Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Chine
Mission: Thibet
Rédacteur:Mgr Giraudeau

IV. – Thibet
Population catholique 2.285
Baptêmes d’adultes 128
Baptêmes d’enfants de païens 140
____

« En comparant ce compte rendu avec celui de l’an dernier, écrit Mgr Giraudeau, nous constatons avec bonheur des progrès sensibles. Quand les pays thibétains seront placés dans une situation normale, ces progrès, nous en avons l’espérance, grandiront avec un nouvel élan. Depuis la persécution de 1905, nous sommes restés dans un état voisin de l’anarchie. La Chine, il est vrai, a établi son autorité sur toutes les principautés où les missionnaires ont pénétré et prêché l’Évangile. Mais, en l’absence du redoutable gouverneur choisi par Pékin pour organiser le pays, les mandarins locaux n’osent pas remuer, de crainte de se compromettre par des mesures susceptibles d’être jugées comme intempestives par l’autorité supérieure.
« Plusieurs grandes lamaseries, soutenues par le gouverment de Lhassa, se montrent hostiles aux Chinois, et le peuple se demande anxieusement quel sera son maître. Cette situation, très fâcheuse à tous les points de vue, va prendre fin.
« Son Excellence Tchao-eul-fong, décoré des titres de ministre, de commissaire impérial au Thibet, de gouverneur général des pays frontières du Su-tchuen et du Yun-nan, etc., arrivera dans quelques jours à Tatsienlou. Il a pour mission d’organiser la hiérarchie chinoise dans les principautés d’abord, puis dans le royaume même du Thibet.
« Cette dernière partie de son programme souffrira de sérieuses difficultés et rencontrera de l’opposition. Malgré la terreur qu’il inspire aux Thibétains, le grand homme pourra-t-il, sans coup férir, mettre la main sur tous les rouages du gouvernement de Lhassa ? C’est peu probable. Les ministres thibétains ont déjà élevé des protestations fermes et menaçantes contre les populations qui se sont soumises à la Chine l’année dernière. Sans la fermeté de certains petits mandarins militaires, ils auraient déjà exercé des représailles.
« Nos avant-postes thibétains ont donc encore un moment critique à traverser. Dès à présent, on peut le prévoir. Durant le conflit, le travail de l’évangélisation subira un arrêt plus ou moins complet.
« Cette année, nous avons à déplorer un nouveau malheur : la mort de M. Behr, noyé par accident dans la rivière de Bathang. Nos ennemis en ont profité pour répandre des bruits malveillants, et attribuer cette mort aux lamas ou à leurs partisans. Après une enquête sérieuse et l’examen du cadavre par un docteur américain, ces bruits restent sans fondement.
« Cette perte nous est très sensible. Ce jeune confrère était déjà assez au courant de la langue pour pouvoir travailler, et voilà qu’il nous est enlevé et que sa disparition subite éclaircît encore nos rangs.
« Nos ruines matérielles se relèvent avec lenteur et au milieu de grandes difficultés. Dans certaines localités, la préparation des matériaux est laborieuse. Les ouvriers chinois, appelés de très loin, ne sont pas toujours fidèles à leur contrat. Yerkalo est plus particulièrement mal partagé à ces deux points de vue. Les ouvriers indigènes, effrayés par les mauvais bruits, ont déjà pris la fuite, et les Chinois attendus ne sont pas arrivés. Il nous faudra encore deux années pour achever toutes nos constructions.
« Malgré ces embarras, occasionnés par les travaux matériels, nos confrères ont préparé quelques adultes au baptême et presque tous signalent un nombre consolant de nouveaux adorateurs.
« M. Emile Monbeig a inscrit 21 baptêmes à Siao-ouy-sy. Au cours de l’année, il y a construit une école de filles pour remplacer l’ancienne dont la situation était trop défavorable. Cette école est tenue par une jeune vierge thibétaine, qui s’est astreinte, au préalable, à l’étude du chinois. Le missionnaire a ouvert à l’évangélisation plusieurs villages voisins ; mais, sans catéchiste ni personnel propre à le seconder, il doit s’ingénier pour trouver le temps d’instruire lui-même les âmes de bonne volonté.
