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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen méridional
Rédacteur:Mgr Chatagnon

III. ─ Su-tchuen méridional

Population catholique 29.783
Baptêmes d’adultes 2.542
Baptêmes d’enfants de païens 17.913
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« Nous devons de grandes actions de grâces à Dieu, qui a béni nos travaux d’une manière toute particulière, écrit Mgr Chatagnon. Nous nous attendions à une diminution sensible, soit dans le nombre des confessions et communions, soit surtout dans celui des baptêmes d’adultes, et voici que nous sommes en progrès. Nous en avons une preuve de plus : pour Dieu, il n’y a pas d’obstacle, et les événements, même les plus contraires, servent à l’accomplissement de ses desseins.
« Cette année, notre mission a subi des pertes matérielles très sensible, par suite d’un incendie qui a détruit une partie de notre résidence à Kia-tin. Cette ville, quoique moins importante que Soui-fou, est plus centrale att point de vue géographique. Nous y avons une résidence plus vaste que celle de Soui-fou. Nous y faisons nos réunions et nos retraites annuelles. Or Kia-tin a failli, ce printemps dernier, être complètement réduit en cendre. Une bande noire s’était formée pour piller la ville à la suite du désordre produit parles incendies qu’elle allumait de tous côtés. Deux fois, à quelques jours d’intervalle seulement, le feu prit dans notre rue, et brûla un grand nombre de maisons.
« La première fois, le sinistre ne nous atteint pas ; mals, la seconde, c’est chez nous même qu’il éclate, dans des boutique en bordure de la rue, qui sont entièrement consumées. C’est un miracle que la résidence, située en arrière de ces boutiques et séparée d’elle seulement par une étroite cour, ne devienne pas aussitôt la proie des flammes, car toutes les constructions sont en planches. Au début de l’incendie, le vent pousse les flammes du côté de notre maison, et il semble que le seul parti à prendre soit de se sauver au plus vite. Mais le bon Dieu permet qu’au moment où le feu va prendre à la résidence, le vent tourne subitement. Aussitôt nos chrétiens, dirigés par M. Puech, voyant ce signe de la protection divine, reprennent courage et parviennent à arrêter les flamme. Il faut avoir vu un incendie dans ces villes construites en bois pour s’en faire une idée et comprendre l’anxiété commune. Et encore le feu n’est pas le seul danger dont il faille alors se préserver. Des bandes de gens ans aveu, sous le fallacieux prétexte de combattre le fléau, accourent de tous côtés, sans autre but réel que de se livrer au pillage. Insensibles su vertige, ils courent sur le toits et profitent du désordre pour s’introduire dans le maisons et faire main basse sur tout ce qu’ils trouvent. Bien secondé par ses chrétiens et par la police, M. Puech maîtrise ces bandes et les empêche de pénétrer chez nous ; c’est assez de voir réduites en cendres les boutiques dont les revenus suffisaient à l’entretien de la résidence. Notre maison elle-même a subi de sérieux dommages et il faudra en reconstruire une partie.
« Nous avons éprouvé, cette année, dans la poursuite de nos œuvres, une opposition plus grande de la part des mandarins. Sur le mot d’ordre venu de Pékin : « La Chine aux Chinois », toutes les autorités, sans nous attaquer ouvertement, se sont montrées plus hostiles. Les libertés que nous assuraient les anciens traités nous sont retirées, ou tout au moins disputées avec acharnement. Dans les affaires de religion entre païens et chrétiens, affaires inévitables partout où il se fait des conversions, il est parfois difficile d’obtenir un semblant de justice. Les protestants nous créent également bien des difficultés.
« Voici les chiffres les plus consolants, qui attestent le zèle des missionnaires et l’empressement de nos chrétiens à fréquenter les sacrements :
« Nous comptons 20.794 confessions annuelles pour une population chrétienne de 29.000 âmes. Il n’y a guère plus d’un millier de fidèles en âge de se confesser qui n’aient pas accompli ce précepte. La plupart sont bien excusables à cause de la rareté des prêtres, de la dispersion des chrétiens et de leur absence au moment du rapide passage du missionnaire dans les petites stations.
