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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Chine
Mission: Mandchourie septentrionale
Rédacteur:Mgr Lalouyer

III. ─ Mandchourie septentrionale

Population catholique 21.167
Baptêmes d’adutes 1.486
Baptêmes d’enfants de païens 1.509
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« Le nombre des baptêmes d’adultes du présent exercice, écrit Mgr Lalouyer, est inférieur à celui de l’année dernière : néanmoins les difficultés suscitées et bien des endroits aux ; missionnaires par les autorités locales ont été si grandes, que le résultat obtenu a dépassé nos espérances.
« Après en avoir rapporté la gloire à notre divin Sauveur et à notre bonne Mère, je dois rendre hommage aux ouvriers apostoliques, qui n’ont épargné ni peines, ni fatigues, pour travailler à étendre le règne de Dieu dans notre chère mission.
« Dans leurs comptes rendus, les missionnaires constatent avec douleur le ralentissement des conversions. Ils pensent au temps passé, où grâce à leurs bonnes relations avec les mandarins et à l’influence qui en résulte, ils voyaient les païens accourir nombreux sous la bannière du Christ. Mais aujourd’hui, en se déclarant chrétiens, les infidèles n’ont aucun avantage temporel à espérer. Il n’est donc pas étonnant que les conversions soient moins nombreuses.
« J’ai en la consolation d’ordonner, le jour de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, un prêtre et deux diacres. Nos prêtre indigènes sont pournous de précieux auxiliaires. Aussi nous efforçons-nous d’augmenter, autant que nous le pouvons, le nombre de nos élèves. Dans ce but, la mission a dépensé plus de 30.000 francs pour agrandir le petit séminaire de Siao-pa-kia-tsé et et construire un autre dans la province de Tsi-tsi-kar.
« Le grand séminaire compte 10 étudiants en théologie. Le petit séminaire de Siao-pa-kia-tzé a 40 élèves et celui de Tsi-tsi-kar, 13. Tous ces jeunes gens, par leur bonne conduite et leur application à l’étude, font la joie des missionnaires qui se dévouent à leur formation. »
Après cet aperçu général sur l’état de sa mission, Mgr Lalouyer raconte en détail la visite pastorale qu’il a faite, l’hiver dernier, des districts de la province de Ghirin, et dans le cours de laquelle 2.321 chrétiens ont été confirmés.
« Je commençai cette visite, écrit Sa Grandeur, par le district de Y-toung-tchoou confié au prêtre indigène Thomas Ting. Le premier poste visité fut celui de Lien-houa-kaï. Cette chrétienté était jadis très florissante. Mals les forêts impériales, réservées autrefois pour les chasses de l’empereur de Chine, ayant été ouvertes à l’agriculture depuis quelques années, nos néophytes, attirés par l’appât des richesses, s’y sont transportés et grand nombre. Ceux qui sont restés à Lien-houa-kaï ne dépassent pas 70, et encore plusieurs parmi eux sont bien tièdes dans le service du Bon Dieu. J’y administrai la confirmation à 16 personnes.
« De Lien-houa-kaï, nous passâmes à Sia-eul-taï. Cette chrétienté date de quelques années. Après avoir langui quelque temps, elle se relève aujourd’hui, grâce au zèle du P. Thomas, qui vient d’y construire une école de filles. On y compte 40 fidèles et 60 catéchumènes. J’y ai confirmé 21 personnes parmi lesquelles une bonne vieille centenaire, qui, malgré son grand âge, fait encore 4 ou 5 lieues à pied à travers les sentiers si difficiles de ces pays montagneux.
« De Sia-eul-taï, et remontant la vallée et après avoir franchi une haute montagne, nous arrivons à la chrétienté de Iei-hen-tchan, distante de six grandes lieues. Elle se compose de 60 chrétiens et autant de catéchumènes. Les écoles de garçons et de filles ont chacune une vingtaine d’élèves. Il y eut 26 confirmations.
« Partis de Iei-heu-tchan le 30 octobre, nous atteignons, le soir du même jour, la chrétienté de Siao-kou-chan, composée de 140 fidèles, presque tous vieux chrétiens venus de la province de Moukden, et très fidèles à leurs devoirs religieux. Le lendemain, veille de la Toussaint, toute la journée se passa au confessionnal. Le jour de la fête, il y eut messe chantée et bénédiction solennelle du très saint Sacrement. Les communions furent nombreuses. J’y ai administré 53 confirmations. Tous les enfants fréquentent assidûment les écoles.
