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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Chine
Mission: Kouang-Tong

III. ─ Kouang-Tong


Population catholique 60.966
Baptêmes d’adultes 1.400
Baptêmes d’enfants de païens 8.770
Conversions d’hérétiques 12
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« Les difficultés contre lesquelles nos Confrères ont à lutter pour étendre le règne de Jésus-Christ dans la vaste province du Kouang-Tong n’ont pas diminué. L’influence qu’ils avaient jadis apprès des mandarins les revêtait d’un certain prestige qui amenait à eux les populations ; elle est maintenant une chose du passé. Les dispositions des autorités civiles, sans être positivement hostiles, ne sont pas favorables : il est souvent difficile d’obtenir justice dans les affaires qui sont portées devant les tribunaux ; de sérieuses entraves sont apportées au développement des églises et des œuvres de propagande chrétienne par le refus de légalisation des titres de propriétés achetées par les Missionnaires, refus de tous points illégal et contraire aux conventions internationales.
« Ce n’est pas à dire, cependant, que les populations s’éloignent du ministre de l’Évangile ; au contraire, pour des raisons multiples, les préjugés contre le christianisme tendent de plus en plus à disparaître. Des rapports plus fréquents et plus cordiaux avec l’élément païen révèlent le prêtre sous son vrai jour et le font apprécier et aimer. C’est si vrai que, tout récemment, à l’occasion des funérailles d’un jeune prêtre chinois, un nombreux cortège, composé de chrétiens, de séminaristes et d’orphelins a pu traverser, croix en tête, toute la ville de Canton, au milieu du silence respectueux des passants rangés des deux côtés de la rue. Cette attitude bienveillante est un signe de dispositions qui ne demandent qu’à être éclairées et fortifiées pour arriver à la conversion parfaite.
« La tranquillité a régné, en général, dans la plupart des districts. Quelques bandes de brigands ont, comme toujours, fait leur apparition de-ci de-là, sans se signaler par des faits extraordinaires.
« A Canton, Évêque et Missionnaires ont joui de la plus grande liberté. La paix n’a été troublée que par la mutinerie des soldats, qui jeta, au mois de février, l’émoi dans les faubourgs. Tout le monde s’apprêtait à fêter joyeusement le nouvel an chinois, quand, le 9 février, à la suite d’une futile querelle entre soldats et policiers, un tiers des soldats équipés à l’européenne leva l’étendard de la révolte et menaça d’attaquer la ville. Le vice-roi fit fermer les portes ; le maréchal tartare fit monter sur les remparts ses soldats mandchoux, qui ouvrirent le feu sur tous ceux qui tentaient d’entrer en ville. D’autre part, l’amiral Ly s’élançait, la nuit, à l’attaque du camp des révoltés qui furent taillés en pièces et s’enfuirent, après avoir mis le feu à leurs logements. Le 14 février, les portes de la ville étaient rouvertes et le calme revenait parmi les citoyens.

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« Le présent exercice donne, pour l’ensemble de la Mission, 1.400 baptêmes d’adultes, dont 202 seulement à l’article de la mort, 8.770 baptêmes d’enfants de païens moribonds, 125.229 confessions et 149.554 communions.
« Une œuvre nouvelle a été établie à Canton ; c’est l’école de langues pour jeunes filles, dans laquelle, avec le chinois, sont enseignés le français et l’anglais ; elle est tenue par les dévouées Religieuses Canadiennes de 1’Immaculée-Conception, conjointement avec l’établis-sement de la Sainte-Enfance.
« A Hai-Nan, dans le port de Hoi-Hao, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont installé un dispensaire et une école.
« Enfin une ordination de quatre nouveaux prêtres chinois a permis, non de créer de nouveaux postes, mais du moins de conserver ceux où étaient les devanciers.

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« Dans les districts de l’intérieur, poursuit Mgr Mérel, nos Confrères ont accompli des prodiges de zèle et de dévouement. Écoutons un moment le récit de leurs travaux.
