| Année: |
1909 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Thibet |
IV. ─ Thibet
Population catholique 2.417
Baptêmes d’adultes 138
Baptêmes d’enfants de païens 209
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L’an dernier, nous attendions, avec des espérances mêlées d’appréhensions sérieuses, l’arrivée de S. E. Tchao-eul-fong, chargé par l’impératrice de Chine d’organiser les pays thibétains conquis ; nos appréhensions se sont seules réalisées. Les préfets de Ta-tsien-lou et Bathang, deux créatures du délégué impérial, ne tardèrent pas à nous montrer ouvertement des sentiments hostiles. Celui de Ta-tsien-lou fit frapper et mettre à la cangue quelques chrétiens dont le seul tort était d’avoir défendu, sans violence, leur propriété contre les voleurs du prétoire. En même temps, afin d’intimider les fidèles, il appelait, sous de vains prétextes, les principaux d’entre eux, leur demandait s’ils étaient chrétiens, depuis combien de temps et pourquoi. Quand il se trouvait avec d’autres mandarins, il trouvait toujours un prétexte d’exprimer sa haine contre nous.
« A Bathang, malgré les protestations de certains chefs militaires et les efforts de M. Grandjean, le mandarin local, par un faux rapport à S. E. Tchao, a fait condamner trois nouveaux chrétiens, chefs de famille, à la prison et à l’exil, et cela sans interroger les accusés et sans leur permettre de dire un mot pour leur défense. De ces faits et de beaucoup d’autres que je pourrais citer, il est facile de conclure que le délégué impérial a donné comme instructions à ses subalternes de nous molester par tous les moyens en leur pouvoir.
« Quant à lui, il est parti pour faire campagne au nord du Dégué. Il ne paraît pas désireux de se fixer à Bathang, résidence qui lui avait été assignée par le gouvernement de Pékin.
« Cette année encore, les résultats sont loin de répondre au zèle des missionnaires. Il n’y a pas lieu de s’en étonner pour ce qui concerne les Thibétains. Le ravitaillement de l’armée chinoise est cause pour le peuple d’un surcroît de corvées ; les alertes sont fréquentes à la frontière ; le mécontentement est général et l’on se demande qui de la Chine ou du Thibet l’emportera définitivement. Plaise à Dieu que cette situation ne dure pas trop longtemps, car elle est etrêmement défavorable à la prédication de l’Évangile !
« Quelques mots sur chaque district suffiront pour faire connaître l’état actuel de la mission du Thibet.
« M. Ouvrard, à Tatsien-lou, a baptisé 8 adultes ; il se plaint qu’un certain nombre de ses chrétiens mettent de la négligence à recevoir le sacrement de pénitence. Plusieurs enfants de son école auraient pu recevoir le baptême si la tiédeur de leurs parents n’y avait mis obstacle. Quand l’église et l’habitation des missionnaires seront transportées au milieu de la ville, notre action sera plus efficace.
« M. Goré a fait ses premières armes à Chapa. Il compte 15 baptêmes d’adultes pour ses débuts et rend ainsi compte de ses travaux :
« A Chapa, c’est le calme et la tranquillité même, favorables au perfectionnement de la vie « chrétienne chez les quelques familles qui habitent la plaine, et qui me donnent en tout point « satisfaction. Elles s’approchent fréquemment des sacrements, assistent à la messe chaque « matin et remplissent consciencieusement leurs autres devoirs religieux.
« La nouvelle école de filles, achevée cette année même, est une véritable ruche où, du « matin jusqu’au soir, vierges et postulantes bourdonnent les classiques chinois sous la « direction de leur maître. Elles semblent lutter d’ardeur dans l’étude des caractères et « manient déjà le pinceau avec habileté. Que n’avons-nous un établissement similaire de « jeunes gens, qui nous fournirait, pour l’avenir, des catéchistes et maîtres d’écoles bien « instruits !
« Notre douzaine de vieillards entretenus aux frais de la mission, sans avoir eu recours ni « aux médecins ni aux médecines, paraissent avoir repris un peu de vigueur et de jeunesse. « Notre hospice est destiné à n’être que l’antichambre du paradis ; mais ses hôtes ne se « plaignent pas d’avoir à attendre l’heure du bon Dieu. Au reste, ils tiennent tous, nos trois « octogénaires y compris, à devenir les premiers habitants de l’hôpital en projet.
