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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Chine
Mission: Yun-nan
Rédacteur:Mgr Gorostarzu

CHAPITRE IV
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GROUPE DES MISSIONS DU SUD
DE LA CHINE

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I. ─ Yun-nan

Population catholique 11.924
Baptêmes d’adultes 525
Baptêmes d’enfants de païens 2.904
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Mgr de Gorostarzu commence son rapport par rendre hommage au zèle et à la bonne volonté qu’ont montrés tous les missionnaires et prêtres indigènes de la mission du Yun-nan, pendant le dernier exercice. Chacun, dans son district, a obtenu des résultats supérieurs à ceux des années précédentes. A peu près à tous les points de vue, il y a eu progrès réel.
Sans parcourir successivement chaque district, Sa Grandeur donne une idée des résultats obtenus, en les groupant sous quelques titres ; administration des sacrements, baptêmes, catéchumènes et clergé indigène. C’est surtout dans le nombre des confessions et communions, soit annuelles soit répétées, qu’apparait le travail du missionnaire sur la portion baptisée de son troupeau. Or, cette année, les chiffres l’emportent sensiblement sur ceux des exercices précédents. Les confessions répétées sont passées de 8.169 en 1908, à 12.825 en 1909 et les communions de dévotion de 8.161 et 14.048.
« Dans tous les districts, missionnaires et chrétiens se sont conformés aux exhortations du Souverain Pontife. Il faut cependant mentionner comme ayant donné les plus beaux résultats ; le séminaire de Yun-nan-sen, dirigé par M. Ducloux, provicaire, avec 1.679 communions de dévotion pour 30 communions annuelles ; la paroisse de Long-ki, avec 289 communions annuelles et 1.046 de dévotion ; celle de Yun-nan-sen, avec 309 communions annuelles et 1.616 de dévotion. M. Leparoux, bien que ses chrétiens soient très dispersés, a obtenu 1.500 communions de dévotion, pour 668 communions annuelles. D’autres, enfin, comme MM. Piton, Liéiard, Souyris, Kircher, Degenève, ainsi que les prêtres indigènes Siao, Sié, Ten, ont obtenu, en communions répétées, huit et dix fois le chiffre des annuelles.
« Pour apprécier à sa valeur le progrès réalisé cette année, il importe de remarquer que l’impulsion donnée aux chrétiens pour la communion fréquente ne date que du mois de janvier dernier, c’est-à-dire de la seconde moitié du présent exercice. C’est, en effet, à cette époque seulement que les chrétiens des divers districts ont été mis au courant des intructions du Saint-Siège, par un mandement affiché dans toutes les écoles des stations. Cette manière de porter à leur connaissance les désirs du Souverain Pontife, au sujet de la communion fréquente et quotidienne, ne pouvait manquer d’en faire comprendre l’importance. Elle donnait, en même temps, plus d’autorité à la parole du missionnaire pour introduire une pratique qui, ici plus qu’en Europe, pouvait paraître nouvelle.
« L’impression générale des confrères qui se sont efforcés de promouvoir chez eux la communion fréquente est que leurs districts se sont notablement améliorés. Ils remarquent parmi leurs fidèles un je ne sais quoi de vie nouvelle qui réjouit le cœur du pasteur. Tet un beau soleil fait renaître, avec de vives couleurs, des fleurs que la pluie et le temps sombre avaient courbées et fanées.
« Cette heureuse pratique de la communion fréquente ne fait pas que relever des ruines, elle fortifie encore nos chrétiens contre les dangers d’un nouveau genre que court leur foi à l’heure actuelle. Aujourd’hui, le gouvernement chinois semble avoir renoncé à persécuter le catholicisme par les supplices et la mort. Il a recours aux moyens politiques pour détruire ou, du moins, entraver l’Église. Il ne craint pas de méconnaître ou de dénaturer ouvertement le sens des Traités. En toute occurrence, les mandarins se font un plaisir de refuser justice aux missionnaires et à leurs fidèles, allant jusqu’a questionner ces derniers en plein tribunal sur leur qualité de chrétiens et à tourner leurs croyances en dérision.
« Quelques faits montreront avec quels progrès ils ont marché dans cette voie depuis un an.
« Dans la région de Yong-pe-tin, M. Mérigot avait ouvert à Tsin-u une chrétienté de grande espérance. Il acheta un terrain et prépara des matériaux pour y construire une chapelle. Le mandarin, d’accord avec quelques notables de l’endroit, employa, pour nous évincer de cette acquisition, un procédé qui avait déjà réussi ailleurs. Il contesta les titres de propriété du vendeur, un chrétien nommé Liéou. Un faux écrit de propriété fut rédigé en faveur d’un païen de même nom ; et le préfet défendit au P. Mérigot de construire.