« En vous envoyant, écrit M. Zimmermann, le compte rendu de mon district, j’ai la « consolation de vous offrir une gerbe de 166 baptêmes d’adultes. D’après un recensement « exact, mes chrétiens se trouvent disséminés dans 250 stations, et sur une étendue de 20 « lieues de longueur sur 15 de largeur. Il m’est donc impossible de visiter, même une fois « l’an, tant de stations, alors qu’il faudrait le faire au moins deux fois, pour maintenir nos « néophytes dans leur ferveur première.
« Aux quatre grandes fêtes de l’année, il est vrai, ils viennent à la chapelle, au nombre de « 300 ou 400 ; mais, chaque fois, je suis réduit à les voir s’en retourner sans que j’aie pu les « confesser tous. C’est d’autant plus fâcheux que, généralement, mes néophytes revoient et « apprennent par cœur le catéchisme dans les six mois qui suivent le baptême.
« Un témoignage de la sincérité de leur foi, c’est leur empressement à faire baptiser sans « retard tous leurs enfants. Leur zèle n’est pas moindre lorsqu’il s’agit de se conformer aux « prescriptions de l’Église sur le mariage.
« Il m’est impossible, Monseigneur, d’administrer un si grand nombre de chrétiens. De « grâce, je prie Votre Grandeur d’accéder à ma demande si juste d’avoir un aide le plus tôt « possible, et de m’envoyer un missionnaire français, qui résistera mieux à la fatigue que ne le « fait un prêtre chinois. »
« M. Cellard enregistre, de son côté, 163 baptêmes d’adultes. Lui aussi est content de ses chrétiens et trouve que son district se maintient toujours en voie de proprès spirituel. Il nous trace le portrait de son vicaire chinois, le jeune P. Leung, que la mort vient de nous enlever à Canton, le 15 octobre dernier, deux jours avant le cher M. Mirambeau. C’était un excellent auxiliaire, plein d’ardeur et de dévouement. Il est mort, peut-on dire, en se sacrifiant, puisque c’est dans une course auprès d’un moribond qu’il a contracté le germe de sa maladie.
« Dans la préfecture voisine, à Seun-I, travaille M. Baldit. Aux soins de son propre district il a joint ceux du district central de Ko-Tchao, resté sans titulaire depuis la mort du regretté M. Lemoinne.
« Pour lui, l’année s’est passée dans des alertes continuelles, causées par la crainte des pirates, qui, après avoir mis à feu et à sang les villages autour du marché de Tong-Tchan, lieu de sa résidence, ont attaqué le marché lui-même. Heureusement notre cher Confrère était absent ce jour-là. Mais il a souffert des maux des chrétiens et des païens, maux qu’il dépeint ainsi : « Durant plusieurs mois, le pays a été mis en coupes réglées : meurtres, pillages, rapts « d’hommes, de femmes et d’enfants se sont succédé sans interruption. Autant les mandarins « se montrent apathiques pour châtier les rebelles et rétablir l’ordre, autant les brigands « montrent d’audace pour tuer et piller. Bien des païens sont tombés sous leurs coups, et, « parmi nos chrétiens, six ont été massacrés ; un plus grand nombre ont été pillés ou enlevés.
« Nonobstant ces malheurs, ajoute M. Baldit, j’ai pu visiter toutes les stations chrétiennes « des districts de Seun-I et de Ko-Tchao. J’ai trouvé, hélas ! le découragement dans plusieurs familles. A leurs plaintes et à leurs supplications j’aurais voulu répondre en leur assurant quelque protection ; mais, je suis moi-même à la merci des malfaiteurs.
« Aux maux causés par les pirates, il faut joindre ceux que nous a amenés la peste, qui a « décimé la population dans les villes et les villages. Et maintenant, voici la sècheresse qui « fait craindre la disette ; le riz est à un prix de famine, et rien ne fait prévoir qu’il va « baisser. »
« Malgré toutes les tribulations, malgré la propagande protestante qui envahit ces régions, notre Confrère ne se laisse point abattre et avoue qu’il tient bon dans la lutte quotidienne.