« Le 2 novembre nous étions à Ta-kou-chan, qui compte 60 chrétiens, baptisés depuis quelques années, et environ 100 catéchumènes, dont 40 fréquentent régulièrement les écoles. La confirmation a été donnés à 22 personnes.
« A notre arrivée à la préfecture de I-toung-tchoou, nous fûmes reçus solennellement par les autorités civiles et militaires. C’est dans cette ville que se trouve la résidence du titulaire du district fondé depuis 10 ans, Les chrétiens de la ville sont au nombre de 150. La plupart assistent tous les jours à la messe et ils s’approchent souvent des sacrements. Chaque soir ils récitent la prière en commun à l’église. Les écoles de garçons et de filles sont florissantes.
« Dans ce district, le P. Thomas a recueilli la belle gerbe de 132 baptêmes d’adultes ; plus de 100 catéchumènes se préparent au baptême.
« Le 13 novembre, nous fûmes reçus solennellement par les autorités locales à Pan-ché-sien, grâce aux bonnes relations qu’ont su entretenir avec elles les deux prêtres indigènes Thomas Ting et Augustin Yen. Ce dernier, chef du district, a fixé, depuis une dizaine d’années, a résidence à Mouo-pan-chan. Il y a bien employé ce temps. Il a dû rebâtir la résidence et, durant la guerre russo-japonaise, il a pu, grâce à la protection des officiers russes, construire une belle église, qui a fait l’admiration de ces officiers, étonnés de voir tant d’habileté chez un Chinois. Trois beaux établissements ont été élevés dans son district. Celui de Hei-che-toou est situé au haut d’une colline. Église, habitation pour le missionnaire, écoles de garçons et de filles, tout est au complet. Les chrétiens sont au nombre de 200, les catéchumènes, de 150.
« En suivant à l’est le lit du fleuve Houei-fa, ou arrive au grand marché de Kouan-kai, où se trouve un second établissement préparé pour recevoir un prêtre. Et il faut avouer que le P. Augustin, avec son grand âge, aurait grand besoin d’un auxiliaire.
« Le troisième établissement est sur la roule de Mouo-pan-chan à Ghirin. En plus de la ville et de ces trois chrétientés, le district comprend encore quatre postes secondaires. Le nombre des chrétiens s’élève à 1.218, très dispersés. Aussi, que de courses le missionnaire ne doit-il pas faire pour les visiter tous ! Néanmoins il trouve encore le temps d’instruire les catéchumènes. Il les réunit l’hiver et au printemps dans une maison construite près de sa résidence et se plaît à leur expliquer lui-même le catéchisme presque tous les jours. Les années précédentes, le nombre des baptêmes d’adultes dépassait la centaine. Cette année, il est de 97. « Maintenant, dit le P. Augustin Yen, les conversions sont plus rares par suite des « vexations des mandarins venus des provinces du sud et qui nous sont réellement hostiles. »
« Dans le district de Mouo-pan-chan, il y a eu 251 confirmations.
« Le 25 novembre, je quittais le district de Mouo-pan-chan pour rentrer à Ghirin, où j’arrivai le 27 au soir. J’avais mis un mois à visiter les deux districts de I-toung-choou et de Mouo-pan-chan et je revenais joyeux en songeant à ce que ces deux prêtres indigènes ont fait pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes.
« Une autre joie m’attendait à Ghirin. Le 8 décembre, j’ordonnais un diacre et deux sous-diacres.
« Le 10 de ce mois, je me remis en route pour continuer la visite des districts de la province de Ghirin, en commençant par celui de Kou-iu-chou dont M. Lacquois est titulaire. Nous employâmes un mois à parcourir les dix stations qui le composent, profitant de notre passage dans chacune d’elles pour donner une mission à ces nouveaux chrétiens.
« M. Lacquois constate les résultats dans son compte rendu : « La visite de Votre « Grandeur, écrit-il, a fait du bien à mes chrétiens, et ils se sont empressés de recevoir le « sacrement de confirmation. 652 sont devenus soldats de Jésus-Christ. Espérons qu’ils seront « fidèles à leurs engagements. Cette année, j’ai fondé trois postes. Dans ces trois postes, le « mouvement des conversions n’est pas très accentué mais il paraît sérieux. »
« Cette année, M. Lacquois et ses deux auxiliaires M. Marill et le prêtre indigène Jean Li, ont récolté une gerbe de 319 baptêmes d’adultes, dont 5 in articulo mortis. Les écoles du district sont nombreuses et prospères. Elles comptent plus de 400 élèves.
