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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen occidental
Rédacteur:Mgr Dunand

CHAPITRE III
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GROUPE DES MISSIONS DE L’OUEST
DE LA CHINE

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I. ─ Su-tchuen occidental

Population catholique 40.000
Baptêmes d’adultes 1.491
Baptêmes d’enfants de païens 18.223
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« L’administration et la visite des chrétiens, écrit Mgr Dunand, vicaire apostolique du Su-tchuen occidental, se sont faites d’une manière normale. Mais les conversions sont toujours difficiles. Les habitants du Su-tchuen se préoccupent surtout de ce qui touche à leur agriculture ou à leur commerce. Sans doute, ils admettent l’existence de la divinité ; ils adorent de nombreux génies (poussahs), craignent l’esprit du tonnerre et ont dans leurs pagodes des tableaux représentant l’enfer. En pratique, ils vivent comme ne croyant à rien. Il y a cependant d’honorables exceptions, des hommes chez qui le sens moral n’est pas oblitéré et sur qui la loi naturelle exerce encore ses droits. C’est parmi eux que l’Évangile recrute ses croyants ; mais quel travail pour en faire des chrétiens convaincus et solides !
« Nous avons pu, cette année, obtenir environ 1.500 baptêmes d’adultes, chiffre un peu inférieur à celui du précédent exercice. Ces nouveaux chrétiens remplaceront ceux que la famine, qui a désolé le nord du vicariat, a forcés de s’expatrier dans les provinces voisines.
« Les mandarins s’opposent, en général, à la conversion des païens, leurs subordonnés. En agissant de la sorte, ils savent qu’ils répondent aux vœux secrets de notre nouveau vice-roi.
« Lorsqu’il arriva ici, l’an passé, il était précédé d’une renommée toute en sa faveur. On le disait bien disposé pour les étrangers. Les faits ont vite prouvé le contraire. Ainsi, il a soutenu le sous-préfet de Sin-tou qui, voulant restaurer la pagode de Confucius, exigeait la participation de nos chrétiens. Notre ministre à Pékin, mis au courant de l’affaire par le consul, a voulu intervenir, mais inutilement. Le vice-roi se refuse à régler la question.
« Nous avions au bureau des Affaires Etrangères un homme capable et bien disposé pour nous, il l’a changé, sous prétexte d’avancement. Son successeur, qui fut jadis soigné et guéri dans notre hôpital, s’est montré sans doute trop bienveillant aussi, il a dû céder la place à un troisième.
« Dernièrement nous avons eu deux néophytes tués ; nos réclamations jusqu’ici sont restées sans résultat.
« Au cours de cette année, il y a eu plusieurs tentatives de révolte suscitées par les sociétés secrètes qui voulaient profiter dii mécontentement du peuple sans cesse accablé de nouveaux impôts, pour tenter le renversement de la dynastie régnaute.
« Dans la sous-préfecture de Gan-hien, les Kémin-tang se livrèrent au pillage, à l’incendie, au meurtre. Un de nos néophytes succomba sous leurs coups. Lautorité réussit à s’emparer des meneurs qui furent mis à mort. Leurs adeptes se dispersèrent comme par enchantemeut.
« Tchen-tou, nous avons couru un danger plus sérieux. Au mois de janvier, les Kémin-tang, poussés par leurs amis des autres provinces, formèrent le projet de s’emparer de la ville. Une partie des conjurés devait se porter sur les établissements catholiques, distraire ainsi et occuper les mandarins, obligés de protéger les étrangers. Pendant ce temps, les autres marcheraient sur l’arsenal, pour s’emparer des armes et des munitions, et feraient irruption chez le vice-roi, le trésorier impérial et dans les banques. Heureusement, on intercepta une lettre d’un conjuré et le complot fut découvert : quelques chefs furent pris, la ville immédiatement mise on état de siège, et les portes gardées jour et nuit. Si le coup avait réussi, Tchen-tou eût beaucoup souffert ; nos établissements auraient disparu.
« Notre hôpital de Tchen-tou continue à justifier a bonne réputation. Environ 30 malades y ont été baptisés. Les autres en sortent, emportant le meilleur souvenir du personnel si dévoué qui les a soignés. Régulièrement, l’hôpital ne peut contenir que 80 malades ; il a fallu s’ingénier pour en recevoir jusqu’à 110.
« Tout en travaillant à étendre le royaume de Dieu, nous faisons notre possible pour développer l’influence française. C’est dans ce but que nons avons aidé de notre mieux la fondation d’un Institut Pasteur, que M. Wilden, consul de France, a entreprise avec l’aide de ses amis. Tchen-tou n’étant pas ville ouverte, la France n’y peut rien édifier à titre officiel. C’est la mission catholique qui a prêté le terrain et élève un établissement qui, aux yeux de la loi chinoise, est regardé comme nôtre.
« Cet institut de bactériologie fait face à notre deuxième hôpital, situé en dehors de la porte nord ; une rue seule les sépare. Nons pourrons sous peu en faire l’inauguration. La maison s’achève, le médecin destiné à ce poste est arrivé : parmi les malades qui viendront s’y faire soigner nous glanerons certainement quelques baptêmes.
« En juin, s’est passé un événement inouï dans les annales de notre vicariat : nous avons fait, à la capitale, deux processions splendides, l’une le jour de la Fête-Dieu, l’autre pour la solennité du Sacré-Cœur. Nous ne sommes pas sortis, il est vrai, de nos établissements, mais le concours et l’affluence des païens fut extraordinaire. Tout se passa dans un ordre parfait : la police, qui était présente, n’eut pas à intervenir. Les religieuses, aidées de leur personnel, disposèrent toutes choses comme des Sœurs savent seules le faire. Le clergé de la ville était présent et M. Wilden, consul de France, y assistait. Ces processions firent sensation dans la ville et la banlieue ; il n’y eut pas la moindre note discordante.
« J’ai parlé, l’an passé, du grand séminaire que nous avons dû reconstruire et agrandir. Nous espérons achever cette année cet important travail. La nature du terrain, le caractère et les dimensions de cette nouvelle construction, demandent de la part de nos architectes, non seulement de l’habileté, mais encore une bonne dose d’énergie et de patience.
« En parlant de nos séminaires, je dois dire que les élèves sont animés d’un bon esprit et donnent toute satisfaction. Les prêtres qui en sortent se montrent fidèles à leur vocation. Ils nous sont non seulement utiles mais vraiment nécessaires, dans une mission qui est si vaste, et dont les chrétiens, relativement peu nombreux, sont disséminés un peu partout. Cependant ils ne pourront, de longtemps encore, suffire à eux seuls au besoin du Vicariat. Aussi prions Dieu de main tenir en Europe l’esprit apostolique et de susciter des vocations toujours plus nombreuses pour combler les vides que la maladie ou la mort font dans nos rangs. Nous avons-quatre ou cinq missionnaires que l’âge ou les infirmités rendent incapables duu travail sérieux.
« En décembre dernier nous avons eu le malheur de perdre notre provicaire, M. Pontvianne. C’était un homme de valeur, qui a rendu de grands services à la mission. Il a fourni en Chine une longue et fructueuse carrière. Nous aimons à espérer que Dieu, dans sa miséricorde, lui a donné déjà la couronne promise à ceux qui ont combattu le bon combat.

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