« Le district de Pak-Hoi a continué de donner des consolations à M. Kammerer. Les Religieuses de Saint-Paul de Chartres lui ont prêté un concours précieux par leur dévouement à soigner les enfants et les malades. Leur orphelinat compte 22 enfants et elles ont baptisé 72 petits moribonds : chrétiens et païens se montrent bien touchés de l’exemple de leur abnégation et de leurs vertus. M. Kammerer se plaint avec raison des mandarins qui aux réclamations de nos chrétiens, comme aux nôtres, répondent par des dénis de justice.
« A leurs yeux, dans ces régions limitrophes du Tonkin, l’ennemi c’est le missionnaire, et ils veulent à tout prix éloigner de nous les populations.

« Voici ce qu’écrit M. Rossillon, voisin de M. Kammerer : Le 8 décembre dernier, faisant « la visite ordinaire des chrétientés, j’arrivais à celle de Yong-Ngiat. Là, une jeune fille dont « le père nourricier, vieux chrétien, venait de mourir lépreux, accourut à moi pour se plaindre « des vexations de sa marâtre. Celle-ci, poussée par sa parenté païenne, qui voulait partager « avec elle le prix de vente de la jeune fille, s’était enfuie de sa maison, et je ne pus réussir à « la voir pour lui reprocher sa conduite. J’engageai alors la jeune fille à s’en aller au marché « voisin implorer la protection de la mairie contre ses oppresseurs. Elle y consentit, et partit « en compagnie d’un catéchiste. Furieux, les païens du village courent à leur poursuite, armés « de bambous et de bâtons. J’essaie de les rejoindre pour les apaiser ; mais, au nombre de plus « de 200, ils tournent leur colère contre moi. En un instant, je fus roué de coups dont mes bras « portèrent longtemps les traces. C’est miracle que j’aie pu échapper à la mort. M. le Consul « de France à Pak-Hoi réclama au préfet de Lim-Tchao, en son nom et au mien, la punition de « mes agresseurs. Leurs méfaits étaient si évidents que sa plainte suffirait, pensions-nous, « pour l’amener à nous rendre justice. Mais, au lieu de les punir, le préfet prit parti pour eux ; « bien plus, il a cherché à mettre en prison un chrétien de ce village, sous prétexte que c’était « lui qui me poussait à faire des réclamations. Rendus plus audacieux par l’impunité, les « païens viennent m’insulter jusque dans ma maison. »
« Les plaintes de notre Confrère ne sont, hélas ! que trop fondées.
« Les chrétientés de Lo-Fao ont eu également à souffrir de l’hostilité des mandarins, qui, autrefois, entretenaient de bonnes relations avec nous. La vie spirituelle de ce beau district de Pang-Shin n’en a pas souffert et les œuvres y font l’éloge de MM. Grandpierre et Richard. A eux deux, ils sont impuissants à visiter les vastes régions confiées à leurs soins. La maladie ayant obligé M. Grandpierre à s’absenter, M. Richard n’a pu compléter l’instruction des catéchumènes, un peu partout disséminés. L’excès de travail lui a même occasionné une sérieuse maladie, dont il a pu guérir grâce aux soins des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui sont toujours ses auxiliaires dévouées, soit dans l’enseigneinent, soit dans les œuvres de charité.
« Au mois d’août dernier, j’ai visité toutes ces régions et j’ai été émerveillé des bonnes dispositions des néophytes et de leur grande instruction. Les enfants surtout répondaient admirablement.

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« Dans l’île de Vai-Tchaou, M. Marqué constate avec joie que le nombre des confessions et des communions s’est accru sensiblement. « Cette augmentation, écrit-il, provient de « l’ouvroir, où travaillent quelques dizaines de jeunes filles qui apprennent, sous la direction « de deux vierges de Canton, le tissage, la couture et l’élevage des vers à soie ; elles « apprennent surtout la pratique des vertus chrétiennes. »
« M. Mirambeau travaillait tout à côté de M. Marqué quand la mort est venue l’arrêter dans l’essor de son zèle. Les soins du docteur français de Pak-Hoi ne suffirent point à le guérir, et, malgré l’art du médecin de notre Sanatorium de Béthanie, malgré les attentions dévouées de M. Fillastre, notre cher Confrère a été enlevé à notre affection et à ses œuvres.
