| Année: |
1909 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-tong |
III. ─ Kouang-tong
Population catholique 59.684
Baptêmes d’adultes 1.428
Baptêmes d’enfants de païens 6.173
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L’année qui vient de s’écouler ne nous a pas apporté la joie des années précédentes. Le nombre des baptêmes d’adultes et d’enfants de païens in articulo mortis a sensiblement diminué. Cette diminution tient à plusieurs causes qui sont, dans certains districts, l’hostilité des notables et des mandarins ; dans d’autres, le manque de missionnaires et de catéchistes ; ailleurs, l’indifférence générale pour notre sainte religion. Cette dernière cause est bien la principale et elle est d’autant plus funeste qu’elle grandit et s’étend dans les villes et les campagnes avec les prétendus progrès de la civilisation,
Le meilleur moyen de faire comprendre à ce grand peuple que, sans la religion, il n’y a point de véritable civilisation ni de progrès durable, ce serait de prendre en mains l’éducation de la jeunesse.
Plusieurs mandarins ont demandé à nos confrères d’établir des écoles dans leurs villes. Le manque de personnel enseignant a obligé ceux-ci à décliner offres. Nous n’avons que le collège du Sacré-Cœur à Canton. Sa réputation, en nous conciliant la faveur des mandarins et des notables et surtout celle du vice-roi, nous fait jouir d’un grand prestige dans toute la ville.
A cause de cela, tandis que nos fougueux cantonnais partaient en guerre pour revendiquer le respect de leurs droits contre les empiètements de l’étranger, boycottaient les marchands japonais, révoquaient le colonel préposé à la garde de la concession franc-anglaise, imposaient une undemnité à une puissante compagnie de navigation anglaise pour le meurtre d’un passager chinois, s’ingéniaient par mille tracasseries à ruiner la colonie portugaise de Macao, nous avons eu la satisfaction de voir les chefs de la ville et le président des députés provinciaux nous inviter à leur table, et la vice-royauté traiter volontiers les affaires de la mission.
Un autre événement heureux pour nous est l’ordination du mois de juin qui nous a donné quatre nouveaux prêtres chinois.
Nous signalons ici la cession de la préfecture de Siou-hing au diocèse de Macao et la prise de possession par notre mission de l’île de Haïnam. C’est par suite de cet échange que le nombre total de nos chrétiens se trouve diminué de plusieurs milliers.
« Le Kouang-tong, écrit Mgr Mérel, a perdu cette année un de ses plus jeunes ouvriers, M. Lemoine, décédé le 21 juin 1909.
« Ce n’est point aller, je pense, contre ses intentions de n’avoir point de notice biographique, que de résumer en quelques mots sa carrière apostolique, qui, si elle n’a pas été pleine de jours, a été pleine de mérites et de bonne volonté. Sa santé, quoique délicate, ne nous laissait point prévoir une fin si prématurée. Il nous a été enlevé après deux ans de mission, alors que ses qualités d’ordre, de travail, sa connaissance de la langue, faisaient espérer une ère de prospérité pour le district de Kotchao. I1 visitait assidûment ses chrétiens, s’informait exactement de leur état moral et religieux. Grâce à la générosité d’un de ses prédécesseurs, il avait pu relever de ses ruines la chapelle de Longwo. Le district de Shek-shing étant privé pendant quelques mois de missionnaire, il en alla plusieurs fois faire l’administration. Au mois de juin, en revenant de visiter son confrère voisin, M. Baldit, il fut pris en route d’une attaque de diarrhée accompagnée de vomissements. Les soins du médecin ne pouvant enrayer le mal, les chrétiens de l’endroit le retinrent pour passer la nuit. Le lendemain, le malade rentra à Kotchao plus fatigué ; puis, comme les remèdes chinois ne lui apportaient aucun soulagement, il se décida à partir pour Kouang-tcheou-wan. Les bateliers, le trouvant trop malade, refusèrent de le prendre sur leur barque. Un chrétien s’en alla en toute hâte prévenir M. Baldit, mais il arriva trop tard. M. Lemoine avait rendu son âme à Dieu. »
Après ce souvenir donné à son jeune missionnaire, le Vicaire apostolique du Kouang-tong nous fait parcourir les différents districts de la mission.
