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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Chine
Mission: Mandchourie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Lalouyer

III. ─ Mandchourie Septentrionale


Population catholique 22.493
Baptêmes d’adultes 946
Baptêmes d’enfants de païens 1.532
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« L’administration des districts, écrit Mgr Lalouyer, s’est faite dans les conditions ordinaires. Les Missionnaires ont déployé leur zèle habituel pour propager de plus en plus notre sainte Religion et gagner des âmes à Jésus-Christ. Si le résultat général de leurs travaux n’a pas répondu à leurs espérances, nous en attribuons plus que jamais la cause à l’hostilité visible des autorités locales. En effet, elles ne manquent pas les occasions de molester nos chrétiens et de chercher à ruiner l’influence du missionnaire. Aussi beaucoup de païens, qui se sentaient autrefois attirés vers nous, dans l’espoir de trouver un point d’appui, s’en éloignent-ils aujourd’hui par la crainte d’être maltraités par la gent mandarinale.
« Cependant, grâce à Dieu, on parvient encore, avec un peu plus d’efforts, à glaner quelques épis. Nous avons pu, cette année, recueillir une gerbe de 1.532 baptêmes d’enfants de païens, de 928 d’enfants de chrétiens et de 946 d’adultes, que nous sommes heureux de présenter au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de sa très sainte Mère.
« Ces chiffres, tout modestes qu’ils sont, ont demandé une grande somme de travail aux Missionnaires, que les circonstances nouvelles obligent à de nombreux déplacements. Depuis le changement de régime, le gouvernement chinois, à court de revenus, a donné l’ordre de vendre les friches de la Mandchourie. Elles sont cédées à bon marché, et païens et chrétiens se sont empressés d’en acheter. S’il est vrai que les anciens chrétiens, obligés d’émigrer vers des régions plus fortunées, recherchent, de préférence, les localités voisines de la résidence d’un missionnaire, nous devons dire que les nouveaux chrétiens n’ont pas toujours cette préoccupation, et se rendent là où ils obtiennent les meilleurs terrains. Pour voler à leur secours, il faudrait multiplier les postes : malheureusement, ne recevant plus de notre Séminaire de Paris qu’un ou deux missionnaires par an, quand il nous en faudrait quatre ou cinq, non seulement nous sommes dans l’impossibilité de les fonder, mais nous avons dû abandonner de vieilles stations, comme celles de Ningouta, de Touen-Oua-sien et du Kien-Tao. C’est, d’un côté, un surcroît de travail pour nos Confrères, et, de l’autre, un danger très évident pour la ferveur des néophytes qui, n’ayant pas la grâce des sacrements pour affermir leur foi encore faible, se trouvent exposés à tomber dans une lamentable indifférence.