« Puisque nous sommes aux îles, passons à celle de Hai-Nan où travaillent de concert MM. Pénicaud et Grégoire, avec le P. Lü. M. Pénicaud compte un total de 573 chrétiens : « Ce « chiffre, dit-il, n’est ni suffisant ni fixe, parce que plusieurs ne se sont point fait connaître à « nous, et que d’autres sont partis à l’étranger. Les faits les plus saillants de cet exercice sont : « l’arrivée à Hai-Nan de M. Grégoire, et son établissement à Sioui-Toui-Shan ; puis l’arrivée « des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, arrivée effectuée le 19 mars ; leur fondation d’ouvroir « et leur prise de possession de l’orphelinat ; leur entrée à l’hôpital et l’ouverture d’une école « pour jeunes filles.
« M. Pénicaud assure qu’on ne peut plus tarder à bâtir à Hoi-Hao, où les protestants américains déploient une activité fébrile.
« En remontant vers Canton, nous rencontrons, à Yeung-Kong, M. Le Tallandier, qui a trouvé les mandarins aussi mal disposés qu’autrefois envers les missionnaires. A Sancian, M. Thomas a pu relever les ruines de la chapelle élevée, sur le tombeau de saint François Xavier, grâce aux dons recueillis, surtout à Montréal, par le Père Garaix, Jésuite français.
« M. Fouque, qui a pour vicaire le Père Lam, se propose de rendre au district de San-Tcheung son ancienne splendeur. Sa santé, si chétive à son retour de France, s’est affermie considérablement et il pourra sans nul doute réaliser ses desseins.
« Au delà de la préfecture de Shiou-Hing, nous avons conservé le district de Tong-On, avec 200 chrétiens. Ces malheureux, étant restés sans missionnaires, ont eu à subir les vexations des païens qui incendièrent leur oratoire et pillèrent une de leurs maisons. N’ayant point de missionnaire à envoyer à leur secours, je dépêchai le Père Yung avec une lettre pour le sous-préfet de Tong-On. Ce magistrat, après avoir essayé de se dérober, se rendit lui-même au village des persécutés et obligea leurs adversaires à leur faire de justes réparations. Depuis lors, nos chrétiens jouissent de la paix.

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« Dans le Nord de la Mission, à Nam-Hiong, sur les frontières du Kiang-Si, M. Collas a obtenu 307 baptêmes d’enfants de païens. Dans son orphelinat, il élève sept petits garçons et vingt-trois petites filles ; il a recueilli aussi quelques enfants chrétiennes, fiancées aux païens par des parents sans foi.
« M. Péric, dans le district de Tsi-Hing, a trouvé peu de consolations près des vieux chrétiens de Fang-Tong. Dans cette région, le Père Tong a pu cependant régénérer 32 adultes. Bientôt le chemin de fer traversera la contrée ; les communications y étant plus faciles, les conversions y seront, partant, plus nombreuses.

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« Dans l’Est de la Mission, nos Confrères sont satisfaits de leurs chrétiens.