« Nous ne pensions pas que le nombre des confessions et communions de dévotion pût augmenter beaucoup. Cependant il est monté de 50.000 à 57.000 pour les unes, et de 59.000 à 73.000 pour les autres.
« Le chiffre des baptêmes d’adultes, qui était de 2.102 l’an dernier, s’est élevé cette année à 2.542. C’est une augmentation de 440 ; elle est modeste, néanmoins pour ceux qui savent combien de difficultés rencontre une conversion et quel travail elle demande, ce résultat paraîtra très consolant.
« Les écoles paroissiales et les catéchuménats, si nécessaires pour l’établissement et la conservation de notre sainte religion, n’ont pas été négligés. Au lieu de 4.800 étudiants qu’ils comptaient l’an passé, ils en ont celle année 5.248. Ce grand nombre d’élèves donne beaucoup de travail aux missionnaires obligés de surveiller et de visiter souvent les écoles disséminées dans leurs districts. C’est en outre une lourde charge pour la mission ; mais nous ne regrettons pas la dépense, et nous partageons l’avis du cardinal Manning, répondant à l’offre généreuse d’un riche catholique pour bâtir sa cathédrale : « Quand nous aurons assez « d’écoles pour tous nos enfants, alors nous poserons la première pierre de la cathédrale. »
« Les relations des missionnaires ne signalent aucun fait extraordinaire. Le succès n’est pas toujours proportionné à la peine prise ni aux efrorts accomplis ; il y a des terrains plus ingrats les uns que les autres. Certains pays semblent frappés de stérilité au moins pour un temps. Le souffle de la grâce qui convertit se dirige là où Dieu le veut. Quelques prêtres ont un petit troupeau, si on le compare à d’autres. Ils se trouvent dans les montagnes où la population est clairsemée, et où ils doivent, pour visiter leurs chrétiens, parcourir d’immenses étendues de pays par des chemins dificiles et souvent périlleux.
« D’autres sont âgés, comme M. Gourdin, qui, malgré ses 70 ans passés, s’est dévoué pour ouvrir à l’Évangile la sous- préfecture de Ho-kiang.
« C’est M. de Guébriant, supérieur du Kien-tchang, qui a obtenu cette année le chiffre le plus considérable de baptêmes d’adultes. Lui-même va nous faire connaitre ses travaux, ses succès et ses espérances.
« Dans les deux districts que j’ai visités cette année, le mien et celui que m’a laissé M. « Sirgue, écrit-il, j’ai eu 420 confessions annuelles et 185 baptêmes d’adultes. Le dernier « chiffre eût été facilement plus élevé d’un tiers sans l’extrême difficulté de recueillir en ces « pays neufs un bon personnel enseignant.
« Ces deux districts sont séparés par la sauvage rivière du Ya-long que les Chinois « appellent Kin-ho. Le premier, sur la rive gauche, comprend la partie la plus centrale du « Kien-tchang, et m’est échu en partage dès mon retour dans le pays en 1906. Il a passé en « trois ans de 90 confessions annuelles à près de 300, réparties en six stations au lieu de trois. « La chrétienté de Ho-si est celle qui s’y développe le plus rapidement. Le nombre des « baptisés y dépasse déjà la centaine, et j’ai dû y construire une église avec résidence ; le tout « est presque achevé à l’heure actuelle.