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« Nous nous sommes efforcés, pour éviter un tel malheur, d’augmenter le nombre de nos prêtres indigènes. Nous avons construit, dans ce but, un nouveau collège dans la province de Tsi-Tsi-Kar, et agrandi celui de Siao-Pa-kia-tse dans la province de Ghirin. Les deux maisons comptent une soixantaine d’élèves. C’est un beau chiffre pour une nouvelle Mission. Mais combien, sur ce nombre, arriveront à la prêtrise ? Le découragement, la maladie, des raisons diverses feront des vides successifs. Nous devrons nous estimer heureux si, parmi eux, nous obtenons neuf à dix prêtres !
« Notre personnel, déjà réduit, a été éprouvé par la perte d’un de nos meilleurs ouvriers. Il a plu à la divine Providence d’appeler à la récompense M. Monnier, provicaire de la Mission. Placé, il y a deux ans, dans le poste difficile de Harbine, il s’était concilié l’estime des Chinois et des Européens. Les premiers, attirés à Harbine par l’appât des richesses, ont trouvé, en grand nombre, le chemin du salut auprès de ce regretté Confrère ; son zèle s’étendait à tous, y compris les schismatiques Russes dont plusieurs ont fait abjuration entre ses mains. Tout nous faisait espérer un fructueux ministère, quand le bon Dieu l’a jugé mûr pour le ciel. Grande fut notre douleur au moment où un télégramme nous annonça la triste nouvelle de sa mort ; nous n’avions qu’à nous résigner à la volonté du Très-Haut !
« Un autre sujet de sollicitude est le manque de personnel enseignant pour nos écoles. Nos enfants chrétiens sont, pour la plupart, fils de laboureurs. Dès qu’ils connaissent le catéchisme et les prières indispensables, ils sont rappelés à la maison pour aider leurs parents à cultiver leurs champs. Les plus fortunés étudient trois ou quatre ans et rentrent ensuite dans leurs familles. Bien rares sont ceux qui poussent plus loin leur instruction.
« Si, malgré cet état de choses, nous avons pu faire face, jusqu’ici, aux besoins de l’éducation, il est probable qu’il n’en sera bientôt plus de même. Le gouvernement chinois ouvre partout des écoles. Dans quelques années, l’instruction deviendra, d’après toutes les apparences, obligatoire, et les maîtres devront être munis d’un brevet. Pour ne pas nous trouver dans la nécessité de confier à des païens la direction de nos établissements, nous sentons le besoin d’ouvrir une école supérieure où un certain nombre de jeunes gens chrétiens se prépareront en vue des examens requis.
« L’exercice que nous clôturons n’a pas été sans consolations. Au premier rang, nous plaçons celle que nous a procurée l’ordination de deux prêtres indigènes. Nous avons eu aussi la joie d’inaugurer l’église du Sacré-Cœur d’Iu-chou-sien ; la bénédiction solennelle s’est faite au milieu d’un immense concours de chrétiens, en présence des personnages officiels de la ville, le sous-préfet en tête.
« Enfin, notre cœur est rempli d’une douce joie à la vue de la ferveur que manifestent nos néophytes et leurs frères plus âgés dans la Foi pour la réception plus fréquente des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. L’an dernier, nous avions eu 20.319 communions ; pour le présent exercice nous en enregistrons 32.163. »

PROVINCE DE GHIRIN

Kou-iu-chou. ─ « M. Lacquois, qui administre le district de Kou-iu-chou, avec M. Marill et le P. Jean Li, comme auxiliaires, est tout à la joie de posséder enfin sa nouvelle église. « Le « fait saillant de l’exercice, écrit-il, est assurément la bénédiction solennelle de notre église « du Sacré-Cœur. Votre Grandeur se souvient encore de cette belle cérémonie. Comme nos « chrétiens, venus en si grand nombre de tous les postes du district, étaient heureux et « recueillis ! Jamais ils n’avaient vu pareille fête. Tous les notables de la ville, le sous-préfet « lui-même, s’étaient joints à nous et avaient tenu à honneur de nous offrir leurs présents. Qui « dira le nombre des visites que reçut, ce jour-là, la nouvelle église ? ─ Et chacun, d’admirer « ses voûtes, ses colonnes couleur de granit et surtout ses fines sculptures.
« Daigne le Sacré-Cœur prendre sous sa protection cette riche contrée, presque toute « païenne encore, et convertir des foules nombreuses à la sainte Église !
« Un total de 175 baptêmes d’adultes, telle est la gerbe que nous avons moissonnée cette « année. Nous sommes loin du beau chiffre de 525 d’il y a trois ans ! Quelles sont les causes « de ce recul ? Avouons-le, elles sont multiples.
« La malveillance de certains mandarins, sapant, plus ou moins ouvertement, l’influence « du Missionnaire, nous a fait un tort réel. L’accroissement du prix des denrées nous a privés « d’indispensables ressources pour faire fonctionner nos œuvres. Néanmoins, loin de nous « décourager, nous regardons l’avenir avec confiance, et j’espère de très beaux jours pour « mon cher Kiang-Toung (Est du Soungari).
« J’ai installé, cette année-ci, deux petits postes dans les villages éloignés. Les chrétiens, « n’ayant plus à faire des 30, 40 ou 60 lys pour venir à l’église, sont plus fervents. Beaucoup « de païens voyant qu’ils peuvent être chrétiens sans se déranger, viennent à nous. Je me « propose d’installer encore trois de ces petits postes. Je continue avec, plus d’ardeur que « jamais mes Œuvres Sociales, car je suis persuadé que là se trouve notre plus puissant « moyen d’apostolat. » Daigne le Divin Pasteur bénir les nobles efforts de M. Lacquois pour « l’extension de son règne dans les âmes ! »

Fou-Loung-Kiuen. ─ « Ce district est dirigé par M. Gaspais qui s’y dépense sans compter. Il a baptisé 20 adultes. Son zèle pour établir la pratique de la communion fréquente est couronné de succès ; tous les jours un groupe pieux et recueilli vient s’agenouiller à la sainte Table et se nourrir du Pain des forts. Des âmes tièdes et paresseuses sont arrachées à leur nonchalance habituelle et vont, d’un pas plus allègre, vers tous leurs devoirs.