« Cha-ouan est la station la plus nombreuse et la plus foncièrement chrétienne du district ; « néanmoins, il s’y trouve aujourd’hui un ferment de désunion, que j’espère voir bientôt « disparaître. Les nouveaux chrétiens y sont fort peu nombreux. Quelles en peuvent être les « causes ? Les fidèles ont l’esprit trop porté vers les intérêts matériels ; ils n’ont point de lieu « de réunion ou de maison commune qui leur permette de se retrouver tous ensemble et de se « souvenir qu’ils sont tous membres de la grande famille chrétienne, et le catéchiste, devenu « vieux, ne peut plus, comme jadis, remplir les devoirs de sa charge.
« Au lu-tong, où quelques familles se sont fixées depuis plusieurs années, le nombre des « chrétiens croît sensiblement. Je considère notre catéchiste comme l’instrument de la « Providence auprès des habitants du pays. Homme de grande foi, il ne craint point sa peine, « fait chaque soir le catéchisme à ses domestiques et réunit, le dimanche, anciens et nouveau « chrétiens pour la prière publique. Durant les mois d’hiver, il a hébergé et nourri à ses frais « les néophytes venus pour apprendre la doctrine. Il est également très édifiant par a piété et « sa dévotion envers. Marie. Il rêve la construction d’une chapelle en l’honneur de la sainte « Vierge, sous le vocable de la Nativité. Après la moisson, les chrétiens vont aplanir le terrain, « couper les bois de construction, cuire les tuiles et commenceront la bâtisse. En élevant ce « temple matériel , je ne doute pas que notre catéchiste n’édifie, en même temps, de nouveaux « temples spirituels.
« A Gang-tchéou, distant de 80 lys de la station de In-tong, j’ai envoyé, l’an passé, un de « nos « vieillards. » de l’hôpital catéchiser à domicile les nouveaux adorateurs, et j’ai admis « deux mères de famille au sacrement de baptême. »
« M. Léard a conféré, à Mosy-mien, le baptême à 16 adultes, dont 6 in articulo mortis. Les adorateurs sont très nombreux dans ce poste, mais comme jusqu’ici ils se contentent de faire acte de religion aux quatre principales fêtes de l’année, négligeant de s’instruire et d’envoyer leurs enfants à l’école, le missionnaire ne les inscrit pas sur son catalogue. Il se plaint, avec raison, de n’avoir pas quelques catéchistes zélés pour stimuler leur indolence.
« M. Van Eslande ne signale rien d’extraordinaire dans son district de Lentsy. Il a baptisé 11 adultes.
« Durant l’année qui vient de s’écouler, écrit M. Grandjean, provicaire, le poste de « Bathang m’a donné quelques consolation. J’y ai baptisé 12 adultes. De plus, j’ai, à peu près « en permanence, une école d’une dizaine d’élèves. Le maître, sans être très érudit, accomplit « sa tâche avec un dévouement plus qu’ordinaire. C’est là l’espoir de la chrétienté naissante. « Dieu veuille la conserver et l’augmenter ! Hélas ! à côté des roses croissent les épines ! »
« Après avoir décrit les tracasseries continues du mandarin persécuteur, Tong-Tao, et gémi sur l’exil de ses nouveaux chrétiens dont nous avons dit un mot au début de ce compte rendu, M. Grandjean continue par des paroles d’espérance pour l’avenir : « Voilà donc l’édifice, à « peine sorti de ses fondements, déjà en partie ébranlé ! C’est merveilleux qu’il ne soit pas « complètement détruit. Digitus Dei est hic. Aussi j’espère, malgré tout, que Dieu me donnera « de le reconstruire plus vaste, plus solide et plus beau. Cet espoir est d’autant plus fondé « qu’on annonce la chute du tyranneau Tong-Tao. Tout prochainement il doit être conduit au « Dégué pour paraitre à la barre du commissaire impérial. Le pauvre homme, sans doute, « mérite un bon point pour sa conduite à notre égard ; mais il a à son actif des fautes, graves « aux yeux de ses supérieurs, qui crient vengeance contre lui. »
« M. Grandjean, délégué à la fin de l’année dernière pour visiter les districts situés dans le Yun-nan et y administrer le sacrement de confirmation, n’a pu trouver un seul moment pour s’occuper de ses annexes de Lythang et Yaregong.