« Tout à l’extrémité de la province aux frontières du Tonkin, dans le district de Pang-shing, travaillent, sentinelles avancées, MM. Grandpierre et Richard. Trente-trois années de travaux sous un ciel inclément ont émoussé la vigueur physique du premier, mais elles n’ont fait qu’aviver les flammes de sa brûlante charité pour Dieu et les âmes. Il nous écrit, en effet, de Tong-hing : « Cette ville, voisine de la colonie française de Moncay, est, de fait, le point le « plus central du district. Dans ses rues défilent sans discontinuer des voyageurs, venant des « régions les plus éloignées de l’arrondissement de Pang-shing, de la préfecture de Amtchao « et du Tonkin. J’ai donc cru devoir y établir des œuvres de charité pour attirer à nous ces « voyageurs, gagner leur confiance, en faire des prédicateurs qui porteront, dans leurs « villages, le bon renom des missionnaires et de la religion, en redisant les soins dont on les a « comblés. Dans notre dispensaire, les religieuses de Saint-Paul de Chartres ont reçu 6.724 « visites de malades, tandis qu’à la crèche elles ont recueilli nombre d’enfants abandonnés. « C’est une preuve que ces populations n’ont plus peur de nous approcher et que les préjugés « ridicules et haineux qui les éloignaient de nous tendent à disparaître. Dans les écoles du « district, 126 garçons et 93 petites filles ont reçu l’instruction religieuse.
« J’ai donné surtout mes soins aux chrétientés de Tong-hing, Tchiouk-shan, Lofao, Long-pin. J’ai pu, comme les années précédentes, avec le concours de M. Richard, leur prêcher une retraite et les préparer ainsi au devoir pascal. »
« M. Richard s’occupe plus spécialement des chrétientés éloignées et des catéchumènes : « J’ai visité, nous raconte-t-il, les néophytes dispersés dans les environs de la ville de Pang-« shing et des Cent mille monts.
« Ma tournée ne m’a procuré que de joyeuses surprises. On m’avait dit, en effet, que tous « ces catéchumènes avaient apostasié en masse et j’ai constaté, au contraire, que bien rares « sont ceux qui sont retournés à leurs anciennes idoles et encore ceux-là conservent-ils avec « nous de bonnes relations. Pour la plupart, la crainte de se voir abandonnés, sans merci, par « leurs notables aux brigandages des pirates, loin des catéchistes, loin du missionnaire, avait « refroidi leur première ferveur. Ma visite la leur a vite rendue. Aussi avec quel empressement « ils m’ont accueilli et avec quelle avidité ils écoutaient mes instructions. A Gniu-tao, cinq ou « six familles sont prêtes pour le baptême. Aux catéchumènes de Tam-ying, donnez deux « catéchistes, pour parfaire leur instruction, et vous pourrez bientôt les baptiser en toute « confiance. La presqu’île de Shakong qu’habitent d’anciens chrétiens donne de grandes « espérances de conversions ; il en est ainsi des localités populeuses de Lo-fau-san, Gny-tsay-« kang, Shek-seang, à l’entour du marché de Wat-shak, A Ving-tao, les catéchumènes avaient « ajourné leur préparation au baptême, par crainte des pirates ; ils hésitaient à me recevoir, « j’entrai pourtant dans la maison commune ; et bientôt tout malaise avait disparu, si bien qu’à « mon départ ils me confièrent leurs enfants pour les conduire à notre école de Tchiouk-shan. « Quand j’annonçai mon dessein de me rendre aux Cent mille monts par le chemin le plus « direct, mes compagnons refusèrent de me suivre, disant que c’était un long voyage de 15 « lieues à travers des montagnes escarpées, désertes, servant de repaire aux pirates ; je leur dis « alors que je m’y aventurerais seul, sous la garde de Dieu et de la Vierge Marie. Cette parole « triompha de leurs résistances. Après une journée de marche, nous arrivâmes, harassés de « fatigue, jusqu’au marché de Pak-lam. Le lendemain, j’avais la joie de revoir mes chers « chrétiens de la montagne. Le spectacle de ces pauvres sauvages, si respectueux, si pieux, mit « mon cœur en fête : chrétiens et catéchumènes rivalisent, en effet, de ferveur, les uns pour se « préparer à la confession et à la communion, les autres pour se rendre dignes du baptême.