« J’ai établi aussi, nous dit M. Gaspais, la pratique du Chemin de la Croix tous les « vendredis. Au son de la cloche, de nombreux fidèles viennent se joindre aux élèves de mon « école pour suivre ce pieux exercice. Espérons que Notre-Seigneur, fléchi par les prières des « bons, daignera toucher le cœur des infidèles et ramener au bercail les brebis égarées.
« Mon école de filles a été soumise à une dangereuse épreuve. J’ai dû la licencier pour « cause de maladie. En voyant partir ces pauvres enfants, rejetées tout d’un coup dans leur « milieu païen, sans autre appui que leur bonne volonté à peine affermie par une instruction « religieuse élémentaire, je n’ai pu me défendre de vives appréhensions. Le bon Dieu lui-« même a pris soin d’elles, et, à la reprise des classes, il n’y a pas eu de défections. Le « nombre des élèves, qui était autrefois de 30, est passé à 60. »
« A la suite du décès de M. Monnier, j’ai confié le poste de Harbine à M. Bourlès, et M. Gaspais a été chargé de celui de Nong-An.
« Parmi les stations qui ont le plus contribué à fournir le chiffre de baptêmes que nous avons inscrit, relevons les noms suivants : I-Toung-Tchoou, où le P. Thomas Ting a régénéré 112 adultes ; Ghirin où M. Cubizolles en a régénéré 30 ; Kouang-Tcheng-tse, qui a donné 39 nouveaux chrétiens à M. Gérard ; A-Che-ho-le, 62 à M. Obin ; Pin-Tchoon, 50 au P. Joseph Tien. M. Maillard a recueilli une gerbe de 19 baptêmes, à Pétoné. »

PROVINCE DE TSI-TSI-KAR

Pei-Lin-tse. ─ « Laissons M. Fleuriet, chargé de ce district, nous exposer lui-même ses succès, ses craintes et ses espérances. « Je me hâte, écrit-il, de vous envoyer mon compte « rendu annuel. Comme vous le verrez, c’est une année de moisson très ordinaire. Le chiffre « des baptêmes n’atteint pas celui de l’an dernier. Je ne puis offrir à Votre Grandeur que 33 « baptêmes d’adultes, 29 d’enfants de chrétiens et 173 d’enfants de païens, ondoyés in « articulo mortis par mes dévouées baptiseuses.
« Le nombre de mes chrétiens n’a pas augmenté non plus, quelques familles ayant émigré « vers des parages plus fortunés. Combien il est difficile maintenant d’attirer les païens ! « Nous avons, du moins, la consolation de remarquer que ceux qui se convertissent nous « viennent avec des convictions plus profondes et des intentions plus pures.
« Les confessions entendues et les communions distribuées sont en progrès sur le total de « l’exercice précédent. L’Encyclique de N. S. Père le Pape Pie X a produit ici d’heureux « fruits : 2.728 confessions de dévotion et 2.234 communions, contre 1.079 et 680, « respectivement, en 1909. C’est un beau résultat.
« Je suis, d’ailleurs, satisfait de l’assiduité et de la régularité de mes paroissiens en ce qui « regarde l’assistance aux offices et aux prières, et leur conduite extérieure, leur union me « sont un sujet de joie. »

Hou-Lan. ─ « M. Delpal, chef de cette station, constate avec plaisir que les craintes exprimées l’an dernier ne se sont pas réalisées. Il a obtenu 60 baptêmes d’adultes, nombre inférieur à celui de l’exercice 1909, mais très satisfaisant, vu les circonstances.
« L’administration, ajoute-t-il, n’a été marquée par aucun incident. Mon vicaire, le P. Jacques Tchang, a visité les divers postes dépendant du district, administré des baptêmes et assuré le service des malades. Quant à moi, j’ai surveillé la construction de l’église de Hou-Lan et ne me suis absenté que deux ou trois fois pour voir les travaux de celle de Chouang-Miao-tse. »