« Au Loutsékiang, M. Genestier à régénéré 16 adultes. Ils auraient été plus nombreux, sans les préparatifs de guerre, faits par les Loutsé contre une invasion imminente des Lyssou ; ces derniers cependant n’ont pas exécuté leurs menaces, mais les esprits étaient trop préoccupés pour s’appliquer à une préparation sérieuse au baptême. M. Genestier a sa résidence habituelle à Pehalo, centre complètement chrétien, et a ouvert six autres villages à l’Évangile.
« Au milieu des soucis causés par les constructions et des déboires venus de la part de ses entrepreneurs, M. Théodore Monbeig a préparé 21 adultes au saint baptême. Il a eu comme auxiliaire M. Doublet, tout récemment nommé au Loutsékiang. M. Lesgourgues va remplacer M.Doublet à Tsékou, chrétienté plus favorable à l’étude de la langue thibétaine.
« A Yerkalo, neuf adultes ont été baptisés par M. Tintet. Une trentaine de familles se sont fait inscrire au nombre des catéchumènes. Elles habitent la rive droite du Mékong et doivent, pour se rendre à la paroisse, traverser le fleuve en se suspendant à une corde de bambou tendue d’un bord à l’autre ; c’est le pont. Cette gymnastique n’est point sans danger, comme le prouve le fait suivant rapporté par le missionnaire :
« Un dimanche, un de mes écoliers me demande à aller faire une visite à sa famille, « habitant sur la rive opposée du fleuve. Il y est autorisé et part tout joyeux. Arrivé au pont de « corde, Lozong-Jineba, c’est le nom de l’élève, trouve un boudha vivant accompagné d’une « brillante escorte. Cette divinité thibétaine distribuait force bénédictions aux foules « prosternées à ses pieds. Le jeune homme, encore catéchumène, les traverse, se munit du « signe de la croix et s’élance sur la corde. Il arrive à l’autre extrémité sans aucun accident. Le « tour est venu au boudha vivant de passer aussi le fleuve, il saisit la corde, qui, hélas ! vient
« à se rompre. La pauvre divinité tombe à l’eau et roule dans les abîmes où elle est restée « depuis, malgré les pleurs, les gémissements et les actives recherches de son escorte. »
« En arrivant à Bathang en 1906, M. Grandjean, provicaire, eut l’espoir d’y former assez rapidement une petite chrétienté. Les nouveaux adorateurs faisaient preuve d’une grande bonne volonté à s’instruire. Forcé de s’absenter quelques mois, à son retour il trouve les dispositions bien changées. Un mandarin local, hostile au nom chrétien, avait usé de son influence pour effrayer les pauvres gens et les éloigner du missionnaire.
« Le Taou n’a pas encore donné de baptêmes d’adultes. La population nous est bien dévouée, mais elle reste aussi très attachée à ses superstitions et à la lamaserie voisine. Le village de Regny a vu se terminer d’une manière équitable le grand procès qu’il soutenait depuis deux ans contre un protestant. A cette occasion, l’évêque fut accusé à Tchen-tou de s’opposer à la pénétration chinoise au Taou. La calomnie était inepte. Le vice-roi heureusement le reconnut et, à, partir de ce moment, le procès du Taou était gagné en principe ; la conclusion de cette affaire coïncidant avec le retour des missionnaires dans le pays, MM. Charrier et Hiong y furent reçut en triomphe.
