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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Chine
Mission: Kouy-tcheou
Rédacteur:Mgr Guichard

II. ─ Kouy-tcheou

Population catholique 28.409
Baptêmes d’adultes 2.136
Baptêmes d’enfants de païens 4.417
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« Le compte rendu des travaux du dernier exercice, écrit Mgr Guichard, marque un réel progrès dans l’oeuvre de l’évangélisation au Kouy-tcheou. Nous avons obtenu le chiffre consolant de 2.136 baptêmes d’adultes, le plus élevé que nous ayons enregistré jusqu’à ce jour. Comment ne pas rendre de sincères actions de grâces à la divine Providence, qui a si singulièrement béni les labeurs de nos confrères !
« Les résultats obtenus n’ont pas été les mêmes sur tous les points du vicariat. Les milieux dans lesquels s’exerce le zèle des ouvriers apostoliques d’une même mission sont souvent très différents ; les diverses races qui peuplent le Kouy-tcheou ne se prêtent pas toutes également à l’action des missionnaires. Parmi ces races, les unes sont disposées à répondre à l’appel du divin Maître, d’autres paraissent, au contraire, il peu près réfractaires à la diffusion de l’Évangile.
Cette fois, c’est l’ouest de la mission, l’intéressant pays Dioi, qui a donné la plus grosse gerbe de baptêmes d’adultes. Mon coadjuteur, Mgr Seguin, a visité, cette année, ces contrées éloignées, à peu près uniquement habitées par les peuplades indigènes. Il est parti de notre résidence de Kouy-yang le 12 octobre, et il n’a été de retour que le samedi saint, 10 avril.
« Pendant cette longue tournée pastorale de six mois, il a visité 9 districts, administré plus de 2.000 confirmations et régénéré plus d’un millier de catéchumènes dans les eaux du baptême.
« Sa Grandeur a commencé ses visites par Po-tong, en plein pays indigène, à sept jours de Kouy-yang. M. Ménel lui a présenté au baptême quelques nouveaux convertis, prémices de cette station qui donne beaucoup d’espoir. Quarante personnes ont reçu là le sacrement de confirmation. Plusieurs étaient venues de très loin pour voir l’évêque et recevoir les sacrements. C’est une preuve que la foi a déjà poussé de solides racines dans leur cœur.
« De Po-tong, Mgr Séguin est passé dans le district de M. Bras qui comprend les régions de Lou-ma, Che-ten et Tchen-fong. Les adorateurs sont nombreux dans tout le pays, mais comme le missionnaire manque de catéchistes pour les instruire, il ne lui a pas été possible de préparer beaucoup de catéchumènes au baptême. Ce fut le zélé M. Alphonse Schotter, de sainte mémoire, qui ouvrit jadis à la foi ces immenses régions indigènes de Che-ten et Lou-ma.
« Après la visile de Tchen-fong, eut lieu celle du district de Sin-tchen qui est administré par M. Dürr. Ce confrère est également chargé de la préfecture de Pou-gan, à trois journées de sa résidence habituelle. Mais laissons la parole à Mgr Séguin :
« Jai constaté à Sin-tchen, dit-il, une excellente coutume qui existe aussi dans les « chrétientés de Hin-y-hien. Pendant tout le temps que dure la visite du missionnaire, les « chrétiens repassent tous ensemble le catéchisme, le matin avant la messe et le soir après la « prière. Ils se préparent ainsi à mieux profiter de l’instruction que le prêtre leur fait ensuite.
« A Hin-y-hien, j’ai été heureux de rencontrer les vieux chrétiens formés par Mgr Albrand, « le premier vicaire apostolique du Kouy-tcheou. Ces braves gens donnent, par leur ferveur, « beaucoup de consolations à leur pasteur, M. Louis Esquirol. J’ai visité, dans ce district, « composé de chrétiens chinois, les six principales stations. Je dois une mention spéciale aux « fidèles de Ta-chan et aux néophytes de Pan-kiang qui m’ont beaucoup édifié par leur « assiduité à venir assister au catéchisme et à s’approcher des sacrements.
« Dans la ville de Hin-y-hien, le missionnaire a installé une école sur le modèle de celle du « gouvernement. Par cette initiative heureuse, il s’est concilié la confianèe des païens, qui y « envoient volontiers leurs enfants. Dans tout le district, j’ai administré 160 confirmations et « 66 baptêmes d’adultes.