« L’affaire fut portée à Yun-nan-sen, où le gouvernement provincial soutint les prétentions du préfet, malgré le résultat d’une enquête qui mettait à jour la mauvaise foi de nos adversaires. Aujourd’hui après une année de discussions, nous ne sommes pas plus avancés qu’au premier moment.
« Même tactique à You-so, près de Tchen-kiang-fou, dans le district de Yun-nan-sen. Ici, l’affaire a pris des proportions considérables, par l’obstination des mandarins à nous dénier un droit bien avéré. You-so est un gros village, dont un tiers a embrassé notre sainte religion depuis quatre ans. Dix-sept familles chrétiennes possédaient en commun une pagode, bâtie par elles autrefois, et ponant le nom de Tou-tchou-miao, comme étant dédiée à l’esprit du lieu. Ce genre de pagodes, affectées à un culte plutôt privé, sont parfaitement aliénables en Chine, et ne peuvent être comparées aux temples de Confucius, ou des patrons d’une ville, ou du dieu de la guette..., dans lesquelles les fonctionnaires de l’État doivent accomplir, à jours fixes, des cérémonies officielles.
« Nos dix-sept familles, devenues chrétiennes, transformère leur immeuble en lieu de réunion pour prier et étudier ; puis, d’un commun accord, elles firent don à la mission de la pagode et d’ut joli lot de rizières affectées à son entretien, pour les besoins du culte et des écoles dans ce village.
« Le sous-préfet de Tchen-kiang avait déjà compté imposer cet immeuble au profit de ses écoles officielles. Lorsque nous l’invitâmes à enregistrer récrit de donation, il se montra très irrité et se répandit et menaces contre les chrétiens donateurs. Une bande de satellites fut déchaînée sur le village, mals les fidèles, avertis, eurent le temps de se mettre et sûreté.
« A Yun-nan-sen, M. Bourgeois, consul de France, prit notre défense ; M. Kao, chargé d’affaires chinois, prit fait et cause pour son subordonné de Tchen-kiang. Après avoir essayé inutilement de l’argument que toute pagode est inaliénable, M. Kao adopta la thèse que l’immeuble en question était propriété publique du village. Une enquête contradictoire eut leur ; et, par-devant les délégués respectifs du consul et du chargé d’affaires chinois, tout le village, païens comme chrétiens, attesta unanimement que la pagode et ses rizières étaient la propriété privée des dix-sept familles et que les autres n’y avaient aucun droit.
« Après une pareille enquête, la question était tranchée. M. Kao refusa néanmoins de se rendre, et nous fûmes obligés d’envoyer tout le dossier à Pékin. Nous craignons fort que le représentant de la France ne rencontre au bureau des Affaires étrangères la même obstination à nous dénier justice.
« Au mois d’avril dernier, les notables de la préfecture de Lo-pin, district de M. Henri Maire, organisèrent des fêtes et des sacrifices, comme c’est l’usage au printemps et à l’automne de chaque année, en l’honneur de Confucius. Les chrétiens de l’endroit se refusèrent à payer les contributions demandées. Comme le préfet de Lo-pin soutenait les exigences des notables, l’affaire fut portée à Yun-nan-sen. Depuis 1858, les chrétiens, de par les traités, sont dispensés de ces sortes de contributions, et si parfois les chefs de certains villages essayèrent de les y contraindre, les autorités locales furent toujours là pour reconnaître les traités et en assurer l’observation. Aujourd’hui la Chine, entrée dans la voie du progrès, a une autre manière d’interpréter les traités. M. Cheu, chargé d’affaires en l’absence de M. Kao, déclara que le préfet de Lo-pin avait agi suivant les droits, que le culte de Confucius n’était pas compris parmi les supplications, offrandes de parfums, et autres cérémonies dont les traités exemptent les chrétiens : « Vos chrétiens, a-t-il écrit, désirent parvenir aux dignités comme tout le monde et pour cela doivent subir les examens. Mais commen peuvent-ils espérer réussir dans ces épreuves, s’ils n’honorent le grand Saint protecteur des études ? Tout comme en votre noble pays de l’Europe, vous mettez votre confiance dans votre Tien-tchou (Dieu), de même en Chine nous sommes sous la protection du grand Saint (Confucius). »
« Devant de pareilles inepties, M. Bourgeois, consul de France, jugea qu’il était inutile de discuter plus longtemps sur place ; et l’affaire de Lo-pin, comme celle de You-so, a été portée à Pékin.