« Le P. Hiong, prêtre indigène, est établi à Regny. Ce village, récidence du mandarin militaire chargé de surveiller la contrée, compte cent familles, toutes inscrites comme adoratrices, à l’exception de trois. Le missionnaire prépare la construction d’un oratoire réclamé par la population. Nous avons également un grand nombre d’adorateurs dans les environs ; néanmoins, nous attendons des preuves de leur persévérance avant de les inscrire sur nos listes. Tous ces pays du nord paraissent se tourner vers nous et nous être attachés. Après les événements politiques qui se préparent nous pourrons mieux juger de la sincérité de leurs dispositions.
« M. Charrier, tout en gardant son point d’attache au Taou, s’occupe particulièrement du poste du Tchangou, à deux étapes plus loin vers le nord. Il y a trouvé un bon nombre de personnes désireuses de s’instruire ; les petits tyrans thibétains disparaissant, et, ce sera sous peu, nous l’espérons, nous rencontrerons dans tous les environs beaucoup d’âmes droites attirées vers notre sainte religion.
« La préfecture de Tatsienlou est un pays presque civilisé, comparé à toutes les régions dont nous venons de parler. En y entrant, nous trouvons à Lentsy, sur la grande route de Chine au Thibet, M. Van Esland, qui, pour ses débuts, a baptisé 16 adultes et inscrit 25 adorateurs. Plus loin, s’étend le fertile pays de Mosymien. La population y est dense. Mais elle ne jouit pas d’une excellente réputation. Éloignée de deux jours de marche des mandarins les plus rapprochés, cette vallée est souvent envahie par les joueurs, les voleurs et autre gens sans aveu. Ils y trouvent facilement, grâce à des amis, les moyens d’échapper à la police. M. Léard y a administré le baptême à quatre personnes et inscrit plusieurs centaines d’adorateurs, mais une sélection sérieuse s’impose.
« Chapa est la plus ancienne chrétienté du territoire de Tatsienlou. Depuis deux ans quelques aborigènes ont demandé à devenir chrétiens. La difficulté sera d’amener les adultes aux dispositions nécessaires pour recevoir le baptême. Leurs mœurs sont mauvaises et l’opium les abrutit. La population chinoise est bien meilleure. Elle a fourni 7 baptêmes d’adultes à M. Léard.
« Les protestants installés pendant plusieurs années au marché voisin, Loutinkiao, l’ont abandonné comme ils l’ont fait de Mosymien. C’est un gage de paix pour nos fidèles, qui, par ailleurs, vivent en bonne harmonie avec les païens. Ils sont en général fervents. Il leur manque néanmoins un peu de zèle pour la conversion de leurs compatriotes.
« M. Goré étudie la langue chinoise à Chapa, sous la direction de M. Léard. Déjà, il s’exerce avec fruits au saint ministère.
« L’hospice de vieillards est en pleine prospérité. Le local est devenu insuffisant. De nouvelles constructions, commencées sur un plus vaste plan, permettront de doubler et même de tripler les admissions et d’ouvrir ainsi la porte du paradis à un plus grand nombre de ces pauvres vieux.
« L’école des filles a été agrandie. On voudrait y essayer, si le mot n’est pas trop prétentieux, une école normale. Quelques jeunes vierges chinoises et postulantes, déjà bien instruites, y étudient avec ardeur les livres classiques, l’écriture et la comptabilité. Un vieux maître chrétien, réputé pour sa sévérité, leur fait la vie un peu dure. Mais c’est la condition nécessaire du succès.
« M. Ouvrard, chargé de Tatsienlou, met tout son dévouement à ranimer la piété de ses ouailles, dont quelques-unes se sont laissé gagner par la tiédeur. Son rapport porte 19 baptêmes d’adultes. Le zèle de notre confrère ne se limite pas à Tatsienlou, ni à son poste du Pémen : il s’exerce encore, d’une manière très active, sur une petite chrétienté en formation à Jéty, où il a déjà régénéré quelques personnes. Il visite aussi le Yutong, à deux grandes journées de marche de sa résidence habituelle. Secondé par un catéchiste fervent et très estimé des païens eux-mêmes, il a de grandes espérances dans ses nouveaux adorateurs, dont plusieurs connaissent déjà les prières du matin et du soir avec une partie du catéchisme.