« L’impression que je rapporte de cette tournée est que, si un missionnaire était disponible « pour ces régions et si on pouvait y entretenir quelques catéchistes, on cueillerait là, dans « l’allégresse, des épis aussi nombreux que choisis. »
« Si, de ce district, nous passons à celui de Ling-shan, aux accents de joie et d’espérance vont succéder les cris de douleur et d’angoisse du bon prêtre chinois Tcheung. Il écrit, en effet : « Le sang de mes chrétiens coule toujours sous le tranchant du glaive aiguisé par leurs « ennemis. Le prêtre Paul Pang a été massacré près de Meou-li. C’est son maître d’école, le « chrétien Mok-Ying-Tong, que les meurtriers voulaient frapper pour se venger de ses « dénonciations aux autorités. Mok-Ying-Tong a pu s’enfuir avec les chrétiens du village et « tous sont venus me demander asile et vivre. Cinq jours après, au village de Tsing-shoui-« tong, près du marché de Pak-lao, c’était Vong-Kai-Tsam qui tombait à son tour sous le « poignard des assassins, juste un an après le meurtre de son frère, de sorte que, dans cette « famille, il ne reste plus que des veuves et des orphelins. Ces malheureux tendent vers moi « leurs mains suppliantes et implorent mon assistance. A leurs larmes et à leurs gémissements « se joignent les sanglots des autres ehrélicns déjà victimes de la haine des païens ou « craignant de le devenir. Pour soulager leur misère, il me faudrait des aumônes ; pour les « consoler et ranimer leur foi chancelante, il me faudrait des catéchistes. »
« De Pak-koy, M. Kammerer écrit : « Le fait le plus important de l’année pour mon district « est la construction d’un orphelinat pour les petites filles. Le mérite en revient surtout aux « religieuses de Saint-Paul de Chartres. Les enfants que nous élevons sont au nombre de 22 en « ce moment, bientôt nous pourrons en avoir davantage.
« Mes chrétiens ont été fidèles à remplir leurs devoirs religieux. Ils ont, d’ailleurs, joui de « la tranquillité et n’ont eu à souffrir que de la disette générale et de l’arrêt du commerce. Les « pirates n’ont pas reparu dans la contrée de Pak-koy. Mais ceux qui ont massacré les « chrétiens de Ling-shan n’ont pas été punis par les mandarins. »
« M. Marqué nous apprend, de l’île de Wai-tchao, que les chrétiens ont fêté avec enthousiasme le jeune prêtre Moïse Kong. Depuis longtemps ils désiraient voir un de leurs enfants monter au saint autel ; aussi ils étaient et sont encore au comble de la joie, depuis qu’ils ont ce bonheur.
« M. Mirambeau, qu’une grave maladie a failli nous ravir, est enfin bien rétabli et il a pu rejoindre M. Marqué.
« Saluons, en passant, M. Pénicaud qui s’est lancé avec entrain à la conquête de l’île d’Hainam. Ses premières impressions ne sont pas fort consolantes, il a trouvé peu de chrétiens, et sur ce peu bien des tièdes. Sa désolation vient surtout de ce qu’au port de Hai-hau, le plus important de l’île entière, il n’a trouvé ni chapelle, ni école, ni résidence, et c’est là pourtant qu’elles seraient nécessaires.