« Hin-y-fou est le centre des œuvres du pays indigène. M. Aloys Schotter a donné une « forte impulsion à l’œuvre des écoles. Il en a élabli trois dans sa résidence : une de filles sous « la direction des vierges chinoises, une autre de garçons ou l’instruction est surtout donnée « aux enfants du pays Dioi, enfin une troisième pour les catéchistes qui seront chargés, dans la « suite, d’évangéliser le pays indigène. Bien qu’encore à ses débuts, cette dernière école « compte déjà plus de 30 jeunes gens qui, sous la direction intelligente de M. Schotter, se « forment pour être, plus tard, prédicateurs, maîtres d’école et pharmaciens.
« A Tse-hen, nous sommes au cœur du pays Dioi. Désormais, je n’entendrai plus parler « chinois. Les confrères prêchent et font le catéchisme dans le dialecte du pays.
« Accompagné de MM. Schotter et Williate, je parcours successivement les stations de « Tse-hen ,Yang- tsin, Long-cha, Long-ouay, Lo-tao, Long-nien. Dans ces diverses stations, « 315 chrétiens reçurent le sacrement de confirmation, et 84 adultes le baptême. M. Williate « avait compté obtenir un plus grand nombre de baptêmes, malheureusement la maladie l’a « empêché, à son grand regret, de visiter tout son district et de préparer la visite épiscopale.
« A Tche-chou, nous trouvons M. Doutreligne à la tête de 79 stations, qu’il ne peut « évidemment pas visiter en une seule année. Il compte près de 800 baptisés et environ 4.000 « catéchumènes qui lui donnent bon espoir. Nous avons visité ensemble 11 stations, baptisé « 42 adultes et préparé 427 personnes à la confirmation.
« Lo-yang, où nous allons ensuite, est confié au zèle d’un prêtre indigène, le P. Hia. Le « district est relativement facile à administrer, car les fidèles sont bien groupés. Le Père donne « ses soins à 845 chrétiens, tout en instruisant un millier de catéchumènes. Il m’a présenté 303 « adultes au baptême, j’ai administré, en outre, 718 confirmations. Quinze catéchistes « travaillent sous la direction de ce prêtre zélé et lui rendent d’immenses services. Tous les « ans, il les réunit chez lui et leur procure, pendant quelques jours, le bienfait d’une retraite « commune.
« L’immense région qui s’étend de Ouang-mou à Lo-fou est également administrée par un « prêtre indigène, le P. Jacques Yuen. Éprouvé par la maladie, il n’a pu rester que peu de « temps dans le pays et a dû abandonner toute l’administration à son vicaire. Ce dernier passe « toute l’année en campagne, sans arriver à pouvoir visiter tous les chrétiens, dispersés en plus « de 100 villages dans un pays dont la traversée demande 8 jours de marche.
« J’ai visité avec lui 6 principaux centres, Pin-tong sur le bord du fleuve, Tsin-chouy-« kiang, où j’ai baptisé 12 adultes et administré 50 confirmations, Pa-mao, à 70 lys plus loin, « où j’ai donné aussi quelques baptêmes, Lo-rao, centre tout chrétien. Non loin de là, se « trouve un village, entièrement catholique, lui aussi, et dont les habitants appartiennent à « l’une des plus vieilles races du Kouy-tcheou. Nons ne faisons que passer à Ouang-mou et « arrivons à La-sang. Une foule considérable vient assister aux instructions. Tout se termine « par l’administration de 50 confirmations et de 20 baptêmes d’adultes.
« San-lang, où nous arrivons ensuite, est un gros marché qui compte déjà un mombre assez « élevé de fidèles. Nous recevons en cet endroit la visite de « barbares blancs », race à demi « indépendante, qui habite des rochers inaccessibles à quelques lieues du marché. Quelques-« uns d’entre eux se déclarent chrétiens. Il faudra du temps pour les discipliner et les faire « renoncer à leurs vieilles habitudes de rapine.
« En quittant San-lang, nous devons fournir une longue étape pour arriver à Ouang-ly, le « plus beau centre chrétien du district de Lo-fou. Plus de 100 personnes reçoivent le « sacrement qui fait les vaillants soldats du Christ et 40 catéchumènes entrent dans le sein de « l’Église.
« A Lo-kouen on comptait, il y a cinq ans à peine, 2 ou 3 familles de néophytes ; « aujourd’hui des centaines de catéchumènes fréquentent l’oratoire. En une seule séance, j’ai « baptisé 50 adultes et administré 80 confirmations. La cérémonie dura trois longues heures. « J’étais bien fatigué, mais rarement j’ai été aussi heureux.
« Nous nous rendons ensuite à Lo-fou. C’est là qu’on a voulu installer le centre des œuvres « du district. Il est regrettable que les constructions nécessaires n’aient pu être achevées ; car « ce contretemps a été un obstacle à l’ouverture des écoles. J’administre encore des « confirmations et je baptise aussi une dizaine de catéchumènes.