« Les confessions annuelles s’élèvent à 1.409, les confessions de dévotion à 2.302 et les communions à 1.906. Que le divin Pasteur fasse prospérer chaque jour ce beau district en bénissant toutes les œuvres entreprises pour sa plus grande gloire. »
« Après la fête de l’Epiphanie, je quittai Kou-iu-chou pour passer à Ou-kia-tchan, qu’administre M. Stœffler. Malgré les difficultés de la situation, le missionnaire a pu conférer le baptême à 40 adultes.
« M. Maillard, chef du district de Pétouné, a pour vicaire le prêtre indigène Hilaire Kang, qui réside habituellement dans la chrétienté de Sou-kia-ouo-peung, composée de 846 anciens chrétiens. Là comme partout, quelques-uns sont peu fervents ; le plus grand nombre cependant assiste régulièrement à la messe, non seulement le dimanche et les fêtes d’obligation, mais encore les jours ordinaires. Ils se confessent assez souvent, comme le prouve le beau chiffre de 1.500 confessions de dévotion. Il y a eu dans l’année plus de 1.000 comununions. Le nombre des confirmés a été de 107.
« A sept lieues à l’est de Sou-kia-ouo-peung, le P. Hilaire administre un autre poste composé, lui aussi, entièrement de vieux chrétiens. Il m’a rapporté un fait tout à leur gloire. Un païen, autrefois soldat dans cette localité, désirait épouser une jeune fille chrétienne, sa parente, mais celle-ci refusait energiquement. Un jour, ce païen, apprenant qu’elle travaillait dans un champ, prend son fusil, va la trouver et lui renouvelle sa demande en mariage. La jeune fille répond qu’elle n’épousera jamais un païen. Furieux, celui-ci lui tire un coup de fusil à bout portant, mais sans la blesser mortellement. Nouvelle instance du misérable, nouveau refus de la jeune fille. Une seconde détonation se fait entendre, et la valllante enfant tombe foudroyée. Cette mort glorieuse prouve la sincérité de la foi qu’on rencontre chez nos vieux chrétiens ; elle attirera sur eux les bénédictions du ciel.
« Le jour de la Sainte-Agnès. nous étions à Pétouné, où je passai les premiers jours de l’an chinois en compagnie de M. Maillard et du P. Hilaire. Il y eut 123 confirmations.
« La ville de Pétouné est bâtie sur les bords du Soungari. Le 26 février, à 9 heures du matin, je traverse le fleuve qui compte à cet endroit 2 lys de largeur, et je me trouve sur la terre de Mongolie. Obligé de parcourir d’immenses prairie où les habitations sont rares et les rencontres de brigands fréquentes, je fus heureux d’accepter l’offre du préfet de Pétouné de me frire accompagner par dix soldats. Nous arrivâmes le soir à la résidence d’un roi mongol, où nous passâmes la nuit. Le lendemain, à 6 heures du soir, nous entrions dans la cour de la résidence de Neung-an où je surpris Mil. Bourlès et Gaspais, qui n’étaient pas prévenus de mon arrivée.
« M. Bourlès a donné 7 baptêmes d’adultes in articulo mortis, et fondé une nouvelle chrétienté à six lieues de sa résidence. J’ai donné à Neung-an la confirmation à 50 personnes.
« Le district de Ounng-hou-tzé-ouo-peung comprend deux postes assez rapprochés l’un de l’autre et ne comptant que de vieux chrétiens. M. Pic, dont la santé laisse toujours à désirer, en a été nommé titulaire. Il y eut 24 confirmations. J’en administrai 204 à Siao-pa-kia-tse et 182 à Se-kia-tse.
« A Tcha-lou-heu, poste de nouveaux chrétiens, le missionnaire enregistre 28 baptêmes d’adultes. Il a un grand nombre de catéchumènes.
« M. Cubizolles, missionnaire de Ghirin, tout en étant chargé du grand séminaire, apporte une gerbe de 32 baptêmes d’adultes.