« La résidence de Yerkalo n’étant séparée du territoire de Lhassa que par le Mékong, n’a pas retrouvé la paix depuis 1905. C’est là que les Thibétains ont le plus souvent attaqué et menacé les soldats chinois ; c’est de là que sont parties les expéditions contre différentes lamaseries du Tsarong. Cette region, toujours disputée par les deux partis, n’aura la tranquillité qu’après le règlement définitif du conflit sino-thibétain.
M. Tintet, qui est en charge de Yerkalo, éprouve mille obstacles à relever les ruines matérielles, difficultés à se procurer des matériaux, désertion du chantier par des ouvriers pris de panique,impossibilité presque absolue de faire venir même de loin des ouvriers habiles. Notre confrère a réussi cette année à baptiser 22 adultes.
« Tsekou, la plus ancienne de nos chrétientés thibétaines actudles, fondée après l’expulsion de Bonga, s’appellera désormais Tsedjrong, du nom du village où a été transférée la résidence du missionnaire. La dernière persécution ayant détruit de fond en comble tous nos établissements, nous avons jugé opportun de les construire ailleurs ; du veste, l’ancien emplacement était devenu dangereux : la montagne sur le flanc de laquelle il était situé menace de s’écrouler.
« Tsedjrong, jusqu’a ces derniers temps, nous était toujours resté sourdement hostile : « Mais aujourd’hui, écrit M. Th. Monbeig, les préventions sont tombées en grande partie. « Déjà quelques habitants parlent de se convertir et si, jusqu’ici, une seule famille a osé taire « le dernier pas, elle sera cependant, je l’espère, bientôt suivie par d’autres. De cet endroit il « sera plus facile de s’occuper des pays voisins, dont Tsedjrong est comme la capitale, « puisque le chef indigène y réside. Deux villages sont déjà entamés et comptent quelques « baptisés.
« Cette année cependant, les résultats obtenus dans le district sont inférieurs à ceux de l’an « dernier, tout en ayant coûté autant de travail. Pendant que M. Lesgourgues surveillait les « écoles, je partageais mon temps entre l’instruction des nouveaux chrétiens et la direction des « constructions ; mais je n’ai pu visiter les stations où un catéchiste forme quelques néophytes « à la vie chrétienne. M. Lesgourgues connaissant assez la langue pour exercer désormais le « saint ministère, nous aurons plus de facilité pour faire face à tous les besoins.
« Je suis heureux de le constater : nos chrétiens font leur possible pour accomplir leurs « devoirs religieux. Cependant, dès qu’il y aura une église convenable à Tsedjrong, je n’en « doute pas, ils mettront encore plus de zèle à assister à la sainte messe. Nous n’avons eu « aucun ennui de la part des mandarins chinois ; nos rapports avec eux sont même excellents.
« Au mois de septembre eut lieu la bénédiction solennelle de l’oratoire de Patong. Il est « plus beau et plus grand que l’ancien détruit au moment do la persécution. Ce fut une grande « fête pour tous, et notre provicaire fut heureux de conférer la confirmation à plus de 50 « néophytes. A la messe 60 chrétiens environ s’approchèrent de la sainte Table. Plus de la « moitié de ce grand village s’est rangée sous le joug de l’Évangile. »
« Le district de Tsekou a donné 14 baptêmes d’adultes.
« M. Genestier apprécie ainsi la situation au Lou-tse-kiang : « Cette année, le nombre des « conversions n’a pas été considérable. Nous avons recueilli 10 baptêmes d’adultes. Une « espèce de malaise dans le peuple, certaines craintes habilement fomentées et entretenues par « quelques individus, sont la cause de cet arrêt momentané. Si les conversions n’ont pas été « nombreuses, je suis heureux de le dire, nous sommes très contents de nos chrétiens. Ils sont « très réguliers à s’acquitter de leurs devoirs religieux.