« Pour favoriser toutes ces bonnes volontés, l’hiver venu, lorsque les travaux d’agriculture seront arrêtés, nous établirons dans ce centre des écoles et un catéchuménat.
« A Tatsienlou, il y aura sous peu un dispensaire et une école destinée à la petite aristocratie locale. Nous comptons sur les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie pour diriger cet établissement.
« Les deux oratoires sont mal situés pour les besoins actuels du poste. Le Pémen est éloigné de la ville.
« Le Lanmen, chapelle et résidence de l’évêque, se trouve encore en dehors des murs. Les chrétiens désirent avoir une église dans la cité même. Leur vœu va se réaliser. Tatsienlou, devenant le siège d’un taotay avec préfet et sous-préfet, doit également, au point de vue catholique, sortir de l’ombre et jouer un rôle important pour la mission.
« Le séminaire est l’objet des soins les plus assidus de M. Valentin. Il aimerait à voir le nombre de ses élèves se multiplier, mais les troubles continuels et le chiffre si restreint de la population chrétienne ne favorisent pas un abondant recrutement. Un des anciens élèves a reçu les ordres mineurs à l’issue de la retraite annuelle.
« Le Thibet sud vient de traverser une nouvelle année d’épreuves. La disette règne dans le pays avec son cortège de misères. Les récoltes ont été mauvaises. Le prix des céréales a triplé et quadruplé. Les missionnaires ont à grand’peine entretenu les œuvres existantes.
« A Padong, écrit M. Moriniaux, le petit asile, bâti pour recevoir des vieillards et des « infirmes, tombe de vétusté. M. Douenel se propose d’en construire un autre plus solide. Le « gouvernement anglais lui a gracieusement concédé un terrain, à proximité de la résidence. « L’école des catéchistes, faute de ressources pour la développer, se borne à trois élèves.
« Cette année, M. Durel a eu la joie de terminer la chapelle de Kachin. Une cloison mobile « permettra d’adjoindre la salle de classe à la chapelle, aux jours de fête et de grande « affluence, quand les chrétiens seront devenus plus nombreux.
« Le village de Maria-Basti, résidence de M. Hervagault, est occupé par des familles « chrétiennes. Il n’y a plus de place pour de nouveaux venus. Les fidèles seront dans la « nécessité d’essaimer et de se porter sur les villages voisins où ils feront connaître notre « sainte religion. Déjà cette année trois familles sont sorties des frontières de Maria-Basti.
« Les orphelins de la mission donnent entière satisfaction. Mais ils grandissent et « deviennent une grosse charge. Il faut les nourrir et penser à leur établissement. Comme ils « sont l’espoir de l’avenir de la mission, tous les sacrifices seront faits pour les garder et leur « procurer, quand le moment sera venu, une position dans les pays environnants. L’an dernier « et cette année encore, nous avons pu leur acheter quelques champs. Il faudrait pouvoir « continuer à étendre ces petits domaines, où nos jeunes familles chrétiennes pourront « travailler et vivre à l’ombre de la croix.
« A côté des peines, nous avons eu nos joies. A part deux ou trois exceptions, nos « catholiques sont pleins de zèle à remplir leurs devoirs religieux. Depuis que nous leur avons « fait connaître le désir du Saint-Père manifesté par le récent décret : Sacra tridentina « synodus, les communions sont beaucoup plus nombreuses. »
« Cette consolante remarque de M. Moriniaux pour le Thibet sud, ajoute Mgr Giraudeau, nous pouvons l’appliquer aussi aux fidèles du Thibet nord. La fréquentation des sacrements est en grand progrès, et, nous l’espérons, cette pieuse habitude s’étendra encore et sera une source de bénédictions célestes pour notre chère mission. »



~~~~~~~










oriental





<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam