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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen oriental
Rédacteur:Mgr Chouvellon

II ─ Su-tchuen oriental

Population catholique 51.361
Baptêmes d’adultes 2.130
Baptêmes d’enfants de païens 10.546
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« Nos œuvres, écrit Mgr Chouvellon, vicaire apostolique du Su-tchuen oriental, ont continué leur marche progressive et l’administration des districts s’est faite régulièrement. Quelques mandarins ont molesté nos néophytes : dans plusieurs districts, pour obéir, disaient-ils, aux ordres du vice-roi, ils ont voulu connaître le nombre des catholiques, dresser des listes détaillées de leurs noms, de leurs professions, de leurs biens, etc., etc. D’après la rumeur publique, on se préparait à exproprier les chrétiens ou à leur imposer des taxes spéciales. La prudence des missionnaires, la fermeté de nos néophytes ont permis d’éviter tout froissement, et les recherches des mandarins ont cessé.
« Par suite de la politique tracassière inaugurée par les mandarins pendant ces deux dernières années, le mouvement des conversions a semblé fléchir un instant dans plusieurs districts, mais, en général, nos néophytes se sont montrés fermes dans la foi et ont fait des efforts pour amener à la religion leurs amis et leurs connaissances ; c’est pourquoi les adorateurs sont toujours nombreux. De tous côtés, missionnaires et prêtres indigènes demandent des catéchistes ou des maîtres d’école. Tous les cleres disponibles et les théologiens qui ont fini leurs cours ont été mis à leur disposition.
« S’il est consolant de voir les populations attirées vers notre religion, il est regrettable de n’avoir pas de coopérateurs en nombre suffisant pour travailler à leur instruction. Trouver et former des catéchistes, voilà la question importante, nécessaire. Espérons que notre prochain synode trouvera les moyens pratiques de la résoudre. Nous avons bien deux ou trois écoles normales en formation qui nous donneront, plus tard, quelques bons instituteurs, mais les résultats que nous en attendons sont encore éloignés.
« Nos écoles paroissiales sont en progrès. Elles oui atteint le chiffre de 326 cette année : 2.869 garçons et 2.294 fillettes y reçoivent l’instruction religieuse jusqu’après la première communion.
« Nos confrères ont mis un gand zèle à célébrer en l’honneur du Sain-Sacrement le triduum recommandé par Notre Saint Père le Pape Pie X. La célébration de ce triduum contribue puissamment à mettre en honneur la réception fréquente des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. Il est facile de le constater par le tableau comparatif des confessions et communions de ces trois dernières années :

1907 1908 1909

Confessions annuelles 23407 24.986 25.918
Confessions répétées 57595 62.777 70.920
Communions pascales 16.406 16.918 17.932
Communions de dévotion 70.610 88.923 100.703