« De Haï-hau, un bon coup de vent nous porte à la côte de Loui-tcheou. Là nous retrouvons les deux missionnaires les plus heureux du monde, MM. Zimmerman et Cellard. Cette année, j’ai nu la joie de visiter leurs districts et d’y donner plus de 600 confirmations. Que dire de la réception qui m’y attendait ? Ce fut un vrai triomphe pour notre sainte religion. Eu voyant passer à travers les rues de la ville le défilé des chrétiens marchant sur deux rangs ou gaiement campés sur leurs petits poneys, des soldats portant bravement leur fusil sur l’épaule, des porte-drapeaux drapés dans leurs manteaux jaunes et rouges, coiffés de chapeaux aux larges bords chamarrés de verroteries étincelantes, les païens émerveillés applaudissaient à la religion catholique, et se montraient avec admiration les brillants cavaliers et MM. Zimmeman et Cellard, qui, d’un geste vainqueur, dirigeaient ce pompeux cortège. Mais leur plus beau triomphe, nos confrères le trouvèrent dans les examens préparatoires à la confirmation. La plupart des candidats, hommes, femmes, enfants, vieillards, firent preuve d’une connaissance approfondie de la doctrine chrétienne contenue dans le catéchisme.
« Chacun d’eux compte sous sa houlette 1.500 chrétiens baptisés et fervents, alors qu’en arrivant dans le district ils en trouvèrent 300 à 400 chacun, vieux endurcis qui, pendant vingt ans, étaient restés sourds aux exhortations de M. Chagot, et n’avaient répondu à ses soins que par une noire ingratitude. Par esprit d’obéissance, celui-ci avait accepté ce poste ingrat ; par esprit de sacrifice, il y consacra sa vie ; et maintenant, dans les champs fécondés par ses sueurs, se lèvent des générations de croyants auxquels il sourit du haut du ciel.
« Cette année, 101 baptêmes d’adultes sont enregistrés par M. Zimmerman et 92 par M. Cellard. Leur proche voisin, M. Laurent, ne trouve point à la colonie française de Kouang- tcheou- wan les mêmes consolatiotis près de nos compatriotes, bien qu’il ait avec eux de bonnes relations.
« M. Thomas est toujours chargé de l’île de Sancian. Avec le concours des prêtres chinois Lam et Wong, il s’occupe aussi de San-tcheang et de Sanwoui. Toute la région lui a procuré 63 baptêmes d’adultes.
« Nous transportant de l’ouest à l’est en passant par Hong-kong, nous rencontrons le district du Foui-lai confié à M. Becmeur, qui a régénéré 90 adultes dans les eaux du baptême, entendu 6.155 confessions et distribué 6.536 communions. L’année prochaine, il pense faire mieux encore. Puissent les chrétientés de la partie orientale du district donner les mêmes consolations à M. Rault qui en est chargé !
« Le district de Tsiau-ping, non loin de là, est confié à M. Pencolé. Sa fermeté et sa longanimité ont eu raison de l’humeur batailleuse de ses néophytes. Les deux meilleures familles ont envoyé chacune un de leurs enfants au séminaire.
« Dans le même arrondissement, à Koui-kué, le prêtre chinois Lao travaille avec zèle. Écouté des chrétiens et des païens, il jouit d’une grande influence dans le pays. Il a élevé une jolie chapelle où, cette année, il a baptisé 25 adultes.