« M. Werner est tout surpris des résultats qu’il a obtenus. Il écrit : « L’an dernier, j’avais « exprimé la crainte de ne pouvoir à l’avenir arriver au chiffre de 65 baptêmes d’adultes ; la « Miséricorde divine m’en a envoyé 74. Je n’ai point eu la joie d’implanter la foi dans de « nouveaux villages : j’ai fait ces baptêmes dans des localités qui avaient des chrétiens et dans « les familles chrétiennes qui avaient des membres restés païens. Enrôlés dans l’Apostolat de « la Prière, bon nombre de mes gens s’approchent chaque mois de la sainte Table. Ce qui « manque à mon district, ce sont de bons catéchistes ; il nous faudrait une œuvre générale « pour toute la Mission, qui s’occupât de leur recrutement, de leur formation et de leur « salaire. »
« M. Becmeur a eu 66 baptêmes ; il trouve que ce chiffre est bien modeste. « Depuis dix « ans, dit-il, j’étais habitué à de bien meilleures moissons ; mais on ne vient plus en masse « vers notre sainte Religion. Si je n’ai qu’une humble gerbe de baptêmes à présenter, par « contre nous atteignons les chiffres de 7.481 confessions et 8.906 communions, ce qui est un « gain de 1.000 confessions et de 2.000 communions sur le dernier exercice, et j’espère avoir « mieux encore l’an prochain.
« Le nombre des baptêmes d’enfants est aussi en progrès, et il le sera davantage quand « l’orphelinat de Péné sera achevé. Les païens voient avec plaisir sa construction et m’ont « proposé d’y concourir, à condition que j’y reçoive tous les enfants qu’ils m’offriront ; mais « j’ai refusé leurs offres, afin de conserver toute mon indépendance. Le beau village de Péné « s’est accru de dix nouvelles familles et, dans quelques années, sa population s’élèvera, « j’espère, à un millier de fidèles. Car nos chrétiens aiment à se grouper en un centre, où ils « seront à l’abri des molestations des païens, et où, toute l’année, ils auront le prêtre et l’église « à côté d’eux. »
« Dans le district dont la ville de Kit-Yung est la tête, M. Le Corre sait communiquer à ses chrétiens les sentiments de foi qui l’animent. Ceux-ci sont disséminés dans près de 100 villages. Ce n’est point là un obstacle pour son activité qui le met continuellement en marche pour les visiter, et que Notre-Seigneur a récompensée en lui faisant entendre 5.517 confessions.
« L’Apostolat de la Prière fonctionne à merveille dans ce district, et les membres de la confrérie sont nombreux. A chaque associé est distribuée une petite feuille, sur laquelle sont inscrites les œuvres spirituelles qui peuvent être offertes au Sacré-Cœur, chaque jour. L’associé marque à la fin du mois les œuvres qu’il offre, et la remet au directeur de son village. Celui-ci réunit le total des offrandes faites par son village et le porte au Missionnaire, qui l’inscrit sur le tableau d’honneur affiché à la chapelle, où tout le monde peut voir le trésor spirituel offert au Sacré-Cœur. « En retour, écrit M. Le Corre, le Divin Maître bénit mon « district ; les chrétiens se sont approchés plus souvent de la sainte Table. Aux grandes fêtes, « ils viennent de loin à la chapelle purifier leur cœur par la confession et le nourrir du pain « eucharistique. Ils ne peuvent trouver un meilleur fortifiant contre les épreuves que le bon « Dieu se plaît à leur envoyer parfois. »
« Le district de Tchao-Tchiou a donné de grandes consolations à son zélé pasteur, M. Roudière, qui écrit : « L’année qui vient de s’écouler m’a donné comme résultat : 60 « baptêmes d’adultes ; 893, d’enfants de païens ; 52, d’enfants de chrétiens ; 5.890 « confessions et 5.420 communions. »
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance fait aussi la joie du Missionnaire, dont les diverses visites dans les établissements provoquent l’émulation et l’entraînement parmi cette foule d’enfants.

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« Dans la même région de l’Est, en remontant vers le Nord, nous trouvons, à Ni-Ho, M. Favre dont j’ai eu la joie de bénir la vaste église, le 26 juin, puis M. Étienne, dont j’ai béni aussi la gracieuse chapelle, le 12 du même mois. Dans ces deux districts, ainsi qu’à Tai-Ha-Tsia, chez M. Rayssac, au Tchong-Lok, chez M. Vacquerel, à Ho-Po, chez M. Veaux, j’ai eu le bonheur de donner de nombreuses confirmations et de constater que les confirmants avaient une bonne instruction religieuse.