« Mon second district embrasse la sous-préfecture pres entière de Yen-yuen-hien au-delà « du Ya-long. Le véritable Yen-yuen-hien, avec sa division en neuf principautés aborigènes, « sa population faite de huit races différentes, ses mœurs spéciales, et tout ce qui en un mot en « fait nu pays à part, ne commence qu’à la rive droite du Ya-long. Toute cette rive de la « rivière, jusqu’à son coufluent, quarante lieues plus loin, avec le Yang-tse, appartient au « grand chef héréditaire ou Tou-sse des Mossos, dont le Yamen est à vingt kilomètres de « Tchang-pin-tse près du hameau de Yeou-so. Ce personnage avait d’abord vu de très « mauvais œil notre installation dans le pays et, pendant plus d’une année, nous suscita une « opposition qui finit par aller ,jusqu’à la violence. Le temps, la patience , les démarches « d’intermédiaires bienveillants, enfin quelques cadeaux placés à propos, ont dissipé peu à « peu les malentendus. Les habitants sont des Mossos ou des Chinois plus ou moins métissés. « Je compte parmi ces derniers plus de 60 baptisés et au moins 200 catéchumènes. J’espère « voir se former là un poste sérieux. Nous avons dans le pays d’autres chrétiens : deux « localités surtout paraissent en voie de former des stations nouvelles. La première est Ga-sa-« la, le chef-lieu du Chan-heou. Deux mandarins, un civil et un militaire, y ont leur résidence. « Grâce à l’activité de nos confrères du Yun-nan qui, les premiers, ont ouvert cette région à « l’évangélisation, nous avons à Ga-sa-la même un immeuble assez commode, bien que fort « exigu, et plusieurs familles de néophytes. Quelques-uns sont baptisés déjà et, si une école « que j’ai ouverte en mars dernier réussit, leur nombre ne tardera pas à s’accroître.
« Tchang-hoan-se avec le marché voisin de Pien-wai, le plus excentrique du Su-tchuen, est « le troisième endroit qui donne quelque espoir. Il est à cinq lieues à l’ouest de
« Ga-sa-la. Après de longs tâtonnements, il s’est formé, à la campagne, un petit groupement « de nouveaux chrétiens et j’y baptise à chaque visite deux ou trois personnes. Un maître « d’école improvisé sur place enseigne les priètes et le catéchisme. Si tout va bien quelques « mois encore, il aura là, dès l’automne prochain, une station définitivement fondée.
« Pour ne rien oublier du christianisme au Chan-heou, il faudrait encore citer Mien-hoa-ti, « marché important situé à une journée au sud de Ga-sa-la, à quatre lieues du Yang-tse. Mon « confrère de Houi-li-tcheou, M. Castanet, a bien voulu se charger de cette station naissante, « qu’il peut, de sa chrétienté de Hong-pou-so, atteindre en deux jours.
« En obliquant légèrement sur la gauche, nous arrivons à la nouvelle chrétienté de Kiou-« chan-tchay. Elle est à l’entrée de l’étroite vallée par laquelle les eaux de la plaine « s’échappent dans la direction du sud, cherchant, à travers un dédale inouï de montagnes, « leur route vers les affluents du Ya-long. L’endroit est agréable, bien arrosé, bien caché. A « trois ou quatre kilomètres à la ronde vivent quelques dizaines de familles chinoises, dont la « plus influente, nommée Tcheou, est en bonne voie de conversion. Le père et le fils aîné sont « déjà baptisés. Grâce à eux, et à l’école qu’ils ont installée dans le hameau depuis trois mois, « il y a chance d’entamer cette population.
« Prenons maintenant la route de Yen-yuen-hien. La petite cité qui gouverne cette « immense sous-préfecture, et qu’en langage courant on appelle Oui-tchen, offre peu de prises « à l’évangélisation. Plusieurs essais successifs n’ont presque pas laissé de traces. L’année « dernière, le bon Dieu a daigné susciter quelques bonnes volontés, grâce auxquelles une « station est née, et grandit lentement. Sur plus de 50 catéchumènes, il y a déjà une douzaine « de baptisés. J’ai trouvé un catéchiste capable de les instruire et acquis une pauvre « maisonnette à laquelle deux mois de réparations et d’amé nagements divers ont fini par « donner une apparence presque coquette.