« M. Werner ne ménage point sa peine aux chrétientés de Tyo-yo et le bon Dieu bénit ses travaux. Les néophytes, si tièdes et si peu soucieux de leur salut autrefois, sont transformés en fidèles fervents et avides de recevoir les sacrements. Les examens de confirmation ont prouvé qu’ils étudiaient le catéchisme avec soin et qu’ils avaient une instruction solide. Les difficultés n’ont pourtant pas manqué à notre confrère qui écrit :
« L’année qui vient de s’écouler a été pour nous une année d’épreuves, j’en attribue la « cause à l’incarcération du bachelier chrétien qui gardait notre oratoire à la ville de Tyo-yo. « Tous mes efforts pour le délivrer n’ont pu vaincre la haine de ses ennemis. Les païens mal « intentionnés ont pris occasion de cet échec pour molester les chrétiens et les catéchumènes. « C’est vraiment un miracle cie la grâce divine que, malgré ces difficultés, j’aie pu baptiser 65 « adultes.
« Mon école a élé fréquentée par une quarantaine d’enfants. Les deux jeunes instituteurs « qui la dirigent y ont mis un grand dévouement et montré qu’ils étaient à la hauteur de leur « tâche. »
« M. Werner ajoute que son clocher est terminé et qu’au sommet brille, dominant enfin la vaste plaine, le signe de la rédemption.
« Le 24 mai dernier, une foule nombreuse se réunissait à Tchao-chow-fou. Tous les chrétiens du district étaient là pour fêter le vingt-cinquième anniversaire de l’ordination sacerdotale de leur bien-aimé pasteur, M. Roudière. Plus de 20 missionnaires et prêtres indigènes, 2 évêques, M. le consul de France de Swatow se joignaient à eux dans la même pensée de félicitations et d’affection pour l’heureux jubilaire.
« Dans le courant de cette année, M. Roudière a dû s’absenter de son district pour soigner sa santé, ce qui ne l’a pas empêché d’entendre 5.530 confessions.
« Une des œuvres les plus prospères, nous dit-il, est celle de la Sainte-Enfance. La bonne « tenue des enfants de l’orphelinat, la propreté qui règne dans la maison, la mine joyeuse et « pleine de santé des bambins font la renommée de cet établissement et encouragent les « familles païennes à nous apporter leurs enfants plutôt que de les exposer à la mort sur les « remparts de la ville. Les enfants ondoyés cette année au couvent atteignent le chiffre de « 1.065. »
« De Tchao-chow-fou, deux petites heures de chemin de fer nous amènent à Swatow. Là se fait aimer et estimer M. Douspis, qui se dépense sans compter pour ses chrétiens européens et chinois. Aussi se pressaient-ils nombreux, en la fêle de l’Ascension, pour la bénédiction de sa chapelle, à laquelle assistaient, les mandarins et les notables chinois, le Tao-Tai de la région, les consuls de France, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Amérique, de Norvège et du Japon, les deux commissaires des douanes, les missionnaires et prêtres indigènes de la région, deux évêques, plusieurs milliers de chrétiens. A la fin du banquet, M. Douspis se leva et adressa en termes émus ses remerciements à tous ses hôtes, ses bienfaiteurs et ses chrétiens. Personne ne fut oublié, il n’oublia que lui ; mais cet oubli fut réparé par M. Feer, le distingué consul de France, qui lui adressa des éloges mérités, louant tour à tour, dans un langage délicat et élevé, les qualités et les œuvres du missionnaire de Swatow. Après lui, chacun de ces messieurs y alla de son compliment et leva son verre à la prospérité de la mission de Swatow ; le Tan-Tai ajouta : Vive le Pape, Pontife et Roi !
« Jamais on n’avait vu pareille fête à Swatow, toute la ville était sur pied à l’occasion de ces solennités religieuses. Les protestants anglais et américains qui, depuis plus de cinquante ans, y entretiennent des établissements florissants, n’ont jamais eu en leur faveur une démonstration aussi grandiose et aussi populaire.