« Trois nouvelles petites églises avec résidence ont été bénites et ouvertes, la première dans la sous-préfecture de Yun-tchouan, à Hin-long-tchang, où habile le vicaire de M. Casimir Cacauld ; les deux autres dans la sous-préfecture de Kin-hien : l’une à Lo-eul-tin, érigée par le P. Mee, vicaire de M. Théodore Cacauld, l’autre à Tsin-ky-tchang, construite par le P. Han, vicaire de M. Perrier.
« C’est à Kin-hien que fut martyrisé le Bienheureux Thaddée Lieou. Ses reliques sont conservées dans l’église de Ly-tou-pa. Les chrétiens aiment à lui recommander leurs intérêts spirituels et temporels et ils sont souvent exaucés. Nous-mêmes, nous aimons à attribuer à l’intercession de notre glorieux martyr le mouvement de conversions qui se dessine dans cette sous-préfecture.
« Au mois d’avril, M. Guillemet, docteur du consulat de France, a pris la direction médicale de notre hôpital. Nous voyons avec plaisir les malades affluer aux consultations et les salles se garnir de païens et de chrétiens qui viennent y chercher la santé. Le compte rendu de la Révérende Mère supérieure porte pour le présent exercice : « Malades soignés à l’hôpital, 87 ; journées d’hôpital, 2.205 ; malades soignés au dispensaire, 20.7145. »
Les Sœurs Franciscaines, toujours attentives à développer leurs œuvres de dévouement, ont ouvert, cette année, un pensionnat où les jeunes tilles catholiques recevront une instruction plus soignée et s’exerceront aux travaux qui conviennent à leur sexe. Dès l’ouverture des cours, au nouvel an chinois, l’établissement comptait 16 élèves venues de différents districts. L’œuvre semble appelée à rendre des services appréciables à nos jeunes chrétiennes ; surtout maintenant qu’on parle tant de réformes et d’émancipation de la femme en Chine.
Le 19 octobre dernier restera une date mémorable pour la chrétienté de Tchong-kin. La première novice chinoise prenait l’habit de religieuse. La chapelle de l’hôpital était remplie de fidèles avides de voir une Chinoise transformée eu Sœur d’Occident. La Mère provinciale, de passage à Tchong-kin, conduisit elle-même à l’autel sa première fille chinoise richement parée. Ses promesses faites, et sa chevelure tombée sous le ciseau de l’évêque, Marie Thaddée (c’est le nom de religion de la nouvelle Sœur) revêtit le saint habit et, toujours conduite par ses supérieures, réapparaissait, un instant après, vêtue en Sœur Franciscaine. Une de ses nièces n’attend qui l’âge requis par l’Institut pour suivre l’exemple de sa tante.
« Notre imprimerie nous a donné, cette année, un dictionnaire chinois très estimé des lettrés et appelé à aider nos nouveaux confrères dans leurs études. Notre journal hebdomadaire « La Vérité » a eu pour rivaux deux journaux publiés l’un par les Japonais et l’autre par les Chinois. Tous deux étaient quotidiens, et tous deux ont cessé de paraître. Notre modeste feuille reste seule ; son directeur pense à augmeuler son tirage, à agrandir ses colonnes et à la faire paraître deux fois par semaine.
« M. Farges a été chargé d’établir et de propager dans le vicariat l’Œuvre de la Propagation de la foi et celle de la Sainte-Enfance. Nos chrétiens, jusqu’à présent, étaient plus habitués à recevoir qu’à donner ; toutefois, ils comprendront le but relevé et vraiment apostolique de ces deux associations et y contribueront autant que lettre ressource le leur permettront.
« M. Pons, chargé de la paroisse du Sacré-Cœur, à Tchong-kin, a atteint la soixantaine cette année ; à cette occasion, ses chrétiens voulurent lui témoigner leur filiale reconnaissance. Il leur parla de l’utilité d’un clocher, lui-même promit de donner une belle cloche. L’idée fut applaudie et aussitôt les fidèles ouvrirent une souscription. M. Caron, procureur de la mission, dressa les plans, et le clocher fut construit. Le dimanche du Saint-Rosaire, devant une nombreuse assistance et en présence des consuls de France et d’Angleterre, la cloche fut bénite solennellement par l’évêque.
« Un quart d’heure après, les marins français l’avaient mise en place et les notes sonores et harmonieuses de « Joséphine », c’est son nom, se répercutaient dans tous les quartiers do la grande ville.
« Le P. Uen, curé de la paroisse du Saint-Rosaire, a lancé, lui aussi, une souscription pour orner son église d’un clocher. Quelques chrétiens généreux offirent trois cloches. Les autres se cotisèrent pour réunir la somme nécessaire à la construction de la tour. Plusieurs riches pales contribuèrent à acheter une grande horloge. M. Caron prit la direction des travaux et, en peu de temps, les vœux du curé furent réalisés au delà de ses espérances.
« Notre hôpital indigène pour les hommes était trop délabré et trop étroit. M. Poun, profitant de l’élan de générosité de ses chrétiens, la rebâti à neuf sur un terrain assez vaste et bien situé. Le nouvel établissement peut donner asile à plus de 50 malades. Là, toutes les misère humaines se donnent rendez-vous : fièvre typhoïde, tuberculose, variole, dysenterie, etc., etc. Un médecin chinois et quelques intermiers sont attachés à cet hôpital et si les malades pauvres ou abandonnés, exténués par la misère et la souffrance, ne trouvent pas toujours chez nous la sauté du corps, du moins, à leurs derniers moments, y trouvent-ils la vie de l’âme, ce qui est infiniment meilleur. Chaque année, M. Pons peut recueillir 300 à 400 baptêmes in extremis, c’est un résultat bien consolant.