« M. Doublet s’est occupé très activement des écoles et n’a eu qu’à se féliciter de la bonne « tenue et de l’émulation des élèves. La vierge thibétaine qui nous a été envoyée de Tsekou « nous a été d’un grand secours pour l’éducation des petites filles.
« Je viens d’apprendre que tous les Tsaronais faisant le commerce au Loutsekiang sont « repartis au Tsarong. Cela me parait de mauvais augure ; je ne sais quelle peut être la cause « de leur départ. Se tramerait-il encore quelque attaque contre les Chinois et contre la « mission ?
« En comparant le compté rendu de Siao-ouy-sy de l’an dernier avec celui de l’exercice « présent, je trouve, dit M. Émile Monbeig, à quelques unités près, le même chiffre de « baptêmes. Outre les 12 adultes baptisés, j’avais un certain nombre de catéchumènes qui « auraient pu à la rigueur être régénérés ; mais, à cause de l’approche des grands travaux, j’ai « cru bon de remettre ces baptêmes à plus tard. J’ai inscrit une trentaine d’adorateurs qui « paraissent assez sûrs. Puissent-ils se préparer promptement à recevoir la grâce du baptême ! « Jusqu’à présent il n’y a qu’à se louer de notre situation dans ce pays. La religion est « généralement bien vue et les velléités de l’embrasser apparaissent de divers côtés ; mais le « diable met tout en œuvre pour retenir loin de Dieu ces pauvres âmes jusque-là soumises à « son empire. »
« M. Monbeig signale le massacre de deux Allemands, MM. Brunhuber et Shmitz, par les tribus sauvages des rives de la Salouen, au sud du Loutsekiang. C’est et avril que ce double crime fat commis.
« Cette année, écrit M. Moriniaux, supérieur du Thibet sud, nous avons pu glaner encore « quelques épis. Nous avons administré 43 baptêmes, dont 18 d’adultes et 25 d’enfants de « chrétiens. Les païens qui nous entourent sont toujours bien disposés à notre égard. Les « confrères de Padong, qui, pendant quelques années, avalent prêché dans le désert, ont inscrit « cette année plusieurs nouvelles familles de catéchumènes.
« M. Durel, chargé de Kachim, fait chaque semaine un voyage à Padong rend tous les « services possibles aux habitants de ce village, les soigne dans leurs maladies et jette la « bonne semence de l’Évangile dans les cœurs. A Padong encore, M. Douenel continue, avec « dévouement, les travaux matériels qui assureront l’avenirdu poste. En même temps il forme « nos futurs catéchistes et complète l’instruction de notre séminariste rentré de Pinang cette « année.
« Les païens de Padong trouvaient que leur école élémentaire d’anglais fonctionnait mal, et « ils ont prié nos confrères de s’en charger. Ceux-ci ont accepté dans la crainte que la place ne « fût prise par les protestants. Le gouvernement anglais a accordé un emplacement gratuit et « libre de tout impôt, mais le bâtiment doit être construit à nos frais.
« Le vénérable M. Desgodins, doyen d’âge de notre Société, porte allègrement ses 83 « printemps. Il chante la grand’messe le dimanche à son tour et travaille toujours à la « composition d’ouvrages thibétains. »
« M. Hervagault ayant été, cette année, visité par la fièvre typhoïde, nous n’avons pu nous occuper beaucoup d’œuvres extérieures à Maria Basti. Notre confrère prépare en ce moment les catéchumènes du hameau de Yarok au baptême et à la première communion. Leur instruction a été activement poussée par le missionnaire aidé d’un jeune brahme très zélé. Les chrétiens qui travaillent dans les plantations de thé au pied des Himalayas ont été visités. Il nous faudrait là un pied-à-terre et un oratoire. En attendant, nous logeons sous la tente et les chrétiens se réunissent le dimanche dans une salle particulière.
« Nous avons célébré très solennellement le triduum d’actions de grâces pour le cinquantenaire des apparitions de la sainte Vierge à Lourdes. Chaque jour, il y a eu messe solennelle, récitation du chapelet, sermon et bénédiction du Saint-Sacrement. Durant ces trois jours les communions ont été nombreuses. Daigne la miséricordieuse Vierge Marie être dans les Himalayas, comme aux Pyrénées, une source de conversions et de faveurs spirituelles et temporelles ! »
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