« Dans l’arrondissement de Kiet-yong travaillent quatre missionnaires et deux prêtres chinois. Pour la partie dont il a soin, M. Le Corre nous trace, de ses œuvres, le tableau suivant :
« Je devrais, dit-il, avoir une gerbe bien supérieure à celle de mes 77 baptêmes d’adultes, « mais un grande partie de mes catéchumènes se sont laissé décourager par les ennuis que leur « ont causés les mandarins et les notables en refusant de les protéger contre leurs adversaires. « Les deux dernières récoltes ont été mauvaises. Mes chrétiens vivent donc pauvrement et ne « peuvent plus me prêter la même assistance qu’autrefois. Aussi ce n’est qu’au prix des plus « grands sacrifices que j’ai pu entretenir mes 11 écoles de garçons. Les 157 élèves qui les « fréquentent ne m’ont pas donné grande satisfaction.
« Par contre, les deux écoles de filles ont produit d’excellents résultats. A celle de Kiet-« yong, on enseigne, outre les caractères chinois, les travaux manuels, la couture, le tissage, la « broderie. Dans cette ville, nos bonnes relations avec les directrices de l’orphelinat païen « nous ont permis d’y baptiser 345 petits moribonds.
« A Pao-tai, notre Sainte-Enfance a recueilli cette année 57 enfants qui, presque tous, sont « partis pour le ciel après avoir passé un temps plus ou moins long sous notre toit. »
« Avec ses 2.000 chrétiens de Ho-po, M. Veaux n’a rien à envier aux célèbres chrétientés du Paraguay : amant passionné de l’Eucharistie, il a su communiquer à ses fidèles son amour. Leurs 9.607 communions lui méritent bien le titre d’apôtre de l’Eucharistie et font à elles seules son éloge.
« Revenant sur nos pas, arrêtons-nous un instant au Pounen chez M. Favre, qui a baptisé 41 adultes : « Le secours de deux catéchistes m’a fait défaut, écrit-il ; sans cela, les « conversions auraient été nombreuses, plusieurs villages n’attendaient que des prédicateurs « pour se préparer au baptême. J’ai été occupé à la construction de mes deux chapelles. Celle « du Tse-yo a été inaugurée à la Fête-Dieu. Celle de Mi-o sera bientôt finie, elle m’a coûté « beaucoup d’ennuis suscités par la jalousie des protestants. »
« M. Constancis construit, lui aussi : les travaux marchent lentement, parce que sa bourse est vide, ainsi que celle de ses chrétiens. L’édifice spirituel ne se ressent point de cet arrêt momentané fort heureusement : notre confrère a baptisé 46 catéchumènes et en prépare une soixantaine pour l’année prochaine.
« Plus loin, en remontant vers le Fo-kien, voici M. Delorme à Ka-yn-tcheou : l’année passée ne lui a apporté aucune difficulté spéciale. Il a eu le bonheur de baptiser 33 adultes, abondante cueillette pour le pays. En l’absence de M. Canac, le prêtre chinois Tsai est resté chargé du beau district de Tchin-pin. Celui de Tai-pou est toujours sans missionnare. M. Rey a été très occupé par ses constructions de Shak-shin, marché tout désigné pour devenir le centre de son district. Shin-nen n’a donné que 19 baptêmes d’adultes ; le cher M. Guillaume se plaint de la rareté des conversions.
« Trois missionnaires, MM. Rayssac, Étienne et Sicard, consacrent leur temps et leurs sueurs à l’évangélisation du Lok-fong. M. Sicard, récemment établi au chef-lieu de l’arrondissement, a commencé pal’ restaurer l’humble chapelle de Tong-hoï. Il est parvenu à baptiser 10 adultes et à convertir 3 hérétiques.
« La Vierge de Lourdes, qu’il a établie patronne de son district, lui accordera de plus grands succès encore à l’avenir.
« M. Étienne a voulu doler son district d’une vaste chapelle. Tout en surveillant la construction, il a entendu 3.550 confessions et baptisé 41 païens.
« Les villages du Tchong-Loch ont bataillé de longs mois les uns contre les autres et ont arrêté l’administration des chrétientés. Habitant côte à côte avec les combattants, les chrétiens souffraient de ces luttes sanguinaires. M. Vacquerel a sollicité la protection de M. le consul de France à Swatow qui, par ses représentations fermes et sages, a obligé les mandarins à prendre des mesures énergiques qui ont forcé les batailleurs à se tenir tranquilles.