« Le pays indigène finit à Lo-fou. Je l’ai parcouru en entier et j’ai pu me rendre compte du « bien qui s’y est fait. De Hin-y-fou à Lo-fou j’ai toujours voyagé en pays chrétien. Le « nombre des baptisés n’est pas encore très considérable, mais, vu l’immensité du pays à « administrer, il est relativement consolant.
« Il est particulièrement pénible de ne pouvoir venir en aide aux confrères qui travaillent « dans ces contrées en leur adjoignant 5 ou 6 coopérateurs. Si les ouvriers étaient plus « nombreux, il leur serait facile de baptiser plusieurs milliers de catéchumènes avant de « longues années. »
« Dans les autres parties de la mission, continue Mgr Guichard, le bon Dieu n’a pas laissé les travaux de nos confrères sans récompense. Au nord du vicariat, M. Freyche a baptisé 93 adultes à Jen-hoay, M. Darris et ses deux vicaires 81 à Tsen-y, M. Ruault 30 à Ou-tchouan, M. Saunier 23 à Che-tsien, M. J. -B. Ronat 16 à Tong-tse, M. Joseph Ronat 11 à Long-tsuen, M. Bacqué 35 à Tou-chan et le regretté M. Preynat 65 à Ten-fan.
« Quarante ans d’apostolat à Tchen-lin ou dans les environs n’ont pas refroidi ni diminué le zèle de M. Roux. Il fonde des chrétientés, construit des oratoires et dresse des plans pour réaliser de nouvelles conquêtes. Ce vaillant confrère, âgé de 70 ans et qui a été privé de vicaire pendant près d’une année, a baptisé 103 adultes. C’est un beau succès, si on songe que M. Roux est chargé de l’administration d’un vaste district.
« M. Carlo constate un grand mouvement de conversions dans son district de Kiang-long. Il espère que le nombre des baptêmes, qui a été de 69 cette année, ira toujours en augmentant.
« M. Motel, qui est chargé de l’évangélisation des « barbares noirs » des pays de Huang-pin, et Sin-tcheou, éprouve de sérieuses difficultés pour inspirer des idées surnaturelles à ces âmes grossières. Il met son espoir dans la jeune génération qu’il essaye de former à la vie chrétienne au moyen des écoles.
« Nos trois séminaires comptent actuellement 75 élèves. Malheureusement, nous devrons attendre encore quelques années avant de pouvoir ordonner des prêtres. C’est d’autant plus regrettable que le besoin de nouveaux auxiliaires se fait de plus en plus sentir dans tout le vicariat.
« Durant cet exercice, nous avons eu la douleur de perdre trois de nos confrères en moins de quinze jours. Non seulement il ne nous est pas possible de fonder de nouveaux postes, mais même certains districts devront rester sans titulaires.
« Notre modeste hôpital a recueilli beaucoup de miséreux et de délaissés, et a été pour un certain nombre de ces malheureux la salle d’attente du paradis ; 73 ont été baptisés à l’article de la mort. Nous regrettons que nos ressources trop limitées ne nous permettent pas de donner plus d’extension à une œuvre si excellente.
« Je ne puis terminer ce modeste compte rendu sans dire un mot des fêtes en l’honneur de nos 13 Bienheureux Martyrs.
« Dès que nons fûmes informés, par un télégramme envoyé de Paris, que les cérémonies de la béatification avaient été accomplies à Rome le 2 mai, nous décidâmes de célébrer un triduum solennel les 6,7 et 8 du même mois. Cette date coïncidait avec la présence à Kouy-yang des confrères de la mission réunis, au nombre de 47, pour les exercices de la retraite annuelle.
« La cathédrale avait été décorée avec beaucoup d’élégance. Les chrétiens, et notamment la fille du Bienheureux Jean Tchang, avaient contribué pour une large part aux frais d’ornementation. Pendant les trois jours du triduum, il y eut messe et vêpres solennelles chantées par les missionnaires avec le concours des élèves des séminaires. La bénédiction du très saint Sacrement clôturait les exercices de la journée. Des orateurs choisis prononcèrent chaque jour le panégyrique des nouveaux Bienheureux. Le jour de la clôture, Mgr le coadjuteur célébra pontificalement. Les cérémonies ont attiré une affluence extraordinaire de païens. Ils admiraient, sans comprendre, avec quelle pompe l’Église célèbre le triomphe des héros de la foi. Que ces nouveaux protecteurs nous obtiennent la grâce d’imiter leur exemple, en nous dévouant jusqu’à la mort pour soutenir la noble cause pour laquelle ils ont généreusement donné leur sang ! »

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