Toung-Ken. ─ « Le fondateur de la colonie Saint-Joseph, le zélé M. Roubin, a le bonheur d’enregistrer 141 baptêmes d’adultes. Dieu a visiblement béni son travail et fécondé le bon grain qu’il a jeté dans une terre relativement ingrate. Écoutons-le nous exposer la situation de sa colonie. « Aucun fait extraordinaire n’a troublé notre tranquillité. Les difficultés n’ont pas « manqué ; les chicanes, ─ chose assez commune dans une fondation du genre de la mienne, « ─ ont dépassé peut-être la juste mesure. Tout s’est convenablement arrangé et les « désaccords ont été réglés en famille, sans recourir à l’autorité païenne.
« Mais qu’il est difficile ici de convertir nos braves Chinois ! Ils expriment volontiers leur « désir d’embrasser notre sainte Religion : il y a loin, cependant, du désir à l’acte, car il s’agit « d’éprouver les intentions. J’ai attiré un certain nombre de familles païennes : les unes sont « venues pour avoir des terres à meilleur marché qu’ailleurs, et les autres pour échapper aux « vexations de toutes sortes qu’elles subissent de la part de certains mandarins. Des vieux qui « les composent, je ne ferai probablement jamais de bien fervents chrétiens : au moins j’ai « l’assurance de tenir la jeunesse, qui sera la chrétienté de demain.
« Je reçois fréquemment la visite de bons Chinois qui semblent tout disposés à être des « nôtres. Ceux-là déclarent, tout d’abord, qu’ils ne désirent pas s’établir sur notre territoire, « pour la bonne raison qu’ils ont déjà des propriétés dans leurs villages. Comprenant toute la « force de leur raisonnement, je me contente de leur faire une petite instruction familière, de « leur distribuer des livres et de les prier de vouloir bien recevoir le catéchiste que je leur « enverrai. Ils promettent tout ce que je veux ; ils me vantent la beauté de notre doctrine et « font ressortir l’immense mérite qu’a le missionnaire de venir si loin, après avoir quitté son « noble pays et son honorable famille, évangéliser les pauvres enfants de l’Empire du Milieu. « Naturellement, je m’excuse d’être un homme de si grand dévouement et, à mesure que la « conversation se poursuit, je m’aperçois bien vite que j’aurais infiniment plus de mérite, si je « pouvais les aider à échapper à l’impôt, ou bien à terminer, à leur satisfaction, un ennuyeux « procès qu’ils ont avec un voisin influent plus habile qu’eux. Si je suis incapable de leur « rendre ces services, finis mon mérite et mon dévouement ! L’entretien se termine par des « mots aimables ; mais déçus dans leurs espérances, ils s’en vont et ne reviennent plus. Il est « permis de croire, cependant, qu’ils penseront, une fois ou l’autre, à jeter un œil curieux sur « les livres qu’ils ont reçus, à se rappeler l’accueil du missionnaire et que, sous l’action de la « grâce, quelques-uns viendront au vrai Dieu. Ce sera, sans doute, le petit nombre : mulli « quidem vocati, pauci vero electi !
« De mes chrétiens j’aime la fidélité à accomplir leurs devoirs religieux et la piété envers « l’auguste Sacrement de nos autels, qu’ils reçoivent fréquemment.
« En dehors de la colonie, j’ai commencé à préparer plusieurs petits centres, qui pourront « être ouverts dans un prochain avenir. »

Pa-Ien-sou-sou. ─ « Ce district, dont M. Guérin est le missionnaire, a donné 28 baptêmes d’adultes. Les fidèles sont dociles aux exhortations de leur pasteur et observent les devoirs que leur impose la Religion. Malheureusement, les conversions sont peu nombreuses. M. Guérin a fondé une nouvelle chrétienté à l’Est de sa résidence, à une journée de marche. Puisse le Divin Maître la faire prospérer ! »


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