils devront se résigner à enseigner en chinois et à suivre les programmes du gouvernement, conservant l’enseignement des langues comme cours supplémentaire et facultatif.
« L’hôpital de Tchong-kin attend toujours le médecin promis par les consuls. Il continue à être fréquenté par les classes pauvres et miséreuses. Les Sœurs hospitalières, dont le dévouement est très apprécié des Chinois, ont durant cette année donné leurs soins à plus de dix mille malades.
« L’imprimerie ne chôme pas. Elle rend de précieux services à tout un groupe de missions. Le modeste journal « La Vérité » est de plus en plus lu et se fait goûter de tous.
« Les trois séminaires ont donné satisfaction aux zélés confrères, chargés de leur direction. Cette œuvre capitale apparaît de plus en plus nécessaire pour l’avenir de la mission. Il est regrettable que plusieurs de ces élèves soient contraints d’interrompre leurs cours pour cause de santé. Les Orientaux ne peuvent s’appliquer longtemps aux études sérieuses sans s’anémier. »
Après cet exposé des œuvres générales, Mgr Chouvellon passe en revue les différents districts de sa mission. Le plus important de tous, par ses œuvres et le nombre des chrétiens, est celui de la ville de Tchong-kin. Il comprend les quatre paroisses du Sacré-Cœur, de Notre-Dame du Saint-Rosaire, de Saint-Joseph et de Saint-Michel.
« M. Pons, chargé de la paroisse du Sacré-Cœur, donne très exactement la note générale de l’état actuel des esprits en Chine :
« Il souffle actuellement, écrit-il, un vent d’irréligion qui paralyse les conversions des « païens et ébranle la foi de plus d’un chrétien. Le diable, furieux du mouvement vers notre « religion, qui suivit l’écrasement des boxeurs, semble vouloir se ressaisir. C’est d’abord la « gent mandarinale qui manifeste ouvertement sa haine et son dépit contre tout ce qui touche à « la religion et aux étrangers. Le préfet actuel de Tchong-kin s’est distingué entre tous par son « mépris des lois et de toute justice à l’égard des chrétiens. Il a osé favoriser publiquement la « prostitution d’une malheureuse chrétienne, que j’avais réussi à ramener à une vie honnête.
« Après avoir fait disparaître tout le dossier d’un procès qui avait eu lieu entre cette personne « et la famille de son mari (en fuite pour dettes), il a adjugé cette pauvre femme à son « ravisseur, en lui promettant appui et protection contre son mari.
« Ce procès a eu un triste retentissement en ville, et beaucoup de païens eux-mêmes n’ont « pu cacher leur indignation contre une sentence illégale et immorale au dernier point. La « conduite de ce préfet donne le ton aux quatorze sous-préfectures dépendantes de Tchong-« kin. Aussi, les rapports entre mandarins et missionnaires sont de plus en plus rares et « difficiles. Les notables et les lettrés suivent le courant du jour. Les conversions diminuent en « plus d’un endroit. « Le missionnaire n’a plus d’influence, disent les païens, à quoi bon « embrasser la religion ?… »
« Malgré ces difficultés, Dieu sait se choisir des âmes de bonne volonté, dont la conversion « est d’autant plus sûre qu’elle est plus désintéressée. Cette année, j’ai ainsi enregistré « plusieurs dizaines de nouveaux adorateurs, qui suivent assez régulièrement les cours du « catéchuménat.
« Un autre fait plus triste encore ne laisse pas de m’épouvanter pour l’avenir de nos « missions. Je veux parler de l’esprit de rationalisme et d’insubordination, etc., qui commence « à s’infiltrer jusqu’au cœur de nos meilleures stations. A cela, il y a plusieurs causes : c’est « d’abord la diffusion de journaux, de pamphlets, où sont relatés et commentés tous les « assauts livrés en Europe par l’esprit d’impiété contre l’Église et contre notre sainte religion : « puis les protestants rééditent et sèment un peu partout toutes leurs anciennes calomnies « contre le Pape, l’Église, les Sacrements la hiérarchie ecclésiastique, etc, enfin l’irréligion de « certains Européens, commerçants ou autres. Tout cela, joint à l’esprit frondeur de la « jeunesse actuelle, influe tristement et trop réellement sur nos pauvres chrétiens. Déjà, « certains aspirent à se mettre à la hauteur de leur époque et, se piquant d’intellectualisme, « font les esprits forts dans les réunions, si à la mode, des maisons de thé. Nous trouvons ces « intellectuels surtout parmi les jeunes gens sachant quelques mots d’anglais ou de français, et « employés dans les services publics, postes ou douanes. Il veulent être les égaux des « Européens en intelligence et en bon ton. J’en connais qui dissuadent leurs parents d’aller à « la messe et à confesse.