« Il semble que les tristes conditions dans lesquelles se trouvent nos chrétiens devraient les décourager. Tout au moins pourrait-on craindre un arrêt dans le mouvement des conversions. Grâce à Dieu, il n’en est rien. A cette heure, la visite de tout le vicariat, commencée au mois de mai de l’an dernier, est achevée, et j’ai constaté que, seuls, les catéchumènes aux intentions douteuses font défection. Les fidèles tiennent bon, et, grâce à la fréquentation des sacrements, le nombre des chrétiens fervents a augmenté. D’autre part, les nouveaux adorateurs, pour être moins nombreux que l’an dernier, paraissent plus zélés à s’instruire. Il est permis de compter sur eux plus que par le passé.
« Depuis que nous évangélisons plus spécialement les indigènes (ce mot est pris ici par opposition aux Chinois de race), le chiffre des catéchumènes a augmenté rapidement et dans de fortes proportions. Cela tient à ce que les races indigènes, groupées par villages, viennent à nous, non par familles isolées, mais par groupes ou même par villages entiers. Il nous est donc facile d’avoir un gros chiffre d’adorateurs ; mais de là au baptême il y a encore bien loin.
« Ces braves indigènes (lolos, miao-tseu, long-jen et autres) nous sont généralement sympathiques et ne connaissent guère les préjugés qui éloignent les Chinois de l’Européen. Mais, à part cette bonne disposition, ils présentent des conditions qui rendent le travail de leur instruction et de leur formation chrétiennes autrement difficile que pour le catéchumène chinois. Parmi les nombreux adorateurs du premier moment, il se fait bientôt un triage : beaucoup retournent à leurs superstitions ; un bon nombre continuent à se dire chrétiens, mais ne se sentent pas le courage d’apprendre les prières ni de se plier aux pratiques religieuses ; cependant le missionnaire, à force de patience et par l’affection qu’il leur porte, gagne le cœur de plusieurs et les amène à une vraie conversion.
« M. Rossillon, qui est en pays exclusivement lolo, écrit : Depuis la dernière cérémonie de « confirmation (octobre 1908), je vois dans le pays un grand changement. Si beaucoup « d’adorateurs, qui ne l’étaient que de nom, sont retournés à leurs superstitions, je remarque « avec plaisir que mon petit noyau de néophytes s’affermit de plus en plus dans la foi, et la « pratique de notre sainte religion. Entraînés par l’exemple, un certain nombre de « catéchumènes les imitent, et beaucoup observent plus fidèlement certains préceptes, tels que « le renoncement aux superstitions, l’observation du dimanche, l’abstinence du vendredi, bien « que leur instruction soit encore rudimentaire. »
« M. Vial, qui s’est dévoué tout entier à l’évangélisation de ces tribus indigènes, vient de couronner un labeur de plusieurs années en faisant imprimer, à Nazareth, un dictionniaire et une grammaire de la langue lolo. Ce travail sera d’un grand secours pour les missionnaires qui évangélisent cette race d’aborigènes, la plus répandue dans le Yun-nan.
« A l’autre extrémité de la Mission, sur les bords du fleuve Bleu, nous retrouvons les mêmes Lolos au district de Djo-kou-la, ouvert depuis peu par M. Liétard et confié aujourd’hui à M. Durieu. En mars dernier visitant cette région, j’ai admiré le dévouement avec lequel ce jeune confrère s’exerçait à bégayer la langue de ses néophytes et les préparait, de son mieux, au baptême et à la confirmation. Parmi les confirmants se trouvaient environ 60 garçons et fillettes de 8 à 15 ans. Il fallait confesser tout ce petit monde qui ne comprend pas un mot de chinois. La chose n’était pas facile, car M. Durieu ne possède encore que très imparfaitement. la langue indigène ; mais il prit comme interprète le catéchiste lolo de cette chrétienté versé dans la langue chinoise, et avec son secours fit faire à tous les enfants réunis un examen de conscience et l’acte de contrition. Puis il entendit, sans trop de difficultés, la confession de chacun d’eux. Le lendemain, après une importante cérémonie de baptêmes d’adulles, la confirmation fut donnée à 94 néophytes.
« Pour terminer ce rapide aperçu, je mentionnerai l’ordination récente de trois prêtres indigènes. L’un d’eux a été fourni par le district de M. Vial : c’est le premier prêtre lolo ordonné au Yun-nan. Il ne sera pas, nous l’espérons, le seul de sa race, puisque notre séminaire compte, à l’heure actuelle, un théologien et quelques jeunes séminaristes lolos. »



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