« M. Veaux a entendu 5.900 confessions et a eu 13.009 communions. Il fait l’éloge du P. Ho, son vicaire, qui l’a aidé à baptiser 30 adultes.
« Notre vénéré doyen d’âge, M. Guillaume, a toujours la verdeur apostolique, mais il n’a plus la vigueur physique du jeune âge. Nous prions Dieu de nous le conserver longtemps encore. La peste a fait de grands ravages dans son district. De la part des païens, aucune vexation à signaler, malgré les bruits de révolte qui ont, à un moment donné, circulé dans le pays, malgré aussi les commencements sérieux d’un complot organisé par des rebelles, complot d’ailleurs avorté.
« Dans toute cette préfecture de Wai-Tchao, les pirates se sont beaucoup remués. Une de leurs bandes attaqua, près de la ville de Ho-Yun, en janvier dernier, la barque où étaient les objets de M. Druais, et ce cher Confrère réclame en vain, depuis lors, une compensation. La punition des coupables le mettrait à l’abri de nouvelles attaques pour l’avenir et favoriserait l’action de son ministère dans ce vaste district, qui lui est si cher à cause de l’empressement de ses fidèles aux sacrements.
« M. Frayssinet nous annonce que c’est vers la préfecture de Wai-Tchao que les sociétés secrètes tournent toutes leurs espérances ; elles voudraient établir la ville de ce nom comme centre de leurs opérations. « Il faut avouer, ajoute-t-il, que leur choix est motivé par la « situation géographique et l’état moral du pays. Mes chrétiens ont besoin d’un rude courage « pour se maintenir fidèles à leurs devoirs dans un tel milieu. Les plus fervents sont ceux de la « ville de Wai-Tchao et de Shek-Wan. »
« De Shek-Wan nous voici à Tong-Koun.
« La maladie a éloigné de Shek-Long le cher M. Grisel. En son absence, M. Jarreau, qui a bien voulu le remplacer, a administré ce district et le sien. Les chrétiens de Shek-Long ont été très éprouvés par la peste. Le bon Dieu leur a donné une terrible leçon : une chrétienne qui, depuis plusieurs années, donnait de grands scandales, est tombée malade et est morte sans avoir pu confesser ses fautes, comme elle le désirait, à ses derniers moments.
« M. Nicouleau, voisin de M. Jarreau, écrit que « les chrétiens isolés au milieu des païens « vivent dans une atmosphère contraire à toutes les aspirations surnaturelles. Ils sont, d’une « manière presque continuelle, obligés à des actes d’héroïsme. Aussi est-ce une vraie « consolation pour le Missionnaire de constater que même les néophytes savent sacrifier « parfois leur intérêt temporel aux principes du christianisme. Dernièrement, dit-il, un de mes « chrétiens de Ngaou-Kou-Ling revenait du marché, portant dans son gousset le prix des « denrées vendues. Il fut assailli par des voleurs qui lui envoyèrent une balle dans la cuisse. « Des passants le rapportèrent ensanglanté à sa maison. L’attaque avait eu lieu près du village « de Way-Tak. Les notables de ce village connaissent les coupables. Ils avaient promis de « restituer l’argent et de payer les remèdes pour la blessure. Puis, apprenant que la victime « était un chrétien, ils exigèrent qu’il allât prêter serment dans une pagode de la vérité de « l’attentat. Plutôt que de rendre un hommage sacrilège aux idoles, le chrétien a préféré « renoncer à toute indemnité. »

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« M. Conrardy est au comble du bonheur dans sa léproserie. Il lui reste en ce moment 28 lépreux, hommes et femmes. « Ce nombre est petit pour deux raisons, dit-il ; j’ai eu à faire de « grandes dépenses pour l’installation et j’ai voulu former un petit noyau pour l’habituer à un « règlement. L’année prochaine, j’ espère, l’augmentera. »
« Les chrétiens de Sheun-Tak ont répondu au dévouement de M. Gauthier et lui ont donné 4.026 confessions et 6.022 communions ; il a eu 215 baptêmes d’enfants de païens. « Des « écoles, dit-il, seraient le meilleur moyen, à Tai-Leung, pour attirer les infidèles. » Pour accroître la ferveur de ses chrétiens, M. Gauthier a établi diverses confréries.