« J’ai été parfois très affecté d’entendre des personnes, même pieuses, me dire dans « l’intimité combien elles se sentaient éprouvées dans leur foi, après avoir lu tel livre, ou « entendu telle conversation, où les sacrements et nos saints mystères étaient tournés en « dérision. Cependant, grâce à Dieu, la grande majorité de nos chrétiens n’est nullement « ébranlée. L’assistance à la sainte messe et la fréquentation des sacrements sont toujours en « honneur dans la paroisse du Sacré-Cœur. L’apostolat de la prière continue à réunir à la « Table sainte, tous les premiers dimanches du mois, ses fidèles associés. Les enfants de nos « écoles, dès après leur première communion, s’approchent des sacrements chaque semaine. « La communion fréquente commence à être comprise et suivie par un assez grand nombre « d’âmes pieuses. Ce sont les plus assidues aux offices, les plus zélées à ramener les « retardataires, à visiter les pauvres malades, à administrer le saint baptême aux païens « moribonds ; en un mot, les plus pénétrées de l’esprit de Jésus, tant est vraie la parole du « Maître : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. »
« Dans une ville comme Tchong-kin, où le vice et la corruption règnent en maîtres, nos « pauvres chrétiens sont comme perdus au milieu de l’élément païen. Si, grâce à Dieu, ils « résistent assez bien aux tentations et aux entraînements toujours faciles des grandes villes, le « spectacle journalier des mauvais exemples et de l’inconduite trop commune de leurs « compatriotes ne manque pas de les troubler. »
« M. Pons, en terminant son intéressant rapport, signale la bonne marche de ses écoles paroissiales, et fait cette remarque : « Les enfants des parents tièdes et négligents ne sont « jamais des élèves modèles, tant il est vrai que l’éducation reçue dans la famille est la plus « durable. Heureux l’enfant qui a des parents pieux et conscients de leurs devoirs ! »
M. Magnac a inauguré dans son poste la cérémonie de la première communion. Elle a produit une profonde impression sur les parents et les assistants.
« M. Decomps a lieu d’être fier de ses chrétiens de Su-tin. Il enregistre 6.480 communions de dévotion. Cet heureux résultat est dû à l’apostolat de la prière. Pour affermir encore la piété de ses fidèles, notre confrère vient de doter son église de deux nouveaux autels : l’autel du Saint-Rosaire, siège de la confrérie pour le nord de la mission, et l’autel des Martyrs, qui renferme dans une belle châsse une relique insigne du bienheureux Thaddée Lieou, dont le tombeau se voit en dehors des murs de la ville.
« Il y a un bon mouvement de conversions dans le district de M. Marrot, composé de vieux chrétiens, et jusque-là stationnaire. Le missionnaire a terminé à l’amiable, grâce à son esprit de conciliation, un gros procès survenu entre catholiques et protestants.
« A Fou-tcheou, les fruits du triduum, célébré en l’honneur du Saint-Sacrement, ont été abondants. M. Buffet a saisi l’heureuse occasion fournie par le passage des prêtres chinois, revenant de la retraite, pour donner à ses chrétiens les exercices d’une mission.
« Jamais, écrit-il, la ville de Fou-tcheou n’avait eu si belle réunion de prêtres. Beaucoup de « retardataires ont su entendre les appels de la grâce, et recommencer une vie désormais plus « chrétienne et plus édifiante. »
M. Derouin compte un grand nombre de catéchumènes. Il obtient ces succès, grâce à la bénédiction d’en haut, mais c’est aussi au prix de beaucoup de peine et de travail. Il a de grandes distances à parcourir pour visiter ses principales stations, disséminées dans trois sous-préfectures. Un de ses meilleurs maîtres d’école, père de deux enfants en bas âge, a été lâchement assassiné dans un guet-apens. Ayant envoyé trois de ses catéchistes à Kouy-fou, pour demander justice, il les voit arrêtés par les mandarins et jetés en prison, où ils sont retenus plusieurs mois. Leur délivrance n’est obtenue que sur les pressantes réclamations du consul de France.