« A Long-tcheou les conversions sont bien rares. M. Vogel en attribue la cause principale à l’opposition des mandarins : « Il faut compter en premier lieu, dit-il, l’hostilité, presque « ouverte, des autorités locales qui, par tous les moyens possibles, cherchent à entraver « l’œuvre de l’évangélisation. Je ne citerai pour preuve que les mauvais traitements infligés à « l’un de mes chrétiens. Des malfaiteurs, après avoir assassiné son vieil oncle, en avaient « brûlé le cadavre. Le chrétien dénonce les assassins au mandarin qui, au lieu de saisir les « accusés, jette en prison l’accusateur sous prétexte que les preuves du crime ne sont pas « péremptoires.
« La seconde cause vient de l’esprit des nouvelles écoles, esprit d’orgueil qui veut libérer « le pays de toute influence étrangère, politique ou religieuse. Cet esprit de la jeune Chine, la « presse le souffle au cœur des masses par les journaux venant de Canton ou de Swatow. Dans « ces conditions, c’est déjà un progrès de conserver les conquêtes anciennes et de tenir nos « néophytes à l’abri des dangers de perversion qui les entourent de toute part. »
« Pour le district de Ho-gnien, le fait le plus important est la trouée qu’à faite M. Druais dans le terrible pays du Sian-kong, pays de voleurs et de bandits jusqu’ici ennemis jurés des chrétiens : « Dans ce pays, raconte le missionnaire, tout un village vient de s’ouvrir à « l’évangélisation, je l’ai visité après Pâques pour la première fois et j’ai été fort touché de la « bonne volonté des néophytes. »
« Tout proche de là, au Yun-on, M. Merle nous parle ainsi de son district : « Mon vicaire, « le prêtre chinois Tchong, a édifié une chapelle au marché de Long-wo, sur les frontières de « Lok-fong ; moi-même j’en ai bâti une à la ville de Yun-on et, en ce moment, je construis un « oratoire au petit port de Shak-kong-shin, sur le grand fleuve qui descend à Canton.
« Sur les rives du fleuve, les conversions sont plus difficiles à cause des troubles suscités « par les sociétés secrètes. Leurs émissaires se répandent dans les villages et forcent les « populations paisibles à s’affilier à elles sous peine de fortes amendes, de pillage, ou même « de massacre. Les soldats du gouvernement ont dû livrer plusieurs combats contre eux afin « de réprimer leur audace toujours croissante.
« Nos 51 baptêmes d’adultes ont été recueillis dans les régions éloignées du grand fleuve, « aux environs de Long-wo, près de la ville de Yun-on, et dans la magnifique vallée de Tong-« sim-pa. »
« Dans les districts du centre, les œuvres sont aussi prospères que dans les autres parties de la mission.
« A Shun-tak, M. Gauthier a entendu 3.000 confessions et distribué 4.220 communions. Son désir de procurer aux enfants chrétiens les bienfaits de la première communion avec plus d’éclat l’a poussé à entourer ce grand acte de toutes les cérémonies dont on le rehausse en France. Il a fait de ce jour un jour de fête dont, toute leur vie, ces enfants garderont un doux souvenir.
« M. Gauthier a élevé une chapelle à Taï-leung. La croîx, placée sur le faîte, domine la ville et indique aux païens les progrès de cette religion qu’hier encore ils persécutaient, et atteste, aux yeux de tous, que ses prêtres et ses fidèles ont conquis le droit de paraître au grand jour. Notre confrère craint de voir la chrétienté de Matsaï se disperser sous les coups répétés de la persécution : « Dernièrement, écril-il, les païens ont encore tué un de mes chrétiens, et « quand les satellites sont venus, une première fois, pour saisir les assassins, ceux-ci les ont « repoussés et se sont retournés contre les fidèles, qui n’ont dû leur salut qu’à la fuite. »
Peu de jours après, cependant, notre confrère obtint que le mandarin renvoyât les satellites à Matsaï, et fil arrêter quatre des meurtriers.