« La difficulté de trouver une femme catéchiste Hak-ka a empêché M. Pradel de baptiser plusieurs familles de catéchumènes bien disposés.
« A la ville de Canton, les paroisses de Ho-Nam, de Ko-Po et de Sai-Kouan sont composées de fidèles fervents, mais trop peu nombreux ; elles n’ont point encore fait de conquêtes parmi les païens et n’en feront guère qu’en attirant les enfants par des ouvroirs, des écoles et des dispensaires.
« M. Gervaix, qui s’occupe avec zèle des deux chrétientés du faubourg de l’Ouest (Sai-Kouan), où il va, chaque dimanche et souvent en semaine, célébrer la sainte Messe, a pu entendre plus de 2.000 confessions. Il fait aussi un cours de littérature française à l’École des Interprètes du gouvernement chinois.
« Au dévouement inlassable de M. Fourquet les chrétiens de bonne volonté qui forment la paroisse de la cathédrale ont répondu par un accroissement de ferveur. « Pas moins que les « années précédentes, écrit-il, je dois me féliciter des résultats obtenus par la dévotion au « Sacré-Cœur et la pratique de la communion fréquente. Le chiffre de 19.355 communions est « assez éloquent par lui-même. La procession de la Fête-Dieu qui s’est déroulée autour de la « cathédrale, dans les allées de notre propriété, ornées de guirlandes et de fleurs, a été un « triomphe pour Notre-Seigneur. Les séminaristes chantaient pieusement et la fanfare du « collège les accompagnait de ses harmonies. »
« Une autre cérémonie qui a laissé une profonde impression sur nos chrétiens, c’est la procession de l’octave du Patronage de saint Joseph, à laquelle assistaient NN. SS. Ramond, Marcou et Allys. Debout au pied de la statue de saint Joseph, nous avons donné ensemble une bénédiction à la ville de Canton tout entière. Quand donc verrons-nous ses enfants prosternés aux pieds du Sauveur ?

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« Au sujet de nos œuvres, j’ajouterai que nous avons réalisé pour l’enseignement des filles un grand progrès en établissant l’École du Saint-Esprit. Dans cette école dirigée par les Religieuses Canadiennes, les jeunes filles chrétiennes de la capitale peuvent trouver, soit pour la littérature chinoise, soit pour les langues étrangères, soit pour les arts d’agrément, tout ce que les meilleures familles peuvent désirer. De plus, dans le but d’avoir des femmes chrétiennes versées dans la médecine, j’ai engagé une dame chinoise diplômée qui, tout en instruisant quelques élèves, soignera aussi les malades. Puissent toutes ces œuvres amener dans notre populeuse cité l’éclosion de conversions que nous désirons si ardemment depuis si longtemps.
« Dans nos établissements communs, nos Confrères, ainsi que les Religieux et les Religieuses, n’ont pas ménagé leurs peines.
« Le Séminaire, avec ses 70 élèves, donne toute satisfaction à son vénéré supérieur, M. Fleureau, et à ses vaillants auxiliaires, M. Fabre et le Père Tchu. Les quatre élèves nouvellement ordonnés ont porté le clergé indigène au chiffre de 25. Ce clergé est pieux, zélé ; mais il ne suffit pas encore à pourvoir aux besoins des chrétientés. Beaucoup de vocations sacerdotales sont perdues, parce que nous ne pouvons prendre à notre charge l’éducation de tous les sujets présentés.
« Le collège compte toujours 250 élèves ; sur ce nombre, quelques-uns seulement sont chrétiens. M. Clauzet s’est montré sévère pour les admissions ; il a renvoyé les indisciplinés, préférant avoir moins d’élèves, mais les avoir bons et sérieux.