Malgré toutes ces épreuves, notre confrère a régénéré 86 adultes bien préparés. Avec le secours de son nouveau vicaire, le P. J. Kieou, il y a tout lieu d’espérer de plus grands succès encore pour l’an prochain.
Le district de Ly-tou-pa a donné 55 baptêmes d’adultes. A sa tête est M. Perrier. Le missionnaire est secondé par un prêtre chinois, le P. Joseph Hân, qui a élevé cette année un oratoire au milieu des nouveaux chrétiens.
« Sous l’impulsion active de M. Fleury, Hô-tcheou a fourni, depuis plusieurs années, un bon contingent de conversions. Pour le présent exercice, il compte 107 baptêmes d’adultes. Le démon, furieux de ces succès, vient de déchaîner une violente tempête contre Hô-tcheou. Mais, nous l’espérons, la prudence des chrétiens saura déjouer les complots de leurs ennemis, et le calme reviendra.
« M. Fleury est aidé dans son laborieux ministère, par un jeune confrère, M. Valentin.
« M. Roulland s’applique tout spécialement à l’instruction des anciens chrétiens, à l’œuvre des écoles et à la formation des maîtres et des catéchistes. Malgré tous ces travaux, il a conféré le baptême à 32 catéchumènes.
« A Ouan-hien, M. Lombard a baptisé 92 adultes. Ses écoles sont prospères, et ses chrétiens pleins de bonne volonté. Ce district semble promettre de plus heureux fruits encore pour l’avenir. M. Théodore Cacault, secondé par le P.Mathieu Mee, son zélé vicaire, avance toujours malgré les difficultés, et nous présente une belle gerbe de 115 baptêmes. M. Palafre en compte 30, dans son district de Tong-hiang. Sa résidence et son oratoire menacent ruine. Puisse-t-il bientôt exécuter ses plants d’une nouvelle église!
« J’ai visité toutes les stations de mon district, écrit M. Cazaban, qui, depuis peu de temps, « a pris la direction de Lân-tchouan. Je suis très satisfait du bon esprit de mes chrétiens et, « Dieu aidant, j’espère quelque bon résultat pour l’avenir. » Cette année, il offre au Père de famille sa petite gerbe de 14 épis, glanés dans ses différents postes.
« M. Poitout travaille avec ardeur à Yun-tchouan. Il bâtit à la campagne un petit oratoire et une modeste résidence pour son vicaire. La visite des chrétiens deviendra ainsi plus facile et plus fructueuse. Notre confrère prend un soin spécial de ses écoles et de l’éducation des enfants. Tout en s’occupant de ses anciens chrétiens, il a pu conférer le baptême à 35 nouveaux convertis.
« Le P. Tchang, en charge du district de Kay-hien, a obtenu le beau chiffre de 117 baptêmes d’adultes, dont 32 in articulo mortis. L’an dernier, son district ayant été ravagé par des bandes de boxeurs (Hong-ten-kiao), il lui fallut se livrer à un travail opiniâtre pour relever les ruines matérielles et morales de ses néophytes. Dieu a béni son zèle. La persécution a été suivie d’un beau mouvement de conversions. Tant il est vrai que, sous la main du Tout-Puissant, tout peut être tourné à bien. »
Voici le tableau des baptêmes administrés par les prêtres chinois de la mission.
MM.
Joseph Tong…..
Ignace Hia…….
Paul Ouang…..
Pierre Yuen….
Paul Yang…….
Paul Tao……..
André Ou…….
Laurent Lo……
André Tchen….
Thomas Tchen…
MISSIONS BAPTÊMES
D’adultes in artic, mortis
Pien-gay-tse
Yun-iang
Tong-leang
Tsé-mou-tang
Fong-tou
Che-tchou
Siao-kouan-Chan
Hiang-pao-tang
Tien-kiang
Pâ-chan-se
70
57
55
41
37
31
31
28
28
23
6
14
7
6
16
4
4
5
8
1
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