« Le nombre des baptêmes, dit-il dans son compte rendu, est inférieur à celui de l’an « dernier, mais celui des confessions annuelles est supérieur. Nos néophytes semblent mieux « comprendre la pratique de la vie chrétienne. »
« M. Monnier, provicaire de la mission, a été appelé l’année dernière au poste de Karbine, dans le but de ramener à la pratique de leurs devoirs religieux tant de chrétiens, attirés dans cette ville par l’appât du gain, et d’entamer la masse païenne. Les efforts de son zèle n’ont pas encore été couronnés de grands succès. A Karbine même il y a eu 3 baptêmes d’adultes et 15 à Thouang-tcheng-pou, chrétienté qui relève du district de Karbine. Dans ce second poste, les espérances de conversions sont plus fondées ; le missionnaire y entretient des écoles très florissantes.
« M. Monnier a dû faire des réparations importantes dans les deux endroits. A Karbine, il a reconstruit la résidence, restauré l’inlérieur de la chapelle, élevé un autel, posé un beau chemin de croix et meublé la sacristie. Il a maintenant le bonheur de pouvoir conserver le Saint-Sacrement. A Thouang-tchenh-pou, il a construit une église et réparé les écoles.
« Aujourd’hui que les constructions matérielles sont à peu près terminées, espérons que l’édifice spirituel s’élèvera à son tour et que, le bon Dieu aidanl, le missionnaire pourra retirer du péché tant de pauvres égarés et obtenir la conversion de nombreux païens.
« Le district d’A-che-heu comprend 6 postes et plus d’un millier de chrétiens. M. Obin, qui en est titulaire, m’écrit, à la date du 4 septembre : « L’année dernière, je finissais mon « compte rendu sur une parole d’espérance. Je comptais sur une belle récolle d’âmes et je n’ai « pu glaner qu’une gerbe de 104 baptêmes d’adultes. J’ai eu la joie de découvrir une « nombreuse famille de descendanls d’anciens chrétiens dont voici l’histoire : La persécution « avait chassé cette famille du Chan-toung, deux de ses membres y furent même décapités. « C’est alors qu’elle s’enfuit dans les lieux déserts qui environnent Ningouta. Elle n’y « rencontra jamais ni missionnaire, ni chrétiens. Aussi petit à petit l’idée exacte du « christianisme s’effaca de l’esprit des jeunes exilés et ils bâtirent une pagode qu’ils « appellent : « La pagode du Maître du Ciel. » Leurs descendants me conduisirent à cette « pagode : j’y ai vu un vieux bout de chapelet, et un crucifix en os jauni par le temps, d’une « longueur de vingt centimètres environ, dont les bras sont cassés. Ce crucifix seul est une « preuve d’authenticité, car sa couleur jaune vieil os indique qu’il doit remonter à deux cents « ans. Je l’ai baisé avec respect. Quant à eux, ils n’osaient pas y toucher, craignant d’être « frappés de châtiment. Dans la pagode on voit encore trois petites statues en bronze: je leur « demandai ce qu’elles représentent ; ils me répondirent qu’ils l’ignoraient, et ils ajoutèrent « que leurs vieux parents vénéraient autrefois une image représentant deux hommes et une « femme : la sainte Famille à n’en pas douter. Ils brûlent devant ces objets religieux de « l’encens et du papier, mais ne vénèrent pas les divinités païennes. La pagode est connue « dans le village sous le nom de Tien-tchou-miao, pagode du Maître du Ciel. En 1900, des « païens leur ayant dit qu’on tuait les adorateurs de cette religion, ces pauvres gens tendirent « dans la pagode un morceau d’étoffe rouge devant le Christ et le chapelet. La famille « composée de 70 à 80 membres s’appelle Ien. Ils m’ont déclare que, plus à l’est, se trouve « une autre famille du nom de Ting, d’environ 40 ou 50 personnes, venue également dans ces « parages, il y a plus de deux cents ans, et qui, elle aussi, vient vénérer la pagode de Tien-« tchou-miao. Comme elle habite loin d’ici, je n’ai pu encore la visiter, mais je le ferai le plus « tôt possible. J’ai exhorté la famille Ieu à embrasser la foi de ses ancêtres. Tous se sont « déclarés prêts à se convertir et j’ai emmené les deux fils ainés à Ningouta. »
« Le district de Fou-loung-kiuen a été détaché cette année de celui de Neung-an et M. Gaspais en a été nommé le titulaire. Laissons-le nous en exposer lui-même l’étal : « Le « district se compose actuellement de trois postes : Fou-loung-kiuen, Kia-kia-touo-tze et le Si-« man-tchen.