« Les Petits-Frères de Marie prêtent un concours que nous apprécions hautement. Par leur désintéressement, leur piété et leurs vertus, ces chers collaborateurs sont un précieux exemple pour nos chrétiens.
« L’orphelinat des garçons compte une soixantaine d’enfants. Neuf d’entre eux fréquentent l’École du Sacré-Cœur. Une quinzaine des plus grands apprennent un métier à l’atelier. Les plus petits se préparent, les uns au baptême, les autres à la première communion. La direction de ces enfants est confiée à un prêtre chinois, sous la surveillance d’un Missionnaire.
« La communauté des Sœurs compte 191 personnes. Les six Religieuses Canadiennes de l’Immaculée-Conception méritent tout à fait la reconnaissance de nos Chinoises par leur dévouement affectueux pour les œuvres qui leur sont confiées.
« Voici un an, écrit la Supérieure, Sœur Marie de Lourdes, que les Religieuses « Missionnaires de 1’Immaculée-Conception de Montréal sont à Canton. Leur première « préoccupation, en arrivant, a été de s’appliquer à mettre en pratique le programme des « œuvres qui leur avait été tracé. Pour atteindre ce but, nous nous sommes livrées à l’étude de « la langue, et vous savez avec quel succès nos plus jeunes Sœurs l’ont fait. Arrivées à Canton « le 8 octobre 1909, dès le premier mars de cette année 1910 nous pouvions ouvrir le Collège « du Saint-Esprit, avec une liste pour l’enseignement du chinois et une autre pour celui des « langues étrangères, enseignement auquel nous joignons celui de la musique, du dessin, des « ouvrages de couture et de broderie.
« Parmi les 63 élèves de ces écoles, 23 sont des païennes de la meilleure éducation. Notre « plus grand bonheur, comme notre premier désir, sera d’amener à notre sainte Religion le « plus grand nombre possible de ces chères enfants. Pour l’œuvre des écoles nous sommes « prêtes à tous les sacrifices, car nous ne voulons le céder sur aucun point aux autres « institutions de ce genre. Ma pensée se porte fréquemment vers les quartiers de Sai-Kouan, « Sai-Shan, Ho-Nam, Ko-Po, où je voudrais établir des ramifications de notre Institut.
« Une œuvre qui m’est bien chère également est celle des Religieuses chinoises. Le but de « cette œuvre, instituée et dirigée par M. Fourquet, est, sous bien des rapports, identique au « nôtre. Ces chères enfants doivent être comme les auxiliaires indispensables, le trait d’union « entre nous et leurs compatriotes. Dix d’entre elles ont déjà quitté le couvent pour aller dans « les districts éloignés prendre la direction d’écoles ou d’ouvroirs, ou se dévouer à « l’instruction des catéchumènes. Vivant au milieu du monde, elles sont obligées par vocation « d’avoir une vertu éprouvée et une instruction solide. Pour les garder, je me propose de les « mettre sous la direction plus spéciale de l’une d’entre elles, qui remplira en quelque sorte le « rôle de maîtresse des novices. »

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« Je suis heureux d’exprimer ici à Mgr Bruchési les sentiments de notre vive gratitude pour sa bienveillance envers notre Mission, vers laquelle Sa Grandeur a dirigé les vaillantes Religieuses de l’Immaculée-Conception d’Outremont. Bientôt de nouvelles missionnaires viendront rejoindre les premières arrivées, et l’Institut sera l’honneur du Canada en Chine.
« Aux œuvres dont j’ai déjà parlé, ajoutons nos asiles de vieillards, d’aveugles et d’infirmes et enfin l’asile de la Sainte-Enfance, où 1.428 enfants ont été recueillis : sur ce nombre, 1.413 se sont envolés au Paradis.
« Daigne le Sacré-Cœur de Jésus continuer de bénir nos travaux et nos œuvres et agréer nos efforts comme le gage de notre amour pour Lui ! »




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