La chrétienté de Ping-po est toujours confiée à M. Aubazac. Le séjour prolongé qu’il a dû faire à Nazareth, pour surveiller la nouvelle édition de son dictionnaire, ne l’a pas empêché d’entendre un millier de confessions à l’occasion des grandes fêles qu’il revenait passer au milieu de ses chrétiens.
Son compatriote, M. Robert, a relevé de ses ruines l’antique chapelle de Kao-kong, dans l’arrondissement de Mam-hoy.
« Nous voici de retour à Canton. Le désir de favoriser les conversions dans notre populeuse cité nous a fait établir trois petites paroisses en dehors de la cathédrale. Celle de Sai-shan, à l’ouest, est dirigée par le P. Yang, vicaire de la cathédrale ; celle de Ho-nam, au sud, de l’autre côté du fleuve, a pour curé M. Levêque ; celle de Ko-po, à l’est, est administrée par M. Sorin ; c’est la plus florissante des trois, après la cathédrale. Dans la cathédrale fréquentée habituellement par 1.200 fidèles, il a été entendu 13.000 confessions et distribué 21.000 communions. Sur la concession de Shameen, M. Bourdin compte 264 catholiques sur 1.400 étrangers parmi lesquels 81 Français.
« M. Fleureau est très satisfait de la marche de son séminaire. M. Fabre et le prêtre chinois Tchu lui prêtent leur précieux concours pour la formation de notre clergé indigène. Une ordination de quatre jeunes prêtres est venue porter a 22 le nombre de nos prêtres chinois. Les séminaristes sont encore 62.
« L’orphelinat des garçons est sous la direction de M. Levêque. Sur les 71 enfants confiés à ses soins, les uns se préparent au baptême et passent tout leur temps à étudier les livres de prières et le catéchisme. Les autres déjà baptisés et ayant fait leur première communion étudient le français ou l’anglais au collège du Sacré-Cœur, ou prennent des leçons de dessin ; les plus grands apprennent, dans les ateliers, le métier qui leur plaît : tailleur, cordonnier ou vannier.
« A l’orphelinat des filles, les Sœurs catéchistes Missionnaires de Marie Immaculée ont signé leur billet d’entrée au ciel à plus de 1.500 petites filles abandonnées qui ne se sont arrêtées chez elles que le temps de se purifier de la tache originelle pour s’envoler prendre leur place parmi les anges. Quelle dépense de sollicitude est demandée à la Sœur Solange pour veiller sur tout son monde ! Toute sa famille, enfants qui ne font que balbutier, petites de 9 à 10 ans, jeunes filles, vieilles femmes recueillies par ses soins, l’aiment comme une mère.
« Au collège du Sacré-Cœur, le nombre des élèves a atteint 270, chiffre plus élevé que celui des années précédentes. Le progrès est dû en grande partie au dévouement des Petits Frères de Marie. Sans leur concours, M. Clauzet, supérieur de l’établissement, n’aurait pu obtenir ce succès.
« A l’occasion de la fête patronale du collège, le vice-roi Tcheang a voulu faire une visite au collège ainsi que les principaux notables de la ville. Les élèves lui adressèrent un compliment et chantèrent des hymnes au Sacré-Cœur, en français, en anglais et en chinois. Le vice-roi fit l’éloge de la bonne tenue des élèves, du dévouement des professeurs et dit aux notables qui l’entouraient : « C’est un plaisir pour moi de venir à la mission catholique, mais « aujourd’hui que je vous y rencontre, le plaisir est double. »
« Daigne le Sacré-Cœur de Jésus bénir de plus en plus nos labeurs et nos œuvres et multiplier les conversions sous nos pas dans les villes et les campagnes ! »
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