« La population chrétienne de Fou-lang-kiuen fournit une moyenne de 100 confessions « annuelles. Les vieux chrétiens remplissent généralement bien leurs devoirs. Un assez grand « nombre aiment à se confesser et à communier tous les huit jours. L’exhortation du Saint-« Père ne fera qu’augmenter leur dévotion envers la sainte Eucharistie. Quant aux nouveaux « chrétiens, ils laissent encore bien à désirer. J’avais essayé de porter remède à leur apathie en « établissant une école de filles, persuadé que j’étais que la vraie racine du mal se trouve dans « l’insuffisance de l’education religieuse. M. Sandrin m’ayant envoyé deux vierges chinoises, « l’école s’ouvrit : an bout d’un mois elle comptait 30 élèves, tout marchait à souhait, quand « arriva une épidémie qui atteignit les deux maîtresses elles-mêmes. Il fallut licencier l’école, « à mon très grand regret, car je prévois qu’il ne sera pas facile de faite revenir les écolières.
« A une journée à l’ouest de Fou-loung-kiuen se trouve Kia-kia-touo-tze ; éloigné de tout « centre, ce poste se compose de bons et braves paysans. Je m’y rends souvent et toujours « avec joie. Là on se sent tout à fait en famille et l’arrivée du prêtre est toujours une fête. A « peine paraît-il, qui tous accourent, depuis les plus petits qui peuvent à peine marcher, « jusqu’aux vieillards appuyés sur leur bâton. La manière dont ils l’abordent montre de suite « que pour eux le missionnaire est un père. Ils me rappellent un peu nos braves gens de « Bretagne ; comme eux ils sont très simples et d’une familiarité qui n’exclut point le respect.
« Cette année, je compte là près de 300 confessions annuelles, et à chaque voyage se « renouvellent les confessions et communions de dévotion.
« Encore plus avant dans le nord-ouest se trouve Si-nan-tchen. La population est moitié « mongole, moitié chinoise. On n’y trouve que quelques chrétiens dont la ferveur laisse à « désirer ». Il y a eu 33 confirmations dans le district.
« M. Gérard, qui a remplacé depuis un an M. Monnier dans le district de Kouan-tcheng-« tze, écrit :
« Votre Grandeur a fait cette année la visite du district depuis peu confié à mes soins, et « elle a pu constater elle-même la bonne impulsion donnée par notre cher provicaire pour « étendre le règne de Notre-Seigneur soit dans la ville même, soit dans les environs. La belle « gerbe de 107 baptêmes d’adultes recueillie cette année est moins le fruit de mes travaux que « le prix des peines endurées par mon prédécesseur pour gagner des âmes à Jésus-Christ. Les « écoles et salles de prédication sont toujours prospères et bien fréquentées. A Tong-ka-la, « une nouvelle église a été construite. Dans la ville de Kouan-tchen-tze, les chrétiens me « donnent quelques consolations. Les écoles de filles et de garçons sont en bonne voie de « prospérité. »
« M. Gérard est aidé par M. Revaud dans les travaux du saint ministère.
« Avec Kouang-tcheng-tze, se clôt la liste des districts situés dans la province de Ghirin. Quelques mots maintenant de ceux qui sont établis dans celle de Tsi-tsi-kar :
« M. Roubin, fondateur de la colonie Saint-Joseph de Toung-ken, écrit : « Je viens de faire « le recensement de la colonie Saint-Joseph. Elle compte à l’heure actuelle 2.406 personnes « dont 1.830 chrétiens baptisés et catéchumènes et 576 païens. »
« Le missionnaire plaint que le travail d’évangélisation soit très difficile parmi les défricheurs disséminés dans des steppes immenses. Hiver comme été, ils sont très occupés du matin au soit. Aller à l’école, ils ne peuvent y songer. Apprendre le catéchisme, ils n’en ont pas le temps. La vie matérielle les absorbe entièrement et la conversion est remise à plus tard. Malgré les difficultés de cet état de choses, M. Roubin a été heureux de récolter une gerbe de 125 baptêmes d’adultes. Il a eu 690 confessions annuelles et 465 communions.