« Avant de regagner les pays pins civilisés du Kien-tchang centrai, disons un mot d’une « dernière chrétienté en espérance, celle de Chen-keou. Il y a dans ce village et aux alentours « plus de 40 nouveaux convertis. Une école y est ouverte depuis Pâques, et les premières « nouvelles que j’en ai reçues sont encourageantes. »
« Si, en commençant ce rapport, reprend Mgr Chatagnon, nous avons fait remarquer que les mandarins nous ont été généralement hostiles, il faut ajouter qu’ils ont maintenu l’ordre et la tranquillité, si menacés au début de ce nouveau règne. Dans notre mission du moins, il n’y a eu ni troubles, ni persécution sérieuse, et les missionnaires ont exervé leur ministère en toute sécurité. On commence à prendre confiance dans le Régent, père de l’Empereur. Il se montre peut-être un peu trop xénophobe, bien qu’il ne puisse se passer des étrangers ; mais il a fait preuve, jusqu’ici, d’une certaine habileté et a montré de l’énergie.
« Une mesure qui est toute à son honneur, et dont les missionnaires lui sont très reconnaissants, est celle qu’il a prise pour guérir le peuple chinois de la funeste habitude de l’opium, devenue presque universelle en ces derniers temps. Si le Régent poursuit cette réforme avec une constante énergie, en peu d’années elle sera couronnée d’un plein succès. Les fumeurs invétérés en souffrent, il est vrai, mais, une fois guéris, ils seront les premiers à se féliciter d’avoir subi cette contrainte. En attendant, ils ne se plaignent pas trop. Ce sera une grande difficulté de moins pour les missionnaires, qui rencontrent parmi leurs catéchumènes tant de ces fumeurs qu’ils n’osent admettre au baptême.
« Nos œuvres hospitalières prospèrent à souhait. A Soui-fou surtout, elles semblent prendre un nouvel essor. L’hôpital et le dispensaire, tenus par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, sont de plus on plus fréquentés par les païens. Le pavillon des européens excepté, tout le reste est à peu près rempli.
« Voyant que nos bonnes religieuses avaient si bien réussi à Soui-fou, nous avons résolu de les établir aussi à Kia-tin, seconde ville du vicariat. Nous nous bornerons à un dispensaire pour les débuts. D’ailleurs, un dispensaire, étant plus fréquenté qu’un hôpital, où la place est forcément restreinte, fait tout autant de bien auprès des païens.
« Nos hospices de vieillards et d’infirmes pauvres, établis en plusieurs villes, telles que Soui-fou, Sou-tcheou, Kuin- lien, Tse-lieou-tsin, sont toujours au complet, et fournissent un assez bon nombre de baptêmes d’adultes. Ces néophytes i’augmentent pas sensiblement la population chrétienne, car la plupart ne tardent pas à mourir, mais ils peuplent le ciel où ils se font les intercesseurs de leurs compatriotes.
« Quant à nos deux séminaires, nous n’avons qu’un vœu à former : puissent-ils persévérer dans la bonne tenue et le bon esprit qui les distinguent. Le nombre de 108 élèves qu’ils ont atteint cette année ne peut guère être dépassé. Que Dieu conserve les zélés directeurs qui se dévouent à la formation de nos séminaristes, et surtout le vénéré Supérieur, M. Scherrier, qui porte le poids de 60 années.
« Malgré l’espérance que nous plaçons dans ce clergé indigène, nous ne saurions trop répéter les paroles de l’an dernier à savoir que « les convertisseurs d’âmes viennent toujours pour la plupart de notre Séminaire de Paris ».
« C’est pourquoi nous prions Dieu qu’il assiste les Directeurs de ce cher Séminaire dans l’œuvre importante de la formation des futurs missionnaires qu’ils préparent pour remplacer ceux qui ont vieilli dans les travaux apostoliques. »



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