« Le district de Su-tin s’est placé au premier rang pour les communions de dévotion, qui ont atteint le chiffre de 7.459. M. Décomps écrit que la ville de Su-tin compte, à elle seule, 173 associés de l’Apostolat de la prière, tous fidèles à la communion réparatrice.
« La sous-préfecture de Kin-hien a enregistré 426 baptêmes d’adultes, dont la bonne moitié est due à M. Théodore Cacauld et à son zélé vicaire, le jeune prêtre Mathieu Mée. Nous avons l’espoir fondé que, Dieu aidant, ce chiffre sera dépassé l’an prochain. Les catéchumènes, hommes et femmes, s’instruisent avec ardeur et font beaucoup d’efforts pour convertir leurs parents, amis et connaissances. La bénédiction des oratoires de Lo-eul-tin et de Tsin-ky-tchang a donné un nouvel élan à leur zèle. Les païens, bien disposés à notre égard, vivent en bonne intelligence avec les chrétiens.
« Jusqu’à ces derniers temps, le district de Ouang-kia-ouan comptait peu de nouveaux chrétiens ; M. Déleon a réussi à obtenir, cette année, 31 baptêmes d’adultes. M. Perrier a très heureusement inauguré à Ly-tou-pa les processions du Saint-Sacrement. Les païens eux-mêmes sont enchantés de voir ces théories de chrétiens, bannière déployée, longer leurs champs, traverser leurs terres, appelant la bénédiction du ciel sur tout te pays.
« Le district de Kay-hien, administré depuis quelques années par un zélé prêtre chinois, compte 168 baptêmes d’adultes. Ce district avait été ravagé en 1906 par une bande de Hong-Ten-Kiao (lanternes rouges). Le P. Tchang, par sa prudence et sa persévérance, a su relever les ruines matérielles et morales que les brigands avaient amoncelées. Pour décharger ce bon prêtre, qui ne pouvait plus suffire à instruire ses nombreux néophytes, le district, où passe un souffle de conversions, a été divisé.
« M. Derouin, que la maladie retient à l’hôpital depuis janvier dernier, a dù se reposer sur ses deux vicaires de l’administration de son vaste district. Il a, néanmoins, enregistré 77 baptêmes d’adultes. Grâce à Dieu ! sa santé s’est améliorée et il pourra bientôt reprendre le chemin de son district, où tout le monde l’attend et le désire.
« A Tong-leang, M. Claval a pu mener de front l’administration de ses chrétiens et la construction d’un nouvel oratoire à Yun-kia-che. La division de ce district s’impose. Notre confrère signale un grand nombre d’adorateurs et enregistre 57 baptêmes d’adultes. Dans son compte rendu, il raconte le fait suivant : « Vers le commencement du mois de juillet, est mort « le fameux Tchao-Tée, le chef prétorien qui livra en 1898 le prêtre Jérôme Houang aux « bandes du Yu-man-tse. Condamné à dix ans de prison, Tchao était mis en liberté au mois de « mars dernier. Il manifesta alors le désir de se faire chrétien et vint me voir à l’oratoire ; mais « j’étais on visite des chrétiens et il ne put me rencontrer. Au mois de juillet, il tombe « gravement malade et demande lui-même le baptême. J’envoie le catéchiste, qui le trouve au « plus mal, l’exhorte et, sur ses instances réitérées, le baptise... La nuit suivante, Tchao-Tée « rendait son âme à Dieu. Les voies de la divine Providence sont insondables, mais n’est-il « pas permis de croire que Tchao-Tée doit cette grâce finale à l’intercession de sa victime, le « prêtre Jérôme Houang, le martyr du Yu-man-tse ? Sa fille est fiancée à un nouveau chrétien « de Ho-tcheou, mais sa femme reste opiniâtrément païenne. »
« L’an dernier, à l’instigation du fameux Ken, préfet de Tchong-kin, le mandarin de Ho-tcheou avait suscité une vraie tempête contre les chrétiens de ce district. M. Fleury, usant de patience et de prudence, a relevé le courage de ses néophytes et les semeurs de troubles en ont été pour leurs frais. Le missionnaire, malgré les menaces d’orage, a enregistré 65 baptêmes d’adultes : « Ce chiffre eût été supérieur, écrit-il, sans les injustices dont certains chrétiens ont « été les victimes, mais mes néophytes ont su montrer de l’énergie et du courage. Gloire à « Dieu ! »
« Le district de Léang-chau s’est distingué par le grand nombre de catéchumènes. M. Marrot en a inscrit 895. Notre conffrère a baptisé 22 adultes. Ces nouveaux convertis viennent, en grande partie, du protestantisme : inde irœ. Le prédicant anglais a fait appel à son consul ; mais celui-ci a jugé bon de laisser à chacun sa liberté de conscience.
« Parmi les prétres chinois qui ont obtenu les plus beaux résultats, il faut citer les suivants :
« Dans le district de Yun-iang, le P. Ignace Hia a donné 65 baptêmes d’adultes. Dans le district de Pien-gay-tse, le P. Joseph Tong, qui, malgré ses 72 ans, a encore l’ardeur d’un jeune homme, en a baptisé 52. Depuis quatorze ans, le P. André Tchen dirige avec sagesse le district de Tien-kiang ; il a le talent spécial d’entretenir de bons rapports avec les mandarins et les notables ; il a conféré le baptême à 44 adultes.
« A Pa-chan-se, le P. Thomas Tchen se fait maître d’école et instruit soigneusement chez lui quelques jeunes catéchumènes. Sa gerbe est de 36 baptêmes d’adultes, et celle du P. Paul Yang, à Fong-tou, de 39.
« Que les ferventes prières de toutes les âmes dévouées aux missions nous obtiennent les grâces dont nous avons besoin pour soutenir nos œuvres, convertir et sanctifier le peuple si nombreux confié à nos soins. »



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