« Son vicaire, le prêtre indigène Pierre Tchanh, a visité les chrétiens de Min-tzé-hieou-king et quelques familles de néophytes habitant sur la route de Tsi-tsi-kar. Parmi celles-ci, it en a retrouvé une qui a été baptisée par M. Noirjean. Comme elle est influente dans le pays, il espère s’en servir pour y fonde un poste.
« Dans la ville de Toung-ken, distante de 20 kilomêtres de la colonie Saint-Joseph, un terrain a été acheté et nous y construirons prochainement un oratoire pour les nouveaux chrétiens de la ville et des environs.
« En descendant les plateaux de Toung-ken, après trois journées de marche vers le sud, on arrive à la ville de Pei-lin-tse, où réside depuis un an M. Fleuriet. Il expose ainsi lui-même « l’étal, de son district à son évêque : « En vous envoyant mon premier compte rendu, je dois « remercier le bon Dieu d’avoir béni le prémices de mon ministère. L’année a été calme. En « bons rapports avec les autorités du pays, je n’ai eu à souffrir ni vexation ni ennui de leur « part. Aussi l’administration s’est-elle faite dans de bonnes conditions. Sans doute, il reste « encore beaucoup à faire ; les chrétiens sont peu nombreux et leur ferveur n’a rien « d’extraordinaire, mais avec la grâce de Dieu, chaque année amènera quelque amélioration.
« Si je me reporte aux chiffres des années précédentes, je constate avec plaisir que tout a « progressé. Les baptêmes d’adultes atteignent le chiffre de 51 ; 185 enfants de païens ont été « régénérés in articulo mortis.
« Les confessions et communions de dévotion ont aussi augmenté de près de moitié, et « j’espère que l’an prochain elles seront plus nombreuses encore. Les chrétiens sont tout « disposés à obéir aux exhortations du souverain Pontife. Depuis la publication de « l’encyclique sur la communion fréquente, les fidèles, hommes et femmes, se sont approchés « plus souvent de la sainte Table, et je compte beaucoup sur ce moyen pour ranimer leur « ferveur qui jusqu’ici laissait un peu à désirer.
« Cette année, j’ai jeté les bases d’une chrétienté dans la nouvelle ville de Chouang-loung-« tcheng, au nord de Pei-lin-tse. Le terrain a été donné par un chrétien. Les constructions « nécessaires ont été faites, et un maître d’école y est établi. Avec la grâce de Dieu, ce poste « est appelé à devenir prospère. Le pays est bon, et la population dense. Dès ma première « visite j’ai pu inscrire 31 familles de catéchumènes. Dans une autre station j’ai bâti, cette « année, une école de filles qui s’ouvrira à l’automne prochain. A Pei-lin-tse, l’ancienne « tombait en ruines. J’en reconstruis une nouvelle qui sera inaugurée dans quelques mois. »
« M. Delpal, chargé du district de Kou-lan, enregistre 82 baptêmes. Comme ce confrère doit actuellement s’occuper de nouvelles constructions, il vient de recevoir un aide, le prêtre indigène Jacques Tchang, tout récemment ordonné.
« Le district de Su-king-kai est administré par le P. Antoine Ting. Il compte 306 chrétiens répartis en trois stations. Le P. Ting a baptisé 33 adultes, et a reçu dans ses écoles quelques enfants de familles païennes influentes qui tous désirent se faire chrétiens ; mais, avant d’être admis au baptême, ils devront obtenir le consentement de leurs parents.
« M. Mutillod, tout en étant chargé de l’école préparatoire au séminaire, s’occupe en même temps des 200 fidèles qui composent la chrétienté de Si-ki-tchang. Il se réjouit d’avoir construit une église et de pouvoir enfin conserver le très saint Sacrement.
« M. Guérin, missionnaire de Pa-ien-sou, constate que ses chrétiens observent fidèlement leurs devoirs religieux. Malheureusement, ils ne se signalent point par l’esprit de prosélytisme. 45 baptêmes d’adultes sont venus grossir le troupeau du missionnaire qui a doté son poste d’une petite église.
« En terminant cet aperçu sur la situation de notre mission, conclut Mgr Lalouyer, nous remercions sincèrement MM. les membres du conseil de la Propagation de la foi de leur dévouement admirable à venir au secours des missionnaires. Ils peuvent être assurés que les chrétiens, les missionnaires et le vicaire apostolique de la Manchourie septentrionale ne cessent de prier le divin Pasteur de les en récompenser au centuple. »



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